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Lettre au Ministre des Affaires Etrangères de la République française

In Anticolonialism, Being a World Citizen, Children's Rights, Conflict Resolution, Cultural Bridges, Current Events, Human Rights, International Justice, Middle East & North Africa, Solidarity, The Search for Peace, United Nations, War Crimes, World Law on July 30, 2014 at 9:07 PM

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ASSOCIATION OF WORLD CITIZENS

ASSOCIATION DES CITOYENS DU MONDE

 

The External Relations Desk

 

 

Monsieur Laurent FABIUS

Ministre des Affaires Etrangères de la République française

Ministère des Affaires Etrangères

37 Quai d’Orsay

75700 PARIS

 

 

Le 25 juillet 2014

 

 

Monsieur le Ministre,

En tant qu’Organisation Non-Gouvernementale dotée du Statut Consultatif auprès de l’ONU et active à ce titre au sein du Conseil des Droits de l’Homme, l’Association of World Citizens (ci-après, AWC) tient à vous exprimer sa plus vive préoccupation quant aux positions adoptées par la République française au sujet des actuels événements violents et tragiques au Proche-Orient.

Depuis que l’Etat d’Israël a lancé, à travers la Force de Défense israélienne (ci-après, Tsahal), une opération dénommée « Gardiens de nos Frères », en réaction à l’enlèvement et l’assassinat, non élucidés à ce jour, de trois jeunes Israéliens originaires des colonies le 12 juin dernier, complétée par une autre opération de Tsahal portant pour sa part le nom de « Bordure de protection », celle-ci en réponse aux tirs de roquettes depuis la Bande de Gaza, votre pays exprime des positions favorables au seul Etat d’Israël, cependant que la population civile palestinienne de Gaza en semble oubliée.

Autant l’AWC ne peut que partager la méfiance des autorités françaises quant aux manières de faire avérées et intentions probables du Mouvement de la Résistance islamique (ci-après, Hamas), lequel contrôle la Bande de Gaza depuis sept ans, autant, pour une organisation telle que la nôtre qui a toujours dénoncé les atteintes aux Droits de l’Homme et appelé au respect de la dignité humaine sans considération de frontières, pas même de celles séparant l’Etat hébreu du Hamas ou de l’Autorité palestinienne, cette position de la part de la France est purement et simplement incompréhensible.

En particulier, nous ne pouvons pas nous expliquer que la France ait choisi, lors du vote du 22 écoulé au Conseil des Droits de l’Homme d’une résolution sur le respect du droit international dans les Territoires palestiniens occupés, de s’abstenir. Sachant quelle est l’histoire de la France au Proche-Orient, notamment à quel point votre pays s’est souvent distingué comme un interlocuteur hors pair entre les uns et les autres des belligérants, nous y voyons une occasion manquée d’aider à affirmer le principe de justice internationale et de favoriser un retour à la recherche de la paix.

Ensuite, l’AWC ne peut qu’attirer votre attention sur le rôle que joue inéluctablement la France dans le bombardement de zones civiles dans la Bande de Gaza, de par son statut de cinquième exportateur mondial d’armement à l’Etat d’Israël.

Selon le Quinzième Rapport de l’Union européenne sur les Autorisations d’Exportation d’Armes, pour la seule année 2012, votre pays a délivré des autorisations d’exportations à Tel Aviv pour plus de 200 millions d’euros.

A ce jour, plus de cinq cents Palestiniens ont été tués dans des attaques par les forces israéliennes, la grande majorité d’entre eux étant des civils, dont des femmes et des enfants. Du côté de l’Etat d’Israël, deux civils ont été tués ainsi que dix-huit membres de Tsahal.

L’AWC entend vous rappeler, à cet égard, la déclaration de Madame Navi PILLAY, Haute Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, rappelant aux parties en conflit à Gaza l’obligation qui leur est faite de se conformer aux principes de distinction, de proportionnalité et de précaution des attaques afin d’éviter les dommages civils, les exhortant au surabondant à mener des enquêtes promptes, indépendantes et sérieuses sur les allégations de violation du droit international.

