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Archive for the ‘Middle East & North Africa’ Category

Appel Urgent à Cesser la Violence dans la Région de Jérusalem et Gaza

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Human Rights, Humanitarian Law, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, War Crimes on May 13, 2021 at 2:01 PM

L’Association of World Citizens, qui s’emploie à mettre fin aux conflits armés par des négociations de bonne foi, adresse un Appel Urgent à toutes les parties pour mettre fin à la violence dans la région de Jérusalem et Gaza. Dans cette situation hautement inflammable, tout instant ouvre la voie à une montée du conflit. La violence peut entraîner une violence encore plus importante et s’étendre à d’autres endroits encore, une indication en étant les récentes violences dans la ville de Lod.

L’Association of World Citizens en appelle à toutes les parties afin de s’abstenir de toute action provocatrice. Comme le disait le Citoyen du Monde et psychologue Bruno Bettelheim, «La violence est le comportement de quelqu’un d’incapable d’imaginer d’autres solutions aux problèmes qui se présentent». En conséquence, l’Association of World Citizens en appelle à une pensée créatrice pour trouver de nouvelles approches en vue d’une vie en commun coopérative et harmonieuse entre Israéliens et Palestiniens.

Le Professeur René WADLOW est Président de l’Association of World Citizens.

Urgent Appeal to Halt Violence in the Jerusalem-Gaza Area

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Human Rights, Humanitarian Law, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, War Crimes on May 13, 2021 at 2:01 PM

The Association of World Citizens, devoted to ending armed conflicts through negotiations in good faith, addresses an Urgent Appeal to all parties to halt violence in the Jerusalem-Gaza area. In this highly inflammatory situation, there can be an escalation to the conflict at any point. Violence can lead to ever greater violence and can spread to other areas, an indication of which is the recent violence in the city of Lod.

The Association of World Citizens calls upon all parties to refrain from provocative action. As World Citizen and psychologist Bruno Bettelheim wrote, “Violence is the behavior of someone incapable of imagining other solutions to the problems at hand.” Therefore, the Association of World Citizens calls for creative thinking for new approaches to cooperative and harmonious living together of Israelis and Palestinians.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Pourparlers de paix en Afghanistan : Les femmes qui devraient être reines

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Human Rights, International Justice, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace, Track II, War Crimes, Women's Rights, World Law on March 8, 2021 at 7:00 AM

Par Bernard J. Henry

«Quand vous êtes blessé et abandonné sur les plaines d’Afghanistan, et que les femmes arrivent pour découper ce qu’il reste de vous, dépêchez-vous de rouler jusqu’à votre carabine, de vous faire sauter la cervelle et d’aller vers votre dieu comme un soldat», disait Rudyard Kipling, l’écrivain britannique dont le culte de la virilité, notamment militaire, transpire à travers son œuvre. En témoigne son poème «If», «Si …», traduit en français par André Maurois dans Les silences du colonel Bramble et parfois désigné par son vers final, «Tu seras un homme, mon fils».

Le même Kipling qui nous racontait, dans The Man Who Would Be King, en français L’homme qui voulut être roi, la fable de deux Anglais qui se jurent de découvrir le pays perdu du Kafiristan, niché quelque part entre Afghanistan et Pakistan, alors colonies britanniques. Ils y parviennent et, lors d’un affrontement avec des indigènes, un hasard fait que l’un des deux, Daniel Dravot, est subitement pris pour un dieu. Conduit à la capitale de ce pays rendu au culte d’Alexandre le Grand, il est proclamé fils du conquérant et couronné roi. Mais lorsqu’il épouse une jeune fille pour fonder sa dynastie, celle-ci le démasque. Dravot exécuté en public, son comparse supplicié puis libéré rentre en Inde en emportant sa tête encore ornée de la couronne.

L’histoire est fictive, mais le Kafiristan existe. Aujourd’hui le Nouristan, il est une province orientale de la République islamique d’Afghanistan, un pays où, loin des aventures viriles que rêvait Kipling, des femmes mènent une lutte quotidienne – une lutte pour la paix.

Vingt ans d’une paix introuvable

Depuis l’invasion soviétique de 1980, suivie de huit ans de combats entre régime communiste soutenu par Moscou et Mojahedin, combattants de la résistance – parmi lesquels se trouvait un groupe alors soutenu par les Etats-Unis, dénommé Al-Qaïda et commandé par un Saoudien du nom d’Osama bin Laden – le pays n’a jamais connu que la guerre, dont était sorti en 1996 l’ «Émirat islamique d’Afghanistan», créé par la milice islamiste des Talibans qui avait fait du même Osama bin Laden l’un de ses ministres, bien à l’abri pour lancer ses attaques terroristes contre son ancien allié américain le 11 septembre 2001. L’intervention militaire internationale qui avait ensuite mis fin à la folie meurtrière des Talibans n’a jamais engendré une paix durable.

Comme le chante Pierre Perret, “Quand la femme est grillagée, Toutes les femmes sont outragées.” (C) USAID

En presque vingt ans, plusieurs initiatives ont été lancées sous les présidences successives de Hamid Karzai et Ashraf Ghani, mais l’obstination des Talibans a mis à néant tous les efforts. Après un traité signé en 2016 avec un autre mouvement islamiste armé, le Hezb-e Islami Gulbuddin, des pourparlers de paix avec les Talibans se sont enfin ouverts en septembre dernier à Doha, la capitale du Qatar. Mais les discussions piétinent. Malgré des propos lénifiants, les Talibans démontrent encore et toujours la même haine d’une partie bien ciblée de la population, contre laquelle ils avaient déchaîné du temps de leur «émirat» toute leur répression – les femmes.

Les puissances étrangères engagées en Afghanistan n’ont pas oublié les cinq années de ce que les Talibans voulaient le régime islamique «le plus rigide au monde», ni les femmes cloîtrées chez elles, autorisées à sortir seulement sous la burqa et, lorsqu’accusées d’adultère, lapidées. Pas de paix au prix d’un retour à cette époque, insiste-t-on à Doha. Parfait. Mais s’il n’est pas question d’une paix aux dépens des droits des femmes, pourquoi alors maintenir les Afghanes en dehors des pourparlers ?

Les droits des femmes, nerf de la guerre

Réduites au silence sous les Talibans, devenues comme fantômes sous leurs burqas, les femmes ont su depuis 2001 profiter de leur liberté retrouvée. Certes voilées en public comme leurs sœurs iraniennes, dans cette République islamique d’Afghanistan dont le nom rappelle celui du voisin de l’ouest, les Afghanes n’en ont pas moins su faire entrer le vent dans leurs voiles.

