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1989, l’affaire Salman Rushdie : Quand la France célébrait sa Révolution sous les feux croisés de l’obscurantisme

In Africa, Being a World Citizen, Cultural Bridges, Current Events, Democracy, Europe, Human Rights, Literature, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace, United Nations on August 15, 2022 at 1:02 PM

Par Bernard J. Henry

Après les Etats-Unis en 1976, les Français ont célébré en 1989 le Bicentenaire de la Révolution qui a créé leur république, avec pour traits d’union entre les deux pays le Marquis de la Fayette, «héros des deux mondes» en France comme le deviendrait plus tard Giuseppe Garibaldi en Italie, et le fameux «Ça ira» de Benjamin Franklin, Ministre des Etats-Unis d’Amérique à Paris mais francophone malhabile qui, lorsqu’on lui demandait des nouvelles de son pays, répondait par ces deux seuls mots que les sans-culottes avaient fini par reprendre à leur profit. Mais en France, l’année 1989 fut loin d’être placée sous le seul signe des idéaux de la Révolution française tels que résumés en sa devise officielle – Liberté, Égalité, Fraternité.

Depuis le début des années 1980, la France était régulièrement frappée par le terrorisme lié au conflit israélo-palestinien, comme lorsque fut frappé voici quarante ans ce mois-ci, le 9 août 1982, le restaurant Jo Goldenberg dans le quartier juif de Paris. Depuis les élections municipales de 1983 et dans des proportions sans précédent depuis la Libération, l’extrême droite reprenait pied dans la politique française avec les succès électoraux du Front National, dénoncés ainsi que la complaisance du reste de la classe politique par Louis Chedid dans Anne, ma sœur Anne.

C’était déjà beaucoup, évidemment trop. Mais ce n’était pourtant qu’un début, et bientôt une France déjà en proie à ses propres démons allait se trouver prise au cœur de luttes d’envergure mondiale, luttes qui, bien que jamais vraiment disparues, viennent aujourd’hui se rappeler tragiquement au souvenir non seulement de la France mais du monde entier, avec l’agression de Salman Rushdie le 12 août dans l’État de New York.

La Dernière Tentation du Christ : la Contre-Révolution contre-attaque

Le réalisateur américain Martin Scorsese (C) David Shankbone

En août 1988, le cinéaste américain Martin Scorsese sort son nouveau film, La Dernière Tentation du Christ, d’après un roman de Níkos Kazantzákis. En rupture directe avec les récits bibliques, Scorsese y dépeint un Jésus vivant comme tout mortel, peu soucieux du péché ou de la foi, et qui prend soudainement conscience de sa mission divine puis entame un parcours messianique en s’opposant aux dirigeants mêmes du peuple juif dont il est issu. Devant les caméras de Scorsese, c’est Jésus lui-même qui demande à Judas, son premier adepte, de le dénoncer aux Romains afin d’être arrêté et mourir en martyr. Mais, alors qu’il attend la mort sur sa croix, Jésus se voit offrir le salut par un ange qui vient lui dire qu’il est Fils de Dieu, mais non pas le Messie, et doit vivre en homme normal. Sauvé par l’ange de la crucifixion, Jésus épouse Marie-Madeleine et fonde avec elle une famille heureuse.

A la fin de sa vie, Jésus appelle auprès de lui ses anciens disciples et Judas lui avoue que l’ange qui l’a sauvé était en réalité Satan, dont lui est venue cette «dernière tentation» de vivre en homme ordinaire et non en Messie. Mourant, Jésus rampe jusqu’à la croix dont Satan l’avait jadis extrait, dans une Jérusalem en flammes puisque n’ayant jamais été pacifiée par son enseignement. Il implore Dieu de le replacer sur la croix, afin de pouvoir enfin accomplir sa destinée. Crucifié une nouvelle fois, il sait sa mission menée à bien et meurt.

Cette uchronie religieuse soulève la fureur chez les Chrétiens à travers le monde entier, d’abord chez les Protestants aux Etats-Unis même puis, en France, chez les Catholiques, l’Archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger parvenant même à faire plier le Gouvernement socialiste de François Mitterrand qui, d’abord partenaire du film, finit par jeter l’éponge.

A sa sortie en France en septembre, le film réveille un mouvement catholique intégriste que l’on croyait décapité depuis l’excommunication au printemps de Monseigneur Marcel Lefebvre et la mise au ban par le Vatican de sa Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X traditionaliste et hostile à Vatican II. En octobre, un cinéma projetant La Dernière Tentation du Christ est incendié dans l’est de la France et, à Metz, la visite du Pape Jean-Paul II donne lieu au retrait du film des salles locales. Bientôt, le film est déprogrammé partout ailleurs ou projeté sous protection policière. Le 23 octobre, un commando catholique intégriste attaque l’Espace Saint-Michel à Paris, dernière salle projetant encore le film, blessant quatorze personnes dont deux grièvement.

En pleine célébration de sa Révolution et de l’Être suprême, divinité laïque sous les auspices de laquelle était adoptée le 26 août 1789 la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la France découvre que l’esprit vengeur des Chouans de Bretagne et des royalistes de Vendée qui refusaient la fin de la monarchie de droit divin était toujours là, et que, comme leurs ancêtres révolutionnaires, les Français républicains de 1989 allaient devoir y faire face. Et à l’intégrisme catholique menaçant le Bicentenaire allait bientôt s’ajouter l’intégrisme issu des rangs d’une autre religion majeure de France – l’Islam.

Allah et Les Versets sataniques : les «intégristes musulmans» à l’assaut de l’Être suprême

En 1989, la France ne parle pas encore d’islamisme. Ce terme n’apparaît que l’année suivante, lorsque les premières élections libres et multipartites en Algérie voient non pas la victoire courue d’avance du Front de Libération Nationale (FLN), jusqu’alors parti unique, mais du Front islamique du Salut (FIS), parti prônant une application stricte de la loi coranique dans tous les domaines de l’administration et de la vie publique. Pour l’instant, en cette année 1989, la France parle d’intégrisme musulman. Jusqu’à présent, cet intégrisme s’est surtout manifesté à travers le terrorisme, non dans une moindre mesure en lien avec l’Iran comme en témoigne l’affaire Wahid Gordji. Mais la France est sur le point de découvrir que cet intégrisme peut aussi frapper là où elle l’attend le moins, sur un terrain où, ceinte de ses idéaux révolutionnaires, elle se croit inexpugnable. Le terrain de la culture.

Dès 1987, la chanteuse Véronique Sanson envisageait une chanson contre l’intégrisme religieux, racontant l’histoire d’un couple maghrébin se muant en auteurs d’un attentat-suicide par l’explosion d’un camion. Alors qu’elle entend intituler sa chanson Dieu, le chanteur Michel Berger, son ancien compagnon qui produit pour elle l’album devant contenir la chanson, lui suggère de l’intituler Allah en référence à l’extrémisme musulman qui, à travers le monde, s’affirme alors de plus en plus comme une «troisième force» entre les Etats-Unis de Ronald Reagan et l’URSS de Mikhaïl Gorbatchev. C’est ainsi que la chanteuse enregistre Allah, où elle s’en prend directement au Dieu de l’Islam pour les attentats commis en son nom par des fanatiques.

Véronique Sanson

Alors qu’elle s’apprête à donner un concert à l’Olympia, Véronique Sanson reçoit des menaces de mort lui enjoignant de ne pas chanter Allah. Le 14 février 1989, une fatwa est lancée contre elle avec ordre de la tuer. La carrière de la chanson s’arrête là. Mais pas celle de l’extrémisme se réclamant de l’Islam, car bien sûr, Rushdie est le prochain sur la liste.

C’est en septembre 1988 que l’écrivain britannique d’origine indienne, naturalisé américain, publie son quatrième roman, Les Versets sataniques (The Satanic Verses). Les protagonistes, deux artistes indiens vivant en Angleterre contemporaine, se trouvent pris dans un détournement d’avion et, alors que l’appareil explose en plein vol, se voient miraculeusement y survivre puis prendre pour l’un, la personnalité de l’Ange Gabriel et, pour l’autre, celle d’un démon. Ce dernier réussit à ruiner la vie, notamment sentimentale, de son comparse qui le lui pardonne toutefois en bon ange que, selon lui, il est devenu. Tous deux rentrés en Inde, le premier tue sa compagne avant de se suicider, et le second, jusqu’alors brouillé avec son identité indienne ainsi que son propre père, se réconcilie avec les deux et reste vivre dans son Inde natale.

Salman Rushdie

Mais derrière cette histoire de deux Indiens frappés d’une maladie mentale, servant de trame au roman de Rushdie, d’autres parties du roman s’avèrent plus problématiques, du moins pour les Musulmans les plus dogmatiques.

A l’instar de Scorsese mettant en scène un Christ détourné de sa mission salvatrice par un Satan habilement déguisé, Rushdie dépeint Mahomet, le Prophète de l’Islam, adoptant trois divinités païennes de La Mecque en violation du principe islamique du dieu unique, les trois divinités ayant dicté à Mahomet de faux versets du Coran en ayant pris l’apparence d’Allah. Le récit romancé de Rushdie amène ensuite des prostituées de La Mecque à se faire passer pour les épouses du Prophète, puis l’un des compagnons de Mahomet à douter de lui en tant que messager de Dieu et l’accuser d’avoir volontairement réécrit certaines parties du Coran en occultant le verbe divin.

Rushdie poursuit avec le récit, toujours fictif, d’une jeune paysanne indienne affirmant recevoir des révélations de l’Archange Jibreel («Gabriel» en arabe). Elle convainc son village entier d’entreprendre un pèlerinage en marchant jusqu’à La Mecque, affirmant qu’ils pourront tous traverser la mer à pied. Mais les pèlerins disparaissent tous, les témoignages discordant sur leur noyade pure et simple ou leur traversée miraculeuse de la mer comme l’aurait promis l’Archange Jibreel.

Puis Rushdie présente un chef religieux fanatique expatrié, «l’Imam», chef religieux en lequel est aisément reconnaissable l’Imam Ruhollah Khomeini, Guide suprême de la République islamique d’Iran, exilé en France jusqu’à la révolution islamique de 1979.

Après le tollé chez les Chrétiens contre Scorsese, c’est au tour de Rushdie d’enflammer le monde musulman. Au Pakistan, Les Versets sataniques sont interdits et, le 12 février 1989, dix mille personnes manifestent contre lui à Islamabad où le Centre culturel américain et un bureau d’American Express sont mis à sac. L’Inde interdit l’importation de l’ouvrage et des autodafés se font jour en Grande-Bretagne.