A cette fin, il incombe à chaque pays du monde, plus particulièrement encore aux Membres Permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU, de prendre en compte toutes les souffrances causées par ce conflit et de manière juste, non l’une plutôt que l’autre, ainsi que de tarir à la source la possibilité pour l’une ou l’autre des deux parties de faire perdurer le conflit, bien entendu en termes d’armement.

Seul l’avènement d’un système viable de droit mondial peut fournir le cadre travail propre à la création d’une société mondiale qui soit tout à la fois juste et pacifique. En tant que Citoyens du Monde, nous travaillons au renforcement du droit mondial ainsi que de son acceptation, de son fonctionnement ainsi que d’un système d’observation et de sanctions ô combien nécessaire en pareil cas.

C’est pourquoi nous sommes certains que votre Gouvernement ne manquera pas d’entreprendre tous les efforts afin,

D’une part,

– de condamner publiquement et fermement les attaques menées par Israël à l’encontre des Palestiniens tout autant qu’il condamne, à juste titre, les tirs de roquettes sur Israël en provenance de la Bande de Gaza,

– de soutenir dans les faits, malgré le vote français au Conseil des Droits de l’Homme, la création par les Nations Unies d’une mission d’enquête internationale qui soit chargée de faire la lumière sur les violations du droit international humanitaire et du droit international des Droits de l’Homme commises par les différentes parties depuis le 12 juin 2014,

D’autre part,

– de suspendre immédiatement toutes les livraisons de matériel militaire à l’Etat d’Israël et toute autorisation d’exportation délivrée en ce sens,

– d’œuvrer au Conseil de Sécurité pour un embargo général sur les armes à destination d’Israël, du Hamas et des groupes armés palestiniens, avec obligation préalable à toute fin à celui-ci de voir éliminé tout risque substantiel de voir ces armes utilisées pour commettre ou faciliter des violations graves du droit international humanitaire et du droit international des Droits de l’Homme.

Nous vous remercions par avance de mettre ainsi la France en conformité avec les normes internationales de Droits de l’Homme telles que définies par l’ONU, et ce faisant de rendre à votre pays le statut particulier que lui a depuis toujours conféré l’histoire dans la défense de ces droits au Proche et Moyen-Orient.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de notre haute considération.

 

Prof. René Wadlow

Président

 

Bernard Henry

Officier des Relations Extérieures

 

Cherifa Maaoui

Officier de Liaison

Afrique du Nord & Moyen-Orient

 

Noura Addad, Avocat

Officier juridique

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Attack on Gaza: Letter to the President of the UN Security Council

In Anticolonialism, Conflict Resolution, Cultural Bridges, Current Events, Human Development, Human Rights, International Justice, Middle East & North Africa, Solidarity, The Search for Peace, United Nations, War Crimes, World Law on July 15, 2014 at 7:24 PM

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ASSOCIATION OF WORLD CITIZENS

THE EXTERNAL RELATIONS DESK

 

July 14, 2014

 

H. E. Mr. Eugène-Richard Gasana

Ambassador, Permanent Representative

of the Republic of Rwanda

to the United Nations

President of the United Nations Security Council

 

Excellency:

The Association of World Citizens (AWC), a Nongovernmental Organization in Consultative Status with the United Nations Economic and Social Council (ECOSOC), has been concerned with the status of Gaza as well as the broader Israel-Palestine context.

The current manifestations of violence are part of a recurrent cycle of violence and counter-violence with which You are familiar.

The AWC believes that there must be a sharp break in this pattern of violence by creating institutions of security, development, and cooperation. Such a break requires more than the ceasefire proposed by the Security Council. The Association believes that longer-lasting measures must be undertaken that will allow new patterns of understanding and cooperation to be established.

In an earlier United Nations (UN) discussion of Gaza tensions, the AWC had proposed in a written statement to the Human Rights Council, “Human Rights in Gaza: Need for a Special Focus and Specific Policy Recommendations” (A/HRC/S-12/NGO-1, October 14, 2009; see attached copy) that a Gaza Development Authority be created – a transnational economic effort that would bring together the skills, knowledge and finance from Gaza, Israel, the Palestinian Authority on the West Bank, and Egypt to create conditions which would facilitate the entry of other partners.

