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1989, l’affaire Salman Rushdie : Quand la France célébrait sa Révolution sous les feux croisés de l’obscurantisme

In Middle East & North Africa, Human Rights, Current Events, Solidarity, Democracy, Literature, The Search for Peace, Africa, United Nations, Cultural Bridges, Being a World Citizen, Europe, NGOs, Spirituality on August 15, 2022 at 1:02 PM

Par Bernard J. Henry

Après les Etats-Unis en 1976, les Français ont célébré en 1989 le Bicentenaire de la Révolution qui a créé leur république, avec pour traits d’union entre les deux pays le Marquis de la Fayette, «héros des deux mondes» en France comme le deviendrait plus tard Giuseppe Garibaldi en Italie, et le fameux «Ça ira» de Benjamin Franklin, Ministre des Etats-Unis d’Amérique à Paris mais francophone malhabile qui, lorsqu’on lui demandait des nouvelles de son pays, répondait par ces deux seuls mots que les sans-culottes avaient fini par reprendre à leur profit. Mais en France, l’année 1989 fut loin d’être placée sous le seul signe des idéaux de la Révolution française tels que résumés en sa devise officielle – Liberté, Égalité, Fraternité.

Depuis le début des années 1980, la France était régulièrement frappée par le terrorisme lié au conflit israélo-palestinien, comme lorsque fut frappé voici quarante ans ce mois-ci, le 9 août 1982, le restaurant Jo Goldenberg dans le quartier juif de Paris. Depuis les élections municipales de 1983 et dans des proportions sans précédent depuis la Libération, l’extrême droite reprenait pied dans la politique française avec les succès électoraux du Front National, dénoncés ainsi que la complaisance du reste de la classe politique par Louis Chedid dans Anne, ma sœur Anne.

C’était déjà beaucoup, évidemment trop. Mais ce n’était pourtant qu’un début, et bientôt une France déjà en proie à ses propres démons allait se trouver prise au cœur de luttes d’envergure mondiale, luttes qui, bien que jamais vraiment disparues, viennent aujourd’hui se rappeler tragiquement au souvenir non seulement de la France mais du monde entier, avec l’agression de Salman Rushdie le 12 août dans l’État de New York.

La Dernière Tentation du Christ : la Contre-Révolution contre-attaque

Le réalisateur américain Martin Scorsese (C) David Shankbone

En août 1988, le cinéaste américain Martin Scorsese sort son nouveau film, La Dernière Tentation du Christ, d’après un roman de Níkos Kazantzákis. En rupture directe avec les récits bibliques, Scorsese y dépeint un Jésus vivant comme tout mortel, peu soucieux du péché ou de la foi, et qui prend soudainement conscience de sa mission divine puis entame un parcours messianique en s’opposant aux dirigeants mêmes du peuple juif dont il est issu. Devant les caméras de Scorsese, c’est Jésus lui-même qui demande à Judas, son premier adepte, de le dénoncer aux Romains afin d’être arrêté et mourir en martyr. Mais, alors qu’il attend la mort sur sa croix, Jésus se voit offrir le salut par un ange qui vient lui dire qu’il est Fils de Dieu, mais non pas le Messie, et doit vivre en homme normal. Sauvé par l’ange de la crucifixion, Jésus épouse Marie-Madeleine et fonde avec elle une famille heureuse.

A la fin de sa vie, Jésus appelle auprès de lui ses anciens disciples et Judas lui avoue que l’ange qui l’a sauvé était en réalité Satan, dont lui est venue cette «dernière tentation» de vivre en homme ordinaire et non en Messie. Mourant, Jésus rampe jusqu’à la croix dont Satan l’avait jadis extrait, dans une Jérusalem en flammes puisque n’ayant jamais été pacifiée par son enseignement. Il implore Dieu de le replacer sur la croix, afin de pouvoir enfin accomplir sa destinée. Crucifié une nouvelle fois, il sait sa mission menée à bien et meurt.

Cette uchronie religieuse soulève la fureur chez les Chrétiens à travers le monde entier, d’abord chez les Protestants aux Etats-Unis même puis, en France, chez les Catholiques, l’Archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger parvenant même à faire plier le Gouvernement socialiste de François Mitterrand qui, d’abord partenaire du film, finit par jeter l’éponge.

A sa sortie en France en septembre, le film réveille un mouvement catholique intégriste que l’on croyait décapité depuis l’excommunication au printemps de Monseigneur Marcel Lefebvre et la mise au ban par le Vatican de sa Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X traditionaliste et hostile à Vatican II. En octobre, un cinéma projetant La Dernière Tentation du Christ est incendié dans l’est de la France et, à Metz, la visite du Pape Jean-Paul II donne lieu au retrait du film des salles locales. Bientôt, le film est déprogrammé partout ailleurs ou projeté sous protection policière. Le 23 octobre, un commando catholique intégriste attaque l’Espace Saint-Michel à Paris, dernière salle projetant encore le film, blessant quatorze personnes dont deux grièvement.

En pleine célébration de sa Révolution et de l’Être suprême, divinité laïque sous les auspices de laquelle était adoptée le 26 août 1789 la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la France découvre que l’esprit vengeur des Chouans de Bretagne et des royalistes de Vendée qui refusaient la fin de la monarchie de droit divin était toujours là, et que, comme leurs ancêtres révolutionnaires, les Français républicains de 1989 allaient devoir y faire face. Et à l’intégrisme catholique menaçant le Bicentenaire allait bientôt s’ajouter l’intégrisme issu des rangs d’une autre religion majeure de France – l’Islam.

Allah et Les Versets sataniques : les «intégristes musulmans» à l’assaut de l’Être suprême

En 1989, la France ne parle pas encore d’islamisme. Ce terme n’apparaît que l’année suivante, lorsque les premières élections libres et multipartites en Algérie voient non pas la victoire courue d’avance du Front de Libération Nationale (FLN), jusqu’alors parti unique, mais du Front islamique du Salut (FIS), parti prônant une application stricte de la loi coranique dans tous les domaines de l’administration et de la vie publique. Pour l’instant, en cette année 1989, la France parle d’intégrisme musulman. Jusqu’à présent, cet intégrisme s’est surtout manifesté à travers le terrorisme, non dans une moindre mesure en lien avec l’Iran comme en témoigne l’affaire Wahid Gordji. Mais la France est sur le point de découvrir que cet intégrisme peut aussi frapper là où elle l’attend le moins, sur un terrain où, ceinte de ses idéaux révolutionnaires, elle se croit inexpugnable. Le terrain de la culture.

Dès 1987, la chanteuse Véronique Sanson envisageait une chanson contre l’intégrisme religieux, racontant l’histoire d’un couple maghrébin se muant en auteurs d’un attentat-suicide par l’explosion d’un camion. Alors qu’elle entend intituler sa chanson Dieu, le chanteur Michel Berger, son ancien compagnon qui produit pour elle l’album devant contenir la chanson, lui suggère de l’intituler Allah en référence à l’extrémisme musulman qui, à travers le monde, s’affirme alors de plus en plus comme une «troisième force» entre les Etats-Unis de Ronald Reagan et l’URSS de Mikhaïl Gorbatchev. C’est ainsi que la chanteuse enregistre Allah, où elle s’en prend directement au Dieu de l’Islam pour les attentats commis en son nom par des fanatiques.

Véronique Sanson

Alors qu’elle s’apprête à donner un concert à l’Olympia, Véronique Sanson reçoit des menaces de mort lui enjoignant de ne pas chanter Allah. Le 14 février 1989, une fatwa est lancée contre elle avec ordre de la tuer. La carrière de la chanson s’arrête là. Mais pas celle de l’extrémisme se réclamant de l’Islam, car bien sûr, Rushdie est le prochain sur la liste.

C’est en septembre 1988 que l’écrivain britannique d’origine indienne, naturalisé américain, publie son quatrième roman, Les Versets sataniques (The Satanic Verses). Les protagonistes, deux artistes indiens vivant en Angleterre contemporaine, se trouvent pris dans un détournement d’avion et, alors que l’appareil explose en plein vol, se voient miraculeusement y survivre puis prendre pour l’un, la personnalité de l’Ange Gabriel et, pour l’autre, celle d’un démon. Ce dernier réussit à ruiner la vie, notamment sentimentale, de son comparse qui le lui pardonne toutefois en bon ange que, selon lui, il est devenu. Tous deux rentrés en Inde, le premier tue sa compagne avant de se suicider, et le second, jusqu’alors brouillé avec son identité indienne ainsi que son propre père, se réconcilie avec les deux et reste vivre dans son Inde natale.