Comme le rappelle Amnesty International, elles sont avocates, médecins, magistrates, enseignantes, ingénieures, athlètes, militantes, politiciennes, journalistes, bureaucrates, entrepreneuses, policières, soldates. Et ce sont aujourd’hui 3 300 000 petites Afghanes qui sont scolarisées, se préparant à marcher dans les pas de leurs aînées.

Et pourtant. La tentation existe pour Kaboul, du jour au lendemain, de décider que la paix avec l’irréductible ennemi taliban vaut bien de brûler les (re)conquêtes de ses citoyennes. Elles le savent. Farahnaz Forotan, journaliste de vingt-huit ans contrainte à l’exil car figurant sur une liste de personnes à abattre des Talibans, le sait mieux que toute autre. Pour dire le refus des Afghanes de voir leurs droits transformés en monnaie d’échange, elle a lancé la campagne MyRedLine (Ma ligne rouge) désignant la ligne à ne pas franchir à Doha.

Farahnaz Forotan

Dans l’État afghan, la paix s’écrit au masculin. Un Ministre d’État à la Paix a été nommé au sein du Gouvernement, auquel s’ajoute un Haut Conseil de la Réconciliation nationale dirigé par Abdullah Abdullah, ancien Ministre des Affaires Étrangères et candidat malheureux à la présidentielle de 2014. Pour l’équipe Ghani, la paix est une urgence, et qui dit urgence dit sacrifices. Les droits des femmes étant le nerf de la guerre, pour une paix qu’il faut obtenir à tout prix, le premier sacrifice sera de les brûler, craignent-elles légitimement de leurs propres autorités. Des mêmes hommes qui, salués voilà vingt ans comme les vainqueurs des Talibans, sont désormais prêts à de lourdes pertes à leur profit.

Et elles ont raison, car il est déjà un droit que le Gouvernement afghan leur a retiré en vue des pourparlers de paix – tout simplement, celui d’y participer. Impardonnable erreur.

Elles sauront faire la paix

Se croire habilité à toutes les concessions à l’ennemi parce que, l’ayant déjà vaincu une fois, l’on n’a pas réussi à le vaincre une seconde fois et qu’une paix doit être conclue d’urgence, un maréchal français l’avait déjà tenté, et depuis, son nom reste associé à la Shoah, même si, aujourd’hui comme hier, d’aucuns au sommet de l’Etat prônent une «patience malvenue», comme le chante Louis Chedid dans Anne, ma sœur Anne, envers le souvenir de l’inacceptable.

Si les hommes à la tête de l’Afghanistan sont prêts à emprunter ce même chemin, il leur faudra se souvenir que, pendant qu’entre leurs mains parlaient les armes, les femmes ont su mener leur propre lutte contre les Talibans, mais sans tuer ni blesser quiconque, luttant non pour le pouvoir mais pour le bien de toutes et tous, à commencer par les victimes les plus démunies des conflits armés, toujours et partout – les enfants.

Ainsi d’Ayesha Aziz, enseignante et directrice d’école, membre du Hezb-e Islami identique aux Talibans dans les idées mais qui, historiquement plus pragmatique, a conclu la paix avec le Gouvernement afghan. Avec Ayesha Aziz parmi les membres de sa délégation.

Ayesha Aziz (C) USIP

Déployant des talents de négociation et de diplomatie que d’autres s’interdisent de voir du seul fait qu’elle est une femme, elle a réussi à obtenir des Talibans l’ouverture d’écoles pour filles, des écoles qu’elle finance par le biais d’une entreprise de raffinement de pierres semi-précieuses qu’elle a créée et où elle engage des femmes par centaines. S’appuyant sur «le respect, l’humour et l’Islam», Ayesha Aziz obtient des résultats spectaculaires auprès de l’implacable milice islamiste.

Pour elle, la paix doit passer par le dialogue entre les femmes, celles du camp Ghani et les Talibanes, ainsi que par les zones rurales plutôt que par le sommet de l’État.

Très bien, pourrait-on dire, mais tout cela reste au niveau national et la paix se construit également avec des partenaires internationaux ; malgré tout son mérite, Ayesha Aziz ne semble pas taillée pour avoir affaire à eux. Si l’on pense ainsi, qu’à cela ne tienne. Palwasha Kakar, elle, sait parler hors de l’Afghanistan la langue que les décideurs doivent entendre.

Palwasha Kakar, lors de son témoignage devant le Congrès des Etats-Unis (C) USIP

Responsable principale du Programme Religion et Sociétés inclusives à l’United States Institute of Peace (USIP) de Washington, Palwasha Kakar a consacré plus de onze ans de sa vie à l’inclusion des femmes, l’engagement pour la paix des dignitaires religieux, la gouvernance et l’éducation dans son Afghanistan natal. A l’USIP, elle applique une approche comparative sur les femmes, la religion et la construction de la paix au Pakistan, en Libye, en Syrie, en Irak et au Myanmar. Son inspiration, elle la tient de ses sœurs afghanes qui, utilisant le cadre religieux, ont su négocier avec les Talibans pour des cessez-le-feu locaux, des libérations d’otages et des écoles pour filles.

Appelée à témoigner en 2019 devant le Congrès des Etats-Unis, témoignage capital au vu de la présence de deux mille cinq cents soldats américains en Afghanistan, Palwasha Kakar a rappelé que les femmes étaient essentielles au succès et à la durabilité de tout processus de paix, des pourparlers jusqu’à la mise en œuvre des accords, et qu’elles exigeaient une paix protégeant leurs acquis depuis 2001.

Pour les élus américains qui aimeraient trop Kipling, ce fut le temps d’un autre rappel. «A travers l’histoire de l’Afghanistan, les femmes ont toujours fait partie des processus de paix couronnés de succès. Même si l’on accorde toute la gloire à [l’empereur] Ahmed Shah Durrani pour avoir créé l’État d’Afghanistan moderne en 1747, c’est la contribution de Nazo Ana [poétesse et écrivaine] à l’unification des tribus qui se combattaient jusqu’alors pour ensuite affronter les Perses en 1709 qui fut la cheville ouvrière de la fondation de l’État afghan, ce qui lui a valu le titre de ‘Mère de la Nation afghane’. Quand les Talibans furent chassés du pouvoir en 2001 par les troupes américaines et leurs alliés, les femmes ont pris toute leur part au succès de l’accord politique du processus de Bonn et à la rédaction de la constitution qui a donné dix-huit ans de gouvernement démocratique stable, alors même que se poursuivaient les attaques des Talibans qui n’avaient pas été inclus dans le processus de Bonn».