Our proposal was obviously inspired by the Tennessee Valley Authority (TVA) of the “New Deal” in the USA. The TVA was a path-making measure to overcome the deep economic depression of the 1930s in the USA and the difficulties of cooperative action across state frontiers in the federal structure of the USA.

Today, the deep divisions in the Israel-Palestine area require more than economic measures – although economy and raising the standards of living remain important elements. Today, there should be a structure that provides security as well as economic advancement.

Therefore, the AWC would like to propose the creation of an International Temporary Transition Administration for Gaza that would promote security, stabilization, economic development, and institution building. Such a Transitional Administration would be limited in time from the start, perhaps five years.

Unlike the earlier UN Trusteeship agreements which followed upon the League of Nations mandate pattern, the Gaza Transitional Authority would welcome civil society cooperation from outside the area.

Such a Transitional Administration cannot be imposed. We believe that the Members of the Security Council can raise the possibility publicly, request a UN Secretariat study on what such a Transitional Administration would require, and encourage’ discussion among those most directly involved.

As Jean Monnet, one of the fathers of the European Common Market, had said, “Men take great decisions only when crisis stares them in the face.” We believe that the current violence is such a time of crisis. Our hope is that the Members of the Security Council are prepared to take great decisions.

Please accept, Excellency, the assurance of our highest consideration.

 

Prof. René Wadlow

President

 

Bernard Henry

External Relations Officer

 

1914 : Aurait-on pu tenir en laisse les chiens de guerre ?

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Europe, The Search for Peace, World Law on July 14, 2014 at 10:14 PM

1914 : AURAIT-ON PU TENIR EN LAISSE LES CHIENS DE GUERRE ?

Par René Wadlow

 

Depuis 1890, l’éventualité d’une guerre flottait dans l’air, lorsqu’Otto von Bismarck fut remplacé au poste de Chancelier de Prusse. Il avait su faire preuve de fermeté au milieu du complexe d’alliances formé entre les puissances européennes et tenté de garder la Prusse hors d’aventures coloniales en Afrique qui n’auraient fait qu’accroître encore les rivalités avec la France et la Grande-Bretagne. Mais le jeune Kaiser, Guillaume II, le destitua en mars 1890. Le Kaiser ne fut pas long à se mettre à dos la Russie et à alarmer la Grande-Bretagne, en encourageant des ambitions coloniales et navales inédites, de telle sorte que, venue l’année 1914, la carte politique du monde était devenue pour l’essentiel une carte des possessions coloniales, des protectorats et des sphères d’influence économique des Grandes Puissances qui dominaient la scène internationale.

Les guerres de 1912 et 1913 dans les Balkans avaient montré que des guerres demeuraient possible, mais la plupart des dirigeants des Grandes Puissances avaient le sentiment qu’ils étaient en mesure de maintenir le statu quo à travers la diplomatie et au moyen de conférences. Dans La Grande Illusion (1908), Norman Angell avait mis au jour la futilité de la guerre d’un point de vue économique. Et pourtant, les nuages continuaient de s’amonceler, annonçant l’orage.

Otto Eduard Leopold von Bismarck (1815-1898), le premier chef de gouvernement de l'Empire allemand.

Otto Eduard Leopold von Bismarck (1815-1898), le premier chef de gouvernement de l’Empire allemand.

Si les dirigeants des Puissances Européennes étaient voués à aller de crise en crise, jusqu’à déclencher in fine une guerre, n’était-il rien que le peuple aurait pu faire pour enrayer les aspirations irréconciliables des gouvernements ? Un espoir que l’on avait à l’époque était que le mouvement ouvrier, mené par les socialistes, refuserait de faire la guerre à la classe ouvrière d’autres Etats. Depuis 1900, la croissance industrielle avait conduit à la création d’un mouvement ouvrier dans la plupart des pays hautement industrialisés – l’Allemagne, l’Angleterre, la France. Un lien entre ces mouvements aurait-il pu empêcher la guerre ?

