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L’ONU n’a plus le droit aux rendez-vous manqués en matière de racisme

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Par Bernard J. Henry

 

Il fallait s’y attendre. Après la mort de l’Afro-Américain George Floyd à Minneapolis (Minnesota) le 25 mai, étouffé par le policier Derek Chauvin et ses collègues auxquels il criait du peu de voix qu’ils lui laissaient « I can’t breathe », « Je ne peux pas respirer », et avec la vague mondiale d’indignation que le drame a soulevée quant au racisme et aux violences policières, l’Afrique s’est élevée d’une seule voix à l’ONU.

Le 12 juin, les cinquante-quatre pays du Groupe africain de l’Assemblée générale des Nations Unies ont appelé le Conseil des Droits de l’Homme à un « débat urgent sur les violations actuelles des droits de l’homme d’inspiration raciale, le racisme systémique, la brutalité policière contre les personnes d’ascendance africaine et la violence contre les manifestations pacifiques ».

Avec les cinquante-quatre pays africains, c’étaient plus de six cents organisations non-gouvernementales, dont l’Association of World Citizens (AWC), qui appelaient le Conseil à se saisir de la question. Et le 15 juin, la demande a été acceptée sans qu’aucun des quarante-sept Etats qui composent le Conseil ne s’y soit opposé. Le débat demandé a donc eu lieu, sur fond de dénonciation d’un « racisme systémique » par Michelle Bachelet, Haute Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, mais aussi d’indignation des cadres onusiens originaires d’Afrique contre leur propre institution qu’ils jugent trop passive.

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Une fresque en hommage à George Floyd sur un mur de Chicago (Illinois).

Pour l’Organisation mondiale, il s’agit plus que jamais de n’entendre pas seulement la voix de ses Etats membres, mais aussi celle du peuple du monde qui s’exprime en bravant les frontières, parfois même ses dirigeants. La mort de George Floyd et l’affirmation, plus forte que jamais, que « Black Lives Matter », « Les vies noires comptent », imposent une responsabilité historique à l’ONU qui, en matière de racisme, n’a plus droit aux rendez-vous manqués, réels et présents dans son histoire.

Résolution 3379 : quand l’Assemblée générale s’est trompée de colère

Le 10 novembre 1975, l’Assemblée générale de l’ONU adoptait sa Résolution 3379 portant « Élimination de toutes les formes de discrimination raciale ». Malgré ce titre prometteur, le vote de l’Assemblée générale cristallisait en fait les frustrations des Etats Membres quant à deux situations de conflit, jugées les plus graves au monde depuis la fin de la guerre du Vietnam en avril – l’Afrique australe et le Proche-Orient.

A côté de l’Afrique du Sud ou règne l’apartheid, la ségrégation raciale érigée en système par la minorité blanche aux dépens de la population noire autochtone, se tient l’ancêtre de l’actuel Zimbabwe, la Rhodésie, Etat proclamé en 1970 sur une colonie britannique mais non reconnu par la communauté internationale. La Rhodésie n’est pas un Etat d’apartheid proprement dit, mais sa minorité blanche tient la majorité noire sous la chappe brutale d’un paternalisme colonialiste. Deux organisations indépendantistes, la ZANU et la ZAPU, s’y affrontent dans une violente guerre civile et le gouvernement principalement blanc de Ian Smith n’y veut rien entendre.

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Dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, même sans le dire, une plage réservée aux Blancs était interdite aux Noirs au même titre qu’elle l’était aux chiens.

Au Proche-Orient, la création en 1948 de l’Etat d’Israël s’est faite sans celle d’un Etat palestinien que prévoyait pourtant le plan original de l’ONU. En 1967, lors de la Guerre des Six Jours qui l’oppose aux armées de plusieurs pays arabes, l’Etat hébreu étend son occupation sur plus de territoires que jamais auparavant, prenant le Sinaï à l’Egypte – qui lui sera rendu en 1982 – et le Golan à la Syrie, la Cisjordanie et Jérusalem-Est échappant quant à elles à la Jordanie. Aux yeux du monde, l’idéal sioniste des fondateurs d’Israël signifie désormais principalement l’oppression de la Palestine.

Et les deux Etats parias de leurs régions respectives avaient fini par s’entendre, causant la fureur tant de l’URSS et de ses alliés à travers le monde que du Mouvement des Non-Alignés au sud. Le 14 décembre 1973, dans sa Résolution 3151 G (XXVIII), l’Assemblée générale avait déjà « condamné en particulier l’alliance impie entre le racisme sud africain et le sionisme ». C’est ainsi que deux ans plus tard, la Résolution 3379 enfonçait le clou contre le seul Israël en se concluant sur ces termes : « [L’Assemblée générale] [c]onsidère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ».

Impossible de ne pas condamner l’occupation israélienne en Palestine, tant elle paraissait incompatible avec le droit international qui, en 1948, avait précisément permis la création de l’Etat d’Israël. Pour autant, assimiler le sionisme au racisme présentait un double écueil. D’abord, s’il se trouvait un jour une possibilité quelconque d’amener Israéliens et Palestiniens au dialogue, comment Israël allait-il jamais accepter de venir à la table des négociations avec un tel anathème international sur son nom ? C’est ce qui amena, après la Première Guerre du Golfe, l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU de la Résolution 46/86 du 16 décembre 1991 par laquelle la Résolution 3379, et avec elle l’assimilation du sionisme au racisme, étaient tout simplement abrogées, ce qui était l’une des conditions d’Israël pour sa participation à la Conférence de Madrid en octobre. Ensuite, plus durablement cette fois, présenter l’affirmation d’un peuple de son droit à fonder son propre Etat comme étant du racisme ne pouvait qu’alimenter le refus, ailleurs à travers le monde, du droit à l’autodétermination déjà mis à mal dans les années 1960 au Katanga et au Biafra, avec à la clé, l’idée que toute autodétermination allait entraîner l’oppression du voisin.

« Les racistes sont des gens qui se trompent de colère », disait Léopold Sédar Senghor. Il n’en fut pire illustration que la Résolution 3379, inefficace contre le racisme et n’ayant servi qu’à permettre à Israël de se poser en victime là où son occupation des Territoires palestiniens n’avait, et n’a jamais eu, rien de défendable.