Jadis, sans une femme, pas d’Afghanistan. Aujourd’hui, sans les femmes, pas d’Afghanistan libre. Demain, sans les femmes, un Afghanistan en paix est inconcevable.

La paix des femmes, seul espoir de survie

Professionnelles, citoyennes, militantes – mais indignes de donner la paix à leur pays.  A croire que les gouvernants afghans ont trop lu Kipling. Veulent-ils, à leur tour, être rois ? On le croirait pour peu, tant ils semblent craindre que, ceints de la couronne comme le fut Daniel Dravot de celle du Kafiristan, une femme censée les embrasser, mais refusant de se soumettre, ne les morde au sang et prouve que les faux dieux sont des mortels sans droit divin de régner.

Michael Caine (centre) et Sean Connery (droite) dans le film de John Huston L’Homme qui voulut être roi, d’après l’ouvrage de Rudyard Kipling, en 1975

Sans doute les femmes d’Afghanistan ne rêvent-elles pas d’être reines, laissant la futilité de ces fantasmes aux hommes pour se préoccuper de la vraie vie et de l’avenir. Mais lorsqu’il s’agit de rechercher la paix, juste et durable, impossible de ne pas penser qu’elles devraient être reines, autant que leurs compatriotes masculins se veulent rois, et pouvoir brandir leur sceptre face aux Talibans à Doha.

Blessé et abandonné sur les plaines d’Afghanistan, selon Kipling, il ne vous restait plus pour échapper à des femmes venues vous charcuter qu’à vous brûler la cervelle en un chevaleresque suicide. Sous les assauts des Talibans, c’est tout le peuple afghan qui git, blessé et abandonné, sur ses plaines rougies de sang. Voyant les femmes accourir pour le soigner et le relever, s’il leur prend la main, il saisit son ultime chance de survie. S’il choisit d’agripper son arme et se tirer une balle en refusant la paix des femmes, il voue son avenir à l’enfer.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

A New Start for Stability in Libya

In Africa, Conflict Resolution, Current Events, Libya, Middle East & North Africa, Solidarity, The Search for Peace, United Nations on February 17, 2021 at 10:21 PM

By René Wadlow

The 74 members of the Libya Political Dialogue Forum meeting in Geneva, Switzerland with the mediation of the United Nations, on February 5, 2021, announced the creation of a new executive authority for all of Libya. This interim unity government would lead the administration until national elections which are to be held on December 24, 2021. This interim executive authority has the mandate to fulfill the October 23, 2020 Ceasefire Agreement which calls for a permanent ceasefire and the withdrawal of all foreign fighters.

This new interim executive authority by its membership, tries to build a balance among the three geographic divisions of the country. It also tries to build on new faces which have been relatively not directly involved in the troubled situation since the 2011 end of the government of Muammar Qaddafi.

The new interim executive will have a three-person Presidency led by Mohammad Younes Memfi. He was born in 1958. He is an engineer and businessman from Misrata. He was educated in Canada and has not been directly involved in politics before. The other two members of the Presidency are Abdullah Hussein Al-Lafi, more involved in politics but not in the first ranks, and Mossa Al-Koni, an ethnic Tuareg from the south near the frontier with Mali. Abdul Hamid Mohammed Dbeibah will serve as Prime Minister under this new Presidency.

Mohammed Younes Memfi

There is still a long road ahead to create meaningful reconciliation among the divisions based on geography, tribal networks, and religious brotherhoods. At Independence in 1951, authority rested with King Sayyid Idris (1890-1983), the leader of an important Islamic Brotherhood who remained more concerned with religious reforms than with the structure of the government. (1)

When the military officers led by Colonel Muammar Qaddafi took power in a coup in September 1969, there was for a short time some discussion as to the forms that the government should take. Colonel Qaddafi wanted to do away with parliamentary government and representative elections in favor or people’s committees, a people’s congress and revolutionary committees – all held together by the ideological assumptions of his Third Universal Theory – a concept that embodied anti-imperialism, Arab unity, Islamic socialism and direct popular democracy. (2)

General Khalifa Haftar

Disagreements on the nature of the State had led to important divisions among the ruling circle, especially in 1975. However, all open discussions on the nature of the State, of the relations between State and society, of the place of tribes and of religious brotherhoods were considered subversive, in fact treason. In practice, but not in theory, decision-making was in the hands of Colonel Qaddafi, his family, friends, and tribal allies. (3)

Since the end of the Qaddafi government, the country has been largely divided into three unstable zones: The West with Tripoli as the main city, with a “Government of National Accord” led by Faiez Sarraj, an East around Benghazi, with the “National Libyan Army” under General Khalifa Haftar, and the south divided among many political, tribal factions.

However, both the West and the East contain different armed tribal groups, Islamic militias and armed groups linked to the exploitation of migrants, trafficking in arms and drugs. As the disorder dragged on, more and more outside States became involved to different degrees and in different ways: Russia, Turkey, Egypt, France, the USA and to some extent the African Union.

To what extent the new interim authority will be able to create public services, limit outside influences and create appropriate forms of government will have to be seen. Libya merits close attention.

Notes
1) For a useful analysis of Libyan governmental structures see J. Davis, Libyan Politics, Tribes and Revolution (London: I. B. Tauris, 1987)
2) See M. M. Ayoub, Islam and the Third Universal Theory: The religious thought of Muammar al Qadhdhafi (London: Kegan Pail, 1987)
3) See René Lemarchand (Ed), The Green and the Black, Qadhafi’s Politics in Africa (Bloomington: Indiana University Press, 1988)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

For a World Citizen Approach to Protecting Human Rights Defenders

In Africa, Asia, Being a World Citizen, Democracy, Europe, Human Rights, International Justice, Latin America, Middle East & North Africa, NGOs, Refugees, Solidarity, The Search for Peace, United Nations, World Law on January 19, 2021 at 6:28 PM

By Bernard J. Henry

What are, if any, the lessons to be learned from the COVID-19 crisis? As far as we, World Citizens, are concerned, the most important one is undoubtedly this: As we have been saying since the early days of our movement, global problems require global solutions.