Salman Rushdie

Mais derrière cette histoire de deux Indiens frappés d’une maladie mentale, servant de trame au roman de Rushdie, d’autres parties du roman s’avèrent plus problématiques, du moins pour les Musulmans les plus dogmatiques.

A l’instar de Scorsese mettant en scène un Christ détourné de sa mission salvatrice par un Satan habilement déguisé, Rushdie dépeint Mahomet, le Prophète de l’Islam, adoptant trois divinités païennes de La Mecque en violation du principe islamique du dieu unique, les trois divinités ayant dicté à Mahomet de faux versets du Coran en ayant pris l’apparence d’Allah. Le récit romancé de Rushdie amène ensuite des prostituées de La Mecque à se faire passer pour les épouses du Prophète, puis l’un des compagnons de Mahomet à douter de lui en tant que messager de Dieu et l’accuser d’avoir volontairement réécrit certaines parties du Coran en occultant le verbe divin.

Rushdie poursuit avec le récit, toujours fictif, d’une jeune paysanne indienne affirmant recevoir des révélations de l’Archange Jibreel («Gabriel» en arabe). Elle convainc son village entier d’entreprendre un pèlerinage en marchant jusqu’à La Mecque, affirmant qu’ils pourront tous traverser la mer à pied. Mais les pèlerins disparaissent tous, les témoignages discordant sur leur noyade pure et simple ou leur traversée miraculeuse de la mer comme l’aurait promis l’Archange Jibreel.

Puis Rushdie présente un chef religieux fanatique expatrié, «l’Imam», chef religieux en lequel est aisément reconnaissable l’Imam Ruhollah Khomeini, Guide suprême de la République islamique d’Iran, exilé en France jusqu’à la révolution islamique de 1979.

Après le tollé chez les Chrétiens contre Scorsese, c’est au tour de Rushdie d’enflammer le monde musulman. Au Pakistan, Les Versets sataniques sont interdits et, le 12 février 1989, dix mille personnes manifestent contre lui à Islamabad où le Centre culturel américain et un bureau d’American Express sont mis à sac. L’Inde interdit l’importation de l’ouvrage et des autodafés se font jour en Grande-Bretagne.

En février 1989, c’est au tour de Khomeini d’ajouter à la polémique en édictant une fatwa, littéralement une «opinion juridique», facultative en Islam sunnite mais ayant valeur contraignante chez les Chiites, appelant au meurtre de Rushdie et de ses éditeurs ainsi qu’à faciliter ce meurtre à défaut de le commettre soi-même. En Grande-Bretagne, le Gouvernement conservateur de Margaret Thatcher prend fait et cause pour Rushdie, qu’il place sous protection policière, mais un jeune député travailliste nouvellement élu organise dans sa circonscription une marche pour l’interdiction des Versets sataniques et un ancien leader du Parti conservateur, Norman Tebbit, sans aucun lien personnel avec l’Inde ou l’Islam par ailleurs, condamne et injurie publiquement Rushdie.

Là où Martin Scorsese continue d’aller et venir librement, Véronique Sanson ayant tôt fait de sortir de nouveaux titres et faire oublier Allah, Rushdie se trouve désormais prisonnier d’une alternative qui résume tout son sort – la clandestinité ou la mort.

Héritage humaniste contre héritage de haine

Devenu invisible et introuvable, Rushdie publie en 1995 un nouveau roman, Le dernier soupir du Maure (The Moor’s Last Sigh). Mais, pour avoir perdu en intensité, la menace de Téhéran n’en a pas pour autant disparu. Loin des regards, c’est désormais par procuration que Rushdie continue d’être attaqué.

En 1991, les traducteurs italien et japonais de Rushdie sont assassinés. Deux ans plus tard, un traducteur norvégien des Versets sataniques échappe de peu à une tentative de meurtre par balles puis un traducteur turc manque de succomber à un incendie volontaire qui le visait.

En 1998, l’Iran de Mohammed Khatami, Président se voulant réformiste, annonce la fin de la fatwa contre Rushdie qui, à son tour, abandonne sa vie en clandestinité. Mais en 2006, le conservateur nationaliste Mahmoud Ahmadinejad qui a succédé à Khatami fait marche arrière ; pour lui, une fatwa ne peut être annulée que par la personne qui l’a édictée, et puisque Khomeini est décédé, la fatwa est irréversible. Dix ans plus tard, la prime promise par l’Iran pour le meurtre de Rushdie dépasse les trois millions de dollars, notamment sous l’impulsion des médias iraniens.

Et le 12 août dernier, alors qu’il s’apprête à donner une conférence à la Chautauqua Institution dans l’Etat de New York, Rushdie est poignardé au cou par Hadi Matar, Chiite d’origine libanaise dont les réseaux sociaux grouillent de messages de soutien au régime iranien et d’admiration pour Khomeini. Hospitalisé en urgence, placé sous assistance respiratoire, il est menacé de perdre un œil ; le 14, son agent annonce qu’il se rétablit et respire normalement. En Iran, la presse conservatrice couvre de louanges Hadi Matar qui, ensuite amené devant la justice, plaide non coupable.

En France, d’aucuns convoquent aussitôt le souvenir de l’attentat terroriste du 7 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo, régulièrement accusé de s’en prendre systématiquement à l’Islam et aux Musulmans, en particulier depuis la publication dans ses colonnes, en 2006, de caricatures de Mahomet parues dans un journal d’extrême droite au Danemark. C’est toutefois après avoir critiqué non l’Islam mais l’islamisme, incarné par le parti tunisien Ennahda et une partie du Conseil national de Transition en Libye, que Charlie Hebdo avait connu en 2011 l’incendie de ses locaux à Paris. Quant à l’attentat ayant décimé sa rédaction, Charlie Hebdo le devait bien à deux terroristes résolus, deux frères membres d’Al-Qaïda en Péninsule Arabique, Cherif et Saïd Kouachi. L’Islam ne tue pas, l’islamisme oui.

Pour les Français, immanquablement, le souvenir de l’attentat contre Charlie Hebdo en appelle un autre, celui de l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie victime d’un autre attentat terroriste à Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne, le 16 octobre 2020 alors que se tenait justement à Paris le procès des auteurs présumés des attentats de janvier 2015 dont celui contre Charlie Hebdo, en dehors des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly qui avait attaqué l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes. Samuel Paty avait été dénoncé par certains élèves musulmans comme ayant utilisé des dessins parodiques de Mahomet parus dans Charlie Hebdo, ce qui avait fait de lui une cible du seul fait de son enseignement, non contre l’Islam mais en faveur de l’esprit critique.

Étrangère à l’univers anglo-saxon de l’Amérique de Scorsese ou de l’Angleterre de Rushdie, la France qui célébrait sa Révolution s’était retrouvée victime collatérale des deux épisodes mais n’en avait pas connu de semblable pour ses propres artistes, notamment pas pour Véronique Sanson contre laquelle la fatwa aura fait long feu. Inspirée par le Bicentenaire de la Révolution, Isabelle Adjani, l’une des actrices françaises les plus en vogue à l’époque, n’en avait pas moins lu à haute voix un extrait des Versets sataniques lors de la cérémonie des Césars en 1988. Malgré tout, la France républicaine avait bien dû se faire une raison, constatant que les idéaux qu’elle célébrait et voulait universels ne l’étaient pas tant qu’elle le croyait et que, dans cet Occident qui regardait de haut un «Tiers Monde» auquel il imputait l’intégrisme religieux comme une conséquence de son sous-développement, ce même intégrisme existait aussi, non du seul fait de migrants musulmans mais aussi de citoyens de lignée locale depuis des siècles, non du seul fait d’un Islam qui, ailleurs, avait pris les armes mais aussi du même catholicisme qui, le dimanche matin, rassemblait les fidèles devant Le Jour du Seigneur sur la télévision d’État.

Triste préfiguration d’un monde qui, en quittant les années 1980 et par miracle la Guerre Froide, (r)entrait successivement dans la guerre «chaude» avec la campagne militaire internationale pour la libération du Koweït envahi en août 1990 par l’Irak, les guerres balkaniques avec camps d’internement et purification ethnique rappelant sombrement la Shoah, le terrorisme généralisé, ici islamique du fait d’Al-Qaïda et ailleurs d’extrême droite comme à Oklahoma City, et l’extrême droite au pouvoir, fût-ce en coalition gouvernementale, comme en Italie.