Un échec complet donc pour l’ONU, mais qui fut réparé lorsque commença le tout premier processus de paix au Proche-Orient qui entraîna, en 1993, les Accords d’Oslo et, l’année suivante, le traité de paix entre Israël et la Jordanie. C’était toutefois moins une guérison qu’une simple rémission. 

Durban 2001 : l’antiracisme otage de l’antisémitisme

Le 2 septembre 2001 s’est ouverte à Durban, en Afrique du Sud, la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, conférence organisée par les Nations Unies. Sans même évoquer la Résolution 3379 en soi, depuis son abrogation en 1991, le monde avait changé. La Guerre Froide était terminée, l’URSS avait disparu, l’apartheid avait pris fin dans une Afrique du Sud rebâtie en démocratie multiraciale par Nelson Mandela auquel succédait désormais son ancien Vice-président Thabo Mbeki.

Au Proche-Orient, Yitzhak Rabin avait été assassiné en 1995, et avec lui étaient morts les Accords d’Oslo réfutés par son opposition de droite, cette même opposition qui dirigeait désormais Israël en la personne d’Ariel Sharon, ancien général, chef de file des faucons et dont le nom restait associé aux massacres de Sabra et Chatila en septembre 1982 au Liban. Aux Etats-Unis, le libéralisme international des années Clinton avait fait place aux néoconservateurs de l’Administration George W. Bush, hostiles à l’ONU là où leurs devanciers démocrates avaient su s’accommoder du Secrétaire général Kofi Annan. Le monde avait changé, mais c’était parfois seulement pour remplacer certains dangers par d’autres. Et le passé n’allait pas tarder à se rappeler au bon souvenir, trop bon pour certains, des participants.

La Haute Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, Mary Robinson, n’était pas parvenue à mener des travaux préparatoires constructifs, et dès le début des discussions, le résultat s’en est fait sentir. Devant la répression israélienne de la Seconde Intifada à partir de fin septembre 2000, l’Etat hébreu déclenche une fois de plus la colère à travers le monde. Un nombre non négligeable d’Etats rêvent de déterrer la Résolution 3379, mais cette fois, sans plus de racisme sud-africain auquel accoler le sionisme, Israël va voir cette colère dégénérer en récusation non plus du sionisme mais, tout simplement, du peuple juif où qu’il vive dans le monde.

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A gauche, Ariel Sharon, alors officier supérieur de Tsahal, en 1967. Plus tard Ministre de la Défense puis Premier Ministre, son nom sera associé à de graves crimes contre les Palestiniens commis par Israël.

S’y attendant, l’Administration Bush a lancé des mises en garde avant le début de la conférence. En ouverture, Kofi Annan annonce la couleur – il ne sera pas question de sionisme, pas de redite de 1975. Rien n’y fait. Toute la journée, des Juifs présents à la conférence sont insultés et menacés de violences. Le Protocole des Sages de Sion, faux document né dans la Russie tsariste au début du vingtième siècle pour inspirer la haine des Juifs, est vendu en marge. Et, comble pour une conférence des Nations Unies, même si elles n’y sont bien entendu pour rien, il est distribué aux participants des tracts à l’effigie, et à la gloire, d’Adolf Hitler.

Il n’en faut pas plus pour qu’Etats-Unis et Israël plient bagages dès le lendemain. Si la France et l’Union européenne restent, ce n’est cependant pas sans un avertissement clair – toute poursuite de la stigmatisation antisémite verra également leur départ.

C’est à la peine qu’est adopté un document final, dont ce n’est qu’en un lointain 58ème point qu’il est rappelé que « l’Holocauste ne doit jamais être oublié ». Dans le même temps, un Forum des ONG concomitant adopte une déclaration si violente contre Israël que même des organisations majeures de Droits Humains telles qu’Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale des Ligues des Droits de l’Homme s’en désolidarisent. Le Français Rony Brauman, ancien Président de Médecins Sans Frontières, ardent défenseur de la cause palestinienne, n’avait pu lui aussi que déplorer l’échec consommé de la conférence, prise en otage par des gens qui prétendaient combattre le racisme, y compris, naturellement, le colonialisme israélien, mais n’avaient en réalité pour but que de répandre le poison de l’antisémitisme.

Pour la dignité de chaque être humain

Le racisme est un phénomène universel, qui n’épargne aucun continent, aucune culture, aucune communauté religieuse. De la part de l’ONU, c’est en tant que tel que le peuple du monde s’attend à le voir combattu. Par deux fois, les Etats membres de l’Organisation mondiale l’ont détournée de sa fonction pour plaquer le racisme sur ce qui était, et qui demeure, une atteinte à la paix et la sécurité internationales, nommément l’occupation israélienne en Palestine où, indéniablement, le racisme joue aussi un rôle, mais qui ne peut se résumer à la seule question de la haine raciale comme c’était le cas de l’apartheid en Afrique du Sud ou comme c’est aujourd’hui celui du scandale George Floyd.

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Ici à New York en 2014, le slogan “Black Lives Matter”, qui exprime désormais le droit de tout être humain opprimé en raison de son origine au respect et à la justice.

S’il ne peut ni ne doit exister d’indulgence envers quelque Etat que ce soit, en ce compris l’Etat d’Israël, le racisme sous toutes ses formes, surtout lorsqu’il provient d’agents de l’Etat tels que les policiers, ne peut être circonscrit à la condamnation d’une seule situation dans le monde, aussi grave soit-elle, encore moins donner lieu à l’antisémitisme qui est lui aussi une forme de racisme et l’on ne peut en tout bon sens louer ce que l’on condamne !

Par bonheur, le Groupe africain a su éviter tous les écueils du passé, ayant lancé un appel au débat qui fut accepté sans mal par le Conseil des Droits de l’Homme. Les appels de la Haute Commissaire aux Droits de l’Homme et des hauts fonctionnaires d’origine africaine viennent amplifier un appel que l’ONU doit entendre. Le monde s’est réveillé, il faut en finir avec le racisme, et sur son aptitude à agir, à accueillir les critiques, l’ONU joue sa crédibilité dans cette lutte pour la dignité de chaque être humain qui est le premier des droits.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

Plus que jamais, créer un Etat en paix pour tous en Libye

In Africa, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, Libya, Middle East & North Africa, Modern slavery, NGOs, Refugees, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law on June 11, 2020 at 8:10 AM

Par Bernard J. Henry

 

Dans la Libye où rien ne semble pouvoir éteindre les braises de la guerre civile, l’appel à un cessez-le-feu et à la poursuite des négociations lancé le 6 juin par le Président égyptien Abdel Fattah al-Sissi en présence du Général Khalifa Haftar a vécu.

