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Appel AWC sur le Conflit au Liban

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Cultural Bridges, Current Events, Humanitarian Law, International Justice, Middle East & North Africa, NGOs, Nonviolence, Peacebuilding, Solidarity, Syria, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law on June 16, 2026 at 7:01 AM

LES CITOYENS DU MONDE APPELLENT A DES MESURES EFFECTIVES POUR METTRE FIN AUX ATTAQUES CONTRE LES CIVILS ET BATIR LA PAIX AU LIBAN

Il y a quarante ans, le groupe pop français Gold grimpait en haut des classements avec une ballade intitulée Ville de Lumière, chanson dont le personnage était un combattant de l’une des factions en guerre au Liban. Pleurant sa chère capitale, Beyrouth, dont il était éloigné, le soldat concluait : «Je sais, je ne te reverrai pas, Ville de Lumière, Qu’ont-ils fait de moi ?».

L’Association of World Citizens (AWC) est consternée de voir qu’une chanson d’il y a quarante ans, qui devrait être aujourd’hui un beau souvenir musical, pourrait avoir été écrite juste hier. Une fois de plus, le Liban est déchiré par la violence, avec les civils libanais pris pour cible par la Force de Défense israélienne (Tsahal) qui a envahi le pays, tandis que les civils israéliens sont attaqués par la milice oppressive du Hezbollah et, par-delà la frontière syrienne, là où la milice soutenue par l’Iran assistait autrefois la guerre barbare de la dynastie Assad contre son propre peuple, tant Tsahal que le Hezbollah frappent une nation qui commence à peine à guérir et se construire un autre avenir.

Aucun de ces trois pays n’a besoin ou envie de voir davantage de combattants périr les armes à la main, ou davantage de civils massacrés par des forces d’invasion. Aucun de ces trois pays n’a besoin ou envie de voir ses propres «villes de lumière» sombrer pour toujours dans l’obscurité. Même si les négociations entreprises par les Etats-Unis et l’Iran semblent offrir un rayon de lumière, rien ne peut être réellement résolu si le but est seulement, comme c’est le cas de manière quasi systématique au Moyen-Orient, d’atteindre un cessez-le-feu qui ne sera qu’une solution de bricolage sans autre issue.

Bien qu’il ne fasse aucun doute qu’il faut des négociations, il est essentiel que celles-ci traitent enfin les problèmes de fond au long terme qui alimentent l’hostilité et le conflit entre Israël et le Liban, avec la Syrie désormais également impliquée malgré elle en tant que tierce partie. Obtenir la fin des hostilités tout en mettant de côté les causes du conflit n’a mené dans le passé qu’à des massacres tels que celui de Sabra et Chatila en 1982, Qana en 1996, et une nouvelle fois Qana en 2006. Chaque jour qui passe expose les trois pays au risque d’une nouvelle tragédie de telle nature.

C’est pourquoi l’AWC appelle à des négociations urgentes, de bonne foi et exhaustives entre toutes les parties prenantes afin de mettre un terme aux violences en cours entre le Liban, Israël et la Syrie, ainsi que de traiter enfin les questions de fond entre Israël et le Liban auxquelles il a déjà été permis d’engendrer bien plus d’inhumanité qu’une terre de trois croyances peut tolérer. Il incombe à présent aux dirigeants de toutes les parties au conflit en cours de faire en sorte que, pour le quarantième anniversaire de la chanson, cette fois-ci, aucune «ville de lumière» ne se fasse éteindre.

Prof. René WADLOW
Président

Bernard HENRY
Officier des Relations Extérieures

Cherifa MAAOUI
Officier de Liaison,
Afrique du Nord & Moyen-Orient

AWC Statement on the Conflict in Lebanon

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Cultural Bridges, Current Events, Humanitarian Law, International Justice, Middle East & North Africa, NGOs, Nonviolence, Peacebuilding, Solidarity, Syria, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law on June 16, 2026 at 7:00 AM

WORLD CITIZENS CALL FOR EFFECTIVE MEASURES TO STOP ATTACKS ON CIVILIANS AND BUILD PEACE IN LEBANON

Forty years ago, the French pop band Gold topped the charts with a ballad called Ville de Lumière (City of Light), a song whose protagonist was a fighter from one of the warring factions in Lebanon. Crying from afar over his beloved capital, Beirut, the soldier concluded, “I know I will never see you again, City of Light, What have they made of me?”.

