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Qu’on le veuille ou non, un seul monde et le droit à la migration

In Africa, Anticolonialism, Asia, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Europe, Fighting Racism, Human Rights, Latin America, Middle East & North Africa, Migration, NGOs, Refugees, Solidarity, Syria, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on December 28, 2021 at 5:00 PM

Par Bernard J. Henry

Deux ans déjà, deux ans d’une guerre mondiale qui semble interminable, une Troisième Guerre Mondiale non entre deux ou plusieurs alliances d’Etats souverains, ou contre un envahisseur extraterrestre comme dans certains films ou séries de science-fiction, mais contre un virus – un coronavirus, le SARS-CoV-2 responsable de la COronaVIrus Disease of 2019 ou Covid-19. Après la souche originelle dite de Wuhan, le monde a découvert les variants, d’abord affublés de gentilés (anglais, sud-africain, indien) puis renommés selon l’alphabet grec : Alpha, Beta, Delta …  Et maintenant Omicron.

La lutte progresse mais la pandémie sait contre-attaquer, comme avec Omicron. Hélas, l’inégalité vaccinale entre pays et régions du monde, couplée aux décisions scientifiquement absurdes de certains gouvernements, se fait pour le virus une alliée inespérée.

L’histoire nous l’enseigne, lorsqu’une crise mondiale éclate et se prolonge, ce n’est pas après qu’elle a pris fin qu’il faut envisager l’avenir, mais pendant même qu’elle se produit, et faire de ses projets son but réel de guerre. L’histoire nous l’enseigne, oui, et l’an prochain verra le quatre-vingtième anniversaire des Nations Unies, non pas de l’organisation internationale créée en 1945 à San Francisco – également berceau de l’Association of World Citizens (AWC) – mais de l’alliance militaire des pays combattant l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon. Une alliance militaire qui avait retenu les leçons de l’échec de la Société des Nations et compris, à l’avenant, qu’un combat armé ne vaut rien s’il n’est porteur d’un projet politique pour un monde en paix, donc, un monde plus uni.

Un monde plus uni …  Que certains partis politiques ici ou là le veuillent ou non, c’est ce que produira inéluctablement cette pandémie, après une épreuve dont aucun continent sur terre n’aura été épargné. Et même si cela dérange ces partis xénophobes de divers pays et continents, là encore, ce monde ne pourra plus regarder de la même manière le sujet dont ils ont fait leur fonds de commerce pendant le demi-siècle écoulé – la migration.

La forteresse WENA

Si c’est littéralement le monde entier qui est touché, tout comme par la Covid-19, par le virus de la xénophobie qu’aucun vaccin ne vient enrayer, le centre mondial de l’épidémie est bien la WENA (Western Europe and North America, Europe occidentale et Amérique du Nord). Depuis le début du siècle, avec des entrées au gouvernement en Autriche et en Italie notamment, ainsi qu’une présence au second tour de l’élection présidentielle en France et un résultat électoral sans précédent aux Pays-Bas, l’extrême droite xénophobe n’a cessé de croître en WENA, jusqu’à fusionner au Canada avec la droite traditionnelle incarnée par le Parti conservateur. Mais, après des reflux ici et là, l’année 2015 est venue lui ouvrir grand les portes jusqu’alors closes du pouvoir.