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Le Général Khalifa Haftar

Le 4, les troupes du Gouvernement d’accord national (GAN) du Premier Ministre Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU, reprenaient la ville. Une défaite majeure pour Haftar, longtemps vu comme l’homme fort du pays mais dont les revirements sur les accords conclus et le refus d’en adopter de nouveaux ont mené à sa remise en question, y compris par l’Egypte et la Russie qui lui préféreraient, pour représenter la Cyrénaïque qui recouvre le tiers oriental de la Libye, Aguila Saleh, le Président du Parlement hostile au GAN.

Le 9, les chefs de la diplomatie français, italien et allemand, accompagnés du Haut Représentant de l’Union européenne, appelaient ensemble à reprendre les pourparlers et la recherche d’un cessez-le-feu, prenant en compte les discussions du Caire et demandant dans un communiqué conjoint «instamment, toutes les parties libyennes et internationales à faire cesser de manière effective et immédiate toutes les opérations militaires et à s’engager de façon constructive dans les négociations en format 5+5, sur la base du projet d’accord du 23 février».

Néanmoins, la course à l’influence menée par les diplomaties russe et turque menace d’emblée toute recherche de la paix sur ce seul fondement. Comment, dès lors, envisager une paix prochaine et durable dans la Libye qui, depuis 2011 et la fin du régime Kadhafi, n’a plus d’État que le nom ?

Un Etat qui n’a jamais su s’inventer

Avec le retournement de la situation militaire, les espoirs sont ouverts pour des négociations plus fructueuses et, plus encore, afin d’envisager des formes nouvelles et stables de gouvernement.

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Le Premier Ministre Fayez al-Sarraj

De longue date, l’Association of World Citizens (AWC) appelle à la création en Libye de structures gouvernementales nouvelles qui prennent en compte la nature géographique du pays, particulièrement en ce qui concerne la nature tribale de la population.

Après la fin de la colonisation italienne en 1952, la Libye fortement marquée par les combats de la Seconde Guerre Mondiale n’a jamais su se trouver en tant qu’entité étatique, ni la monarchie du roi Idriss Ier, ni la République arabe libyenne proclamée en 1969 par Mouammar Kadhafi et encore moins la Jamahiriya, néologisme signifiant «l’État des masses» et désignant une forme d’Etat minimaliste mise en place en 1977 n’étant parvenues à cimenter le pays.

Depuis la fin du régime Kadhafi en 2011, deux provinces de Libye démontrent cet échec par deux exemples extrêmes.

Un conte de deux Libye – sans grandes espérances

A la frontière sud derrière le Sahara, le Fezzan et ses oasis abritent plus de deux cent mille personnes. La terre de l’ordre soufiste du roi Idriss n’inquiétait guère Tripoli du temps de Kadhafi, qui n’y voyait guère un foyer de contestation. Mais après 2011, le Fezzan s’est trouvé livré au trafic de drogue, d’armes et même d’êtres humains. Il a fallu que ce soit l’ancienne puissance coloniale, l’Italie, qui attire l’attention sur l’anarchie gangrénant le Fezzan – et pour cause, nombre de migrants africains qui gagnent le pays passaient par cet enfer.

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Ibrahim Jadran

A l’est, le Cyrénaïque adossé à l’Egypte a vu se développer dans l’ère post-Kadhafi le règne d’un chef de milice, Ibrahim Jadran. Emprisonné en 2005 avec ses quatre frères pour avoir tenté de fomenter une rébellion armée contre le «guide de la révolution» Kadhafi, il sort avec eux de prison à la faveur de la révolution de 2011. Accédant l’année suivante à la hiérarchie des Gardes de Défense du Pétrole protégeant les infrastructures pétrolières du pays, il se prononce pour un fédéralisme aussi décentralisateur que possible en Libye. L’année suivante, il instaure le Bureau politique de Cyrénaïque et proclame l’autonomie de la province, défiant Tripoli et tentant sans succès de vendre à son seul profit du pétrole à l’étranger. En juin 2018, il fuit la débâcle de sa Force d’autodéfense de la Cyrénaïque, un temps forte de 17 500 hommes devant les troupes de Haftar. Le 12 septembre, le Conseil de Sécurité de l’ONU adopte des sanctions individuelles contre Jadran pour ses attaques armées contre les forces du général.

Si les deux provinces offrent ce que Charles Dickens, auteur d’Un conte de deux cités, aurait pu appeler un «conte de deux Libye», il n’existe dans l’une et l’autre aucune place pour Les grandes espérances, autre roman de Dickens, tant le chaos qui mène au banditisme généralisé et l’aventure personnelle d’un seigneur de la guerre se voulant magnat du pétrole sont deux exemples de ce que l’avenir de la Libye ne doit pas être.

La Libye comme l’Europe, «Unie dans la diversité»

L’histoire l’a quelque peu oublié, mais l’Etat libyen de 1952 se nommait le Royaume-Uni de Libye, à l’image de la Grande-Bretagne. Pour autant, tenter d’unir autour d’une figure monarchique un pays aux identités locales, voire «micro-locales» selon l’expression du chercheur français Patrick Haimzadeh, à ce point enracinées et prononcées relevait de l’utopie, sans une forme de gouvernement à l’image, par exemple, du Royaume-Uni contemporain avec un Parlement en Ecosse, une Assemblée du Pays de Galles et une autre en Irlande du Nord en plus du Gouvernement britannique à Londres.

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L’histoire n’était pas prête, sans doute. Elle ne le sera pas davantage si, au cas où le Brexit tournerait mal, les nations composant le Royaume-Uni venaient à se découvrir plus diverses qu’elles ne sont unies et l’une ou plusieurs d’entre elles plébiscitaient leur indépendance.