En février 1989, c’est au tour de Khomeini d’ajouter à la polémique en édictant une fatwa, littéralement une «opinion juridique», facultative en Islam sunnite mais ayant valeur contraignante chez les Chiites, appelant au meurtre de Rushdie et de ses éditeurs ainsi qu’à faciliter ce meurtre à défaut de le commettre soi-même. En Grande-Bretagne, le Gouvernement conservateur de Margaret Thatcher prend fait et cause pour Rushdie, qu’il place sous protection policière, mais un jeune député travailliste nouvellement élu organise dans sa circonscription une marche pour l’interdiction des Versets sataniques et un ancien leader du Parti conservateur, Norman Tebbit, sans aucun lien personnel avec l’Inde ou l’Islam par ailleurs, condamne et injurie publiquement Rushdie.

Là où Martin Scorsese continue d’aller et venir librement, Véronique Sanson ayant tôt fait de sortir de nouveaux titres et faire oublier Allah, Rushdie se trouve désormais prisonnier d’une alternative qui résume tout son sort – la clandestinité ou la mort.

Héritage humaniste contre héritage de haine

Devenu invisible et introuvable, Rushdie publie en 1995 un nouveau roman, Le dernier soupir du Maure (The Moor’s Last Sigh). Mais, pour avoir perdu en intensité, la menace de Téhéran n’en a pas pour autant disparu. Loin des regards, c’est désormais par procuration que Rushdie continue d’être attaqué.

En 1991, les traducteurs italien et japonais de Rushdie sont assassinés. Deux ans plus tard, un traducteur norvégien des Versets sataniques échappe de peu à une tentative de meurtre par balles puis un traducteur turc manque de succomber à un incendie volontaire qui le visait.

En 1998, l’Iran de Mohammed Khatami, Président se voulant réformiste, annonce la fin de la fatwa contre Rushdie qui, à son tour, abandonne sa vie en clandestinité. Mais en 2006, le conservateur nationaliste Mahmoud Ahmadinejad qui a succédé à Khatami fait marche arrière ; pour lui, une fatwa ne peut être annulée que par la personne qui l’a édictée, et puisque Khomeini est décédé, la fatwa est irréversible. Dix ans plus tard, la prime promise par l’Iran pour le meurtre de Rushdie dépasse les trois millions de dollars, notamment sous l’impulsion des médias iraniens.

Et le 12 août dernier, alors qu’il s’apprête à donner une conférence à la Chautauqua Institution dans l’Etat de New York, Rushdie est poignardé au cou par Hadi Matar, Chiite d’origine libanaise dont les réseaux sociaux grouillent de messages de soutien au régime iranien et d’admiration pour Khomeini. Hospitalisé en urgence, placé sous assistance respiratoire, il est menacé de perdre un œil ; le 14, son agent annonce qu’il se rétablit et respire normalement. En Iran, la presse conservatrice couvre de louanges Hadi Matar qui, ensuite amené devant la justice, plaide non coupable.

En France, d’aucuns convoquent aussitôt le souvenir de l’attentat terroriste du 7 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo, régulièrement accusé de s’en prendre systématiquement à l’Islam et aux Musulmans, en particulier depuis la publication dans ses colonnes, en 2006, de caricatures de Mahomet parues dans un journal d’extrême droite au Danemark. C’est toutefois après avoir critiqué non l’Islam mais l’islamisme, incarné par le parti tunisien Ennahda et une partie du Conseil national de Transition en Libye, que Charlie Hebdo avait connu en 2011 l’incendie de ses locaux à Paris. Quant à l’attentat ayant décimé sa rédaction, Charlie Hebdo le devait bien à deux terroristes résolus, deux frères membres d’Al-Qaïda en Péninsule Arabique, Cherif et Saïd Kouachi. L’Islam ne tue pas, l’islamisme oui.

Pour les Français, immanquablement, le souvenir de l’attentat contre Charlie Hebdo en appelle un autre, celui de l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie victime d’un autre attentat terroriste à Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne, le 16 octobre 2020 alors que se tenait justement à Paris le procès des auteurs présumés des attentats de janvier 2015 dont celui contre Charlie Hebdo, en dehors des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly qui avait attaqué l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes. Samuel Paty avait été dénoncé par certains élèves musulmans comme ayant utilisé des dessins parodiques de Mahomet parus dans Charlie Hebdo, ce qui avait fait de lui une cible du seul fait de son enseignement, non contre l’Islam mais en faveur de l’esprit critique.

Étrangère à l’univers anglo-saxon de l’Amérique de Scorsese ou de l’Angleterre de Rushdie, la France qui célébrait sa Révolution s’était retrouvée victime collatérale des deux épisodes mais n’en avait pas connu de semblable pour ses propres artistes, notamment pas pour Véronique Sanson contre laquelle la fatwa aura fait long feu. Inspirée par le Bicentenaire de la Révolution, Isabelle Adjani, l’une des actrices françaises les plus en vogue à l’époque, n’en avait pas moins lu à haute voix un extrait des Versets sataniques lors de la cérémonie des Césars en 1988. Malgré tout, la France républicaine avait bien dû se faire une raison, constatant que les idéaux qu’elle célébrait et voulait universels ne l’étaient pas tant qu’elle le croyait et que, dans cet Occident qui regardait de haut un «Tiers Monde» auquel il imputait l’intégrisme religieux comme une conséquence de son sous-développement, ce même intégrisme existait aussi, non du seul fait de migrants musulmans mais aussi de citoyens de lignée locale depuis des siècles, non du seul fait d’un Islam qui, ailleurs, avait pris les armes mais aussi du même catholicisme qui, le dimanche matin, rassemblait les fidèles devant Le Jour du Seigneur sur la télévision d’État.

Triste préfiguration d’un monde qui, en quittant les années 1980 et par miracle la Guerre Froide, (r)entrait successivement dans la guerre «chaude» avec la campagne militaire internationale pour la libération du Koweït envahi en août 1990 par l’Irak, les guerres balkaniques avec camps d’internement et purification ethnique rappelant sombrement la Shoah, le terrorisme généralisé, ici islamique du fait d’Al-Qaïda et ailleurs d’extrême droite comme à Oklahoma City, et l’extrême droite au pouvoir, fût-ce en coalition gouvernementale, comme en Italie.

D’aucuns en France voudraient penser que tous les chemins mènent non à Rome, mais à Paris, et donc que tous les chemins en partent aussi. En 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen avait bel et bien résonné, pour sa part, loin par-delà les frontières du Royaume de France. Là où les textes constitutionnels américains avaient été scrutés principalement par les ennemis britannique et espagnol de la jeune Amérique indépendante, la proclamation française «en présence de l’Être suprême» avait permis au monde entier de comprendre qu’une nouvelle ère commençait. Deux cents ans plus tard, la fête de ce légitime moment de fierté pour le peuple français lui offrait tout le contraire, l’obscurantisme et la violence venues d’ailleurs convergeant vers Paris pour ternir ce moment de joie et ouvrir la voie à une fin du vingtième siècle qui ne pouvait que laisser craindre le pire.

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen adoptée le 26 août 1789 (C) Musée Carnavalet – Paris

Aucun respect du droit sans respect de l’écrit

Et le vingt-et-unième siècle n’a pas manqué de tenir les terribles promesses de son prédécesseur. Pire attentat terroriste de l’histoire en 2001, extrême droite au pouvoir dans deux pays d’Europe et ayant manqué de l’être aussi en France en 2002, invasion de l’Irak cette fois sans mandat international en 2003, tortures de civils dans ce même Irak l’année suivante …  La liste serait bien trop longue. Mais une chose est sûre, ce qui était au vingtième siècle le futur ressemble horriblement à ce qui était vu, à l’époque, comme un passé révolu.

Des écrivains comme Rushdie, tous les pouvoirs tyranniques en ont toujours emprisonné, interdit, torturé voire tué. Dans le contexte individuel de 1989, plus encore en France, Rushdie était devenu le symbole vivant d’un mal nouveau, menaçant un monde où le Mur de Berlin était toujours debout même si l’URSS vaincue en Afghanistan semblait à genoux. Mais avec le nouveau siècle est venue l’expansion de la nouvelle technologie, et avec elle, la possibilité d’être auteur sans plus devoir passer par un journal ou une maison d’édition, avec l’apparition des blogs et, pas toujours pour le meilleur, des réseaux sociaux. Et qui dit nouveaux moyens d’expression dit nouvelle peur pour les régimes répressifs, et avec cette nouvelle peur, de nouveaux motifs de répression. Publié sur papier ou autopublié sur Internet, qu’importe aujourd’hui, vous risquez tout autant de payer cher le moindre de vos mots contre qui veut régner en imposant le silence.

Active au sein du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, l’Association of World Citizens ne s’est jamais limitée pour autant à cette seule enceinte genevoise, ayant toujours porté la défense des Droits Humains partout où elle le peut.

En Tunisie où, depuis un an, les initiatives du Président Kaïs Saied mettent à mal l’héritage de la Révolution de janvier 2011, le journaliste Salah Attia en a fait les frais pour avoir dénoncé ces dérives autoritaires en direct sur la chaîne Al Jazeera. Jugé sur ce seul fondement par des militaires en uniforme, il s’est retrouvé détenu à la prison de Mornaguia près de Tunis. Dans la Libye voisine qui n’a jamais su trouver sa voie nouvelle depuis la révolte populaire contre Mu’ammar Kadhafi, hélas devenue intervention militaire franco-britannique aux motifs plus qu’incertains, c’est Mansour Atti, journaliste lui aussi, mais également blogueur et dirigeant local du Croissant-Rouge, qui fut enlevé en juin 2021 par un groupe armé réputé proche des Forces armées libyennes.

Toujours en Afrique mais plus au sud, dans la Corne du continent, en Somalie où l’État central ne s’est jamais vraiment reconstitué depuis 1990 et la désagrégation du pays après la fin de la dictature de Mohamed Siad Barré, un journaliste indépendant nommé Kilwe Adan Farah fut arrêté en décembre 2020 dans la région autonome de facto du Puntland où il venait de couvrir une manifestation contre les autorités locales. Jugé lui aussi par un tribunal militaire, il fut condamné à trois ans d’emprisonnement pour avoir «répandu des fausses nouvelles et incité au mépris envers l’État». A ce jour, il purge encore sa peine.

Kilwe Adan Farah

Le terrorisme jihadiste en France et ailleurs l’a prouvé : ce qui menaçait Salman Rushdie n’a jamais disparu, tout au plus changé de forme. Mais aujourd’hui, là où un interdit fanatique peut toujours frapper quelqu’un qui s’exprime par l’écrit, l’interdit peut venir également des forces armées dans un pays cherchant sa voie constitutionnelle et, dans le meilleur des cas, démocratique. Quitte à oser vouloir faire croire qu’un écrit public dénué de toute intention malveillante peut menacer un pays tout entier de ne jamais (re)trouver une vie libre et paisible.