Après ce que d’aucuns appelaient la «crise migratoire» de l’été, lorsque migrants et réfugiés avaient eu l’impudence de venir déranger la baignade et la bronzette des Européens en accostant sur la rive sud de la Méditerranée, un exode vite réduit par certains à une attaque envers l’Occident de Daesh, le soi-disant «État islamique en Irak et en Syrie» qui avait déjà en janvier fait couler le sang à Paris, la Grande-Bretagne suivit sans mal l’année suivante un UKIP déchaîné contre des hordes d’envahisseurs vers le vote du Brexit. A des milliers de kilomètres de là, loin des rivages du désespoir, un Donald Trump donné perdant d’avance remporta contre toute attente la Maison Blanche en évoquant, entre autres, un mur géant le long de la frontière mexicaine censé bloquer toute immigration clandestine. En 2017, bien que largement vaincue en fin de compte, l’extrême droite française atteignit une nouvelle fois les marches de l’Élysée. En 2018, les électeurs italiens consacrèrent Matteo Salvini. Il ne suffisait plus d’une «forteresse Europe», le temps était venu d’une «forteresse WENA», à bâtir du plus ironiquement sur des plans fournis par Moscou, où le pouvoir inspire et parfois finance les partis d’extrême droite comme de gauche radicale, antagonistes mais unanimes pour saper la démocratie libérale.

Ile de Lesbos (Grèce), 11 octobre 2015 (C) Antonio Masiello

Ils savent ce qui leur fait peur, les tenants de la forteresse WENA. Ils le désignent par deux mots – le grand remplacement, celui d’une population européenne blanche et chrétienne qui n’existe que dans leur imaginaire par des hordes d’Arabes et d’Africains musulmans. Leur imaginaire où trône Le Camp des Saints, roman publié en 1973 par Jean Raspail et qui, en écho à l’antisémitisme délirant des Turner Diaries adulés par les suprémacistes blancs des Etats-Unis, décrit la chute de l’Occident blanc devant une invasion venue des pays du Sud. Loin d’avoir été oublié avec le temps, Le Camp des Saints inspire encore aujourd’hui l’extrême droite française ainsi que des proches de Donald Trump.

Personne au sud ne prône un «grand remplacement», concept qui n’existe donc qu’en WENA. Et pour cause, il ne pouvait venir d’ailleurs. S’il est une région au monde dont les pays ont, dans le passé, débarqué de force sur des rivages lointains, usé de la force pour imposer leur présence puis, in fine, leurs institutions, leur religion et leur culture, ce sont bien ceux de la WENA à travers le colonialisme, imités plus tard, tragique ironie, par l’URSS «anticolonialiste» sous couvert de soutien idéologique et pour les pires effets, dont deux en Afghanistan ayant pour noms les Talibans et Al-Qaïda.

Il n’y a qu’eux qui y pensent, eux pour qui la relation avec l’autre n’est que haine ou mépris, et pour certains, violence et guerre où l’on ne peut être que vainqueur ou vaincu. Dans leur immense majorité, celles et ceux qui, au sud, veulent gagner la WENA y recherchent tout au contraire son mode de vie, ses opportunités de travail et de construction d’une vie nouvelle, ses libertés que leur refusent les gouvernements de leurs pays d’origine, se servant la plupart du temps de la culture traditionnelle locale comme d’un alibi et nourrissant ainsi les fantasmes des xénophobes en WENA, trop contents de prendre en tenaille des migrants et réfugiés déjà pourchassés par leurs propres gouvernants.

Nigel Farage, chef du parti UKIP, agitant le spectre de la migration pour amener les Britanniques à voter pour le Brexit en 2016 (C) @epkaufm (Twitter), licensed under Public Domain

La WENA a peur. Elle a peur de tous ces gens qui voient en elle un exemple pour leurs propres dirigeants, peur de toutes ces victimes qui l’appellent à agir pour leur permettre de vivre en paix chez eux ou, si elle s’y refuse, à les admettre au moins sur son territoire. Elle a peur aussi de ses propres enfants, ceux dont les parents sont eux-mêmes venus d’ailleurs ou dont les ancêtres plus lointains y ont été amenés de force, notamment comme esclaves. Elle a peur des Black Lives Matter et autres mouvements exigeant la justice pour qui, né ou élevé dans la WENA, s’y voit rejeté car porteur de cet ailleurs qui la tétanise.