Aujourd’hui, le seul salut de la Libye réside dans une structure gouvernementale faisant d’elle un pays qui soit à l’image de la devise de l’Union européenne, «Unie dans la diversité». Désunis, les Britanniques ne se tueraient pas. Les Libyens, oui, depuis près de dix ans. Ce qui leur manque, ce n’est pas un homme pour les diriger. C’est de pouvoir se diriger eux-mêmes, être eux-mêmes et apprendre à se ressembler dans la différence.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

Au Nicaragua, l’Etat nie la COVID-19 et abandonne les soignants à leur sort

In Being a World Citizen, Current Events, Democracy, Human Rights, Latin America, NGOs, Nicaragua, Refugees, Social Rights, Solidarity, The Search for Peace, United Nations, World Law on June 2, 2020 at 8:03 PM

Par Bernard J. Henry

 

L’une des leçons majeures de la crise de la COVID-19 restera que, malgré ses errements dans les premiers temps de la pandémie, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) aura agi comme un révélateur de la mentalité des Etats envers cette menace planétaire sans précédent depuis la Seconde Guerre Mondiale. L’enseignement en est clair, autant qu’il est inquiétant : là où, partout dans le monde, le virus frappe sans faire de distinction, certains dirigeants nationaux le croient néanmoins perméable à leurs choix politiques.

Là où Emmanuel Macron, Président de la République française, déclarait à son peuple en instaurant le confinement «Nous sommes en guerre» et son Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran faisait sien le mot d’ordre de l’OMS, «Testez, testez, testez», le Premier Ministre britannique Boris Johnson risquait le pari de l’immunité collective, pari perdu qui faillit lui coûter sa propre vie.

Aux Etats-Unis, le Président Donald Trump refuse toute injonction internationale, étant allé jusqu’à interrompre le financement américain de l’OMS puis rompre toute relation avec elle. Au Brésil, le Président Jair Bolsonaro adopte une ligne semblable, rejetant gestes-barrière et distanciation physique. Dans les deux pays, ce sont les gouverneurs des Etats fédérés qui doivent agir, provoquant la colère de leurs chefs d’Etat respectifs qui mobilisent contre eux leurs partisans.

Et toujours sur le continent américain, un pays se distingue plus encore – le Nicaragua, où le pouvoir nie tout bonnement l’épidémie et invite, si ce n’est oblige, la population à enfreindre toutes les préconisations internationales.

Le Président du Nicaragua défend la COVID-19 comme un «signal de Dieu»

Daniel Ortega, l’ancien chef sandiniste du temps de la Guerre Froide, évincé du pouvoir aux urnes en 1990 puis qui y est revenu par la même voie en 2006 et s’y est fait réélire en 2011 avec, pour candidate à la Vice-présidence, nulle autre que son épouse Rosario Murillo, tenait déjà son pays d’une main de fer depuis le 18 avril 2018 et sa répression des protestations populaires contre un projet avorté de réforme des retraites et de la sécurité sociale défavorable aux plus précaires. Des professionnels de tous corps de métier, parmi lesquels un nombre important de soignants, avaient été licenciés. Des militants de l’opposition avaient été emprisonnés. Le Costa Rica voisin connaissait un afflux par dizaines de milliers de Nicaraguayens fuyant la dictature de fait surnommée «Orteguillo» en contraction des noms de Daniel Ortega et Rosario Murillo.

Dans de telles conditions, il n’aurait pas paru saugrenu de voir le pouvoir nicaraguayen prendre prétexte de la COVID-19 pour imposer des restrictions impitoyables, par exemple un confinement sur le modèle philippin avec menace de tirer à balles réelles sur les contrevenants. Contre toute attente, Managua a choisi l’extrême inverse, celui du déni total de la pandémie.

Capture d’écran France 2, 2018

Après avoir obligé la population à marcher en masse, dans la promiscuité, sous la bannière du Front Sandiniste de Libération Nationale (FSLN) au pouvoir pour célébrer «l’amour et la paix en temps de coronavirus», Ortega a disparu des écrans à partir du 12 mars, à tel point que d’aucuns le supposaient contaminé lui-même. Le 15 avril, il est réapparu sur les antennes de la télévision nicaraguayenne, qualifiant la COVID-19 de «signal de Dieu» et excluant toute mesure sanitaire nationale contre elle.

Le résultat en est dramatique. Au 23 mai, l’Observatoire citoyen du Nicaragua annonçait plus de 2 600 cas dans le pays, où s’enracine à présent la pratique des inhumations nocturnes des victimes de l’épidémie niée par le pouvoir. Le danger est devenu tel que les Etats voisins d’Amérique centrale, Guatemala, El Salvador et Costa Rica, craignent désormais de voir s’embraser toute la région par la faute de Managua.

Malgré tout, la population respecte les consignes internationales, la campagne «Quédate en casa», «Reste à la maison», lancée pour inciter au confinement, s’attirant les foudres d’un Ortega qui insiste pour ne rien faire. Quant au personnel médical, il est au mieux livré à lui-même et au pire réprimé.

Les soignants du Nicaragua livrés à eux-mêmes – et surtout au danger

Depuis avril 2018, au Nicaragua, les médecins sont des ennemis d’Etat. Ces médecins qui ont soigné les manifestants blessés dans la répression des mouvements populaires et qui l’ont payé en nombre de leur emploi. Face à la COVID-19, les derniers remparts d’une population poussée à l’infection par le régime sont devenus pour lui rien moins que des traîtres.

Fulgencio Baez, onco-hématologue hospitalier, confiait à l’association SOS Nicaragua France dans sa Newsletter de mai : «Nous savons que nous sommes dans la partie de la montée exponentielle de la contagion, avec la contagion communautaire. Il y a plusieurs morts, sans connaître le nombre exact. Ce que nous entendons quotidiennement et ce que nous voyons concernant les personnes décédées sont des foyers à Chinandega, Managua, Masaya et Matagalpa».

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Déjà faible auparavant, poursuivait le médecin, le système de santé nicaraguayen n’avait aucune chance contre la pandémie. Privés de tout appui gouvernemental, notamment de toute statistique puisque les quelques tests disponibles restent le monopole de l’Etat, les soignants sont débordés et bien sûr menacés eux-mêmes d’infection à tout moment.

L’ennemi devant eux avec la pandémie, mais aussi derrière eux en la personne de leur propre Président, les soignants du Nicaragua n’ont pas seulement la santé, et la vie, de leurs seuls compatriotes mais aussi des peuples de toute l’Amérique centrale.

Seul moyen de leur permettre de vaincre : les aider directement, en passant outre leur gouvernement. C’est ce qu’a entrepris SOS Nicaragua France, à travers une campagne de dons sur son espace HelloAsso.