En France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, mais bien sûr pas seulement, la loi permet de saisir la justice contre un écrit public et obtenir soit réparation si l’on est visé à titre personnel, soit condamnation pénale dans le cas d’un abus de la liberté d’expression internationalement reconnaissable comme tel, par exemple à travers la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme. Et ce sera toujours, dans ces trois pays et partout ailleurs dans le monde, une infaillible indication du respect de l’État de droit par opposition à la loi de la jungle ou à celle du talion. Quiconque se reconnaît Citoyen du Monde doit défendre sans faille ces principes, sachant que là où un écrit peut valoir la mort, il n’est aucune responsabilité envers sa communauté locale, a fortiori envers la communauté humaine mondiale, que l’on puisse entendre assumer à moins que ce ne soit, au bout du compte, en vain.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

L’impact du désordre environnemental sur la migration sud-nord

In Africa, Asia, Being a World Citizen, Current Events, Environmental protection, Human Development, Middle East & North Africa, Migration, NGOs, Refugees, Social Rights, Solidarity, Sustainable Development, The Search for Peace, United Nations, World Law on August 10, 2022 at 7:01 AM

Par Nadia Belaala

Dans un premier temps, il nous semble important de faire un rappel de l’état des lieux environnemental dans lequel se trouvent la terre et ses ressources, en considérant les interactions entre l’humanité et les écosystèmes qui y vivent.

Selon le Rapport Planète Vivante de WWF (2020), les activités humaines ont amené à une diminution de 68% des populations mondiales de mammifères, d’oiseaux, de poissons, de reptiles et d’amphibiens en 50 ans.

En Europe, par exemple, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) indique la disparition de 36 espèces entre 2015 et aujourd’hui, et plus de 11% sont menacées d’extinctions (dont 58% d’arbres endémiques et 40% de poissons d’eau douce).

En Afrique, ce sont 700 millions d’hectares de terres (soit plus de dix fois la surface de la France), qui ont été dégradées par la pression humaine,  et ce en lien avec la désertification et le surpâturage (source : la Banque mondiale, 2016). Cette situation crée un cercle vicieux, qui amène à une urgence alimentaire, laquelle nécessite à son tour une exploitation excessive des arbres et une sur-utilisation des engrais et pesticides[1].

Au niveau mondial,  le stock de poissons a reculé de 50% entre 1970 et 2010, les côtes africaines étant les plus pillées au monde, notamment par la Chine[2]. Il se pourrait que les stocks halieutiques exploités par les êtres humains déclinent jusqu’à disparaître en 2048, si l’on en croit les prévisions d’Isabelle Autissier, présidente de WWF-France (jusqu’en janvier 2021).

Quant aux villes, si elles n’occupent que 3% de la surface continentale mondiale[3], elles concentrent 55% de la population mondiale et consomment plus des deux tiers de la demande énergétique mondiale (source : Rapport de situation 2019 sur les énergies renouvelables dans les villes de l’ONU). Elles sont, par ailleurs, particulièrement vulnérables aux changements climatiques et aux catastrophes naturelles du fait, entre autres, de leur forte concentration humaine, tout en étant en partie les causes de ces aléas climatiques[4].

L’histoire de l’humanité est en train de se jouer, en notre défaveur à tous ; il n’y a pas de région, de pays ou de continent épargnés. Il y a une réelle urgence à s’en préoccuper, car si nous n’agissons pas, c’est notre propre espèce que nous mettons en péril.

Une des premières conséquences de ces désordres environnementaux est d’obliger, inexorablement, des populations à se déplacer.

Bien que l’histoire de l’humanité soit faite de migrations, ces dernières se multiplient fortement, depuis quelques années. Auparavant, c’était les guerres, les violences, maintenant, ce sont aussi les aléas climatiques qui poussent les êtres humains à quitter la terre qui les a vus grandir et qui leur a permis de construire leurs identifications fondamentales.

Nous savons que, d’une manière générale, toute migration, à laquelle s’ajoute celle due à l’environnement, provoque des perturbations socioculturelles énormes, autant pour ceux qui la subissent que pour ceux qui l’accueillent. Elle engendre des souffrances humaines indicibles qui questionnent et violentent notre humanité.

Lequel d’entre nous n’a pas encore, en mémoire, ces images insoutenables des migrants noyés gisants sur les plages, en particulier sur les deux rives de la Méditerranée ?

Parmi ces migrants, combien sont des réfugiés climatiques ? Nous n’avons pas encore assez d’études qui nous renseignent avec précision sur cette question, mais il est avéré qu’ils sont de plus en plus nombreux.

Pourtant, force est de constater que le sujet des réfugiés climatiques est le parent pauvre de la politique actuelle, le lien entre migration et réchauffement climatique faisant l’objet d’un silence assourdissant de la part de nos politiques. Pour autant, en 2013, un rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) fait état de 22 millions de personnes ayant été déplacées en raison de catastrophes naturelles, ce qui est trois fois plus élevé que le nombre des personnes fuyant un conflit.

Mais qui sont ces migrants, ces réfugiés de l’environnement ? Ce sont des personnes « qui sont forcées de quitter leur lieu de vie temporairement ou de façon permanente à cause d’une rupture environnementale (d’origine naturelle ou humaine) qui a mis en péril leur existence ou sérieusement affecté leurs conditions de vie »[5].

Alors comment sont catégorisés ces « réfugiés climatiques », appelés aussi « déplacés » ou « éco-migrants » ? Ils sont, d’emblée, intégrés aux seules catégories existantes: celles des « réfugiés économiques » ou des « réfugiés de la misère ». En effet, ils n’ont pas de statut juridique, car ils ne remplissent pas les critères de la Convention de Genève signée en 1951. 

Cette dernière n’accorde l’assurance d’une protection aux réfugiés que dans certains cas, à savoir, « des situations de persécutions liées à la race, à la religion, à la nationalité, aux opinions politiques, ou à l’appartenance à  certains groupes sociaux » (UNHCR).

De ce fait, les pays d’accueil, connus pour leur qualité de vie et leur sécurité, et vers lesquels se dirigent naturellement ces éco-migrants, ne disposent d’aucun budget pour recevoir ces derniers.

Selon le Rapport mondial sur le déplacement interne (2020) de l’ONG Internal Displacement Monitoring Center (IDMC), chaque année, plus de 20 millions de personnes qui sont déplacées, le sont pour cause de catastrophes naturelles, dont 86% de nature hydrométéorologique.

Alors, quels sont les changements environnementaux qui provoquent de tels flux migratoires ?

L’Ined (Institut national d’études démographiques) fait état de 3 phénomènes[6] principaux :

1) L’intensité accrue des catastrophes naturelles.

En effet, entre 1995 et 2015, plus de 600.000 personnes sont décédées du fait de ces catastrophes météorologiques. Plus de 4 milliards de personnes ont en été blessées, ou sont tombées dans une forte précarité à la suite de ces catastrophes. (Source : rapport du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes)

2) La hausse du niveau des mers.

Elle risque de rendre inhabitables certaines zones basses à forte densité de population.

C’est le cas de nombreuses régions du Bangladesh[7], par exemple. Ce pays, tout comme l’Inde, a vu s’accroître ses problèmes socio-économiques et politiques en raison notamment du déplacement des Rohingyas, forcés de fuir le Myanmar.

3) La raréfaction des ressources hydriques, aussi appelée stress hydrique.

Elle engendre sécheresse et désertification. C’est notamment le cas des États du Sahel, où les modèles climatiques prédisent une aggravation de la sécheresse dans les années à venir. Cette situation a déjà été à l’origine de déplacements majeurs de populations et d’une perte importante du bétail dans cette région d’Afrique. Le bétail, rappelons-le, constitue la principale source de production agricole[8].

Par ailleurs, et depuis quelques années, on assiste à une augmentation des inondations meurtrières notamment en Afrique de l’Ouest. Ces évènements sont dus à différents phénomènes tels que le changement de l’usage des terres, la réduction des jachères, ou encore la déforestation et l’urbanisation. Tout ceci rend les sols incapables d’absorber les eaux diluviennes notamment dans la zone du Sahel[9].

Ainsi, en 2018, ce sont 250.000 Afghans qui ont dû fuir leurs villages en raison des fortes chaleurs, induisant une vulnérabilité extrême de cette population, déjà exposée aux conflits armés.

Selon un rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés, « en 2013, les catastrophes naturelles ont fait presque trois fois plus de déplacés que les guerres » (INED) et 85% d’entre eux sontdes pays en développement.

Pour une grande partie de ces populations, c’est l’exode vers l’Occident, et particulièrement l’Europe,  qui est le plus tentant et le plus tenté, dans l’espoir de vivre dignement, ou tout au moins de survivre …

Comment dès lors permettre à ces populations de vivre dans leurs territoires, d’y travailler et d’en utiliser les ressources ?

Certaines bonnes pratiques locales, simples d’accès, notamment pour les populations autochtones pourraient aider à lutter contre ces problématiques environnementales. Quelques-unes commencent d’ores et déjà à émerger et devraient faire, nous l’espérons, effet « boule de neige ».

À titre d’exemple, citons le mouvement de la ceinture verte au Kenya (Green Belt Movement) qui a été lancé par la biologiste Wangari Maathai et qui encourage les femmes à planter des arbres, ce qui leur permet, à terme, d’améliorer leur niveau de vie.

En Mongolie, toute une muraille verte a également vu le jour, pour résister à l’avancée du désert de Gobi.

Au Burkina Faso, des paysans construisent des cuvettes en demi-lunes qui permettent de concentrer les précipitations et réduire le ruissellement[10].

Au Rajasthan, pour récupérer l’eau des moussons, recharger les nappes phréatiques et réalimenter les rivières, les paysans ont remis au goût du jour le « johad », une technique agricole ancestrale, qui consiste à collecter les eaux de pluie pendant la saison des moussons et les utiliser en les faisant filtrer dans le sous sol pendant la saison sèche[11].

Wangari Maathai

On peut aussi évoquer la transformation de la villa « ASSIE GAYE » au Sénégal en 2009-2010, qui s’est faite grâce à l’utilisation de matériaux locaux, comme la terre crue argileuse. Elle est alimentée en énergies renouvelables, grâce à un générateur éolien, un générateur photovoltaïque et un collecteur thermique. Ce qui en fait une maison durable, à la fois sur le plan écologique et économique[12].

Enfin, nous devons rappeler qu’il est indispensable pour l’humanité de relever le défi majeur de ces problématiques environnementales et humaines qui s’offrent à elle. Il nous faut intégrer tous les possibles en matière de changement climatique annoncés par les rapports du Groupe GIEC, dans le but d’y répondre.