D’aucuns en France voudraient penser que tous les chemins mènent non à Rome, mais à Paris, et donc que tous les chemins en partent aussi. En 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen avait bel et bien résonné, pour sa part, loin par-delà les frontières du Royaume de France. Là où les textes constitutionnels américains avaient été scrutés principalement par les ennemis britannique et espagnol de la jeune Amérique indépendante, la proclamation française «en présence de l’Être suprême» avait permis au monde entier de comprendre qu’une nouvelle ère commençait. Deux cents ans plus tard, la fête de ce légitime moment de fierté pour le peuple français lui offrait tout le contraire, l’obscurantisme et la violence venues d’ailleurs convergeant vers Paris pour ternir ce moment de joie et ouvrir la voie à une fin du vingtième siècle qui ne pouvait que laisser craindre le pire.

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen adoptée le 26 août 1789 (C) Musée Carnavalet – Paris

Aucun respect du droit sans respect de l’écrit

Et le vingt-et-unième siècle n’a pas manqué de tenir les terribles promesses de son prédécesseur. Pire attentat terroriste de l’histoire en 2001, extrême droite au pouvoir dans deux pays d’Europe et ayant manqué de l’être aussi en France en 2002, invasion de l’Irak cette fois sans mandat international en 2003, tortures de civils dans ce même Irak l’année suivante …  La liste serait bien trop longue. Mais une chose est sûre, ce qui était au vingtième siècle le futur ressemble horriblement à ce qui était vu, à l’époque, comme un passé révolu.

Des écrivains comme Rushdie, tous les pouvoirs tyranniques en ont toujours emprisonné, interdit, torturé voire tué. Dans le contexte individuel de 1989, plus encore en France, Rushdie était devenu le symbole vivant d’un mal nouveau, menaçant un monde où le Mur de Berlin était toujours debout même si l’URSS vaincue en Afghanistan semblait à genoux. Mais avec le nouveau siècle est venue l’expansion de la nouvelle technologie, et avec elle, la possibilité d’être auteur sans plus devoir passer par un journal ou une maison d’édition, avec l’apparition des blogs et, pas toujours pour le meilleur, des réseaux sociaux. Et qui dit nouveaux moyens d’expression dit nouvelle peur pour les régimes répressifs, et avec cette nouvelle peur, de nouveaux motifs de répression. Publié sur papier ou autopublié sur Internet, qu’importe aujourd’hui, vous risquez tout autant de payer cher le moindre de vos mots contre qui veut régner en imposant le silence.

Active au sein du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, l’Association of World Citizens ne s’est jamais limitée pour autant à cette seule enceinte genevoise, ayant toujours porté la défense des Droits Humains partout où elle le peut.

En Tunisie où, depuis un an, les initiatives du Président Kaïs Saied mettent à mal l’héritage de la Révolution de janvier 2011, le journaliste Salah Attia en a fait les frais pour avoir dénoncé ces dérives autoritaires en direct sur la chaîne Al Jazeera. Jugé sur ce seul fondement par des militaires en uniforme, il s’est retrouvé détenu à la prison de Mornaguia près de Tunis. Dans la Libye voisine qui n’a jamais su trouver sa voie nouvelle depuis la révolte populaire contre Mu’ammar Kadhafi, hélas devenue intervention militaire franco-britannique aux motifs plus qu’incertains, c’est Mansour Atti, journaliste lui aussi, mais également blogueur et dirigeant local du Croissant-Rouge, qui fut enlevé en juin 2021 par un groupe armé réputé proche des Forces armées libyennes.

Toujours en Afrique mais plus au sud, dans la Corne du continent, en Somalie où l’État central ne s’est jamais vraiment reconstitué depuis 1990 et la désagrégation du pays après la fin de la dictature de Mohamed Siad Barré, un journaliste indépendant nommé Kilwe Adan Farah fut arrêté en décembre 2020 dans la région autonome de facto du Puntland où il venait de couvrir une manifestation contre les autorités locales. Jugé lui aussi par un tribunal militaire, il fut condamné à trois ans d’emprisonnement pour avoir «répandu des fausses nouvelles et incité au mépris envers l’État». A ce jour, il purge encore sa peine.

Kilwe Adan Farah

Le terrorisme jihadiste en France et ailleurs l’a prouvé : ce qui menaçait Salman Rushdie n’a jamais disparu, tout au plus changé de forme. Mais aujourd’hui, là où un interdit fanatique peut toujours frapper quelqu’un qui s’exprime par l’écrit, l’interdit peut venir également des forces armées dans un pays cherchant sa voie constitutionnelle et, dans le meilleur des cas, démocratique. Quitte à oser vouloir faire croire qu’un écrit public dénué de toute intention malveillante peut menacer un pays tout entier de ne jamais (re)trouver une vie libre et paisible.

En France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, mais bien sûr pas seulement, la loi permet de saisir la justice contre un écrit public et obtenir soit réparation si l’on est visé à titre personnel, soit condamnation pénale dans le cas d’un abus de la liberté d’expression internationalement reconnaissable comme tel, par exemple à travers la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme. Et ce sera toujours, dans ces trois pays et partout ailleurs dans le monde, une infaillible indication du respect de l’État de droit par opposition à la loi de la jungle ou à celle du talion. Quiconque se reconnaît Citoyen du Monde doit défendre sans faille ces principes, sachant que là où un écrit peut valoir la mort, il n’est aucune responsabilité envers sa communauté locale, a fortiori envers la communauté humaine mondiale, que l’on puisse entendre assumer à moins que ce ne soit, au bout du compte, en vain.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

L’impact du désordre environnemental sur la migration sud-nord

In Africa, Asia, Being a World Citizen, Current Events, Environmental protection, Human Development, Middle East & North Africa, Migration, NGOs, Refugees, Social Rights, Solidarity, Sustainable Development, The Search for Peace, United Nations, World Law on August 10, 2022 at 7:01 AM

Par Nadia Belaala

Dans un premier temps, il nous semble important de faire un rappel de l’état des lieux environnemental dans lequel se trouvent la terre et ses ressources, en considérant les interactions entre l’humanité et les écosystèmes qui y vivent.

Selon le Rapport Planète Vivante de WWF (2020), les activités humaines ont amené à une diminution de 68% des populations mondiales de mammifères, d’oiseaux, de poissons, de reptiles et d’amphibiens en 50 ans.

En Europe, par exemple, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) indique la disparition de 36 espèces entre 2015 et aujourd’hui, et plus de 11% sont menacées d’extinctions (dont 58% d’arbres endémiques et 40% de poissons d’eau douce).

En Afrique, ce sont 700 millions d’hectares de terres (soit plus de dix fois la surface de la France), qui ont été dégradées par la pression humaine,  et ce en lien avec la désertification et le surpâturage (source : la Banque mondiale, 2016). Cette situation crée un cercle vicieux, qui amène à une urgence alimentaire, laquelle nécessite à son tour une exploitation excessive des arbres et une sur-utilisation des engrais et pesticides[1].

Au niveau mondial,  le stock de poissons a reculé de 50% entre 1970 et 2010, les côtes africaines étant les plus pillées au monde, notamment par la Chine[2]. Il se pourrait que les stocks halieutiques exploités par les êtres humains déclinent jusqu’à disparaître en 2048, si l’on en croit les prévisions d’Isabelle Autissier, présidente de WWF-France (jusqu’en janvier 2021).

Quant aux villes, si elles n’occupent que 3% de la surface continentale mondiale[3], elles concentrent 55% de la population mondiale et consomment plus des deux tiers de la demande énergétique mondiale (source : Rapport de situation 2019 sur les énergies renouvelables dans les villes de l’ONU). Elles sont, par ailleurs, particulièrement vulnérables aux changements climatiques et aux catastrophes naturelles du fait, entre autres, de leur forte concentration humaine, tout en étant en partie les causes de ces aléas climatiques[4].

L’histoire de l’humanité est en train de se jouer, en notre défaveur à tous ; il n’y a pas de région, de pays ou de continent épargnés. Il y a une réelle urgence à s’en préoccuper, car si nous n’agissons pas, c’est notre propre espèce que nous mettons en péril.

Une des premières conséquences de ces désordres environnementaux est d’obliger, inexorablement, des populations à se déplacer.

Bien que l’histoire de l’humanité soit faite de migrations, ces dernières se multiplient fortement, depuis quelques années. Auparavant, c’était les guerres, les violences, maintenant, ce sont aussi les aléas climatiques qui poussent les êtres humains à quitter la terre qui les a vus grandir et qui leur a permis de construire leurs identifications fondamentales.

Nous savons que, d’une manière générale, toute migration, à laquelle s’ajoute celle due à l’environnement, provoque des perturbations socioculturelles énormes, autant pour ceux qui la subissent que pour ceux qui l’accueillent. Elle engendre des souffrances humaines indicibles qui questionnent et violentent notre humanité.