Beyond the appearance of a mere self-serving statement, this traditional World Citizen slogan finds a new meaning today. Never has it been so visible and proven that national sovereignty can be not only a hurdle to solving global problems, but a full-scale peril to the whole world when abused. While many European nations were quick to react to the virus as a major health crisis right from early 2020, others led by nationalists, namely the USA, the UK and Brazil, adamantly refused to take any action, dismissing the virus as harmless if not non-existent. Just like an individual who is not aware of being sick can pass the disease on others while behaving without precaution, a country that does not act wisely can contribute dramatically to spreading the disease throughout the world. And that is what happened.

No use beating about the bush – that kind of behavior is a violation of human rights, starting with the right to life and the right to health. Even though COVID-19 is first and foremost a medical issue, it also has implications in terms of human rights. There comes a question which has been with us since the beginning of the century: In the absence of a global institution, such as a global police service, in charge of overseeing respect for human rights worldwide, what about the people devoting their lives to performing this duty of public service, these private citizens whom we call Human Rights Defenders (HRDs)? Before COVID-19 ever appeared, many of them were already in danger. While vaccines and medicines are being developed to counter COVID-19, there does not seem to be a cure in sight for the perils HRDs face every day.

Legal, legitimate, but unrecognized

HRDs, people defending human rights, have existed from the early days of human civilization in one form or another. Since 1948 and the adoption of the Universal Declaration of Human Rights (UDHR), followed by a number of treaties and similar declarations, it has obviously been viewed as more legitimate and legal to promote and protect rights which were now internationally recognized. The UDHR itself has made history by evolving from a non-binding resolution of the United Nations (UN) General Assembly to an instrument of customary international law, toward which states feel obligated through, as international law puts it, opinio juris. But in a postwar Westphalian world where only states had international legal personality, the people defending the rights enshrined in the UDHR, in other words HRDs, long remained deprived of formal recognition.

It all changed in 1998, when the UN General Assembly celebrated the half-century of existence of the UDHR by presenting it with a companion text, officially called Resolution 53/144 of December 9, 1998 but better known as the Declaration on the Right and Responsibility of Individuals, Groups and Organs of Society to Promote and Protect Universally Recognized Human Rights and Fundamental Freedoms – in short, the Declaration on Human Rights Defenders (DHRD).

Like the UDHR, the DHRD was born “soft law”. But the resemblance stops there. In twenty-two years of existence, the DHRD has been nowhere near accepted by states under opinio juris. Accepting international human rights is one thing, but endorsing the creation, if only morally speaking, of an international category of people authorized to go against the state to promote the same rights, well, that continues to be more than the nation-state can live with. Everywhere in the world, HRDs feel the pain of that denial of recognition.

Human rights under attack means defenders in danger

Traditionally, human rights in the Western sense of the word mean freedom of opinion and expression. These rights continue to be curtailed in too many countries, beyond geographical, cultural, religious, or even political differences. Inevitably, that goes for HRDs defending these rights too. The two “least democratic” countries sitting as Permanent Members on the UN Security Council, Russia and China, also stand out as world leaders in political repression.

During the Cold War, the Eastern bloc would put forward economic and social rights as a counterpoint to the said Western notion. Even though human rights were “reunified” over thirty years ago, economic and social rights remain taboo in various parts of the world. In Thailand and Nicaragua, health workers have been punished for demanding better equipment to treat COVID-19 patients. In the Philippines, city residents who pushed for more adequate shelter in times of lockdown were similarly repressed by their government.

Cultural rights, often alongside indigenous rights, can truly be described as disturbing all forms of governments in countries which used to be colonies of Western powers, from Latin America, most recently in Honduras and Paraguay, to Asia with such examples as Malaysia and Indonesia. In such countries, being an HRD trying to advance the rights of indigenous groups all but equates trying to tear the whole nation apart.

Everywhere in the world, such typical 21st-century pressing issues as LGBT rights and, more than ever since the #MeToo scandal, women’s rights may be popular causes, but taking them up almost systematically means trouble, be it in North African countries like Egypt and Tunisia or in the European nations of Poland and Andorra.

Last but not least, even though one might think the wide consensus on the issue opens doors for action, defending environmental rights is proving no easy task. From Madagascar to Belarus, trying to get your government to live up to its responsibilities is bound to create a most unsafe environment for you.

For those who need and manage to flee, being abroad does not even mean being safe anymore. China has been found to be heavily spying on activists from the Uyghur minority living in foreign countries, and last month the AWC had to send an appeal to the authorities of Canada regarding a Pakistani HRD from the Baloch minority group who was found dead in Toronto, after the local police service said the death was not a criminal act but a fellow Baloch HRD and refugee there expressed serious doubts.

When the DHRD should be providing greater relief and comfort for the performance of human rights work, HRDs continue to be denied any character of public service, leading to acute stigmatization, intimidation, and ultimately repression. As many signs that the nation-state is losing its nerves in trying to defend a Westphalian national sovereignty that COVID-19 has now largely proved is out of date.

Shattering national borders – and human rights, too

One form of human rights abuse that has become particularly salient since the late 2000s, further fueled by Brexit in 2016 and the now-ending Trump presidency since 2017, is the systematic persecution of refugees and migrants – and, more preoccupying still, of those nationals in the countries of arrival trying to lend a hand to the newcomers. In France, President Emmanuel Macron was thought to have been spared from the influence of populist parties backed by Vladimir Putin’s Russia; yet several activists have been prosecuted on these sole grounds, such as Martine Landry of Amnesty International France and Cédric Herrou, both from the Nice area near the Italian border. Eventually, both were cleared by the judiciary. In the USA, migrants’ rights activist Scott Warren was similarly prosecuted – and similarly acquitted. But in both countries and others still, the problem remains unsolved.

No wonder this is happening at all. Even those governments least favorable to the brand of xenophobia “exported” by Moscow since the last decade have become unfathomably sensitive to the issue of migration and asylum, as they too feel threatened by the outside world and flaunt their borders as ramparts, shielding them from some barbaric conduct with which they confuse different customs and religions, thus adopting the very same attitude as those populists they claim to be fighting. That leaves citizens trying to help refugees and migrants singled out as traitors and criminals.