Il serait ainsi plus urgent d’attribuer certains budgets étatiques à la prise en charge des réfugiés climatiques, plutôt que d’augmenter, par exemple, ceux inhérents à la défense et à l’armement.

Par ailleurs, la lutte contre le fléau de l’évasion fiscale pourrait, éventuellement, profiter à ces mêmes réfugiés et ainsi limiter la pression sur les pays d’origine ou encore sur les pays accueillant ces migrants.

Pour clôturer mon propos, j’emprunte un peu de sa sagesse à Wangari Maathai qui précise  qu’« Aujourd’hui, nous affrontons un défi qui exige un renouvellement de notre mode de pensée, pour que l’humanité cesse de menacer le système qui assure sa propre survie. Nous sommes appelés à aider la terre à guérir ses blessures et, à guérir les nôtres – en fait, à embrasser la totalité de la création dans toute sa diversité, sa beauté et ses merveilles. »[13]

Nadia Belaala est architecte et ingénieure sociale, anciennement Officier du Développement durable de l’Association of World Citizens.


[1] Meyerfeld, B. (2016). Alerte érosion : l’Afrique s’effrite et ses terres s’appauvrissent dangereusement. Le Monde Afrique, https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/11/16/alerte-erosion-l-afrique-s-effrite-et-ses-terres-s-appauvrissent-dangereusement_5032087_3212.html

[2] Valo, M. (2013). Comment la pêche chinoise pille les océans de la planète. Le Monde, https://www.lemonde.fr/planete/article/2013/04/04/comment-la-peche-chinoise-pille-les-oceans-de-la-planete_3154101_3244.html

[3] Boughriet, R. (2016). De nouvelles normes mondiales pour un développement urbain durable, Actu-environnement.com, https://www.actu-environnement.com/ae/news/nouvelles-normes-mondiales-developpement-urbain-durable-habitat3-27750.php4

[4] Desforges, D. (2009). Les villes face au changement climatique. Regards croisés sur l’économie, 2(2), 84-86. https://doi.org/10.3917/rce.006.0084

[5] Cournil, C. (2010). Les “réfugiés environnementaux” : enjeux et questionnements autour d’une catégorie émergente. Migrations Société, 2(2), 67-79. https://doi.org/10.3917/migra.128.0067

[6] VERON, J. (2014), Quels liens entre migrations et environnement ? Institut national d’études démographiques, https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/focus/quels-liens-entre-migrations-et-environnement/

[7] Kholiquzzaman Ahmad, Q. (2006). Changement climatique, inondations et gestion des crues : le cas du Bangladesh. Hérodote, 2(2), 73-94. https://doi.org/10.3917/her.121.0073

[8] LEBEL, T. (2018), Au Sahel, le climat durablement perturbé depuis la « grande sécheresse. Le Monde Afrique, https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/11/12/au-sahel-le-climat-durablement-perturbe-depuis-la-grande-secheresse_5382513_3212.html

[9]ibid

[10] https://www.coalition-eau.org/wp-content/uploads/Eau-et-climat-web.pdf (p.22)

[11] https://uneseuleplanete.org/Grace-a-la-johad-l-039-eau-revient-a-sa-source-439

[12] http://www.habiter-autrement.org/37-ecovillage-afrique/contributions-37/30-Senegal-villa-ecologique-Assie-Gaye.pdf

[13] European think & do tank. (2016). Réchauffement climatique et migration, zoom sur un phénomène méconnu, p.3, https://www.pourlasolidarite.eu/sites/default/files/publications/files/na-2016-refugies_climatiques.pdf

Frantz Fanon: The New Humanism

In Africa, Anticolonialism, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Democracy, Fighting Racism, Human Development, Human Rights, Literature, Middle East & North Africa, Solidarity, The Search for Peace on July 20, 2022 at 9:42 PM

By René Wadlow

Frantz Fanon (1925-1961) whose birth anniversary we mark on July 20, was a French psychologist, writer, and participant in the Algerian struggle for independence (1954-1962). He was born in Martinique, then a French colony which now has the status of a Department of France. The bulk of the population are of African descent, having been brought to the West Indies as slaves. Although the basic culture is French, some in Martinique are interested in African culture, and as in Haiti, there are survivals of African religions, often incorporated into Roman Catholic rites.

In 1940, as France was being occupied by the German forces and a right-wing nationalist government was being created in the resort city of Vichy, sailors favorable to the Vichy government took over the island and created a narrow-nationalist, racist rule. Fanon, then 17, escaped to the nearby British colony of Dominica, and from there joined the Free French Forces led by General De Gaulle. Fanon fought in North Africa and then in the liberation of France.

Once the war over, he received a scholarship to undertake medical and then psychiatry training in Lyon. His doctoral thesis on racism as he had experienced it in the military and then during his medical studies was published in French in 1952 and is translated into English as Black Skin, White Masks.

In 1953, he was named to lead the Psychiatry Department of the Blida-Joinville Hospital in Algeria shortly before the November 1954 start of the war for independence in Algeria. He treated both Algerian victims of torture as well as French soldiers traumatized by having to carry out torture. He considered the struggle for independence as a just cause, and so in 1956 he resigned his position and left for Tunisia where the leadership of the independence movement was located. As a good writer, having already published his thesis followed by a good number of articles in intellectual journals, he was made the editor of the Algerian independence newspaper. There were a number of efforts by the French security services to kill him or to blow up the car in which he was riding. Although wounded a number of times, he survived.

In 1959, the British colony of the Gold Coast was granted independence and took the name of Ghana under the leadership of Kwame Nkrumah. Nkrumah was a pan-African, having participated in a number of pan-African congresses starting in the 1930s. He viewed the independence of the Gold Coast as the first step toward the liberation of all colonies in Africa, to be followed by the creation of African unity in some sort of federation. Ghana attracted a good number of activists of anti-colonial movements. Fanon was sent to Ghana to be the Algerian Independence Movement (Front de Libération Nationale, FLN) ambassador to Ghana and as the contact person toward other independence movements.

From his anti-colonial activity, he wrote his best-known study of colonialism, the mental health problems it caused, and the need for catharsis Les damnés de la terre, translated into English as The Wretched of the Earth. The title comes from the first line of the widely sung revolutionary song L’Internationale. For French readers, there was no need to write the first word of the song which is “Arise” as in “Arise, you Wretched of the Earth” (“Debout, les damnés de la terre”). The meaning of the book in English would have been clearer had it been called Arise, Wretched of the Earth.

Fanon was very ill with leukemia, and Les damnés de la terre was written by dictation to his French-born wife that he had married during his medical studies. He received in the hospital the first copies of his book three days before his death. He had been taken for treatment to a leading hospital just outside Washington, DC by the Central Intelligence Agency (CIA). The role of the CIA in support of, or just infiltrating for information, the Algerian independence movement is still not fully clear. Frantz Fanon was buried in a town in Algeria then held by the independence forces. The 1962 peace agreement with France granting independence followed shortly after his death. Fanon is recalled warmly in Algeria for his part in the independence struggle.

The final four pages of Les damnés de la terre are a vital appeal for a new humanism and for a cosmopolitan world society based on the dignity of each person. For Fanon, there is a need to overcome both resignation and oppression and to begin a new history of humanity.

Note

Two useful biographies of Fanon in English are David Caute, Frantz Fanon (New York: Viking Press, 1970), and Irene Gendzier, Frantz Fanon. A Critical Study (New York: Pantheon Books, 1973)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Renewed Violence in Darfur: An Unstable Sudan

In Africa, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Humanitarian Law, International Justice, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on May 16, 2022 at 7:00 AM

By René Wadlow

April 24, 2022 saw renewed violence in the Darfur Province of Sudan between Arab militias and the indigenous tribes of the area, the Masalit and the Fur. The violence began in 2003 and has caused some 300,000 deaths and some three million displaced. While most of the fighting was when General Omar al-Bashir was President, his overthrow by new military leadership has not fundamentally improved the situation.

Darfur is the western edge of Sudan. Its longest foreign frontier is with Chad, but communication with Libya is easy for camel herders and gunrunners. To the south lies the Central African Republic – a state with a very unstable government, which feels the fallout from the Darfur conflict. Darfur served as a buffer area between the French colony of Chad and the English-held Sudan until 1916 when French-English rivalry was overshadowed by the common enemy, Germany, in World War I. Darfur, which had been loosely part of the Ottoman Empire, was integrated into Sudan with no consultation either with the people of Darfur or with those in Sudan.

(C) Albert González Farran – UNAMID

Thus, Darfur was always the neglected child in Sudan – a child no one had asked to be there. Only after 1945 were some development projects undertaken, but basically Darfur remained an area of pastoralists – some tribes specializing in camels and others in cattle – and settled agriculturalists. Camel and cattle-raising tribes from Chad would move into Darfur and vice-versa. There were frontiers between tribes, but they did not correspond to state boundaries.

In May 2000, intellectuals and government civil servants from Darfur, calling themselves the Seekers of Truth and Justice, wrote The Black Book: Imbalance of Power and Wealth in Sudan. The study ended with specific recommendations for governmental and social action. While the book was widely read, it produced no new initiatives in sharing power or wealth. Some leaders in Darfur had the impression that the government was withdrawing services, especially in health and education. Schools were closed, and the number of children in school decreased.

After the failure of the intellectual efforts of The Black Book, the conviction that only violence was taken seriously started to grow among Darfur leaders. They started thinking about a strategy of a sharp and swift show of violent strength that would force the government to negotiate with Darfur. The insurgency in Darfur began in the Spring of 2003. As Julie Flint and Alex de Waal point out in their useful history of the start of the Darfur war “Darfur’s rebels are an awkward coalition of Fur and Masalet villagers, Zaghawa Bedouins out of patience with Khartoum, a handful of professionals who dared to take on leadership. Few of Darfur’s guerrillas had military experience or discipline before they took up arms. The two main rebel groups are united by deep resentment at the marginalization of Darfur, but are not natural bedfellows and could easily be split apart… In the first months of 2003, these half-formed and inexperienced rebel fronts were catapulted out of obscurity to face challenges for which they were totally unprepared.” (1)

(C) Stuart Price/UN Photo

The government in Khartoum was also unprepared for the Darfur insurgency. The government’s attention, as well as the bulk of the army, was turned toward the civil war in the south of Sudan. The government turned the fight against the Darfur movements to its security agencies – a narrow group of men uninterested in internal politics or external relations. They decided to use the air force to bomb villages and to use foreign troops to do the fighting on the ground. The foreign troops came from Libya. Colonel Gaddafi had created in the early 1980s an “Islamic Legion” and recruited militiamen from Mauritania, Chad, Mali in his efforts to create a union of Libya and Chad – or to annex part of northern Chad. When Gaddafi’s Chadian interests faded at the end of the 1980s, the Islamic Legion soldiers were left to look after themselves and so were ready to work for new paymasters.