Lequel d’entre nous n’a pas encore, en mémoire, ces images insoutenables des migrants noyés gisants sur les plages, en particulier sur les deux rives de la Méditerranée ?

Parmi ces migrants, combien sont des réfugiés climatiques ? Nous n’avons pas encore assez d’études qui nous renseignent avec précision sur cette question, mais il est avéré qu’ils sont de plus en plus nombreux.

Pourtant, force est de constater que le sujet des réfugiés climatiques est le parent pauvre de la politique actuelle, le lien entre migration et réchauffement climatique faisant l’objet d’un silence assourdissant de la part de nos politiques. Pour autant, en 2013, un rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) fait état de 22 millions de personnes ayant été déplacées en raison de catastrophes naturelles, ce qui est trois fois plus élevé que le nombre des personnes fuyant un conflit.

Mais qui sont ces migrants, ces réfugiés de l’environnement ? Ce sont des personnes « qui sont forcées de quitter leur lieu de vie temporairement ou de façon permanente à cause d’une rupture environnementale (d’origine naturelle ou humaine) qui a mis en péril leur existence ou sérieusement affecté leurs conditions de vie »[5].

Alors comment sont catégorisés ces « réfugiés climatiques », appelés aussi « déplacés » ou « éco-migrants » ? Ils sont, d’emblée, intégrés aux seules catégories existantes: celles des « réfugiés économiques » ou des « réfugiés de la misère ». En effet, ils n’ont pas de statut juridique, car ils ne remplissent pas les critères de la Convention de Genève signée en 1951. 

Cette dernière n’accorde l’assurance d’une protection aux réfugiés que dans certains cas, à savoir, « des situations de persécutions liées à la race, à la religion, à la nationalité, aux opinions politiques, ou à l’appartenance à  certains groupes sociaux » (UNHCR).

De ce fait, les pays d’accueil, connus pour leur qualité de vie et leur sécurité, et vers lesquels se dirigent naturellement ces éco-migrants, ne disposent d’aucun budget pour recevoir ces derniers.

Selon le Rapport mondial sur le déplacement interne (2020) de l’ONG Internal Displacement Monitoring Center (IDMC), chaque année, plus de 20 millions de personnes qui sont déplacées, le sont pour cause de catastrophes naturelles, dont 86% de nature hydrométéorologique.

Alors, quels sont les changements environnementaux qui provoquent de tels flux migratoires ?

L’Ined (Institut national d’études démographiques) fait état de 3 phénomènes[6] principaux :

1) L’intensité accrue des catastrophes naturelles.

En effet, entre 1995 et 2015, plus de 600.000 personnes sont décédées du fait de ces catastrophes météorologiques. Plus de 4 milliards de personnes ont en été blessées, ou sont tombées dans une forte précarité à la suite de ces catastrophes. (Source : rapport du Bureau des Nations unies pour la réduction des risques de catastrophes)

2) La hausse du niveau des mers.

Elle risque de rendre inhabitables certaines zones basses à forte densité de population.

C’est le cas de nombreuses régions du Bangladesh[7], par exemple. Ce pays, tout comme l’Inde, a vu s’accroître ses problèmes socio-économiques et politiques en raison notamment du déplacement des Rohingyas, forcés de fuir le Myanmar.

3) La raréfaction des ressources hydriques, aussi appelée stress hydrique.

Elle engendre sécheresse et désertification. C’est notamment le cas des États du Sahel, où les modèles climatiques prédisent une aggravation de la sécheresse dans les années à venir. Cette situation a déjà été à l’origine de déplacements majeurs de populations et d’une perte importante du bétail dans cette région d’Afrique. Le bétail, rappelons-le, constitue la principale source de production agricole[8].

Par ailleurs, et depuis quelques années, on assiste à une augmentation des inondations meurtrières notamment en Afrique de l’Ouest. Ces évènements sont dus à différents phénomènes tels que le changement de l’usage des terres, la réduction des jachères, ou encore la déforestation et l’urbanisation. Tout ceci rend les sols incapables d’absorber les eaux diluviennes notamment dans la zone du Sahel[9].

Ainsi, en 2018, ce sont 250.000 Afghans qui ont dû fuir leurs villages en raison des fortes chaleurs, induisant une vulnérabilité extrême de cette population, déjà exposée aux conflits armés.

Selon un rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés, « en 2013, les catastrophes naturelles ont fait presque trois fois plus de déplacés que les guerres » (INED) et 85% d’entre eux sontdes pays en développement.

Pour une grande partie de ces populations, c’est l’exode vers l’Occident, et particulièrement l’Europe,  qui est le plus tentant et le plus tenté, dans l’espoir de vivre dignement, ou tout au moins de survivre …

Comment dès lors permettre à ces populations de vivre dans leurs territoires, d’y travailler et d’en utiliser les ressources ?

Certaines bonnes pratiques locales, simples d’accès, notamment pour les populations autochtones pourraient aider à lutter contre ces problématiques environnementales. Quelques-unes commencent d’ores et déjà à émerger et devraient faire, nous l’espérons, effet « boule de neige ».

À titre d’exemple, citons le mouvement de la ceinture verte au Kenya (Green Belt Movement) qui a été lancé par la biologiste Wangari Maathai et qui encourage les femmes à planter des arbres, ce qui leur permet, à terme, d’améliorer leur niveau de vie.

En Mongolie, toute une muraille verte a également vu le jour, pour résister à l’avancée du désert de Gobi.

Au Burkina Faso, des paysans construisent des cuvettes en demi-lunes qui permettent de concentrer les précipitations et réduire le ruissellement[10].

Au Rajasthan, pour récupérer l’eau des moussons, recharger les nappes phréatiques et réalimenter les rivières, les paysans ont remis au goût du jour le « johad », une technique agricole ancestrale, qui consiste à collecter les eaux de pluie pendant la saison des moussons et les utiliser en les faisant filtrer dans le sous sol pendant la saison sèche[11].

Wangari Maathai

On peut aussi évoquer la transformation de la villa « ASSIE GAYE » au Sénégal en 2009-2010, qui s’est faite grâce à l’utilisation de matériaux locaux, comme la terre crue argileuse. Elle est alimentée en énergies renouvelables, grâce à un générateur éolien, un générateur photovoltaïque et un collecteur thermique. Ce qui en fait une maison durable, à la fois sur le plan écologique et économique[12].

Enfin, nous devons rappeler qu’il est indispensable pour l’humanité de relever le défi majeur de ces problématiques environnementales et humaines qui s’offrent à elle. Il nous faut intégrer tous les possibles en matière de changement climatique annoncés par les rapports du Groupe GIEC, dans le but d’y répondre.

Il serait ainsi plus urgent d’attribuer certains budgets étatiques à la prise en charge des réfugiés climatiques, plutôt que d’augmenter, par exemple, ceux inhérents à la défense et à l’armement.

Par ailleurs, la lutte contre le fléau de l’évasion fiscale pourrait, éventuellement, profiter à ces mêmes réfugiés et ainsi limiter la pression sur les pays d’origine ou encore sur les pays accueillant ces migrants.

Pour clôturer mon propos, j’emprunte un peu de sa sagesse à Wangari Maathai qui précise  qu’« Aujourd’hui, nous affrontons un défi qui exige un renouvellement de notre mode de pensée, pour que l’humanité cesse de menacer le système qui assure sa propre survie. Nous sommes appelés à aider la terre à guérir ses blessures et, à guérir les nôtres – en fait, à embrasser la totalité de la création dans toute sa diversité, sa beauté et ses merveilles. »[13]

Nadia Belaala est architecte et ingénieure sociale, anciennement Officier du Développement durable de l’Association of World Citizens.