Le 29 juin 1914, le Bureau de l’Internationale socialiste se réunit à Bruxelles sous la bannière « Guerre à la Guerre ! », avec des dirigeants socialistes d’Angleterre, de France, d’Allemagne et de Belgique. Les deux personnalités qui s’en détachaient étaient Keir Hardie, de Grande-Bretagne, et venant de France, Jean Jaurès.

Jean Jaurès (1859-1914) avait d’abord été professeur de philosophie, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, l’institution française d’élite qui forme les enseignants des dernières années du second cycle et ceux des universités. Jaurès avait été le condisciple d’Henri Bergson, qui serait connu par la suite comme le plus grand philosophe de son temps. Jaurès avait été élu au Parlement français alors qu’il n’était âgé que de vingt-six ans ; en 1893, il avait défendu des mineurs du charbon dans sa circonscription du sud-ouest, dans le Tarn, et s’était ainsi forgé une réputation au niveau national.

Jean Jaurès (1859-1914), ici au Pré Saint-Gervais (France) lors d'un meeting en 1913. L'homme politique avait été également le fondateur de la Ligue française des Droits de l'Homme et du journal L'Humanité.

Jean Jaurès (1859-1914), ici au Pré Saint-Gervais (France) lors d’un meeting en 1913.
L’homme politique avait été également le fondateur de la Ligue française des Droits de l’Homme et du journal L’Humanité.

Jaurès était un orateur hors pair, mû par un esprit humaniste dénué de tout dogmatisme, lequel allait l’amener à s’exprimer lors de meetings à travers tout le pays. N’étant en rien dogmatique, il avait la faculté de fédérer divers courants de pensée du réformisme social au sein d’un parti socialiste relativement unifié.

De plus en plus, l’incarnation à l’étranger du socialisme français, c’était Jaurès. Etudiant, il avait écrit sur les penseurs allemands, en particulier Fichte et Hegel, ce qui lui conférait une aisance particulière dans ses contacts avec les socialistes allemands.

L’idée d’une « grève générale internationale » au moment d’une éventuelle déclaration de guerre était l’une des idées en discussion dans les cercles socialistes en Angleterre. Cependant, aucun plan d’action formel n’avait été établi. Nombreux étaient les socialistes qui acceptaient l’esprit nationaliste étroit de leurs pays respectifs.

Deux jours après un meeting à Bruxelles, le 31 juillet 1914, de retour à Paris, assis dans un café, Jaurès fut abattu par un homme qui se disait nationaliste. Dans le style d’écriture violent de cette époque, les journaux de droite avaient appelé depuis un certain temps à la mort de Jaurès. Auparavant, Jaurès avait défendu le Capitaine Alfred Dreyfus, à l’occasion de ce qui avait été une ligne de fracture majeure dans la vie politique française, ce qui lui avait valu de nombreuses inimitiés à droite. Jaurès avait dit de Dreyfus qu’il était « un témoignage vivant des mensonges de l’armée, de la couardise politique, des crimes de l’autorité ».

Illustration de l'époque. Le 31 juillet 1914, Raoul Villain, âgé de vingt-neuf ans, tire sur Jaurès qui succombe à une hémorragie cérébrale.

Illustration de l’époque.
Le 31 juillet 1914, Raoul Villain, âgé de vingt-neuf ans, tire sur Jaurès qui succombe presque aussitôt à une hémorragie cérébrale.

Quelles qu’en aient été les motivations, le meurtre de Jaurès eut pour effet de réduire au silence une voix qui aurait pu porter dans l’appel à la retenue et à la raison, alors que les gouvernements se précipitaient vers une guerre qui n’avait de fondement que la peur qu’entretenait chacun de voir le camp adverse modifier les rapports de force irrémédiablement en sa propre faveur.

 

Le Professeur René Wadlow est Président et de l’Association of World Citizens.

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