The Sudanese security people brought the Islamic Legion soldiers to Darfur, gave them weapons but no pay. They were to pay themselves by taking what they could from the villages they attacked. In addition, prisoners from Darfur’s jails were released on condition of joining the militias. Rape of women and young girls was widely practiced both as a means of terror and as a “reward” for the fighters since they were not paid. These militias became known as the Janjaweed (“the evildoers on horseback”).

Although the Darfur conflict has largely faded from the media headlines, it continues producing many refugees, internally displaced persons, unused farmland, and political unrest. The conflicts in Darfur have destroyed many of the older patterns of dispute settlement among groups as well as much of the economic infrastructure. The social texture and trust among groups is likely to be more difficult to rebuild than homes, livestock, and water wells.

The joint African Union – United Nations peacekeeping force has not been able to produce peace. Peacekeeping forces need a peace to keep, and while there have been lulls in fighting, there has been no peace to keep. Banditry, criminal activities, and periodic military action continues. It is impossible to know if the current outbreak of armed violence has local causes or if it is a reflection of instability at the central government level. The situation in Darfur remains critical and needs to be watched closely.

Note:

1) Julie Flint and Alex de Wall, Darfur: A Short History of a Long War (London, Zed Books, 2005)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Qu’on le veuille ou non, un seul monde et le droit à la migration

In Africa, Anticolonialism, Asia, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Europe, Fighting Racism, Human Rights, Latin America, Middle East & North Africa, Migration, NGOs, Refugees, Solidarity, Syria, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on December 28, 2021 at 5:00 PM

Par Bernard J. Henry

Deux ans déjà, deux ans d’une guerre mondiale qui semble interminable, une Troisième Guerre Mondiale non entre deux ou plusieurs alliances d’Etats souverains, ou contre un envahisseur extraterrestre comme dans certains films ou séries de science-fiction, mais contre un virus – un coronavirus, le SARS-CoV-2 responsable de la COronaVIrus Disease of 2019 ou Covid-19. Après la souche originelle dite de Wuhan, le monde a découvert les variants, d’abord affublés de gentilés (anglais, sud-africain, indien) puis renommés selon l’alphabet grec : Alpha, Beta, Delta …  Et maintenant Omicron.

La lutte progresse mais la pandémie sait contre-attaquer, comme avec Omicron. Hélas, l’inégalité vaccinale entre pays et régions du monde, couplée aux décisions scientifiquement absurdes de certains gouvernements, se fait pour le virus une alliée inespérée.

L’histoire nous l’enseigne, lorsqu’une crise mondiale éclate et se prolonge, ce n’est pas après qu’elle a pris fin qu’il faut envisager l’avenir, mais pendant même qu’elle se produit, et faire de ses projets son but réel de guerre. L’histoire nous l’enseigne, oui, et l’an prochain verra le quatre-vingtième anniversaire des Nations Unies, non pas de l’organisation internationale créée en 1945 à San Francisco – également berceau de l’Association of World Citizens (AWC) – mais de l’alliance militaire des pays combattant l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon. Une alliance militaire qui avait retenu les leçons de l’échec de la Société des Nations et compris, à l’avenant, qu’un combat armé ne vaut rien s’il n’est porteur d’un projet politique pour un monde en paix, donc, un monde plus uni.

Un monde plus uni …  Que certains partis politiques ici ou là le veuillent ou non, c’est ce que produira inéluctablement cette pandémie, après une épreuve dont aucun continent sur terre n’aura été épargné. Et même si cela dérange ces partis xénophobes de divers pays et continents, là encore, ce monde ne pourra plus regarder de la même manière le sujet dont ils ont fait leur fonds de commerce pendant le demi-siècle écoulé – la migration.

La forteresse WENA

Si c’est littéralement le monde entier qui est touché, tout comme par la Covid-19, par le virus de la xénophobie qu’aucun vaccin ne vient enrayer, le centre mondial de l’épidémie est bien la WENA (Western Europe and North America, Europe occidentale et Amérique du Nord). Depuis le début du siècle, avec des entrées au gouvernement en Autriche et en Italie notamment, ainsi qu’une présence au second tour de l’élection présidentielle en France et un résultat électoral sans précédent aux Pays-Bas, l’extrême droite xénophobe n’a cessé de croître en WENA, jusqu’à fusionner au Canada avec la droite traditionnelle incarnée par le Parti conservateur. Mais, après des reflux ici et là, l’année 2015 est venue lui ouvrir grand les portes jusqu’alors closes du pouvoir.

Après ce que d’aucuns appelaient la «crise migratoire» de l’été, lorsque migrants et réfugiés avaient eu l’impudence de venir déranger la baignade et la bronzette des Européens en accostant sur la rive sud de la Méditerranée, un exode vite réduit par certains à une attaque envers l’Occident de Daesh, le soi-disant «État islamique en Irak et en Syrie» qui avait déjà en janvier fait couler le sang à Paris, la Grande-Bretagne suivit sans mal l’année suivante un UKIP déchaîné contre des hordes d’envahisseurs vers le vote du Brexit. A des milliers de kilomètres de là, loin des rivages du désespoir, un Donald Trump donné perdant d’avance remporta contre toute attente la Maison Blanche en évoquant, entre autres, un mur géant le long de la frontière mexicaine censé bloquer toute immigration clandestine. En 2017, bien que largement vaincue en fin de compte, l’extrême droite française atteignit une nouvelle fois les marches de l’Élysée. En 2018, les électeurs italiens consacrèrent Matteo Salvini. Il ne suffisait plus d’une «forteresse Europe», le temps était venu d’une «forteresse WENA», à bâtir du plus ironiquement sur des plans fournis par Moscou, où le pouvoir inspire et parfois finance les partis d’extrême droite comme de gauche radicale, antagonistes mais unanimes pour saper la démocratie libérale.

Ile de Lesbos (Grèce), 11 octobre 2015 (C) Antonio Masiello

Ils savent ce qui leur fait peur, les tenants de la forteresse WENA. Ils le désignent par deux mots – le grand remplacement, celui d’une population européenne blanche et chrétienne qui n’existe que dans leur imaginaire par des hordes d’Arabes et d’Africains musulmans. Leur imaginaire où trône Le Camp des Saints, roman publié en 1973 par Jean Raspail et qui, en écho à l’antisémitisme délirant des Turner Diaries adulés par les suprémacistes blancs des Etats-Unis, décrit la chute de l’Occident blanc devant une invasion venue des pays du Sud. Loin d’avoir été oublié avec le temps, Le Camp des Saints inspire encore aujourd’hui l’extrême droite française ainsi que des proches de Donald Trump.

Personne au sud ne prône un «grand remplacement», concept qui n’existe donc qu’en WENA. Et pour cause, il ne pouvait venir d’ailleurs. S’il est une région au monde dont les pays ont, dans le passé, débarqué de force sur des rivages lointains, usé de la force pour imposer leur présence puis, in fine, leurs institutions, leur religion et leur culture, ce sont bien ceux de la WENA à travers le colonialisme, imités plus tard, tragique ironie, par l’URSS «anticolonialiste» sous couvert de soutien idéologique et pour les pires effets, dont deux en Afghanistan ayant pour noms les Talibans et Al-Qaïda.

Il n’y a qu’eux qui y pensent, eux pour qui la relation avec l’autre n’est que haine ou mépris, et pour certains, violence et guerre où l’on ne peut être que vainqueur ou vaincu. Dans leur immense majorité, celles et ceux qui, au sud, veulent gagner la WENA y recherchent tout au contraire son mode de vie, ses opportunités de travail et de construction d’une vie nouvelle, ses libertés que leur refusent les gouvernements de leurs pays d’origine, se servant la plupart du temps de la culture traditionnelle locale comme d’un alibi et nourrissant ainsi les fantasmes des xénophobes en WENA, trop contents de prendre en tenaille des migrants et réfugiés déjà pourchassés par leurs propres gouvernants.

Nigel Farage, chef du parti UKIP, agitant le spectre de la migration pour amener les Britanniques à voter pour le Brexit en 2016 (C) @epkaufm (Twitter), licensed under Public Domain

La WENA a peur. Elle a peur de tous ces gens qui voient en elle un exemple pour leurs propres dirigeants, peur de toutes ces victimes qui l’appellent à agir pour leur permettre de vivre en paix chez eux ou, si elle s’y refuse, à les admettre au moins sur son territoire. Elle a peur aussi de ses propres enfants, ceux dont les parents sont eux-mêmes venus d’ailleurs ou dont les ancêtres plus lointains y ont été amenés de force, notamment comme esclaves. Elle a peur des Black Lives Matter et autres mouvements exigeant la justice pour qui, né ou élevé dans la WENA, s’y voit rejeté car porteur de cet ailleurs qui la tétanise.

Ses dirigeants ont peur, et ceux qui voudraient l’être aussi. Délogé de la présidence américaine, Donald Trump ne désarme pas. En France, terre de l’adoption de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme en 1948, l’extrême droite se dédouble en deux partis rivalisant de peur et de haine d’autrui, tandis que le parti héritier de celui du Général de Gaulle parle arrêt de l’immigration et sortie de la Cour européenne des Droits de l’Homme, même la gauche se laissant tenter par la facilité xénophobe en s’en prenant par exemple aux transferts d’argent de travailleurs migrants vers leurs familles au pays.

Mise à mal par l’exemple russe de la démocratie illibérale de pure façade et celui de l’autoritarisme de marché donné par la Chine, la WENA n’est plus, elle le sait, maîtresse du monde. Devenir la forteresse WENA ne résoudra pourtant, pour elle, aucun problème. Fantasmer n’est pas empêcher les difficultés, encore moins les surmonter mais bien les rendre hors de contrôle. A travers le monde entier, migration et recherche d’asile génèrent des drames sans lien avec les peurs irraisonnées des opinions occidentales. La WENA peut bien rêver d’isolement, mais tout comme ceux que crée la Covid-19, les drames de la migration ont aboli les frontières et uni le monde – pour le pire.

Le monde uni en fait refuse de l’être en droit

Déjà tourmentée par ses cauchemars de « grand remplacement » et les capitulations de ses démocrates supposés devant les vrais populistes, la WENA tente l’impossible en s’obstinant à séparer strictement les migrants, en quête d’une vie meilleure, et les réfugiés, qui fuient une persécution potentiellement mortelle. Il est pourtant de moins en moins possible de chercher une vie meilleure sans fuir aussi une certaine forme d’oppression, même en filigrane, là où un réfugié peut certes avoir dû laisser derrière lui une vie confortable mais à laquelle a mis fin une soudaine et brutale menace. Et le mouvement des demandeurs d’asile s’exerce toujours bien davantage vers la WENA qu’à partir d’elle …   Mais qui érige la peur en système s’en soucie bien peu. Tant pis pour les tragédies qui en sortent et tant pis pour le mauvais exemple ainsi envoyé au reste du monde, qui ne le reçoit que trop clairement.