[1] Meyerfeld, B. (2016). Alerte érosion : l’Afrique s’effrite et ses terres s’appauvrissent dangereusement. Le Monde Afrique, https://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/11/16/alerte-erosion-l-afrique-s-effrite-et-ses-terres-s-appauvrissent-dangereusement_5032087_3212.html

[2] Valo, M. (2013). Comment la pêche chinoise pille les océans de la planète. Le Monde, https://www.lemonde.fr/planete/article/2013/04/04/comment-la-peche-chinoise-pille-les-oceans-de-la-planete_3154101_3244.html

[3] Boughriet, R. (2016). De nouvelles normes mondiales pour un développement urbain durable, Actu-environnement.com, https://www.actu-environnement.com/ae/news/nouvelles-normes-mondiales-developpement-urbain-durable-habitat3-27750.php4

[4] Desforges, D. (2009). Les villes face au changement climatique. Regards croisés sur l’économie, 2(2), 84-86. https://doi.org/10.3917/rce.006.0084

[5] Cournil, C. (2010). Les “réfugiés environnementaux” : enjeux et questionnements autour d’une catégorie émergente. Migrations Société, 2(2), 67-79. https://doi.org/10.3917/migra.128.0067

[6] VERON, J. (2014), Quels liens entre migrations et environnement ? Institut national d’études démographiques, https://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/memos-demo/focus/quels-liens-entre-migrations-et-environnement/

[7] Kholiquzzaman Ahmad, Q. (2006). Changement climatique, inondations et gestion des crues : le cas du Bangladesh. Hérodote, 2(2), 73-94. https://doi.org/10.3917/her.121.0073

[8] LEBEL, T. (2018), Au Sahel, le climat durablement perturbé depuis la « grande sécheresse. Le Monde Afrique, https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/11/12/au-sahel-le-climat-durablement-perturbe-depuis-la-grande-secheresse_5382513_3212.html

[9]ibid

[10] https://www.coalition-eau.org/wp-content/uploads/Eau-et-climat-web.pdf (p.22)

[11] https://uneseuleplanete.org/Grace-a-la-johad-l-039-eau-revient-a-sa-source-439

[12] http://www.habiter-autrement.org/37-ecovillage-afrique/contributions-37/30-Senegal-villa-ecologique-Assie-Gaye.pdf

[13] European think & do tank. (2016). Réchauffement climatique et migration, zoom sur un phénomène méconnu, p.3, https://www.pourlasolidarite.eu/sites/default/files/publications/files/na-2016-refugies_climatiques.pdf

Garry Davis: “And Now the People Have the Floor”

In Being a World Citizen, Human Rights, Migration, NGOs, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace, Track II, United Nations, United States, World Law on July 24, 2022 at 6:14 PM

By René Wadlow

Garry Davis, who died on July 24, 2013, in Burlington, Vermont, was often called “World Citizen N°1”. The title was not strictly exact as the organized world citizen movement began in England in 1937 with Hugh J. Schonfield and his Commonwealth of World Citizens, followed in 1938 by the creation jointly in the USA and England of the World Citizen Association. However, it was Garry Davis in Paris in 1948-1949 who reached a wide public and popularized the term “world citizen”.

Garry Davis was the start of what I call “the second wave of world citizen action”. The first wave was in 1937-1940 as an effort to counter the narrow nationalism represented by Fascist Italy, Nazi Germany, and militaristic Japan. This first world citizen wave of action did not prevent the Second World War, but it did highlight the need for a wider cosmopolitan vision. Henri Bonnet of the League of Nations’ Committee for Intellectual Co-operation and founder of the United States (U. S.) branch of the World Citizen Association became an intellectual leader of the Free French Forces led by General de Gaulle from London during the War. Bonnet was a leader in the founding of UNESCO — the reason it is based in Paris — and UNESCO’s emphasis on understanding among cultures.

The Second Wave of world citizen action in which Garry Davis was a key figure lasted from 1948 to 1950 — until the start of the war in Korea and the visible start of the Cold War, although, in reality, the Cold War began in 1945 when it became obvious that Germany and Japan would be defeated. The victorious Great Powers began moving to solidify their positions. The Cold War lasted from 1945 until 1991 with the end of the Soviet Union. During the 1950-1991 period, most world citizen activity was devoted to preventing a war between the USA and the USSR, working largely within other arms control/disarmament associations and not under a “world citizen flag.”

The Third Wave of world citizen action began in 1991 with the end of the Cold War and the rise again of narrow nationalist movements as seen in the breakup of the Soviet Union and Yugoslavia. The Association of World Citizens with its emphasis on conflict resolution, human rights, ecologically-sound development, and understanding among cultures is the moving force of this Third Wave.

The two-year Second Wave was an effort to prevent the Cold War which might have become a hot World War Three. In 1948, the Communist Party took over Czechoslovakia, in what the West called a “coup”, more accurately a cynical manipulation of politics. The coup was the first example of a post-1945 change in the East-West balance of power and started speculation on other possible changes as in French Indochina or in 1950 in Korea. 1948 was also the year that the UN General Assembly was meeting in Paris. The United Nations (UN) did not yet have a permanent headquarters in New York, so the General Assembly first met in London and later in Paris. All eyes, especially those of the media, were fixed on the UN. No one was sure what the UN would become, whether it would be able to settle the growing political challenges or “go the way of the League of Nations”.

Garry Davis, born in 1921, was a young Broadway actor in New York prior to the entry of the U. S. in the World War in 1941. Garry Davis was a son of Meyer Davis, a well-known popular band leader who often performed at society balls and was well known in the New York-based entertainment world. Thus, it was fairly natural that his son would enter the entertainment world, as a “song and dance” actor in the musical comedies of those days. Garry had studied at the Carnegie Institute of Technology, a leading technology institution.

When the U. S. entered the war, Garry joined the Army Air Force and became a bomber pilot of the B-17, stationed in England with a mission to bomb targets in Germany. Garry’s brother had been killed in the Allied invasion of Italy, and there was an aspect of revenge in bombing German military targets until he was ordered to bomb German cities in which there were civilians.

At the end of the War and back as an actor in New York, he felt a personal responsibility toward helping to create a peaceful world and became active with world federalists who were proposing the creation of a world federation with powers to prevent war, largely based on the U. S. experience of moving from a highly decentralized government under the Articles of Confederation to the more centralized Federal Government structured by the Constitution.

At the time, Garry had read a popular book among federalists, The Anatomy of Peace by the Hungarian-born Emery Reves. Reves had written “We must clarify principles and arrive at axiomatic definitions as to what causes war and what creates peace in human society.” If war was caused by a state-centric nationalism as Reves, who had observed closely the League of Nations, claimed, then peace requires a move away from nationalism. As Garry wrote in his autobiography My Country is the World (1) “In order to become a citizen of the entire world, to declare my prime allegiance to mankind, I would first have to renounce my United States nationality. I would secede from the old and declare the new”.

In May 1948, knowing that the UN General Assembly was to meet in Paris in September and earlier the founding meeting of the international world federalists was to be held in Luxembourg, he went to Paris. There he renounced his U. S. citizenship and gave up his passport. However, he had no other identity credentials in a Europe where the police can stop you and demand that you provide identity papers. So he had printed a “United World Citizen International Identity Card” though the French authorities listed him as “Apatride d’origine américaine”. Paris after the War was filled with “apatride” people, but there was probably no other “d’origine américaine”.

Giving up U. S. citizenship and a passport which many of the refugees in Paris would have wanted at any price was widely reported in the press and brought him many visitors. Among the visitors was Robert Sarrazac (né Soulage), a career military officer who had been active in the French Resistance and shared the same view of the destructive nature of narrow nationalism and the need to develop a world citizen ideology. Garry was also joined by the young Guy Marchand who would later play an important role in structuring the world citizen movement.

As the French police was not happy with people with no valid identity papers wondering around, Garry Davis moved to the large modern Palais de Chaillot with its terraces which had become “world territory” for the duration of the UN General Assembly. He set up a tent and waited to see what the UN would do to promote world citizenship. In the meantime, Robert Sarrazac who had many contacts from his resistance activities set up a “Conseil de Solidarité” formed of people admired for their independence of thought, not linked to a particular political party. The Conseil was led by Albert Camus, novelist and writer for newspapers, André Breton, the Surrealist poet, l’Abbé Pierre and Emmanuel Mounier, editor of Esprit, both Catholics of highly independent spirits as well as Henri Roser, a Protestant minister and secretary for French-speaking countries of the International Fellowship of Reconciliation.

Davis and his advisors felt that world citizenship should not be left outside the General Assembly hall but had to be presented inside as a challenge to the ordinary way of doing things, “an interruption”. Thus, it was planned that Garry Davis from the visitors’ balcony would interrupt the UN proceedings to read a short text; Robert Sarrazac had the same speech in French, and Albert Crespey, son of a chief from Togo had his talk written out in his Togolese language.

In the break after a long Yugoslav intervention, Davis stood up. Father Montecland, “priest by day and world citizen by night” said in a booming voice “And now the people have the floor!” Davis said “Mister Chairman and delegates: I interrupt in the name of the people of the world not represented here. Though my words may be unheeded, our common need for world law and order can no longer be disregarded.” After this, the security guards moved in, but Robert Sarrazac on the other side of the Visitors’ Gallery continued in French, followed by a plea for human rights in Togolese. Later, near the end of the UN Assembly in Paris, the General Assembly adopted without an opposition vote, the Universal Declaration of Human Rights which became the foundation of world citizens’ efforts to advance world law.