L’Association of World Citizens défend l’action citoyenne en plus de celle de l’Etat, voire à la place et, s’il le faut, contre l’Etat. Ici, à la place suffit déjà bien, la société civile devant assumer seule et sans aide, envers son peuple et les pays voisins, la responsabilité que l’Etat ne reconnaît pas. Seule et sans aide, sauf si le peuple du monde vient à son secours.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

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Condamnée pour avoir défendu ses clients : Maître Najet Laabidi, la valeur d’un symbole

In Being a World Citizen, Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, World Law on March 30, 2020 at 7:05 AM

Par Bernard J. Henry

Il est des années qui marquent l’histoire d’un pays, mais aussi celle d’une association. L’année 1961 est, pour l’Allemagne, celle de la construction du Mur de Berlin, qui allait devenir le symbole le plus douloureux de la Guerre Froide, de même qu’elle est l’année de la création, au Royaume-Uni, d’Amnesty International. Cinquante ans plus tard, pour la Tunisie, 2011 est l’année d’une révolution victorieuse du peuple contre la dictature, la première de son genre dans le monde arabe. Pour l’Association of World Citizens (AWC), c’est l’année de la disparition de son Président-fondateur, Douglas Mattern, emporté par un cancer dans la banlieue de San Francisco.

Mais c’est aussi l’année où nous avons commencé à suivre un cas individuel sur lequel, au début de la décennie nouvelle et au milieu de la tragédie mondiale sur laquelle elle s’ouvre, nous travaillons toujours. L’un des volets de ce cas vient de connaître son dénouement en justice, un dénouement qui, pour n’être pas des plus sévères, ne peut pourtant nous satisfaire. Car lui aussi est porteur d’un symbole, lourd, trop lourd et menaçant.

Civile jugée par des militaires, avocate punie pour avoir défendu

Ce cas, c’est celui de Najet Laabidi, avocate, Défenseure des Droits Humains (DDH). Comme nous l’écrivions le 27 mai 2017 dans notre article «Najet Laabidi, avocate engagée pour l’Etat de droit en Tunisie» :

«Le 8 novembre 2011, choisie et contactée pour représenter des victimes de mauvais traitements dans l’affaire Barakat Essahel, l’avocate subit un déluge d’insultes et de menaces de la part de proches d’anciens officiels de l’Etat poursuivis en justice pour avoir torturé des prisonniers politiques sous Ben Ali. D’abord par téléphone avant le procès, puis le jour venu, en pleine salle d’audience.

La police militaire évacue les auteurs des injures et menaces, mais ne lève pas le petit doigt pour protéger l’avocate. Il lui est ordonné de ne pas quitter le prétoire jusqu’à ce que tout le monde soit sorti. Elle décline une proposition de la raccompagner en voiture. Le ton est donné de ce que seront les années qui suivent pour Najet Laabidi.

Quatre ans plus tard, deuxième round. Le 26 novembre 2015, elle plaide lors d’une audience d’opposition contre Ezzedine Jenayeh, ancien Directeur de la Sûreté nationale sous Ben Ali, condamné par contumace pour délit de violences dans l’affaire Baraket Essahel et qui conteste le jugement. D’entrée, la procédure consacre l’arbitraire.

[…]

[Devant le Tribunal militaire, Najet Laabidi avait accusé Leila Hammami, juge du Tribunal militaire de Première instance,] de partialité, les propos de Najet Laabidi ayant été filmés puis diffusés sur les réseaux sociaux. «Dans ma vidéo,» rappelle l’avocate, «j’ai évoqué les circonstances de l’impunité, j’ai souligné que le Tribunal militaire ne pouvait pas consacrer les principes d’un procès équitable car, dans ce corps d’Etat, il y a toujours la corruption». Nouvelle plainte de Leila Hammami le 21 décembre 2015, la magistrate versant au dossier un CD de l’enregistrement de Najet Laabidi lui disant ses quatre vérités.

Il n’en faut pas plus au Procureur général près la Cour d’appel de Tunis pour lancer des poursuites sur le fondement de l’Article 128 du Code pénal pour «outrage à un fonctionnaire public». Convoquée le 1er février 2016 devant le juge d’instruction du Tribunal de première instance de Tunis, Najet Laabidi refuse de comparaître. Le 12 octobre 2016, elle est condamnée par contumace à un an d’emprisonnement.

Informée de sa condamnation seulement le 24 avril dernier, l’avocate y fait opposition. A l’issue de son audience le 10 mai dernier, Najet Laabidi est condamnée à six mois de prison, décision dont elle interjette immédiatement appel. Mais qui n’aurait jamais dû intervenir en premier lieu, puisque ce qu’on lui reproche, outre peut-être son appartenance à un parti politique d’opposition, c’est d’avoir agi comme ce qu’elle est – une avocate.»

Qu’importe que tant la Constitution tunisienne que le droit international des Droits Humains interdisent la comparution de civils devant les juridictions militaires, dont les justiciables sont par définition les seuls membres des forces armées. Najet Laabidi comparaît le 27 juin 2019 devant le Tribunal militaire de Première instance de Tunis. A l’issue d’une délibération aux allures d’interminable, le 12 mars 2020, l’avocate est reconnue coupable et condamnée à une amende symbolique de huit dinars tunisiens, soit 2,50 € ou $2,79.

L’ONG FrontLine Defenders annonce la condamnation de Maître Najet Laabidi

Mieux vaut une amende symbolique qu’une peine d’emprisonnement ferme, certes, comme celle qui lui aurait été à coup sûr infligée pour les mêmes faits sous Ben Ali. Mais cela reste trop, car justement, c’est un symbole.

Une Défenseure des Droits Humains humiliée

Ce n’est un secret pour personne, le droit tunisien est un héritier direct du droit français, qui l’a construit pendant la période de protectorat de la France en Tunisie de 1881 à 1956. A cette exception près que la justice tunisienne ne dispose pas d’un instrument historique et juridique majeur comme la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen proclamée en France en 1789, aujourd’hui partie intégrante de la Constitution de la République française. Les formes y sont, mais jusqu’en cette année 2011, le fond, les justiciables tunisiens avaient pris l’habitude de s’en passer. Sauf peut-être les opposants et DDH qui garnissaient régulièrement les cellules du régime. Et ce droit français recèle un intriguant symbole.