Toute cette année, l’AWC n’a pu que le constater en intervenant sur des situations où les frontières des Etats ne s’ouvrent que pour laisser entrer l’oppression venue d’ailleurs. Entre la Pologne, Etat membre de l’Union européenne (UE), et le Belarus sous la tyrannie d’Aleksandr Loukachenko, des migrants et réfugiés venus du Moyen-Orient sont bloqués hors du monde, utilisés par Minsk tels des pions contre l’UE et refoulés par Varsovie qui craint un afflux si elle laisse entrer un petit groupe de personnes. A l’intérieur de l’UE même, le Danemark où l’extrême droite inquiète un gouvernement social-démocrate restreint encore ses lois sur l’asile et ordonne aux réfugiés de Syrie de rentrer chez eux, comme si la fin des combats actifs dans certaines régions du pays rendait plus sûr, et meilleur, le régime tyrannique de Bachar el-Assad. Et c’est à toute l’UE que se pose, comme au monde entier, la question de l’accueil des réfugiés d’Afghanistan depuis le retour au pouvoir le 15 août dernier de la milice islamiste des Talibans, dont la première cible est depuis un quart de siècle toujours la même – les femmes, premières à devoir fuir et premières à chercher asile.

Manifestation de soutien aux réfugiés à Berlin le 31 août 2014 (C) Montecruz Foto

Cherchant toujours plus à fermer ses frontières à qui veut y entrer, la WENA n’a en revanche aucun état d’âme à les ouvrir grand pour en faire sortir l’inspiration du refus de l’autre. Et ça marche.

En Amérique latine où se produit la deuxième plus grave crise de demandeurs d’asile au monde, celle du Venezuela où quiconque le peut fuit la dictature de Nicolas Maduro soutenue par Moscou, le Pérou qui accueille le plus grand nombre d’exilés vénézuéliens refuse aux enfants son statut de «Migration Humanitaire», plongeant donc des mineurs déjà déracinés dans une invivable inexistence officielle. En Égypte, où déjà sévit une répression intense, des réfugiés de conflits africains comme celui de l’Érythrée se voient, en dépit de l’évidence même, déboutés de leurs demandes d’asile et placés dans l’expectative d’un rapatriement forcé à tout moment. En Russie, une réfugiée d’Ouzbékistan privée d’un jour à l’autre de son statut après avoir dénoncé les manquements de Moscou à ses obligations en la matière a fini sa course en détention dans un aéroport, «hors du monde», comme emmurée «dans la prison des frontières», selon la Complainte du Partisan, l’autre chant de la Résistance française pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Qu’attendre d’autre d’un monde qui s’entête à ne pas comprendre que, bien que composé d’États souverains, il est désormais uni dans l’épreuve et doit donc le devenir aussi pour la vaincre ? Un monde uni de fait qui refuse de l’être de droit, ce n’est pas nouveau dans l’histoire et on en sait les conséquences. En 1914, c’est un monde où l’Europe faisait la loi mais où une forme de mondialisation, économique et technologique, existait déjà qui est entré en guerre, car sa politique était restée peu ou prou celle du Congrès de Vienne, là où les nations ayant vaincu l’Empire français de Napoléon Ier avaient décidé entre elles du sort des autres. Pour certains la Grande Guerre, pour d’autres «la der des der», le conflit mondial sorti d’un ordre international périmé allait certes engendrer la première organisation politique internationale de l’histoire, la Société des Nations, mais cette dernière allait s’avérer elle aussi en retard sur son temps, incapable d’arrêter les ambitions italiennes en Éthiopie puis celles plus dévastatrices et meurtrières encore d’Adolf Hitler et du Troisième Reich allemand. Ce n’est qu’en combattant le fléau d’un temps en son temps, en créant contre Hitler une alliance militaire prenant le nom de Nations Unies, que le monde libre allait réussir à vaincre le Reich génocidaire et créer une nouvelle organisation, celle que nous connaissons encore aujourd’hui – l’Organisation des Nations Unies.

Voir le passé avec l’œil du présent, l’historien le dira, il faut se l’interdire. Mais l’inverse n’est pas plus souhaitable, et de 1914, l’historien pourra le dire encore. Que conclure alors d’un monde qui, en proie à une pandémie qui a déchiré les frontières, s’y enferme comme en des murailles et se le voit enseigner par la région même qui, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, symbolisait la liberté ?

(C) U.S. National Archives & DVDs

Qu’on le veuille ou non

Un monde sans frontières est aussi peu probable qu’un «grand remplacement» en WENA, peu probable et, pour nous, une fausse bonne idée. L’AWC défend depuis le départ une Citoyenneté Mondiale accessible à toutes et tous, acceptable par toutes et tous, fondée sur un principe simple mais qui semble si difficile à accepter : étant toutes et tous natifs et habitants de la planète Terre, il est du devoir de chacun(e) de la protéger ainsi que son peuple, notre peuple, l’humanité, et accepter cet état d’esprit est entrer dans une Citoyenneté Mondiale qui s’exerce en supplément de la citoyenneté nationale, non à la place, d’autant qu’il n’existe au niveau planétaire aucune structure reconnue par les États qui permette une telle substitution. Même la citoyenneté de l’UE n’est acquise que par la citoyenneté nationale de l’un de ses États membres, se vouloir citoyen(ne) de l’Union de manière directe et exclusive étant impossible.

Pour autant, et l’histoire ne va pas dans une direction autre, qu’est-ce qui oblige les frontières à s’ériger en remparts, a fortiori contre un ennemi inexistant et chimérique ? Au nom de quoi les États souverains devraient-ils être des citadelles ? Et surtout, comment exercer dans de telles conditions la moindre Citoyenneté Mondiale alors que le sort de toute la planète et toute l’humanité nous le commande ? C’est ce que l’AWC a toujours défendu et, aujourd’hui, ce que l’on pouvait refuser comme n’étant qu’un simple axiome de notre part est devenu, plus que jamais, un fait prouvé. Même si un autre enseignement de la Covid-19 est, hélas, que les faits prouvés peuvent n’être plus probants.

Négateurs du virus, promoteurs de thérapies inefficaces, d’aucuns auront rejeté l’évidence nue face au SARS-CoV-2. Chefs d’État ou de gouvernement, qu’ils se nomment Trump, Johnson ou Bolsonaro, ils auront tous fini par rencontrer ce virus qu’ils niaient ou minimisaient, finissant ainsi par prouver au contraire son existence et le besoin absolu de s’en protéger. D’autres poursuivent aujourd’hui le travail de sape de ces derniers, parfois en y laissant leur vie. Les faits prouvés peuvent n’être plus probants, mais Lénine le savait, «les faits sont têtus».

Ces politiques migratoires et ces injustices qui nous ont amenés à intervenir, nous ne les avons pas inventées. L’AWC n’a pas le temps, encore moins le goût, de fabriquer des problèmes, trop occupée qu’elle est à tenter de résoudre ceux dont elle vient à avoir connaissance. Une vision des frontières, de l’étranger et de la migration qui n’est plus adaptée à son temps, c’est un problème, majeur, que nous ne résoudrons jamais seuls et qui demande une implication littéralement universelle. D’autant qu’il n’est pas sans rencontrer l’autre problème majeur du moment, le coronavirus. Si ce n’est par la coupable méfiance vis-à-vis de traitements venus de l’extérieur et/ou par la tout aussi coupable négligence alimentant l’inégalité vaccinale entre nations, plusieurs fois dénoncée de concert par l’Organisation mondiale de la Santé et le Fonds monétaire international, comment expliquer l’apparition des variants Delta puis Omicron respectivement en Inde puis en Afrique du Sud ? On empêchera des êtres humains de quitter leur pays, on les empêchera d’entrer dans celui qu’ils espèrent atteindre, mais des gardes-frontières n’arrêtent pas un virus. Les frontières non plus, et voir en elles une solution soit à la migration tant redoutée soit à la Covid-19, c’est rendre impossible tant une migration ordonnée et humaine que la fin de la pandémie.

Un seul monde, ce n’est plus un slogan, c’est maintenant un fait. Que la WENA vous nomme un migrant si vous y venez ou si vous allez et venez en dehors d’elle (le terme «réfugié» n’ayant plus rien d’automatique, même devant un danger avéré), ou un expatrié si vous en venez et la quittez, vous serez toujours soumis aux lois nationales sur la migration et c’est là, partout, un domaine régalien, privilège absolu de l’État. Mais si ces lois sont adoptées et/ou appliquées les yeux grands fermés à la marche du monde, votre sort ne regardera bientôt plus seulement votre État de provenance et/ou d’arrivée. Pas plus que votre nationalité ne fera quelque différence si vous êtes positif à la Covid-19, où que vous soyez. Les deux questions seront mondiales.

Le droit absolu à la migration, sans demander l’avis de l’État d’arrivée, n’existera probablement jamais. Pour autant, le droit à la migration, celui d’être accueilli dignement, d’être ainsi traité même si l’on doit ensuite repartir et, certes, de n’être en aucun cas traité en migrant lorsque l’on est demandeur d’asile, peut et doit être un droit absolu, pour d’élémentaires raisons d’humanité dont même une catastrophe planétaire claire et présente n’autorise pas l’oubli.

Qu’on le veuille ou non, il n’existe plus qu’un seul monde. S’il prend au sérieux les malades de la Covid-19, alors il n’a pas d’excuse pour ne pas prendre au sérieux les migrants. Au moment où la deuxième année de la pandémie s’achève, s’il est déjà temps de prendre une bonne résolution, alors, que ce soit celle d’y parvenir enfin. Et immuniser les consciences contre nos coupables indifférences.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

The Fire of Love: A Sufi Path in Islam

In Asia, Being a World Citizen, Cultural Bridges, Middle East & North Africa, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace on November 28, 2021 at 5:45 PM

By René Wadlow

Enough of phrases and conceits and metaphors!

I want burning, burning, become familiar with

that burning! Light up a fire of love in thy soul,

Burn all thought and expressions away.

Jalal al-Din Rumi

Sufism — mysticism in the Islamic world — has flourished chiefly in Arab countries and in Persia, and later in what is now India and Pakistan. In Persia and the Indian Sub-continent, Sufism built upon earlier pre-Islamic traditions of mystic thought. As Walter Stace noted in his Teachings of the Mystics, “The natural drift toward pantheism which is a general feature of mysticism in the West — where the theologians and ecclesiastical authorities try to suppress it and brand it as heresy — is even more pronounced in Sufism than in Christianity — although Muslim orthodoxy disapproves of it quite as emphatically as Christian orthodoxy does. Indeed, the Islamic disapproval may be stronger than the Christian, owing to its more rigid monotheism. After all, no Christian mystic was ever martyred for his pantheistic utterances, whereas this did happen in Baghdad” to Al Hallaj in 922.