Ses dirigeants ont peur, et ceux qui voudraient l’être aussi. Délogé de la présidence américaine, Donald Trump ne désarme pas. En France, terre de l’adoption de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme en 1948, l’extrême droite se dédouble en deux partis rivalisant de peur et de haine d’autrui, tandis que le parti héritier de celui du Général de Gaulle parle arrêt de l’immigration et sortie de la Cour européenne des Droits de l’Homme, même la gauche se laissant tenter par la facilité xénophobe en s’en prenant par exemple aux transferts d’argent de travailleurs migrants vers leurs familles au pays.

Mise à mal par l’exemple russe de la démocratie illibérale de pure façade et celui de l’autoritarisme de marché donné par la Chine, la WENA n’est plus, elle le sait, maîtresse du monde. Devenir la forteresse WENA ne résoudra pourtant, pour elle, aucun problème. Fantasmer n’est pas empêcher les difficultés, encore moins les surmonter mais bien les rendre hors de contrôle. A travers le monde entier, migration et recherche d’asile génèrent des drames sans lien avec les peurs irraisonnées des opinions occidentales. La WENA peut bien rêver d’isolement, mais tout comme ceux que crée la Covid-19, les drames de la migration ont aboli les frontières et uni le monde – pour le pire.

Le monde uni en fait refuse de l’être en droit

Déjà tourmentée par ses cauchemars de « grand remplacement » et les capitulations de ses démocrates supposés devant les vrais populistes, la WENA tente l’impossible en s’obstinant à séparer strictement les migrants, en quête d’une vie meilleure, et les réfugiés, qui fuient une persécution potentiellement mortelle. Il est pourtant de moins en moins possible de chercher une vie meilleure sans fuir aussi une certaine forme d’oppression, même en filigrane, là où un réfugié peut certes avoir dû laisser derrière lui une vie confortable mais à laquelle a mis fin une soudaine et brutale menace. Et le mouvement des demandeurs d’asile s’exerce toujours bien davantage vers la WENA qu’à partir d’elle …   Mais qui érige la peur en système s’en soucie bien peu. Tant pis pour les tragédies qui en sortent et tant pis pour le mauvais exemple ainsi envoyé au reste du monde, qui ne le reçoit que trop clairement.

Toute cette année, l’AWC n’a pu que le constater en intervenant sur des situations où les frontières des Etats ne s’ouvrent que pour laisser entrer l’oppression venue d’ailleurs. Entre la Pologne, Etat membre de l’Union européenne (UE), et le Belarus sous la tyrannie d’Aleksandr Loukachenko, des migrants et réfugiés venus du Moyen-Orient sont bloqués hors du monde, utilisés par Minsk tels des pions contre l’UE et refoulés par Varsovie qui craint un afflux si elle laisse entrer un petit groupe de personnes. A l’intérieur de l’UE même, le Danemark où l’extrême droite inquiète un gouvernement social-démocrate restreint encore ses lois sur l’asile et ordonne aux réfugiés de Syrie de rentrer chez eux, comme si la fin des combats actifs dans certaines régions du pays rendait plus sûr, et meilleur, le régime tyrannique de Bachar el-Assad. Et c’est à toute l’UE que se pose, comme au monde entier, la question de l’accueil des réfugiés d’Afghanistan depuis le retour au pouvoir le 15 août dernier de la milice islamiste des Talibans, dont la première cible est depuis un quart de siècle toujours la même – les femmes, premières à devoir fuir et premières à chercher asile.

Manifestation de soutien aux réfugiés à Berlin le 31 août 2014 (C) Montecruz Foto

Cherchant toujours plus à fermer ses frontières à qui veut y entrer, la WENA n’a en revanche aucun état d’âme à les ouvrir grand pour en faire sortir l’inspiration du refus de l’autre. Et ça marche.