Que ce soit au civil ou en tant que partie civile dans un procès pénal ou criminel, il est possible de demander à son adversaire, qui sera au pénal le prévenu et l’accusé en cour d’assises, un «euro symbolique» de dommages et intérêts, descendant logique du «franc symbolique» qui servait la même fonction. Lorsqu’il ne s’agit pas de balayer les accusations du public d’opportunisme financier, surtout si l’adversaire est notoirement aisé, l’euro symbolique est une solution commode pour faire reconnaître du juge son préjudice d’estime sans avoir à demander une somme conséquente qui ne serait jamais accordée, tant il serait impossible de prouver un préjudice moral ou financier conséquent. Pour autant, l’euro symbolique n’en peut pas moins servir d’outil de vexation envers la partie condamnée, qui se voit ainsi refuser toute idée de puissance et réduire au dénuement moral.

Condamner Najet Laabidi à huit dinars symboliques, comme elle aurait pu l’être à un «dinar symbolique», c’est envers elle une double insulte. D’abord parce qu’elle n’a commis aucun acte qui eût pu lui valoir une comparution en justice, ayant rempli ses charges d’avocate et aucun Etat se voulant un Etat de droit ne peut judiciariser quiconque pour cela ; voilà qui, à bon droit, interroge sur l’Article 128 du Code pénal tunisien et son intitulé périlleusement vague d’ «outrage à un fonctionnaire public». Ensuite, parce que c’est sa qualité de DDH elle-même qui s’en trouve niée, ses juges lui accordant la faveur d’une peine clémente alors que la moindre conscience juridique aurait dû les amener à une seule et unique conclusion, celle de l’iniquité de toute peine même symbolique envers elle, professionnelle du droit œuvrant pour la défense des valeurs mêmes qui avaient fait descendre les Tunisiens dans la rue et, in fine, amené la chute du régime Ben Ali puis l’avènement du système actuel, ce système dont ces mêmes juges font partie.

En ce sens-là, oui, l’amende infligée à Najet Laabidi a la valeur d’un symbole. Le symbole d’une Tunisie qui, depuis 2011, avance vers l’Etat de droit mais bien souvent trébuche. Dans notre article du 18 mars 2018 intitulé «Maître Najet Laabidi de nouveau visée par les autorités tunisiennes», nous notions encore :

«Si l’on juge un pays sur la manière dont il traite les personnes handicapées, alors la Tunisie a besoin d’un bon avocat. Et si l’on juge un pays au respect que les pouvoirs publics accordent aux avocats, alors la terre du Jasmin semble en chute libre vers l’indéfendable».

Autant dire que Najet Laabidi a elle aussi, plus encore, la valeur d’un symbole. Le symbole des DDH de tous parcours de vie et milieux professionnels, même si les praticiens du droit sont par définition mieux armés pour défendre, qui permettent tant soit peu à cette Tunisie en chute libre de se raccrocher aux branches. La valeur d’un symbole à défendre, car de là dépend la réalité de demain de l’Etat de droit en Tunisie. Et partout ailleurs, parce qu’un symbole de liberté n’a pas de frontières.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

A Vibrant World Civil Society

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Democracy, Europe, Human Rights, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II on January 4, 2020 at 11:21 PM

By René Wadlow

The term “civil society” came into extensive use especially in Europe in the mid -1970s as efforts to bridge the East-West divide and prevent the dangers of war in Europe. As Mary Kalder writes “A group of us launched the European Nuclear Disarmament (END) Appeal for a nuclear-free Europe. The Appeal attracted thousands of signatures from all over Europe and beyond and was one of the mobilizing documents of the new peace movement which sprang up in Western Europe in the early 1980s. The Appeal called for nuclear disarmament through unilateral, bilateral, and multilateral means, but it was also an appeal to end the Cold War. It accorded responsibility in the Cold War to both the United States and the Soviet Union and insisted on the link between disarmament and democracy.” (1)

Ernest Gellner

The END Appeal looked to positive action from “civil society” within the Soviet bloc which was starting to be vocal outside of the government-controlled peace organizations which largely reflected Soviet government policy in their interaction with Western peace-disarmament non-governmental organizations. As Ernest Gellner writes, “Civil Society is the idea of institutional and ideological pluralism, which prevents the established monopoly of power and truth and counterbalances those central institutions which though necessary, might otherwise acquire such monopoly. The actual practice of Marxism had led, wherever it came to be implemented to what might be called Caesaro-Papism-Mannonism to the near total fusion of the political, ideological, and economic hierarchies. The state, the church-party, and the economic managers were all parts of one single nomenclature… Civil Society is that set of diverse nongovernmental institutions which is strong enough to counterbalance the state and, while not preventing the state from fulfilling its role as keeper of the peace and arbitrator between major interests, can nevertheless prevent it from dominating and atomizing the rest of society.” (2)

Vaclav Havel

Vaclav Havel, although he later became president of a State, was a valuable symbol of the efforts to develop a civil society. “We emphasized many times that the struggle we had taken on had little in common with what is traditionally understood by the expression ‘politics.’ We discussed such concepts as non-political politics, and stressed that we were interested in certain values and principles and not in power and position. We emphasized the importance of the spirit, the importance of truth and said that even spirit and truth embody a certain kind of power.” (3)

Today, more than in the recent past, we are faced with a revival of the Caesaro-Papism-Mannonism States whose interactions, especially in the wider Middle East, could lead to armed conflicts. In addition to the Caesaro-led States, the world society faces terrorism as movements with goals, gurus, ideologues, myths and martyrs. Thus there is a need to develop and structure a world-wide civil society. The concept of civil society is probably the platform for future progressive action. The global civil society is a ‘power shift’ of potentially historic dimensions with bonds of trust, shared values and mutual obligations which cross national frontiers. With the war drums starting to beat, creative action is needed now.