Sufism is not one homogeneous body of thought or a well-defined set of doctrines and practices. There is considerable internal diversity. However, central to Sufi practice is the role of the spiritual teacher (pir or sheikh) who is believed to have received esoteric wisdom from his own master forming a chain. The role of the teacher has always been to guide the disciple in ways of meditation or other mystical practices often related to breathing so he would acquire spiritual insight through inner experience.

Jalal al-Din Rumi

These chains can be considered separate spiritual orders. Often the tomb of a Sufi leader becomes a shrine and a pilgrimage site. In Pakistan recently, there have been armed attacks on popular Sufi shrines carried out by more legalistic Muslim groups.

Spirituality, in the Sufi tradition, cannot be set apart from life itself, and spiritual development can only be realized through living life to the fullest expression of our potential, using all of our human faculties with the ideal of becoming a more complete human being.

In Europe and the USA, one of the best known of the Sufi ‘chains’ is that of an Indian teacher Hazrat Inayat Khan, of the Chishti Sufi Order, named after the Indian town where it had its headquarters who came to the West in 1910 to create a Sufi movement in North America and Europe. He set his headquarters in Geneva, an international city because of the League of Nations. He married Ora Baker, a cousin of Mary Baker Eddy, founder of The Christian Science Monitor. His son Vilayat Inayat Khan succeeded him. In 2000, the grandson Zia Inayat Khan assumed leadership of what has become the Sufi Order International.

In the West, the Islamic base of the teaching is rarely stressed though it is not denied. Most of the members do not come from traditional Muslim families. Here in France where I have had some contacts, most members are not from North Africa which makes up the bulk of the Islamic population but are rather Europeans who are looking for meditation techniques and who could have chosen Tibetan Buddhism had a different opportunity presented itself.

Pir Vilayat Inayat Khan

Pir Vilayat has written on the aims of his work: “I am trying to develop an updated spirituality for our times. I believe that to develop our own being to the highest potential we need to discover our ideal and allow an inborn strength, a conviction in ourselves, to give us the courage toward developing this ideal. This requires both knowing our life purpose and mastery or discipline over ourselves in terms of body, mind, and emotions. With an attitude of joy and enthusiasm, we do not suppress but instead control and direct impulses toward the fulfillment of our goals.”

There is a good deal of emphasis placed on “opening the heart” and love as love is considered an attribute of God. Pir Vilayat wrote “When the light of love has been lit, the heart becomes transparent, so that the intelligence of the soul can see through it; but until the heart is kindled by the flame of love, the intelligence, which is constantly yearning to experience life on the surface, is groping in the dark.”

Philip Gowins has written a useful introduction which outlines exercises linked both to breathing and to creative visualization in meditation. The subtitle of the book is “A Field Guide to the Spiritual Path” (1). However, the emphasis is on the need for a teacher as writings are only of limited help and in working alone one may misjudge one’s own progress on the path.

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Note

1) Philip Gowins. Practical Sufism: A Guide to the Spiritual Path (Wheaton, IL: Quest Books, 2010, 219 pp.)

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Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Current Searches for Appropriate Forms of Government

In Africa, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Human Rights, Humanitarian Law, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law, Yemen on October 8, 2021 at 6:52 PM

By René Wadlow

The Association of World Citizens (AWC) strives to respond to situations in this turbulent and frequently violent world by making proposals for the resolution of armed conflicts through negotiations in good faith and by making proposals for developing appropriate forms of government, often based on con-federalism, decentralization, and trans-frontier cooperation. A current focus is on the situations in Yemen (1) and Somalia. (2)

In March 2015, a military coalition led by Saudi Arabia attacked Sanaa, the capital of Yemen, held by a rebel force, the Ansar Allah Movement, commonly called the Houthis. Since that date, the armed conflict has continued, destroying the fragile economy, displacing a large number of persons, creating a humanitarian tragedy. So far, all mediation efforts have failed. The situation becomes more complex each day due in part to the rivalry between Saudi Arabia and Iran.

The state of Yemen was the creation of two separate units. One was the southern part originally known as the Aden Colony and the Eastern and Western Aden Protectorates under British rule. The northern part of the country had been under Ottoman rule until the end of the Ottoman Empire in 1918. From 1918 until 1962, it was ruled by Imams. In 1962, there was a military coup organized by officers who had been trained in Egypt and were influenced by Nasser’s views on Arab nationalism. The coup was followed by an eight-year-long civil war between the military forces called “republicans” and the forces of the Imam Bader. The republicans won, but the government was weak and unstable.

The south of the country after the British left took the name of the People’s Democratic Republic of Yemen. In 1990, the two segments of Yemen were united, and the Republic of Yemen was established. However, the euphoria which had existed at the start was short-lived. The people in the south had been promised that their lives would be bettered after unification. Life did not improve, and many in the south felt marginalized. Today, there is a strong sentiment in the south for separation and independence.

When the fighting in Yemen stops, the creation of appropriate forms of government will have to be found. The return to two separate states presents real difficulties as people have moved from their original home areas due to changing economic conditions and to the armed conflict. Yet a single centralized government also seems impossible. As Martin Dent points out, where there is strong identity politics, there must be forms of government that fill the gap between unity and independence. (3) There is a need for Track II efforts to discuss possible structures of government in Yemen.

In Somalia, we have very similar conditions. The two Somali colonial areas, one under the control of Britain and the other under that of Italy were combined into one state in 1961. There had been a period of United Nations (UN) trusteeship after the end of the Second World War when the area of Italian colonial status had ended and before the two colonial territories were united. The political culture of the two territories was different. This impact of the colonial legacy was an element leading to the current situation. In January 1991, the military government of Siyad Barre was overthrown, and now different parts of the country demand independence, in particular Somaliland and Puntland, though their boundary claims overlap.

In addition to regional demands for independence, there is an armed Islamist movement, Al-Shabaab, which poses regional and international security issues which continue. Mediation efforts by the UN have not progressed. Again, Track II efforts may be helpful to find governmental structures able to provide autonomy without dividing the Somalia state into three or more independent states. (4) The Association of World Citizens stresses the need for creative thinking on the structure of a state, on the need for regional cooperation and a willingness to negotiate in good faith.

Notes

(1) Helen Lackner, Yemen in Crisis: Autocracy, Neo-Liberalism and the Disintegration of a State (London: Saqi Books, 2017, 330 pp.)

(2) Sarah G. Phillips, When There Was No Aid: War and Peace in Somaliland (Ithaca: Cornell University Press, 2020, 227 pp.)

(3) Martin J. Dent, Identity Politics: Filling the Gap Between Federalism and Independence (Aldershot: Ashgate Publishing, 2004, 232 pp.)

(4) Hurst Hannum, Autonomy, Sovereignty and Self-Determination: The Accommodation of Conflicting Rights (Philadelphia: University of Pennsylvania Press, 1990, 503 pp.)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

We Must Protect the Rights of the Hazara Population in Afghanistan

In Asia, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Fighting Racism, Human Rights, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, United Nations, War Crimes, World Law on September 2, 2021 at 7:55 PM

By René Wadlow

The Association of World Citizens (AWC) is strongly concerned by possible repression against the Hazara population in Afghanistan, repression of such an extent that it could be considered genocide. While it is still too early to know what the policies and practice of the Taliban toward minorities will be now, during the past Taliban rule (1996-2001) there was systematic discrimination against the Hazara and a number of massacres.

There are some three million Hazara whose home area is in the central mountainous core of Afghanistan, but a good number have migrated to Kabul, most holding unskilled labor positions in the city. The Hazara are largely Shi’a in religion but are considered as non-Muslim heretics or infidels by the Taliban as well as by members of the Islamic State in Khorasan (ISIS-K), now also an armed presence in Afghanistan.

In the past there was a genocidal period under the rule of Abdur Rahman Khan. During the 1891-1893 period, it is estimated that 60 percent of the Hazara were killed, and many others put into slavery-like conditions.

To understand fully the concern of the AWC for the Hazara, it is useful to recall Article II of the 1948 Convention against Genocide.

In the present Convention, genocide means any of the following acts committed with intent to destroy, in whole or in part, a national, ethnic, racial or religious group, as such:

* Killing members of the group;
* Causing serious bodily or mental harm to members of the group;
* Deliberately inflicting on the group conditions of life calculated to bring about the physical destruction in whole or in part;
* Imposing measures intended to prevent births within the group;
* Forcibly transferring children of the group to another group.

There have been repeated appeals to make the 1948 Genocide Convention operative as world law. The then United Nations Secretary-General, Kofi Annan, said in an address at UNESCO on December 8, 1998 “Many thought, no doubt, that the horrors of the Second World War – the camps, the cruelty, the exterminations, the Holocaust – could not happen again. And yet they have. In Cambodia, in Bosnia and Herzegovina, In Rwanda. Our time – this decade even – has shown us that man’s capacity for evil knows no limits. Genocide – the destruction of an entire people on the basis of ethnic or national origins – is now a word our out time too, a stark and haunting reminder of why our vigilance but be eternal.”

The 1948 Convention has an action article, Article VIII:

Any Contracting Party may call upon the competent organs of the United Nations to take such action under the Charter of the United Nations as they consider appropriate for the prevention and suppression of acts of genocide […]

Despite factual evidence of mass killings, some with the intent to destroy “in whole or in part”, no Contracting Party has ever called for any action under Article VIII. (1)

The criteria for mass killings to be considered genocide does not depend on the number of people killed or the percentage of the group destroyed but on the possibility of the destruction of the identity of a group. It is the identity of the Hazara and their religious base which is the key issue. Events need to be watched closely, and nongovernmental organizations must be prepared to take appropriate action.

Note
(1) For a detailed study of the 1948 Convention and subsequent normative development see: William A. Schabas, Genocide in International Law (Cambridge University Press, 2000, 624 pp.)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Concerted Efforts Against Trafficking in Persons

In Africa, Being a World Citizen, Current Events, Europe, Human Rights, Middle East & North Africa, Migration, Modern slavery, NGOs, Social Rights, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations, Women's Rights, World Law on July 30, 2021 at 10:01 AM

By René Wadlow

On July 30, there should be a worldwide concerted effort against trafficking in persons. The United Nations (UN) General Assembly in Resolution A/RES/68/192 in 2012 set out July 30 as a day to review and reaffirm the need for action against the criminal global networks dealing in trafficking of persons. The trafficking of human beings reveals the hunger of the global economy for human labor and the disrespect for human dignity. Drugs, guns, illegal immigration are the nightmare avenues of how the poor world becomes integrated into the global economy. These are intricate networks and are intertwined with interests in business and politics.