En Amérique latine où se produit la deuxième plus grave crise de demandeurs d’asile au monde, celle du Venezuela où quiconque le peut fuit la dictature de Nicolas Maduro soutenue par Moscou, le Pérou qui accueille le plus grand nombre d’exilés vénézuéliens refuse aux enfants son statut de «Migration Humanitaire», plongeant donc des mineurs déjà déracinés dans une invivable inexistence officielle. En Égypte, où déjà sévit une répression intense, des réfugiés de conflits africains comme celui de l’Érythrée se voient, en dépit de l’évidence même, déboutés de leurs demandes d’asile et placés dans l’expectative d’un rapatriement forcé à tout moment. En Russie, une réfugiée d’Ouzbékistan privée d’un jour à l’autre de son statut après avoir dénoncé les manquements de Moscou à ses obligations en la matière a fini sa course en détention dans un aéroport, «hors du monde», comme emmurée «dans la prison des frontières», selon la Complainte du Partisan, l’autre chant de la Résistance française pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Qu’attendre d’autre d’un monde qui s’entête à ne pas comprendre que, bien que composé d’États souverains, il est désormais uni dans l’épreuve et doit donc le devenir aussi pour la vaincre ? Un monde uni de fait qui refuse de l’être de droit, ce n’est pas nouveau dans l’histoire et on en sait les conséquences. En 1914, c’est un monde où l’Europe faisait la loi mais où une forme de mondialisation, économique et technologique, existait déjà qui est entré en guerre, car sa politique était restée peu ou prou celle du Congrès de Vienne, là où les nations ayant vaincu l’Empire français de Napoléon Ier avaient décidé entre elles du sort des autres. Pour certains la Grande Guerre, pour d’autres «la der des der», le conflit mondial sorti d’un ordre international périmé allait certes engendrer la première organisation politique internationale de l’histoire, la Société des Nations, mais cette dernière allait s’avérer elle aussi en retard sur son temps, incapable d’arrêter les ambitions italiennes en Éthiopie puis celles plus dévastatrices et meurtrières encore d’Adolf Hitler et du Troisième Reich allemand. Ce n’est qu’en combattant le fléau d’un temps en son temps, en créant contre Hitler une alliance militaire prenant le nom de Nations Unies, que le monde libre allait réussir à vaincre le Reich génocidaire et créer une nouvelle organisation, celle que nous connaissons encore aujourd’hui – l’Organisation des Nations Unies.

Voir le passé avec l’œil du présent, l’historien le dira, il faut se l’interdire. Mais l’inverse n’est pas plus souhaitable, et de 1914, l’historien pourra le dire encore. Que conclure alors d’un monde qui, en proie à une pandémie qui a déchiré les frontières, s’y enferme comme en des murailles et se le voit enseigner par la région même qui, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, symbolisait la liberté ?

(C) U.S. National Archives & DVDs

Qu’on le veuille ou non

Un monde sans frontières est aussi peu probable qu’un «grand remplacement» en WENA, peu probable et, pour nous, une fausse bonne idée. L’AWC défend depuis le départ une Citoyenneté Mondiale accessible à toutes et tous, acceptable par toutes et tous, fondée sur un principe simple mais qui semble si difficile à accepter : étant toutes et tous natifs et habitants de la planète Terre, il est du devoir de chacun(e) de la protéger ainsi que son peuple, notre peuple, l’humanité, et accepter cet état d’esprit est entrer dans une Citoyenneté Mondiale qui s’exerce en supplément de la citoyenneté nationale, non à la place, d’autant qu’il n’existe au niveau planétaire aucune structure reconnue par les États qui permette une telle substitution. Même la citoyenneté de l’UE n’est acquise que par la citoyenneté nationale de l’un de ses États membres, se vouloir citoyen(ne) de l’Union de manière directe et exclusive étant impossible.

Pour autant, et l’histoire ne va pas dans une direction autre, qu’est-ce qui oblige les frontières à s’ériger en remparts, a fortiori contre un ennemi inexistant et chimérique ? Au nom de quoi les États souverains devraient-ils être des citadelles ? Et surtout, comment exercer dans de telles conditions la moindre Citoyenneté Mondiale alors que le sort de toute la planète et toute l’humanité nous le commande ? C’est ce que l’AWC a toujours défendu et, aujourd’hui, ce que l’on pouvait refuser comme n’étant qu’un simple axiome de notre part est devenu, plus que jamais, un fait prouvé. Même si un autre enseignement de la Covid-19 est, hélas, que les faits prouvés peuvent n’être plus probants.