Notes

1) Mary Kaldor (Ed.), Europe from Below (London: Verso, 1991)
2) Ernest Gellner, Conditions of Liberty: Civil Society and its Rivals (London: Penguin Books, 1996)
3) Vaclav Havel in Mary Kalder (Ed.), Europe from Below.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Harvin Khalaf : Une lumière s’est éteinte, mais la réconciliation reste à faire

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Cultural Bridges, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, Middle East & North Africa, Solidarity, Syria, The Search for Peace, War Crimes, World Law on October 22, 2019 at 12:16 PM

Par René Wadlow

Le 12 octobre 2019, Havrin Khalaf, Co-secrétaire générale du Parti de l’Avenir de la Syrie, a été abattue à un barrage routier par la milice Ahrar al-Shargiya soutenue par la Turquie. Le Parti de l’Avenir de la Syrie avait été formé en mars 2018 à Raqqa afin de créer «une Syrie démocratique, pluraliste et décentralisée». Le Parti était actif au sein de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie – région souvent désignée par les Kurdes en tant que Rojava. La région présente une haute diversité, tant de par les groupes qui la peuplent que par les religions qui y sont représentées. Le Parti de l’Avenir de la Syrie cherchait donc à bâtir des ponts de compréhension entre Kurdes, Arabes, Turkmènes et tous les autres groupes, ainsi qu’entre Musulmans, Chrétiens et Yézidis. L’espoir était que cet effort pour bâtir des passerelles devienne un exemple pour tout le reste de la Syrie.

Avant même le début des combats en Syrie en 2011, la société syrienne était divisée selon des critères ethniques et religieux. Les hostilités, le déplacement de populations, la montée de l’Etat islamique (Daesh) n’ont fait qu’accroître les divisions ethniques et religieuses. Dans de nombreux cas, la confiance entre les groupes a été brisée, et même la coopération a minima qui se manifestait à travers des liens économiques a volé en éclats. Rebâtir la coopération, et c’était l’un des buts principaux du Parti de l’Avenir de la Syrie, s’avérera difficile. L’incursion des forces turques et de leurs alliés syriens au nord-est de la Syrie va rendre la coopération par-delà les divisions ethniques et religieuses encore plus ardue.

A elle seule, Havrin Khalaf symbolisait cet effort de réconciliation. Elle était également un symbole de la quête pour l’égalité entre femmes et hommes. Femme kurde, elle avait pour Co-secrétaire général du Parti de l’Avenir de la Syrie un homme arabe. Femme dotée d’une solide éducation – elle avait été diplômée de l’Université d’Alep en 2009 – elle était particulièrement active en matière d’autonomie et de renforcement des femmes. Elle avait souvent officié comme porte-parole auprès de diplomates, journalistes, et travailleurs humanitaires en visite dans la région. Jouissant d’une haute visibilité, elle n’a pu être tuée que de manière délibérée. En même temps qu’elle, le chauffeur de la voiture du Parti à bord de laquelle elle se déplaçait a trouvé la mort.

Le danger est réel de voir de tels assassinats se multiplier avec l’avancée des troupes turques et l’expansion permanente de leur contrôle sur ce qu’ils appellent, non sans ironie, une « zone de sécurité ». Déjà dans un passé récent, l’occupation turque de la région d’Afrin a entraîné des déplacements de population, des pillages, des prises d’otages et des tortures. Il est également à craindre que les territoires du nord-est de la Syrie récemment repassées sous le contrôle du Gouvernement syrien ne soient pas épargnées par les crimes de vengeance, ni par les violations des Droits Humains ou du droit humanitaire international pour des motifs politiques.

Avec le décès de Havrin Khalaf à trente-quatre ans, une lumière vient de s’éteindre. Mais la réconciliation reste à faire. Il faut des voix nouvelles. Nous qui vivons en dehors de la Syrie, nous devons voir ce que nous pouvons faire pour faciliter ce rôle vital de construction de ponts entre les êtres humains.

Le Professeur René Wadlow est Président de l’Association of World Citizens.

Havrin Khalaf: A Light Has Gone Out But The Tasks of Reconciliation Remain

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Cultural Bridges, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, Middle East & North Africa, Solidarity, Syria, The Search for Peace, War Crimes, World Law on October 22, 2019 at 10:02 AM

By René Wadlow

On October 12, 2019, Havrin Khalaf, the Co-Secretary-General of the Future Syria Party was shot to death at a roadblock by the Turkish-backed militia, Ahrar al-Shargiya. The Future of Syria Party had been formed in March 2018 in Raqqa with its aim of a “democratic, pluralistic, and decentralized Syria.” The Party was active in the Autonomous Administration of North and East Syria — an area often referred to by the Kurds as Rojava. The area is highly diverse in both population groups and religions. Thus, the Future Syria Party wanted to build bridges of understanding among Kurds, Arabs, Turkmen, and other ethnic groups as well as among Muslims, Christians and Yezidis. The hope was that this bridge-building effort would become a model for all of Syria.

Even before the fighting began in Syria in 2011, the Syrian society was divided along ethnic and religious lines. The fighting, the displacement of people, the rise of the Islamic State (ISIS) has increased ethnic and religious divisions. In many cases, trust among groups has been broken, and even minimal cooperation through economic links has been broken. Rebuilding cooperation, a chief aim of the Future Syria Party, will be difficult. The move of Turkish forces and their Syrian allies into northeast Syria will make cooperation across ethnic and religious divides even more difficult.

Havrin Khalaf was a symbol of this reconciliation effort. She was also a symbol of the quest for equality between women and men. As a Kurdish woman she had an Arab man as Co-Secretary-General of the Party. As an educated woman – she received a degree from the University of Aleppo in 2009 – she was particularly active for the empowerment of women. She often served as spokesperson for visiting diplomats, journalists, and aid workers. As a highly visible person, her killing was deliberate. The driver of the Party car she was in was also killed at the same time.

There is a real danger that such killings increase as Turkish troops advance and control an ever-larger part of what the Turks have ironically called “the safe zone.” Earlier Turkish occupation of the Efrin area has led to the displacement of people, looting, hostage-taking and torture. We can also fear that areas in northeast Syria newly under the control of the Syrian Government will not be free from revenge killings and politically-motivated violations of human rights and international humanitarian law.

With the death of Havrin Khalaf at the age of 34, a light has gone out. The tasks of reconciliation remain. New voices are needed. We outside of Syria must see how best we can facilitate this vital role of bridge-building.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

جمعية المواطنين العالمية تدعو للسلام في ليبيا

In Africa, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, Libya, Middle East & North Africa, NGOs, The Search for Peace, Track II, United Nations on May 8, 2019 at 4:25 PM

Libya: Will the UN Appeal for a Halt to the March on Tripoli Be Heard?

In Africa, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Libya, Middle East & North Africa, NGOs, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on April 10, 2019 at 9:51 PM

By René Wadlow

With the administrative-political situation in Libya badly stalemated and a meeting for negotiations to be held April 14-16 unlikely to make progress, on Thursday, April 4, 2019, General Khalifa Haftar, one of the key players in the drama decided to start a “March on Tripoli” and to take overall power by force.