Dr. Herbert Evatt of Australia was the President of the UN General Assembly in 1948. He was an internationalist who had worked during the San Francisco Conference creating the UN to limit the powers of the Permanent Five of the Security Council. Evatt met with Davis a few days after the “interruption” and encouraged Davis to continue to work for world citizenship, even if disrupting UN meetings was not the best way.

Shortly after highlighting world citizenship at the UN, Garry Davis went to the support of Jean Moreau, a young French world citizen and active Catholic, who as a conscientious objector to military service, had been imprisoned in Paris as there was no law on alternative service in France at the time. Davis camped in front of the door of the military prison at the Rue du Cherche-Midi in central Paris. As Davis wrote “When it is clearly seen that citizens of other nations are willing to suffer for a man born in France claiming the moral right to work for and love his fellow man rather than be trained in killing him, as Jesus, Buddha, Lao Tsu, Tolstoy, St Francis of Assisi, Gandhi, and other great thinkers and religious leaders have taught, the world may begin to understand that the conscience of Man itself rises above all artificially-created divisions and fears.” (2). Others joined Davis in camping on the street. Garry Davis worked closely on this case with Henri Roser and Andre Trocmé of the Fellowship of Reconciliation. Davis was put in jail for camping on the city street and also for not having valid identification documents, but his place on the street was filled with others, including a German pacifist, an act of courage so soon after the end of the War. It took another decade before alternative service in France was put into place, but Davis’ action had led to the issue being widely raised in France, and the link between world citizenship and non-violent action clearly drawn.

Garry Davis was never an “organizational man”. He saw himself as a symbol in action. After a year in France with short periods in Germany, he decided in July 1949 to return to the U. S. As he wrote at the time “I have often said that it is not my intention to head a movement or to become president of an organization. In all honesty and sincerity, I must define the limit of my abilities as being a witness to the principle of world unity, defending to the limit of my ability the Oneness of man and his immense possibilities on our planet Earth, and fighting the fears and hatreds created artificially to perpetuate narrow and obsolete divisions which lead and have always led to armed conflict.”

Perhaps by the working of karma, on the ship taking him to the USA, he met Dr. P. Natarajan, a south Indian religious teacher in the Upanishadic tradition. Natarajan had lived in Geneva and Paris and had a doctorate in philosophy from the University of Paris. He and Davis became close friends, and Davis spent some time in India at the center created by Natarajan who stressed the development of the inner life. “Meditation consists of bringing all values inside yourself” was a motto of Natarajan.

It was at the home of Harry Jakobsen, a follower of Natarajan, on Schooly Mountain, New Jersey that I first met Garry Davis in the early 1950s. I was also interested in Indian philosophy, and someone put me in contact with Jakobsen. However, I had joined what was then the Student World Federalists in 1951 so I knew of the Paris adventures of Garry. After that, we would meet in Geneva, France, and the U. S. from time to time.

Some world federalists and world citizens thought that his renunciation of U. S. citizenship in 1948 confused people. The more organization-minded world federalists preferred to stress that one can be a good citizen of a local community, a national state as well as a world citizen. However, Davis’s and my common interest in Asian thought was always a bond beyond any tactical disagreements.

Today, it is appropriate to cite the oft-used Indian image of the wave as an aspect of the one eternal ocean of energy. Each individual is both an individual wave and at the same time part of the impersonal source from which all comes and returns. Garry Davis as a wave has now returned to the broader ocean. He leaves us a continuing challenge writing “There is vital need now for wise and practical leadership, and the symbols, useful up to a point, must now give way to the men qualified for such leadership.”

Notes

1) Garry Davis, My Country is the World (London: Macdonald Publishers, 1962)

2) Garry Davis, Over to Pacifism: A Peace News Pamphlet (London: Peace News, 1949)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

The Elimination of Sexual Violence in Conflict: Greater Awareness Building Needed

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, Women's Rights, World Law on June 19, 2022 at 3:41 PM

By René Wadlow

The United Nations (UN) General Assembly has proclaimed June 19 of each year to be the International Day for the Elimination of Sexual Violence in Conflict in order to raise awareness of the need to put an end to conflict-related sexual violence and to honor the victims and the survivors of sexual violence around the world. The date was chosen to commemorate the adoption on June 19, 2008 of Security Council Resolution 1820 in which the Council condemned sexual violence as a tactic of war and as an impediment to peacebuilding.

For the UN, “conflict-related sexual violence” refers to rape, sexual slavery, forced prostitution, forced abortion, and any other form of sexual violence of comparable gravity perpetrated against women, men, girls, and boys, linked to a conflict. The term also encompasses trafficking in persons when committed in situations of conflict for purposes of sexual violence or exploitation.

Dr. Nkosazuna Dlamini Zuma, Chairperson, African Union Commission speaking at the Global Summit to End Sexual Violence in Conflict, June 12, 2014. (C) Foreign and Commonwealth Office

There has been a slow growth of awareness-building trying to push UN Agencies to provide non-discriminatory and comprehensive health services including sexual and reproductive health services taking into account the special needs of persons with disabilities. A big step forward was the creation of the UN Special Representative of the Secretary-General on Sexual Violence in Conflict. The post is currently held since April 2017 by Under-Secretary-General Pramila Patten. She recently said “We see it too often in all corners of the globe from Ukraine to Tigray in northern Ethiopia to Syria and the Democratic Republic of Congo. Every new wave of warfare brings with it a rising tide of human tragedy including new waves of war’s oldest, most silenced and least-condemned crime.”

The Association of World Citizens (AWC) first raised the issue in the UN Commission on Human Rights in March 2001 citing the judgement of the International Court for Former Yugoslavia which maintained that there can be no time limitations on bringing the accused to trial. The tribunal also reinforced the possibility of universal jurisdiction that a person can be tried not only by his national court but by any court claiming universal jurisdiction and where the accused is present.

The AWC again stressed the use of rape as a weapon of war in the Special Session of the Commission on Human Rights on the Democratic Republic of Congo, citing the findings of Meredeth Turslen and Clotilde Twagiramariya in their book What Women Do in Wartime: Gender and Conflict in Africa (London: Zed Press, 1998), “There are numerous types of rape. Rape is committed to boast the soldiers’ morale, to feed soldiers’ hatred of the enemy, their sense of superiority, and to keep them fighting: rape is one kind of war booty; women are raped because war intensifies men’s sense of entitlement, superiority, avidity, and social license to rape: rape is a weapon of war used to spread political terror; rape can destabilize a society and break its resistance; rape is a form of torture; gang rapes in public terrorize and silence women because they keep the civilian population functioning and are essential to its social and physical continuity; rape is used in ethnic cleansing; it is designed to drive women from their homes or destroy their possibility of reproduction within or “for” their community; genocidal rape treats women as “reproductive vessels”; to make them bear babies of the rapists’ nationality, ethnicity, race or religion, and genocidal rape aggravates women’s terror and future stigma, producing a class of outcast mothers and children – this is rape committed with consciousness of how unacceptable a raped woman is to the patriarchal community and to herself. This list combines individual and group motives with obedience to military command; in doing so, it gives a political context to violence against women, and it is this political context that needs to be incorporated in the social response to rape.”

The prohibition of sexual violence in times of conflict is now part of international humanitarian law. However, there are two major weaknesses in the effectiveness of international humanitarian law. The first is that many people do not know that it exists and that they are bound by its norms. Thus, there is a role for greater promotional activities through education and training to create a climate conducive to the observance of internationally recognized norms. The second weakness is enforcement. We are still at the awareness-building stage. Strong awareness-building is needed.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Lifting the Odessa Blockade

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Europe, Human Rights, Humanitarian Law, NGOs, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, UKRAINE, United Nations on June 6, 2022 at 3:19 PM

By René Wadlow

The Association of World Citizens (AWC) urges action to lift the blockade on Odessa and other Black Sea ports so that grain and other food resources can resume to flow. Ukraine has a vast agricultural base producing 46 percent of the world’s sunflower exports and 10 percent of the world’s wheat exports. The Middle East and Africa are Ukraine’s food export market. Odessa has a large grain terminal in which vast quantities of food exports are now stuck. It is not physically possible to transport large quantities of grain by rail and road.

Odessa’s port, peaceful and flourishing, before the Russian invasion. (C) Raymond Zoller

In part due to this blockade, food prices for grain have risen some 20 percent, hitting especially the poor. In some parts of Africa, due to climate conditions and armed conflict, there are near famine conditions. New food supplies are urgent.