The mass arrival of migrants and refugees from Africa and the Middle East in the summer of 2015 proved that Europe and, for this purpose, the rest of the world were wrong to assume that crises in other, distant parts of the world could never hit home too violently. In this case, the crisis bore a name – ISIS, the “Islamic State in Iraq and the Sham (the Levant)”. The Iraqi-born terrorist group had conquered a wide swath of land the previous year, seizing territory from both Iraq and Syria along the border, and established on it a “caliphate” that drew scores of individuals from many parts of the world, especially Europe and North Africa. The previous summer had seen its militias persecute the millennia-old Christian minority of Iraq and other religious groups such as the Yezidis. A year before the UN dared called it genocide, the AWC did.

When the Taliban’s “Islamic Emirate” of the late 1990s in Afghanistan had been recognized by three countries, no one recognized the “Islamic State”, let alone the caliphate. Obviously, recognizing the “caliphate” would have been both a violation of international law and an insult to all of ISIS’s victims back home and abroad. Nonetheless, as the French-American scholar Scott Atran and the specialist Website e-ir.info noted, the “ISIS crisis” proved that the traditional notion of the nation-state was now being violently rejected – violently, and ISIS leaders knew full well how to make good use of it, cleverly rendering their barbaric ways appealing to Westerners and North Africans frustrated at the lack of social and political change back in their home countries.

Questioning the nation-state in such an insane, murderous manner can only be diametrically opposed to the mindset of a World Citizen. Stopping borders from serving as ramparts against foreigners irrationally viewed as enemies, bringing the people of the world together regardless of political nationality, none of this can ever be compatible with the creation of yet another nation-state, albeit de facto, to terrorist ends at home and abroad. Even though the massive afflux of migrants and refugees was certainly no phenomenon the best-prepared state in the world could have successfully dealt with overnight, European nations failed at it miserably. In suspecting and rejecting foreigners for fear of terrorism, they only made it easier to commit terrorist attacks on their soil and endanger their own population, including the Muslim population which automatically becomes a scapegoat every time a jihadi terrorist attack is carried out. Nobody’s human rights were well-served and everybody’s human rights ended up as losers.

Globalizing solidarity with HRDs

There you have it. The harder states, European and others, strive to defend their borders as sacred, God-given privileges, the harder human rights and their defenders get hit and everybody loses.

Consequently, returning to the comparison with COVID-19, a true World Citizen perspective toward protecting HRDs must put forward what has been absent throughout the pandemic, in terms of both public health and patient care – globalization. Not the unfair, inhumane economic globalization we have known since the 1990s, for that one too is responsible for what has happened over the past twelve months. A World Citizen can only seek a globalization of solidarity, bearing in mind that, as French President Emmanuel Macron once put it, “the virus does not have a passport” and travels freely through all human beings who accept, or get forced, to become its living vehicles.

The very same principle should apply to human rights and their defenders. The UDHR is by name universal, as are all human rights. Therefore, why wouldn’t the defense of the same rights be universal by nature? If terrorism can be let to shun national borders in its war on the whole world, then why can’t brave, devoted HRDs enjoy the recognition they deserve, in every country, on every continent, and from every type of government? Why in the world would a terrorist get greater attention than a citizen dedicating their life to championing the dignity of all fellow human beings? If this divided world of ours could possibly find some sort of unity in support of health workers fighting COVID-19, then why not around HRDs, too?

World leaders can no longer look away from the issue. Uniting around one global problem means endorsing the principle of global solutions for everything else. If there is to be a different future for the world, a better future, then trusting and respecting HRDs, supporting and helping them, and ultimately joining their ranks are as many keys that will unlock a brand new era of shared true dignity.

Bernard J. Henry is the External Relations Officer of the Association of World Citizens.

Khalil Gibran: The Forerunner

In Arts, Being a World Citizen, Literature, Middle East & North Africa, Spirituality, The Search for Peace on January 6, 2021 at 11:06 PM

By René Wadlow

Khalil Gibran (1883-1931), the Lebanese poet whose birth anniversary we mark on January 6, was a person who saw signs in advance of later events or trends. The Forerunner is the title of one of his books, though less known than his major work The Prophet. As he wrote, “Progress lies not in enhancing what is, but in advancing toward what will be.”

Khalil Gibran

Lebanon is a country rich in legend and Biblical references. It is the traditional birthplace of the god Tanmuz and his sister Ishtar. Tammuz is a god who represents the yearly cycle of growth, decay and revival of life, who annually dies and rises again from the dead – a forerunner of Jesus. Ishtar is a goddess who creates the link between earth and heaven – the forerunner of Mary, mother rather than sister of Jesus, but who plays the same symbolic role. As Gibran wrote “Mother (woman), our consolation in sorrow, our hope in misery, our strength in weakness. She is the source of love, mercy, sympathy, and forgiveness … I am indebted for all that I call ‘I’ to women, ever since I was an infant. Women opened the wisdom of my eyes and the doors of my spirit. Had it not been for the woman – mother – the woman – sister – and the woman – friend – I would be sleeping among those who seek the tranquility of the world with their snoring.”

To Ishtar, for Gibran, the Great God placed deep within her “discernment to see what cannot be seen … Then the Great God smiled and wept, looked with love boundless and eternal.”

Yet, like Jesus, Gibran was moved by women but never married and was not known to be in a sexual relation with women. Gibran felt that Jesus was his elder brother. The life of the soul, My brother “is surrounded by solitude and isolation. Were it not for this solitude and that isolation, you would not be you, and I would not be me. Were it not for this solitude and isolation, I would imagine that I was speaking when I heard your voice, and when I saw your face, I would imagine myself looking into a mirror.”

For Gibran, Jesus died “that the Kingdom of Heaven might be preached, that man might attain that consciousness of beauty and goodness within himself. He came to make the human heart a temple; the soul an alter, and the mind a priest. And when a storm rises, it is your singing and your praises that I hear.” (1)

Like Jesus, Gibran was at odds with the established conservative institutions, the clergy and the politicians of his day, those concerned to preserve their inherited power and privileges. He sought out of his experience a general critique of society, concentrating on the hypocrisy of its religious institutions, the injustice of its political institutions and the narrow outlook of its ordinary citizens.

However, Gibran saw his role as a poet and not as a prophet. As he wrote “I am a poet am a stranger in this world. I write in verse life’s prose, and in prose life’s verse. Thus, I am a stranger, and will remain a stranger until death snatches me away and carries me to my homeland … Do not despair, for beyond the injustices of this world, beyond matter, beyond the clouds, beyond all things is a power which is all justice, all kindness, all tenderness, all love. Beauty is the stairway to the thrown of a reality that does not wound…Jerusalem proved unable to kill the Nazarene, for he is alive forever; nor could Athens execute Socrates for he is immoral. Nor shall derision prove powerful against those who listen to humanity or those who follow in the footsteps of divinity, for they shall live forever. Forever.”