Négateurs du virus, promoteurs de thérapies inefficaces, d’aucuns auront rejeté l’évidence nue face au SARS-CoV-2. Chefs d’État ou de gouvernement, qu’ils se nomment Trump, Johnson ou Bolsonaro, ils auront tous fini par rencontrer ce virus qu’ils niaient ou minimisaient, finissant ainsi par prouver au contraire son existence et le besoin absolu de s’en protéger. D’autres poursuivent aujourd’hui le travail de sape de ces derniers, parfois en y laissant leur vie. Les faits prouvés peuvent n’être plus probants, mais Lénine le savait, «les faits sont têtus».

Ces politiques migratoires et ces injustices qui nous ont amenés à intervenir, nous ne les avons pas inventées. L’AWC n’a pas le temps, encore moins le goût, de fabriquer des problèmes, trop occupée qu’elle est à tenter de résoudre ceux dont elle vient à avoir connaissance. Une vision des frontières, de l’étranger et de la migration qui n’est plus adaptée à son temps, c’est un problème, majeur, que nous ne résoudrons jamais seuls et qui demande une implication littéralement universelle. D’autant qu’il n’est pas sans rencontrer l’autre problème majeur du moment, le coronavirus. Si ce n’est par la coupable méfiance vis-à-vis de traitements venus de l’extérieur et/ou par la tout aussi coupable négligence alimentant l’inégalité vaccinale entre nations, plusieurs fois dénoncée de concert par l’Organisation mondiale de la Santé et le Fonds monétaire international, comment expliquer l’apparition des variants Delta puis Omicron respectivement en Inde puis en Afrique du Sud ? On empêchera des êtres humains de quitter leur pays, on les empêchera d’entrer dans celui qu’ils espèrent atteindre, mais des gardes-frontières n’arrêtent pas un virus. Les frontières non plus, et voir en elles une solution soit à la migration tant redoutée soit à la Covid-19, c’est rendre impossible tant une migration ordonnée et humaine que la fin de la pandémie.

Un seul monde, ce n’est plus un slogan, c’est maintenant un fait. Que la WENA vous nomme un migrant si vous y venez ou si vous allez et venez en dehors d’elle (le terme «réfugié» n’ayant plus rien d’automatique, même devant un danger avéré), ou un expatrié si vous en venez et la quittez, vous serez toujours soumis aux lois nationales sur la migration et c’est là, partout, un domaine régalien, privilège absolu de l’État. Mais si ces lois sont adoptées et/ou appliquées les yeux grands fermés à la marche du monde, votre sort ne regardera bientôt plus seulement votre État de provenance et/ou d’arrivée. Pas plus que votre nationalité ne fera quelque différence si vous êtes positif à la Covid-19, où que vous soyez. Les deux questions seront mondiales.

Le droit absolu à la migration, sans demander l’avis de l’État d’arrivée, n’existera probablement jamais. Pour autant, le droit à la migration, celui d’être accueilli dignement, d’être ainsi traité même si l’on doit ensuite repartir et, certes, de n’être en aucun cas traité en migrant lorsque l’on est demandeur d’asile, peut et doit être un droit absolu, pour d’élémentaires raisons d’humanité dont même une catastrophe planétaire claire et présente n’autorise pas l’oubli.