A Ukrainian family evacuated from Mariupol. (C) Lynsey Addario for The New York Times

Russian authorities have said that they were ready to provide a humanitarian corridor for ships carrying food, but only in return for the lifting of U. S. and Western European sanctions. However, the Western sanctions have a multitude of sources. The lifting of the Odessa blockade and renewed grain shipments must be treated as a single issue, although it is obviously colored by the whole armed conflict.

There are diplomatic efforts underway led by the African Union and the United Nations. It is urgent that speedy progress be made. Nongovernmental organizations may be able to play a creative role as many NGOs are already involved in ecologically-sound development projects in areas under agricultural and food stress. The AWC, concerned with the resolution of armed conflicts through negotiations in good faith, appeals for creative diplomatic measures so that the blockade is ended as soon as possible.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

New Efforts for Land Renewal

In Africa, Being a World Citizen, Current Events, Environmental protection, Human Development, Human Rights, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, United Nations, World Law on June 6, 2022 at 3:11 PM

By René Wadlow

The States Parties to the United Nations-sponsored Treaty on Desertification met in Abidjan, Ivory Coast on May 9-20, 2022. The 197 member states agreed to an appeal to work more actively to prevent continuing desertification and to win back lands currently under great pressure. Because the conference was being held in Africa, much attention was given to the advances of the desert in the Sahel states and the possibility of building a “Green Wall” of trees to stop the advance.

The Green Wall of Sahel (C) Sevgart

The Treaty was designed to be the centerpiece of a massive worldwide effort to arrest the spread of deserts or desert-like conditions not only in Africa south of the Sahara but wherever such conditions encroached on the livelihood of those who lived in the desert or in its destructive path.

The destruction of land that was once productive does not stem from mysterious and remorseless forces of nature but from the actions of humans. Desertification is a social phenomenon. Humans are both the despoiler and the victims of the process.

Increasingly, populations are eking out a livelihood on dwindling land resources. Thus, there must be renewed and strong efforts for land regeneration. Desertification needs to be seen in a holistic way. If we see desertification only as aridity, we may miss areas of impact such as humid tropics. We need to consider the special problems of water-logging, salinity or alkalinity of irrigation systems that destroy land each year. Because desertification disturbs a region’s natural resource base, it promotes insecurity. Insecurity leads to strife. If allowed to degenerate, strife results in inter-clan feuding between cultivators and pastoralists, cross-border raiding, and military confrontation.

Earth is our common home, and therefore in the spirit of world citizenship, we must organize to protect it. It is up to all of us concerned with ecologically-sound development to draw awareness to the dangers of desertification and the promises of land renewal.

It is important to understand the way of life of those who live on the edge of deserts. Hsuan Tsang (623-664) is a symbol of such an effort at understanding. Hsuan Tsang crossed the harshest deserts, in particular the Takla Mahan, and the tallest mountains on his quest for the innermost heart of Reality. He travelled from China to India to spend two years at the Nalanda Monastery in what is now Bihar State in northern India to study and translate into Chinese certain important Buddhist sutras. He also studied the lives of the people he met, showing an openness to the cultures of others, especially those living on the edge of the desert regions he crossed.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Renewed Violence in Darfur: An Unstable Sudan

In Africa, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Humanitarian Law, International Justice, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on May 16, 2022 at 7:00 AM

By René Wadlow

April 24, 2022 saw renewed violence in the Darfur Province of Sudan between Arab militias and the indigenous tribes of the area, the Masalit and the Fur. The violence began in 2003 and has caused some 300,000 deaths and some three million displaced. While most of the fighting was when General Omar al-Bashir was President, his overthrow by new military leadership has not fundamentally improved the situation.

Darfur is the western edge of Sudan. Its longest foreign frontier is with Chad, but communication with Libya is easy for camel herders and gunrunners. To the south lies the Central African Republic – a state with a very unstable government, which feels the fallout from the Darfur conflict. Darfur served as a buffer area between the French colony of Chad and the English-held Sudan until 1916 when French-English rivalry was overshadowed by the common enemy, Germany, in World War I. Darfur, which had been loosely part of the Ottoman Empire, was integrated into Sudan with no consultation either with the people of Darfur or with those in Sudan.

(C) Albert González Farran – UNAMID

Thus, Darfur was always the neglected child in Sudan – a child no one had asked to be there. Only after 1945 were some development projects undertaken, but basically Darfur remained an area of pastoralists – some tribes specializing in camels and others in cattle – and settled agriculturalists. Camel and cattle-raising tribes from Chad would move into Darfur and vice-versa. There were frontiers between tribes, but they did not correspond to state boundaries.

In May 2000, intellectuals and government civil servants from Darfur, calling themselves the Seekers of Truth and Justice, wrote The Black Book: Imbalance of Power and Wealth in Sudan. The study ended with specific recommendations for governmental and social action. While the book was widely read, it produced no new initiatives in sharing power or wealth. Some leaders in Darfur had the impression that the government was withdrawing services, especially in health and education. Schools were closed, and the number of children in school decreased.

After the failure of the intellectual efforts of The Black Book, the conviction that only violence was taken seriously started to grow among Darfur leaders. They started thinking about a strategy of a sharp and swift show of violent strength that would force the government to negotiate with Darfur. The insurgency in Darfur began in the Spring of 2003. As Julie Flint and Alex de Waal point out in their useful history of the start of the Darfur war “Darfur’s rebels are an awkward coalition of Fur and Masalet villagers, Zaghawa Bedouins out of patience with Khartoum, a handful of professionals who dared to take on leadership. Few of Darfur’s guerrillas had military experience or discipline before they took up arms. The two main rebel groups are united by deep resentment at the marginalization of Darfur, but are not natural bedfellows and could easily be split apart… In the first months of 2003, these half-formed and inexperienced rebel fronts were catapulted out of obscurity to face challenges for which they were totally unprepared.” (1)

(C) Stuart Price/UN Photo

The government in Khartoum was also unprepared for the Darfur insurgency. The government’s attention, as well as the bulk of the army, was turned toward the civil war in the south of Sudan. The government turned the fight against the Darfur movements to its security agencies – a narrow group of men uninterested in internal politics or external relations. They decided to use the air force to bomb villages and to use foreign troops to do the fighting on the ground. The foreign troops came from Libya. Colonel Gaddafi had created in the early 1980s an “Islamic Legion” and recruited militiamen from Mauritania, Chad, Mali in his efforts to create a union of Libya and Chad – or to annex part of northern Chad. When Gaddafi’s Chadian interests faded at the end of the 1980s, the Islamic Legion soldiers were left to look after themselves and so were ready to work for new paymasters.

The Sudanese security people brought the Islamic Legion soldiers to Darfur, gave them weapons but no pay. They were to pay themselves by taking what they could from the villages they attacked. In addition, prisoners from Darfur’s jails were released on condition of joining the militias. Rape of women and young girls was widely practiced both as a means of terror and as a “reward” for the fighters since they were not paid. These militias became known as the Janjaweed (“the evildoers on horseback”).

Although the Darfur conflict has largely faded from the media headlines, it continues producing many refugees, internally displaced persons, unused farmland, and political unrest. The conflicts in Darfur have destroyed many of the older patterns of dispute settlement among groups as well as much of the economic infrastructure. The social texture and trust among groups is likely to be more difficult to rebuild than homes, livestock, and water wells.

The joint African Union – United Nations peacekeeping force has not been able to produce peace. Peacekeeping forces need a peace to keep, and while there have been lulls in fighting, there has been no peace to keep. Banditry, criminal activities, and periodic military action continues. It is impossible to know if the current outbreak of armed violence has local causes or if it is a reflection of instability at the central government level. The situation in Darfur remains critical and needs to be watched closely.

Note:

1) Julie Flint and Alex de Wall, Darfur: A Short History of a Long War (London, Zed Books, 2005)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Upholding International Humanitarian Law in Times of Armed Conflict: A World Citizen Appeal

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Europe, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, NGOs, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, UKRAINE, United Nations, War Crimes, World Law on March 2, 2022 at 8:24 AM

By René Wadlow

The invasion by Russian troops into Ukraine has raised in a dramatic way the issue of the respect of international humanitarian law. There have been reports of the use of cluster munitions fired into civilian areas. The Association of World Citizens (AWC) was very active on efforts which led to the convention banning cluster weapons.

Regular military personnel of all countries are theoretically informed of the rules of the Geneva Conventions of August 12, 1949, and the Protocol Additional adopted in 1977.