The Association of World Citizens (AWC) is appalled to see that a forty-year-old song which should be a beautiful musical memory by now might as well have been written yesterday. Once again, Lebanon is being torn apart by violence, with Lebanese civilians being targeted by the invading Israeli Defense Force (IDF) while Israeli citizens come under attack from the oppressive Hezbollah militia and, over the Syrian border where the Iran-backed militia used to assist the Assad dynasty’s barbaric war on their own people, both the IDF and Hezbollah are striking a nation and people barely starting to heal and build a new future.

None of these three countries needs to have more fighters killed in combat or civilians slaughtered by invading forces. None of the three countries needs to have its own “cities of light” turn dark forever. While the negotiations undertaken between the United States and Iran appear to offer a ray of hope, nothing can be truly resolved if the goal is only, as happens all but systematically in the Middle East, to reach a quick-fix, dead-end ceasefire.

Even though negotiations are undoubtedly needed, these need to finally address the long-term core issues fueling hostility and conflict between Israel and Lebanon, now also involving Syria as an unwilling third party. Having hostilities cease while leaving the causes for conflict unaddressed has only led in the past to such massacres as Sabra and Shatila in 1982, Qana in 1996, and Qana a second time in 2006. Every day that passes places all three countries at risk of a new tragedy of that nature.

Therefore, the AWC calls for urgent, honest, and comprehensive negotiations between all stakeholders with a view to ending the ongoing violence between Lebanon, Israel, and Syria, as well as to finally addressing the core issues between Israel and Lebanon which have already been allowed to create more inhumanity than a land of three faiths can possibly tolerate.

It is up to the leaders of all parties to the current conflict to ensure that, as the song turns forty, no “city of light” gets turned off this time.

Prof. René Wadlow
President

Bernard J. Henry
External Relations Officer

Cherifa Maaoui
Liaison Officer,
Middle East & North Africa

Edgar Morin : «En moi l’humanité dont je fais partie»

In Being a World Citizen, Cultural Bridges, Current Events, Environmental protection, Human Development, Human Rights, Nonviolence, Peacebuilding, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace on June 2, 2026 at 11:30 AM

Par Bernard J. Henry

Il est des gens qui ont si longue vie que l’on se dit qu’ils restent pour éclairer la voie lorsque les ténèbres l’absorbent toujours un peu plus. Lorsqu’ils partent, celles et ceux qui se tournaient vers eux sont frappés non seulement de deuil, mais d’une soudaine solitude et, plus encore, de la peur d’un avenir qu’il faudra bâtir avec leurs mots, leur héritage, mais sans leur autorité morale.

Depuis le 29 mai dernier, médias et réseaux sociaux vibrent de tels sentiments mêlés pour Edgar Morin, célèbre sociologue et philosophe français qui s’est éteint à 104 ans.

La biographie d’Edgar Morin a été retracée de manière si vaste et exhaustive que nous n’aurions que vainement la prétention d’y rien ajouter d’utile. Ce qui est peut-être moins dit, c’est que, même si Edgar Morin n’avait jamais soutenu de manière ouverte et directe l’un des groupes composant le mouvement Citoyen du Monde, ni l’Association of World Citizens (AWC) ni un autre, il portait en lui ce que nous représentons et c’est dans toute son œuvre que se lisent et s’entendent nos combats et nos valeurs.

En 2011, Radio France avait même publié un disque reprenant ses entretiens avec Marie-Christine Navarro ayant pour titre Edgar Morin, citoyen du monde, et ce n’était en rien une exagération. Au-delà d’une œuvre prolifique, il n’est pas excessif de dire de lui que, comme l’avait écrit Gandhi à son propre sujet, sa vie même était son message. Certes, personne ne peut se résumer à sa naissance ou même son passé. Il est des gens, pourtant, qui semblent avoir en eux un talent unique d’en tirer le meilleur parti. Edgar Morin était de ces gens-là.