A recent UN report presented to the Commission on the Status of Women highlighted that human trafficking is one of the fastest growing criminal industries and one of the crucial human rights crises today.

From Himalayan villages to Eastern European cities – especially women and girls – are attracted by the prospects of a well-paid job as a domestic servant, waitress or factory worker. Traffickers recruit victims through fake advertisements, mail-order bride catalogues, casual acquaintances, and even family members. Children are trafficked to work in sweatshops, and men to work in the « three D jobs » – dirty, difficult and dangerous.

Despite clear international standards such as the UN Convention against Transnational Organized Crime and its Protocol to Prevent, Suppress and Punish Trafficking in Persons, Especially Women and Children, there is poor implementation, limited governmental infrastructure dedicated to the issue. There is also a tendency to criminalize the victims.

Since 2002, the UN Office on Drugs and Crime has collected information on trafficking in persons. The International Labor Organization, the World Health Organization – especially in the field of HIV/AIDS prevention – and the International Organization for Migration – all have anti-trafficking programs, but they have few «people on the ground» dealing directly with the issue.

Thus, real progress needs to be made through nongovernmental organizations (NGOs) such as the Association of World Citizens which has raised the issue in human rights bodies in Geneva. There are three aspects to this anti-trafficking effort. The first is to help build political will by giving accurate information to political leaders and the press. The other two aspects depend on the efforts of NGOs themselves. Such efforts call for increased cooperation among NGOs and capacity building.

The second aspect is research into the areas from which persons – especially children and women – are trafficked. These are usually the poorest parts of a country and among marginalized populations. Socio-economic and development projects must be directed to these areas so that there are realistic avenues for advancement.

The third aspect is psychological healing. Very often persons who have been trafficked have had a disrupted or violent family life. They may have a poor idea of their self-worth. The victim’s psychological health is often ignored by governments. Victims can suffer a strong psychological shock that disrupts their psychological integrity. Thus, it is important to create opportunities for individual and group healing, to give a spiritual dimention through teaching meditation and yoga. There is a need to create adult education facilities so that persons may continue a broken educational cycle.

We must not underestimate the difficulties and dangers which exist in the struggle against trafficking in persons nor the hard efforts which are needed for the psychological healing of victims. July 30 can be a rededication for our efforts.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Letting the Soul of Europe Drown on the Shores of Libya

In Africa, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Europe, Human Rights, Libya, Middle East & North Africa, Migration, NGOs, Refugees, Spirituality, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on July 26, 2021 at 6:15 PM

By Bernard J. Henry

Was Libya ever a part of the 2011 Arab Spring? If the term defines solely the ouster of a dictator who had been there for decades, yes, it was. After 41 years of autocratic rule, Colonel Muammar Gaddafi was irreversibly overthrown. If the Arab Spring also means the transformation of nonviolent protests into all-out armed conflict, then again, Libya qualifies as a people’s revolution, following the path successfully taken by Tunisia, that ended up as a civil war between the Jamahiriya, ruled from Tripoli by Gaddafi, and the Qatar-backed National Transitional Council based in Benghazi. Ultimately, if it means frustration at the outcome of the fight, then Libya was indeed a part of the 2011 Arab Spring, remembering how unbearably long it took the rival factions there to create a Government of National Unity, after years of competition between two, sometimes three, would-be national leaders.

Another way that Libya – tragically – qualifies as part of the 2011 Arab Spring is the ever-growing phenomenon of harraga. In Algerian Arabic, harrag means “the one who burns something”, and in Algeria where French is an unofficial second language, overlooking a red light while driving a car is “brûler un feu rouge”, literally “burning a red light”. When harrag thus refers to anyone breaching a legal restriction, its plural harraga has come to mean “those who burn the border” – migrants who leave the country without permission, either from their home government or the authorities of the country they are traveling to, in both cases risking their very lives.

One reason the West reacted sometimes coolly to the end of decades-long dictatorships in North Africa was that, while in power, Ben Ali, Gaddafi, and Mubarak enforced strict regulations on migration to the northern bank of the Mediterranean, keeping their respective peoples away from both personal freedom and European border posts altogether. The fall of each of the three regimes meant the end of a controlled emigration that used to suit European needs nicely, and ten years later, one of the three countries stands out as the most graphic and tragic embodiment of the harraga phenomenon – Libya.

Yet Libyans do not make up the bulk of those vowing to reach Europe at any cost. Those vowing to reach Europe from Libya are migrants and refugees from other countries in Africa, with some foreign residents who had lived in Libya for many years but are now feeling insecure and want to move on abroad. Others still, coming from Niger, Chad, Sudan, Egypt, and Tunisia, do want to settle down in Libya. But for those whose destination is Europe, when failure does not come by drowning into the Mediterranean, it means a fate some would deem even worse.

Inhumanity in the name of the European Union

According to a report from the United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR), North Africa is now offering three routes for migration to Europe – the Western Route from Morocco into Spain, the Eastern Route from Turkey into Greece, and the Central Route from Libya into Italy. Unsurprisingly, the Central Route is the most active, preferred by many refugees and migrants. They come from West, East, and Central Africa, some of them fleeing extreme poverty back home and the others running from war and persecution. Although Europe has the oldest and best-functioning human rights court in the world, nostalgic as it is of its unenviable dictator friends in North Africa, it will not lift a finger to help these people yearning for the freedom and dignity that Europeans enjoy them every day.

In a newly released report entitled ‘No One Will Look for You’: Forcibly Returned from Sea to Abusive Detention in Libya, Amnesty International explains how “men, women and children intercepted while crossing the Mediterranean Sea and forcibly returned to detention centers in Libya” get subjected to an array of human rights violations in detention centers, such as “torture and other ill-treatment, cruel and inhuman detention conditions, extortion and forced labor” as well as “invasive, humiliating and violent strip-searches”, when not rape.

The organization sheds light on the role played since 2020 by the Libyan Government’s Directorate for Combating Illegal Migration (DCIM) in sexual abuses against women.

But, in the words of Amnesty’s Deputy Director for the Middle East and North Africa, Diana Eltahawy, “The report also highlights the ongoing complicity of European states that have shamefully continued to enable and assist Libyan coastguards in capturing people at sea and forcibly returning them to the hellscape of detention in Libya, despite knowing full well the horrors they will endure.” Consequently, Amnesty urges “European states to suspend cooperation on migration and border control with Libya”.

Blocking unauthorized migration from North Africa to Europe was one thing, when many in Western countries deemed Arab peoples unable to sustain democracy, thus supporting dictators who both reined in their constituents at home and deterred them from seeking a better life, let alone freedom, abroad. Ten years later, as a stifled democracy proves unable to protect Tunisia from a deadly wave of Covid-19 and Egypt appears locked in an absolute monarchy in all but name, Libya has set a course on the abandonment of all standards of human decency, not just in the treatment of prisoners but in knowingly punishing people just for seeking a new life on the other side of the Mediterranean.

The European ideal betrayed

It is no secret that European leaders, however progressive and opposed to extreme right populists they claim to be, have long renounced any form of firmness toward these. No more dismissing the far right by comparing it to pre-World War II fascist movements; its trademark xenophobic rhetoric has now become trendy. Leaders who once blasted the extreme right can now be heard calling for tighter border controls, making life harder for those immigrants who do get admitted, and demoting asylum from an internationally recognized right to a temporary commodity granted at the pleasure of the state.

Denmark, once hailed as a model Scandinavian social democracy with a liberal line of thought, is now considering sending Syrian refugees back to their war-torn homeland and “outsourcing” other asylum-seekers to Rwanda, a distant central African country with no geographical, historical, or other ties to Denmark whatsoever. In Britain, Home Secretary Priti Patel has proposed a host of nonsensical, dangerous measures to keep undocumented migrants and asylum seekers from reaching the country, such as the creation of an offshore processing center in … Rwanda. Not the finest tributes to the scores of Rwandans trying to flee the ongoing genocide back in 1994 one might think of.

Once conservative, moderate, liberal, or progressive democrats, the leaders of Europe have now joined the extreme right if only in its crusade to spread an insane fear of millions of Arab and African Muslim migrants taking over Europe, replacing the European Convention on Human Rights with the Sharia, imposing the Islamic veil on all women, and flogging to death anyone who swallows a drop of alcohol. So much for the European dream of Konrad Adenauer and Winston Churchill, Frenchmen Jean Monnet and Robert Schuman, and Italians Alcide de Gasperi and Altiero Spinelli – the latter’s name being part also of the history of the World Citizen and World Federalist movements.

As the motto of the European Union (EU) shifts from “United in Diversity” to “Freedom within, Fortress without”, Libya stands out as the most graphic, horrendous illustration of EU duplicity in championing human values at home, especially when opposing a Donald Trump in the USA or brutal leaders in China and Nicaragua, while condoning the total loss of humanity in North Africa where Libyan government agents keep its borders safe from – imagined – hordes of invaders poised to feast on Europe’s riches and force an Al-Qaida- or ISIS-like reactionary vision of Islam on all Europeans. That too is a sign, possibly the most important one, that when it comes to migration, European leaders are now being guided by the extreme right’s ideology, pretending to use facts but being really based on fantasy.

Europe must continue to stand for hope

It is no fantasy that people are dying at sea while trying to reach Europe. It is no fantasy that others, also trying to reach Europe through the Mediterranean, are getting caught by the Libyan authorities and forcibly brought back to the country. It is no fantasy that, held in detention centers even though they have no crime to answer for, people are ill-treated, beaten, raped, all but killed, just because they tried to get to Europe. It is no fantasy that as many blatant violations of the European Convention on Human Rights are being committed while the EU, at best, turns a blind eye and, at worst, lends its support.

Regional integration as Europe has known it since World War II, including EU expansion after the end of the Warsaw Pact, cannot be allowed to result in such barbarity. Setting such a bad example will only be detrimental to the ongoing experiments toward regional integration in other parts of the world, obviously starting with Africa. Ultimately, the very idea of World Citizenship will be endangered too, should some raise the possibility of supranational integration, and accordingly global governance of any kind, leading to such brutal, inhuman conducts of that nature with literally nowhere to run.

Europe as we know it was born among the ruins of World War II. Neither its regional institutions nor its national governments, let alone its governmental partners overseas, can possibly let it drown on the shores of Libya, where its leaders from Rome up to Copenhagen are making the EU lose all honor, letting down both those in Libya hoping for a better future and their own citizens at home by nurturing them in fear when they should be taught pride, courage, and solidarity, both toward one another and with others in distress at the doorsteps of the Union.

Bernard J. Henry is the External Relations Officer of the Association of World Citizens.

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