Notes:

1) See Khalil Gibran. Jesus. The Son of Man (London: Penguin Books, 1993) This is the longest of Gibran’s books. It was first published in 1928. Through the device of imagining what Jesus’ contemporaries who knew him, Gibran portrays Jesus as a multi-faceted being, a mirror of different individuals’ strengths, convictions and weaknesses.

2) The painting that accompanies the article by Khalil Gibran.

3) Also from Rene Wadlow in Ovi magazine:

Khalil Gibran: Spirits Rebellious & Khalil Gibran: The Foundations of Love

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Building Stronger Conflict Prevention Networks

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Europe, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on November 9, 2020 at 1:44 PM

By René Wadlow

As we reflect on current armed conflicts on which the Association of World Citizens (AWC) has proposed measures for conflict resolution – Nagorno-Karabakh, Yemen, Syria, Ukraine-Donetsk-Lugansk-Russia – we ask ourselves if we are to be overwhelmed by an endless chain of regional wars capable of devastating entire countries or will we help build the structures for the resolution of armed conflicts through negotiations in good faith. Can we help build stronger conflict prevention networks?

In each of these current conflicts, there is a mix of underlying causes: ethnic tensions, social inequality, environmental degradation, and regional rivalries. In each conflict, there were warning signs and a building of tensions prior to the outbreak of armed conflict. This was particularly true in Syria where there were four months of nonviolent protests and local organizing for reforms before violence began. Not enough was done by external nongovernmental organizations (NGOs) to strengthen and protect these nonviolent reform movements in Syria. Given the complexity of conflict situations and the often-short time between the signs of tensions and the outbreak of violence, external peacebuilding organizations have to be able to move quickly to support local civil society efforts.

In each of these four situations, the degree of civil society organizations differs. We need to look carefully at the different currents within the society to see what groups we might be able to work with and to what degree of influence they may have on governmental action. Governments tend to react in the same ways. Governments cling to the belief that there can be simple security-related solutions to complex challenges as we see these days with the current use of police and military methods by the government of Belarus.

There is often a pervading mistrust between the central government and outlying territories. Such mistrust cannot be overcome by external NGOs. We can, however, reflect with local groups on how lines of communication can be established or strengthened.

Preventing the eruption of disputes into full-scale hostilities is not an easy task, but its difficulties pale beside those of ending the fighting once it has started. NGOs need to have active channels of communication with multinational governmental organizations such as the United Nations (UN) and the Organization for Security and Cooperation in Europe (OSCE). NGOs may have an easier time to be in contact with local nongovernmental forces in the conflict States as both the UN and the OSCE are bound by the decisions of governments.

Growing resource scarcity and environmental degradation, the depletion of fresh water and arable land played an important role in exacerbating conflicts in Yemen. The armed conflict has made things much worse. There is now a growing world-wide recognition of the environmental-conflict linkage. Thus, groups concerned with the defense and restoration of the environment need to become part of the network of conflict resolution efforts. There is much to be done. Building stronger conflict prevention networks should be a vital priority.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

En Tunisie, les femmes ne doivent plus être les oubliées de la révolution

In Being a World Citizen, Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa, NGOs, Social Rights, Solidarity, Track II, United Nations, Women's Rights, World Law on October 13, 2020 at 12:07 PM

Par Bernard J. Henry et Cherifa Maaoui

Il est des anniversaires qui ne sont pas des fêtes. Cette année, la Déclaration et Programme d’action de Beijing adoptée à l’issue de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes, du 4 au 15 septembre 1995, a quinze ans. En décembre, la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur les conflits armés et les femmes aura vingt ans. Malgré ces deux anniversaires capitaux, dans le monde d’aujourd’hui, les femmes n’ont trop rien à fêter.

C’est encore plus vrai de celles du monde arabe, bientôt dix ans après les révolutions populaires parties de Tunisie avec l’éviction du Président Zine el Abidine ben Ali le 14 janvier 2011. La Tunisie, considérée comme le seul vrai succès du « printemps arabe » et dont les institutions héritées de cette époque tiennent toujours, tandis que l’Egypte est retournée vers l’autoritarisme et l’espoir s’est perdu dans les sables de la guerre en Libye, en Syrie et au Yémen. Epargnées par le conflit armé, les Tunisiennes n’en ont pas moins dû lutter, menacées dans leurs droits par la mouvance islamiste et jamais confortées dans ceux-ci par la droite « destourienne » se voulant héritière du bourguibisme.

Aux prises avec une incertitude politique inédite depuis la révolution de 2011, ouverte par le décès du Président Beji Caïd Essebsi en 2019, la Tunisie a connu une élection présidentielle marquée par le fait que l’un des deux candidats qualifiés pour le second tour, Nabil Karoui, se trouvait depuis peu en détention. En sortit vainqueur un conservateur assumé, le juriste Kaïs Saied, suivi du retour en force au parlement du parti islamiste Ennahda. Rien qui laisse augurer d’avancées dignes des deux anniversaires onusiens en Tunisie, où il ne manquait qu’un drame criminel pour venir plonger dans la terreur et la rage des femmes n’en pouvant plus d’être les oubliées des colères de l’histoire.

Les droits des femmes constamment écartés de la loi

En disparaissant, Beji Caid Essebsi laissait en héritage aux Tunisiennes un espoir déçu, ou plutôt, inaccompli. En novembre 2018, son gouvernement approuvait un projet de loi, transmis à l’Assemblée des Représentants du Peuple chargée de se prononcer, sur l’égalité des sexes dans l’héritage, là où un Code du statut personnel qui se distingue dans le monde arabe et musulman par son aspect moderniste et progressiste cohabite étrangement avec une survivance de la charia en droit tunisien n’accordant à une femme que la moitié de l’héritage d’un homme.

Beji Caïd Essebsi

Caid Essebsi décédé, son successeur Kaïs Saied élu dans un climat de chaos constitutionnel, le projet de loi tombait dans l’oubli. Fidèle, trop fidèle même, à ses annonces de campagne en faveur d’une prépondérance systématique de la charia en cas de conflit avec le droit civil, le nouveau chef d’Etat choisissait de célébrer la Fête nationale de la Femme Tunisienne le 13 août dernier en désavouant la notion d’égalité telle que défendue par le projet de loi.