When the 1949 Geneva Conventions were drafted and adopted, it was possible to spell out in considerable detail rules regarding prisoners of war and the protection of civilians, in particular Common Article 3 (so called because it is found in all four Conventions) provides that “each Party to the conflict shall be bound to apply, as a minimum, the following provisions: Persons taking no active part in the hostilities…shall in all circumstances be treated humanely without any adverse distinction founded on race, color, religion or faith, sex, birth or wealth, or any other similar criteria.”

The importance of Common Article 3 should not be underestimated. It sets out in straightforward terms important protections that all parties to a conflict must respect. In order to meet the need for additional protection, international humanitarian law has evolved to cover not only international armed conflict but also internal armed conflict. Today, international human rights standards are also considered part of international humanitarian law, thus providing additional protection for vulnerable population groups such as women, children, and minorities.

As situations of internal violence and strife proliferate, abuses committed by non-State actors, such as armed militias, are increasing concerns. Fundamental standards of international humanitarian law are intended to ensure the effective protection of human beings in all situations. The standards are clear. (1)

There are two major weaknesses in the effectiveness of international humanitarian law. The first is that many people do not know that it exists and that they are bound by its norms. Thus, there is an important role for greater promotional activities, the dissemination of information through general education, specific training of the military, outreach to armed militias, and cooperation with a wide range of nongovernmental organizations.

The second weakness is that violations of international humanitarian law are rarely punished. Governments too often tolerate these violations. Few soldiers are tried, or court-martialed, for the violations of international humanitarian law. This weakness is even more true of non-governmental militias and armed groups.

In fact, most violations of international humanitarian law are not actions of individual soldiers or militia members carried away by a sudden rush of anger, fear, a desire of revenge or a sudden sexual urge to rape a woman. Soldiers and militia members violating the norms of international humanitarian law are acting on orders of their commanders.

Thus, the only sold response is an act of conscience to refuse an order of a military or militia higher up and refuse to torture, to bomb a medical facility, to shoot a prisoner, to harm a child, and to rape a woman. Conscience, that inner voice which discerns what is right from wrong and encourages right action is the value on which we can build the defense of international humanitarian law. The defense of conscience to refuse unjust orders is a large task but a crucial action for moving toward a law-based world society.

Notes

(1) For useful guides to international humanitarian law see:

D. Schindler and J. Toman, The Laws of Armed Conflicts (Martinus Nihjoff Publishers, 1988)

H. McCoubrey and N.D. White, International Law and Armed Conflicts (Dartmouth Publishing Co., 1992)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Vital Autonomy for the People’s Republic of Donetsk and the People’s Republic of Luhansk: The Way Ahead

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Europe, NGOs, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, UKRAINE, United Nations, United States, World Law on February 9, 2022 at 8:52 AM

By René Wadlow

There are many dimensions to the current tensions on the Ukraine-Donbas-Russia frontiers, both geopolitical and domestic considerations. There are long historic and strategic aspects to the current crisis. Security crises are deeply influenced both by a sense of history and by current perceptions. There have been bilateral discussions between United States (U. S.) and Russian authorities, between Russian and French leaders, between Russian and Chinese leaders, between the Ukrainian leader and a number of others and multilateral discussions within the Organization for Security and Cooperation in Europe (OSCE), within NATO, at the United Nations (UN) Security Council, and within the European Union. For the moment, there has been no de-escalation of tensions nor a lowering of troop levels.

Currently, there is only one permanent structure for multilateral negotiations on the Ukraine tensions – the “Normandy Format” which brings together the representatives of Ukraine and Russia, France, and Germany primarily to negotiate on the status of the separatist People’s Republics.

The Minsk II Agreement of February 12, 2015 agreed that the areas covered by the Donetsk and Luhansk People’s Republics would not be separated from Ukraine but would be given a “Special Status” set out in a new Ukrainian Constitution. However, beyond some rather vague discussion on decentralization, the nature of the Special Status has not been agreed upon, and no Ukrainian government administrative measures have been put into place.

In the period since 2015, the socioeconomic situation in the two People’s Republics has gotten worse. Many people have left either for Ukraine or Russia. There are constant violations of the ceasefire agreements which are monitored by observers of the OSCE. Thus, in their December 15, 2021 report, the OSCE monitors noted that between December 10-12, there were 444 ceasefire violations in the Donetsk region and 104 in the Luhansk region. However, the freedom of movement of the OSCE observers is restricted. The number of violations, usually exchanges of small arms fire, is probably higher.

Solving the Donbas aspect of the conflict on the basis of a real and vital autonomy and trans-frontier cooperation should be a top priority for action. The Association of World Citizens has always stressed the importance of developing appropriate forms of government as a crucial aspect of the resolution of armed conflicts. The Association has particularly highlighted the possibilities of con-federalism and the need for transfrontier cooperation. The Association was involved at the start of the Abkhazia-Georgia conflict in August 1992 and the first efforts at negotiations carried out in Geneva with representatives from Abkhazia who were in Geneva and officials from the UN and the International Committee of the Red Cross. Thus, we know how a cycle of action-reaction can deepen a conflict and how difficult it is to reestablish structures of government once separation has been established.

The need to progress on the structure of Ukraine stands out sharply at this time when there are real possibilities of escalatory risks. There is a need for confidence-building measures reaching out to different layers of society in a cumulative process. Advances on the Special Status would be an important step in the deescalation of tensions. Discussions on the Special Status must be carried out by those living in Ukraine. However, government representatives as well as nongovernmental organizations in Russia, Germany, and France can also contribute actively. The new German Foreign Minister, the ecologist Annalena Baerbach, coming from a federalist-structured State with many local initiatives possible, may bring new visions to these discussions which are increasingly under way.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Ukraine-Donbas-Russian Frontier: Is a Nongovernmental Interposition Peace Team a Possibility?

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Europe, NGOs, Nicaragua, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, UKRAINE, United Nations, United States on January 23, 2022 at 5:33 PM

By René Wadlow

Despite United States (U. S.)-Russian Federation discussions in Geneva and a full Organization for Security and Cooperation in Europe (OSCE) meeting, there seems to be no advance toward a reduction of an estimated 100,000 Russian troops on the Ukrainian frontier. There are discussions at the United Nations (UN) Security Council in New York on what could be a U. S.-led response if there were a Russian intervention into Ukraine. While such a Russian intervention seems unlikely, the possibility of such an intervention is being seriously discussed in NATO government circles. Thus, it is opportune for nongovernmental organizations also to discuss possible measures to prevent conflict and reduce tensions.

(C) Taras Gren

One possibility, inspired by the efforts of the Shanti Sena (Peace Army) developed by followers of Mahatma Gandhi in India is to place some nongovernmental teams on the frontier in order to provide an opportunity for all parties to “cool off” and negotiate. One such effort in which I was directly involved as the representative to the UN in Geneva of the Peace Brigades International (PBI) was the effort of a team of the newly created PBI in 1981 on the Nicaragua-Honduras frontier.

At the time, it was thought that U. S. troops stationed in Honduras might cross the frontier to attack the Sandinista-leftist government in Nicaragua or actively help the anti-Sandinista “Contras” to do so. A PBI-related group from California – the Jalapa Brigade, already created – was able to move to the frontier on short notice. At the time that the Jalapa Brigade was put into place, the Ambassador of Nicaragua to the UN in Geneva was a former student of mine, and his brother, also a former student of mine, was the legal advisor to the President of Nicaragua. Through the Ambassador, I was able to inform the Central American Missions to the UN as to the aims and role of the Peace Brigades.

In the end, the U. S. military did not cross the frontier. Perhaps it never intended to do so. It may also have been that the interposition of U. S. civilians with a good number of organizational contacts helped to weigh in the U. S. military decision-making process.

Members of the Gulf Peace Camp

There have been other such interposition efforts. One was the Gulf Peace Team created at the time of the 1990 Iraqi annexation of Kuwait. The aim of the 73-member Peace Team in their statement of purpose was to be an “international multicultural team working for peace and opposing any form of armed aggression by setting up one or more international peace camps between the opposing armed forces. Our object will be to withstand nonviolently any armed aggression by any party to the present Gulf dispute.” However, on January 27, 1991, the peace camp was closed by Iraq, because the authorities had “decided that the continued presence of the camp was a security risk”.

This interposition approach by nongovernmental organizations is logistically and politically very difficult to accomplish. There are economic and logistic resources required and, more importantly, the need to raise enough volunteers who are mature, culturally sensitive, and analytically-minded to achieve a critical mass that would make a difference in the decision-making of the military present. There is also the need to keep unity of purpose within the teams if they have not worked together before.

The 100,000 Russian troops are at the frontier. Can peace team interposition be created quickly?

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

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