Edgar Morin est né trois fois. Sa première naissance a eu lieu le 8 juillet 1921 à Paris, sous le nom de David Salomon Nahoum, de parents juifs grecs de Salonique. La deuxième, en 1943, fut celle d’un Résistant, militant libertaire antifasciste pendant la guerre d’Espagne, membre du Parti Communiste Français (PCF) à partir de 1941, officier dans la Résistance en 1943, qui tenta de prendre le pseudonyme d’Edgar Magnin en hommage à L’Espoir d’André Malraux mais le vit mal retranscrit en Morin, sans tenter de rectifier. La troisième, ce fut lorsqu’un tribunal parisien lui accorda, le 12 août 1993, le droit de substituer le prénom Edgar à ses deux prénoms de naissance.

Après la Libération, Edgar Morin a suivi la voie académique – mais d’une manière qui était loin de l’être. Morin l’avouait lui-même, il était autodidacte, titulaire d’une licence en histoire-géographie et d’une licence de droit, ayant suivi des cours de philosophie, d’économie et de sciences politiques, mais sans avoir obtenu de diplôme. «J’ai pourtant fait une carrière au CNRS. J’ai été élu maître de recherche sans avoir écrit de thèse de doctorat», déclarait-il en 2009 au CNRS qu’il avait intégré en 1950.

Dans les années 1960, il enseigne au Chili puis, aux Etats-Unis, jette les bases de ce qui sera le concept-phare de sa vie, le concept épistémologique de pensée complexe, l’adjectif étant ici pris dans son sens étymologique latin, complexus, désignant un tissage d’enlacements, pour mettre en avant les liens entre chaque champ de la pensée et l’approche transdisciplinaire du savoir.

A la tête du Centre d’études des communications de masse (CECMAS) de 1973 à 1989, Morin deviendra l’initiateur de la revue Arguments, publiée de 1956 à 1962, la Revue française de sociologie en 1960, et enfin Communications.

Entre 1977 et 2004, il rédige son ouvrage majeur, La Méthode, somme en six volumes où il développe sa méthodologie de la transdisciplinarité. Il y décrit sa pensée comme constructiviste, mais non au sens traditionnel du terme en relations internationales : pour lui, il s’agit d’une collaboration entre le monde extérieur et l’esprit humain pour construire la réalité.

Dans cette approche académique nouvelle se décèle déjà un esprit Citoyen du Monde, la transdisciplinarité, concept parfois remplacé par celui d’interdisciplinarité, étant aussi au cœur de l’Institut d’Etudes mondialistes créé en 1977. Cet esprit qui est le nôtre, Morin en tirerait un essai, en 1993, puis un livre à quatre mains en 2011.

Dans le premier ouvrage, Terre-Patrie, avec Anne Brigitte Kern, Morin alerte sur la barbarie qui suit la fin de la Guerre Froide et sur la cause qui en est, selon lui, «l’impuissance de l’humanité à devenir l’humanité», proposant un nouveau mode de pensée dans un «tout planétaire», ainsi que de découvrir notre «carte d’identité terrienne» dans une «matrie terrestre», la Terre-Patrie. Dans le second, Le Chemin de l’espérance, Morin et Stéphane Hessel qui voyait en lui un «frère de lutte» revendiquent de «dénoncer le cours pervers d’une politique aveugle qui conduit au désastre, d’énoncer une voie politique de salut public et d’annoncer une nouvelle espérance», le concept de «Terre-mère» y étant également central.

«Je sens présente en moi l’humanité dont je fais partie. Non seulement, je suis une une petite partie dans le tout, mais le tout est à l’intérieur de moi-même. C’est peut-être cela qui me donne l’énergie de continuer sur la voie qui est la mienne. Et à un moment donné, sans que vous ne sachiez pourquoi, c’est comme une catalyse, quelque chose qui se passe, se transforme, bascule …  C’est cela l’espoir.»

L’Espoir, un mot qui suivait Edgar Morin depuis qu’il y avait trouvé son nom de guerre dans la Résistance, en s’inspirant du roman d’André Malraux. Dans la pensée contemporaine, Edgar Morin a incarné les valeurs du mouvement Citoyen du Monde d’une manière unique et indélébile. Chaque disparition oblige davantage celles et ceux qui restent à poursuivre la lutte, à entretenir la flamme, à sentir en leur être l’humanité dont elles et ils font partie. A nous maintenant.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.