Dans le même temps, Rached Ghannouchi, chef historique du parti islamiste Ennahda, devenait Président de l’Assemblée des Représentants du Peuple. Très vite, il trouvait sur son chemin une avocate et députée, Abir Moussi, du Parti destourien libre fondé par d’anciens responsables du Rassemblement constitutionnel démocratique, le parti unique sous Ben Ali dissous après la révolution.

Certes, les menaces d’Ennahda sur l’égalité des sexes en Tunisie, notamment à travers un projet de déclarer les femmes « complémentaires » des hommes et non leurs égales dans la future Constitution, ont laissé des souvenirs amers. Mais cet affrontement entre un ancien dissident devenu dignitaire et une bénaliste sans repentir offrait peu d’espérance, lui aussi, à des Tunisiennes dont les droits semblaient cette fois mis en sommeil pour longtemps.

Soudain, aux errements d’une politique tunisienne orpheline est venu s’ajouter un crime – plus exactement, un féminicide. De ceux qui sortent la politique du champ de la raison, faisant d’elle, à coup sûr, la politique du pire.

Quand un féminicide ravive le désir de voir l’Etat tuer

Le 21 septembre dernier, la famille de Rahma Lahmar, âgée de vingt-neuf ans, signalait la disparition de la jeune femme alors qu’elle rentrait de son travail. Quatre jours plus tard, son corps mutilé était retrouvé à Aïn Zaghouan, en banlieue de Tunis, et il apparaissait bientôt qu’avant d’être tuée, elle avait été violée. Rapidement, l’auteur présumé était appréhendé – un récidiviste condamné deux fois pour tentative de meurtre.

Rahma Lahmar, victime d’un féminicide en Tunisie

Il n’en fallait pas plus à l’opinion publique pour réclamer la peine de mort, jamais abolie en droit tunisien bien que faisant l’objet d’un moratoire depuis 1991. Les magistrats tunisiens continuent de l’infliger, quelques cent trente personnes se trouvent aujourd’hui dans le couloir de la mort en Tunisie, mais personne n’est exécuté. Le violeur et meurtrier de Rahma Lahmar doit l’être, estime la famille de la victime rejointe par une opinion publique excédée, ainsi que par un Kaïs Saied qui en vient lui-même à rouvrir la question de la peine de mort.

Kaïs Saied

Quelques jours après, l’Algérie voisine était ébranlée par un drame semblable. Le 1er octobre, une jeune femme de dix-neuf ans prénommée Chaïma tombait dans un piège tendu par un homme qui, à seize ans, l’avait violée et avait lui aussi eu affaire depuis lors à la justice de son pays. Dans une station-service désaffectée, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alger, il la violait, la frappait, puis la jetait à terre, l’aspergeait d’essence et la brûlait à mort. Comme son homologue tunisien, il était arrêté sous peu et son crime ignoble réveillait dans le pays des envies de peine de mort.

Chaïma, victime d’un féminicide en Algérie

Le 12 octobre, loin du monde arabe mais toujours dans le monde musulman, le Bangladesh, en proie à une vague d’agressions sexuelles, instaurait une peine capitale automatique pour le viol, sans s’attaquer en rien aux défauts de sa législation nationale en termes de violences contre les femmes.

En 2011, la révolution non-violente des Tunisiens avait inspiré le monde arabe jusqu’au Yémen. Aujourd’hui, le drame du viol mortel en Tunisie n’est peut-être pas ce qui donne envie de voir l’Etat faire couler le sang jusqu’en Asie, mais en tout cas, il n’y échappe pas. Pourquoi ?

La peine de mort, fausse justice et vrai symptôme de l’injustice

Quel que soit le crime commis, aussi abject soit-il et le viol puis le meurtre de Rahma Lahmar est l’archétype du crime impardonnable, l’Association of World Citizens (AWC) est par principe contre la peine de mort où que ce soit dans le monde. Par indulgence envers les criminels ? Par faiblesse dogmatique ? Ces arguments n’appartiennent qu’à ceux qui ne comprennent pas ce qu’est en réalité la peine de mort, non pas un châtiment judiciaire comme l’est, par exemple, la réclusion criminelle à perpétuité, mais un meurtre commis par l’Etat, à l’image de celui commis par le meurtrier que l’on cherche ainsi à sanctionner. Une vengeance, sans rapport aucun avec la justice qui doit punir les criminels des actes par lesquels ils se mettent eux-mêmes en dehors de la société. Comme le chante Julien Clerc dans L’assassin assassiné, par l’application de la peine capitale, le crime change de côté. Pire encore, là où un crime peut être commis sous une pulsion soudaine – qui ne l’excuse pas quand bien même – la peine de mort résulte immanquablement d’une délibération, consciente et volontaire, de citoyens agissant sous le couvert de la puissance publique.

Le violeur et assassin de Rahma Lahmar l’a privée pour toujours de son droit à la vie ; comment espérer réaffirmer les droits des femmes en Tunisie en appelant à ce qu’il soit lui aussi privé de son droit à la vie, plaçant ainsi l’Etat de droit au même niveau qu’un criminel récidiviste, ce qui serait du plus absurde et indécent ? Pas plus qu’elle n’a d’effet dissuasif prouvé, la peine de mort ne répare aucune injustice. Elle nous fait seulement perdre ce qui nous sépare des criminels. Pour quoi faire ?

Si la Déclaration et Programme d’action de Beijing en 1995, puis la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité cinq ans plus tard, omettent toute référence à la peine capitale pour les crimes commis contre les femmes, ce n’est pas par hasard. On ne fait respecter les droits de personne en faisant couler le sang au nom de l’Etat, pas plus qu’on n’envisagerait de le faire par le crime.

En Tunisie, l’envolée des partisans de la peine de mort après celle de Rahma Lahmar en est, ironiquement, la preuve. Tant ils s’époumonent à crier vengeance, ils en oublient l’essentiel, la cause de tout le drame – la négation des droits des femmes. Et ce n’est même pas leur faute.

Seul le respect des droits des femmes peut créer la justice

Lorsqu’il s’agit du meurtre, que ce soit celui d’une femme, d’un homme voire d’un enfant, pour justifier leur acte injustifiable, les meurtriers ne sont jamais à court de raisons. En revanche, le viol ne s’explique, lui, que d’une seule façon. L’homme qui viole une femme la réduit à un corps, sans plus d’esprit, celui d’un être humain comme lui, doté du droit de refuser ses faveurs sexuelles si elle le souhaite. Ce corps privé de tout droit, déchu de la qualité d’être humain de sexe féminin, soumis par la brutale force physique, n’est plus que l’objet dont entend disposer à son gré l’homme qui viole. Autant le meurtre ouvre grand les portes de l’imagination, autant le viol verrouille la vérité, celle d’une négation de la féminité, une négation de la femme.