Most of the significant buildings in Libyan cities were built by Italians during the Fascist period, when Libya was an Italian colony. Thus, General Haftar has patterned himself on Mussolini’s 1922 “March on Rome”. In 1922, the diplomats of most States looked away when Mussolini marched or the diplomats took it as a domestic affair.

In 2019, the “March on Tripoli” has drawn more international attention and concern. The United Nations (UN) Secretary-General, Antonio Guterres, met with Haftar a few hours before the March began. Guterres was in Libya to facilitate the April 14-16 meeting on which his Special Representative, Ghassan Salamé, has been working for some time in the hope of drawing a road map for long-delayed elections. On Friday, April 5, the UN Security Council held a closed-door emergency meeting. The Security Council called for a halt to the March on Tripoli and the de-escalation of the growing armed conflict.

The Security Council recognized the real possibilities of broader armed conflict and its consequences on the civilian population. In the recent past, the Libyan armed factions have violated the laws of war and have a sad record of abuses against civilians.

We will now have to see if Khalifa Haftar is more open to international appeals than was Benito Mussolini. My impression is that the goal of holding overall power is stronger than the respect of international law. However, even a successful “March on Tripoli” will not create the conditions for an administration of a culturally and geographically-diverse country. New and appropriate constitutional structures must be developed.

There cannot be a return to the earlier Italian colonial structures, nor to the forms of government at independence developed by King Idris al Sanussi which depended largely on his role as a religious leader using religious orders, nor the complicated pattern of “direct democracy” developed by Muammar al-Qadhafi. The Association of World Citizens has proposed the possibility of con-federal structures.

The post 2011 Libyan society faces large and complex issues. Resolving the institutional, economic and political issues is urgent and cannot be settled by elections alone. There are three distinct regions which must have some degree of autonomy: Tripolitania and Cyrenaica both bordering the Mediterranean and Fezzan in the southern Sahara. Within each of the three regions there are differing and often rival tribal societies which are in practice more kinship lines than organized tribes. (1) There are differing economic interests and there are differing ideologies ranging from “Arab Socialism” to the Islamist ideology of the Islamic State which has spread from its Syrian-Iraqi base.

The situation is critical, and the next few days may be crucial for the future of the country.

Note

1) See J. Davis. Libyan Politics, Tribes and Revolution (London: I. B. Tauris, 1987)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Syria: Concerns Raised and Possible Next Steps

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, Middle East & North Africa, Migration, NGOs, Refugees, Solidarity, Syria, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law on March 16, 2019 at 8:52 AM

By René Wadlow

March 15 is widely used as the date on which the conflict in Syria began. March 15, 2011 was the first “Day of Rage” held in a good number of localities to mark opposition to the repression of youth in the southern city of Daraa, where a month earlier young people had painted anti-government graffiti on some of the walls, followed by massive arrests.

I think that it is important for us to look at why organizations that promote nonviolent action and conflict resolution in the US and Western Europe were not able to do more to aid those in Syria who tried to use nonviolence during the first months of 2011. By June 2011, the conflict had largely become one of armed groups against the government forces, but there were at least four months when there were nonviolent efforts before many started to think that a military “solution” was the only way forward. There were some parts of the country where nonviolent actions continued for a longer period.

There had been early on an effort on the part of some Syrians to develop support among nonviolent and conflict resolution groups. As one Syrian activist wrote concerning the ‘Left’ in the US and Europe but would also be true for nonviolent activists “I am afraid that it is too late for the leftists in the West to express any solidarity with the Syrians in their extremely hard struggle. What I always found astonishing in this regard is that mainstream Western leftists know almost nothing about Syria, its society, its regime, its people, its political economy, its contemporary history. Rarely have I found a useful piece of information or a genuinely creative idea in their analyses “(1)

A Syrian opposition rally in Paris
(C) Bernard J. Henry/AWC

In December 2011, there was the start of a short-lived Observer Mission of the League of Arab States. In a February 9, 2012 message to the Secretary General of the League of Arab States, Ambassador Nabil el-Araby, the Association of World Citizens (AWC) proposed a renewal of the Arab League Observer Mission with the inclusion of a greater number of non-governmental organization observers and a broadened mandate to go beyond fact-finding and thus to play an active conflict resolution role at the local level in the hope to halt the downward spiral of violence and killing. In response, members from two Arab human rights nongovernmental organizations (NGO) were added for the first time. However, opposition to the conditions of the Arab League Observers from Saudi Arabia let to the end of the Observer Mission.

On many occasions since, the AWC has indicated to the United Nations (UN), the Government of Syria and opposition movements the potentially important role of NGOs, both Syrian and international, in facilitating armed conflict resolution measures.

In these years of war, the AWC, along with others, has highlighted six concerns:

1) The widespread violation of humanitarian law (international law in time of war) and thus the need for a UN-led conference for the re-affirmation of humanitarian law.

2) The widespread violations of human rights standards.

3) The deliberate destruction of monuments and sites on the UNESCO World Heritage list.

4) The use of chemical weapons in violation of the 1925 Geneva Protocol signed by Syria at the time, as well as in violation of the more recent treaty banning chemical weapons.

5) The situation of the large number of persons displaced within the country as well as the large number of refugees and their conditions in Turkey, Lebanon, and Jordan. In addition, there is the dramatic fate of those trying to reach Europe.

6) The specific conditions of the Kurds and the possibility of the creation of a trans-frontier Kurdistan without dividing the current States of Syria, Iraq, Turkey and Iran.

These issues have been raised with diplomats and others participating in negotiations in Geneva as well as with the UN-appointed mediators. In addition, there have been articles published and then distributed to NGOs and others of potential influence.

The Syrian situation has grown increasingly complex since 2011 with more death and destruction as well as more actors involved and with a larger number of refugees and displaced persons. Efforts have been made to create an atmosphere in which negotiations in good faith could be carried out. Good faith is, alas, in short supply. Efforts must continue. An anniversary is a reminder of the long road still ahead.

Notes:

(1) Yassin al-Haj Saleh in Robin Yassin-Kassal and Leila Al-Shami, Burning Country, Syrians in Revolution and War (London: Pluto Press, 2015, p. 210)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

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