A quoi s’attend, sinon à cela, une société tunisienne qui, au gré des alternances politiques postrévolutionnaires entre islamistes et droite bourguibiste, ne défend que mollement les droits des femmes lorsqu’elle n’en vient pas ouvertement à les nier ? Dans un Maghreb et, plus largement, un monde arabe et musulman où son Code du statut personnel se détache depuis toujours comme étant d’avant-garde, une Tunisie qui s’interdit d’avancer ne peut que se voir reculer.

Rached Ghannouchi

C’est du reste ce qu’a bien compris Rached Ghannouchi, trop satisfait de pouvoir voler au secours de l’avocate et ancienne députée Bochra Bel Haj Hmida, en rien proche des positions d’Ennahda mais qui, pour avoir réaffirmé son opposition à la peine de mort en pleine affaire Rahma Lahmar, a subi un lynchage en règle sur les réseaux sociaux, jusqu’à un député notoirement populiste et sexiste qui s’est permis de tomber suffisamment bas pour imputer son refus de la peine capitale au fait qu’elle-même « ne risquait pas d’être violée ». De quoi faire passer les islamistes les plus réactionnaires pour des anges de vertu et ils savent en tirer profit.

Bochra Bel Haj Hmida

De tels propos, à l’aune du viol et du meurtre de Rahma Lahmar, sont immanquablement la marque d’une société qui manque à consolider dans sa législation les droits des femmes, ainsi qu’à les inscrire durablement dans sa morale civique et politique. Il paraît lointain, le temps où, en 2014, la Tunisie s’est débarrassée de ses dernières réserves envers la Convention des Nations Unies pour l’Elimination de toute forme de Discrimination envers les Femmes, la fameuse CEDAW, là où Algérie, Egypte, Libye, Syrie et Yémen conservent leurs propres réserves. Un engagement international ne sert à rien si, chez lui, l’Etat qui le souscrit en ignore ou viole l’esprit.

Inutile de réussir sa révolution si, ensuite, on rate son évolution. Sans des femmes sûres de leurs droits, réaffirmés dans la loi comme dans les esprits, la Tunisie en aura tôt fini d’être en termes économiques, sociaux ou sociétaux, une éternelle success story.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

Cherifa Maaoui est Officier de Liaison Afrique du Nord & Moyen-Orient de l’Association of World Citizens.

PRESS RELEASE – 20200914/Migrants and Refugees/Human Rights

In Africa, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Europe, Human Rights, Middle East & North Africa, Migration, NGOs, Press release, Refugees, Solidarity, Syria, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on September 14, 2020 at 7:49 AM

Press Release

September 14, 2020

*

THE ASSOCIATION OF WORLD CITIZENS PROPOSES

INCREASED GOVERNMENTAL AND NONGOVERNMENTAL ACTION

FOR AN ENLIGHTENED POLICY

TOWARD MIGRANTS AND REFUGEES

*

Recent events have highlighted the need for a dynamic and enlightened policy toward migrants and refugees. The refugee camp in Moria, on Lesbos Island, Greece, which burned to the ground on September 9, 2020, hosted over 13,000 refugees and migrants, most from Afghanistan with others from Pakistan, Iraq, Syria and an increasing number from West Africa. Among them were thousands of defenseless women and children, victims of war, violence and later from xenophobia, islamophobia and racism. Prior to the fire, the refugees were already living in poor conditions, in small tents on wet ground without clean drinking water or medical care.

Since the fire, most of the refugees in Moria, including newborn babies, have been sleeping in the streets while xenophobic locals harass them and armed policemen, known for their far-right sympathies, threaten them.

A second drama of refugees and migrants is being acted out in the French Department of Pas-de-Calais, as refugees try to reach England before December 31, 2020, when the United Kingdom leaves the European Union, thus ending the existing accords on refugees and migrants. Many have paid large sums of money for the possibility to reach England, often in unsafe makeshift boats.

The Association of World Citizens, along with other humanitarian organizations, has worked actively for world law concerning migrants and refugees – policies which need to be strengthened and, above all, applied respecting the dignity of each person: https://awcungeneva.com/2020/06/20/world-refugee-day/

PRESS RELEASE – 20200909/Sudan/Human Rights

In Africa, Being a World Citizen, Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa, Press release, Solidarity, Sudan, World Law on September 8, 2020 at 11:06 AM

PRESS RELEASE

Paris, September 9, 2020

*

HALA KHALID ABUGROUN, A LAWYER

AND WOMAN HUMAN RIGHTS DEFENDER UNDER THREAT:

TIME FOR SUDAN TO MAKE THE RIGHT CHOICES AT LAST

*

In an Appeal to the authorities of the transitional government of Sudan, the Association of World Citizens (AWC) highlighted the present situation of Ms Hala Khalid Abugroun, Attorney at Law, a Woman Human Rights Defender. Attorney Abugroun is a member of the “No to Women’s Oppression” initiative which wishes to set out strong guidelines for the society in transition. Attorney Abugroun and colleagues have been harassed and threatened by members of the still powerful National Intelligence and Security Services (NISS).

The AWC stresses that the United Nations (UN) is the main instrument for the community of States to guide life in common, according to standards which all have accepted in agreeing to the UN Charter and according also to the provisions of world law. Among these provisions are the Declaration on Human Rights Defenders, adopted by the UN General Assembly in Resolution 53/144 and the Resolution on Protecting Human Rights Defenders adopted by the UN Human Rights Council on March 15, 2013.

The AWC understands that the Sudan is in a transition process toward a more law-based society. A historic decision has already been made to separate religion and state, ending an improper political use of private belief to repressive ends which spanned some three decades. This is the right time to make the right choices in terms of international human rights commitments too.

Therefore, the AWC urges the Sudanese Government to ratify the Convention against Torture and Other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment. Such a move would help Sudan to develop measures to guarantee the physical and psychological integrity of all persons.

There also has to be an immediate, thorough, and impartial investigation into the threats against and harassment of Attorney Hala Khalid Abugroun with a view to bringing those responsible to justice consistently with international standards.

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