Qu’on le veuille ou non, il n’existe plus qu’un seul monde. S’il prend au sérieux les malades de la Covid-19, alors il n’a pas d’excuse pour ne pas prendre au sérieux les migrants. Au moment où la deuxième année de la pandémie s’achève, s’il est déjà temps de prendre une bonne résolution, alors, que ce soit celle d’y parvenir enfin. Et immuniser les consciences contre nos coupables indifférences.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

An Unused but not Forgotten Standard of World Law

In Africa, Asia, Being a World Citizen, Europe, Fighting Racism, Human Rights, International Justice, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, United Nations, War Crimes, World Law on December 10, 2021 at 10:33 PM

By René Wadlow

Genocide is the most extreme consequence of racial discrimination and ethnic hatred. Genocide has as its aim the destruction, wholly or in part, of a national, ethnic, racial, or religious group as such. The term was proposed by the legal scholar Raphael Lemkin, drawing on the Greek genos (people or tribe) and the Latin –cide (to kill) (1). The policies and war crimes of the Nazi German government were foremost on the minds of those who drafted the Genocide Convention, but the policy was not limited to the Nazis (2).

The Genocide Convention is a landmark in the efforts to develop a system of universally accepted standards which promote an equitable world order for all members of the human family to live in dignity. Four articles are at the heart of this Convention and are here quoted in full to understand the process of implementation proposed by the Association of World Citizens (AWC), especially of the need for an improved early warning system.

Article I

In the present Convention, genocide means any of the following acts committed with intent to destroy, in whole or in part, a national, ethnical, racial or religious group, as such:

(a) Killing members of the group;
(b) Causing serious bodily or mental harm to members of the group;
(c) Deliberately inflicting on the group conditions of life calculated to bring about its physical destruction in whole or in part;
(d) Imposing measures intended to prevent births within the group;
(e) Forcibly transferring children of the group to another group.

Unlike most humanitarian international law which sets out standards but does not establish punishment, Article III sets out that the following acts shall be punishable:

(a) Genocide;
(b) Conspiracy to commit genocide;
(c) Direct and public incitement to commit genocide;
(d) Attempt to commit genocide;
(e) Complicity in genocide

Article IV

Persons committing genocide or any of the other acts enumerated in article III shall be punished, whether they are constitutionally responsible rulers, public officials or private individuals.

Article VIII

Any Contracting Party may call upon the competent organs of the United Nations to take such action under the Charter of the United Nations as they consider appropriate for the prevention and suppression of acts of genocide or any of the other acts enumerated in article III.

Numerous reports have reached the Secretariat of the United Nations (UN) of actual, or potential, situations of genocide: mass killings; cases of slavery and slavery-like practices, in many instances with a strong racial, ethnic, and religious connotation — with children as the main victims, in the sense of article II (b) and (c). Despite factual evidence of these genocides and mass killings as in Sudan, the former Yugoslavia, Rwanda, Burundi, the Democratic Republic of Congo, Sierra Leone and in other places, no Contracting Party to the Genocide Convention has called for any action under article VIII of the Convention.

As Mr. Nicodème Ruhashyankiko of the Sub-Commission on Prevention of Discrimination and Protection of Minorities wrote in his study of proposed mechanisms for the study of information on genocide and genocidal practices “A number of allegations of genocide have been made since the adoption of the 1948 Convention. In the absence of a prompt investigation of these allegations by an impartial body, it has not been possible to determine whether they were well-founded. Either they have given rise to sterile controversy or, because of the political circumstances, nothing further has been heard about them.”

Raphael Lemkin

Yet the need for speedy preventive measures has been repeatedly underlined by UN Officials. On December 8, 1998, in his address at UNESCO, UN Secretary-General Kofi Annan said “Many thought, no doubt, that the horrors of the Second World War — the camps, the cruelty, the exterminations, the Holocaust — could not happen again. And yet they have, in Cambodia, in Bosnia and Herzegovina, In Rwanda. Our time — this decade even — has shown us that man’s capacity for evil knows no limits. Genocide — the destruction of an entire people on the basis of ethnic or national origins — is now a word of our time, too, a stark and haunting reminder of why our vigilance must be eternal.”

In her address Translating words into action to the UN General Assembly on December 10, 1998, the then High Commissioner for Human Rights, Ms. Mary Robinson, declared “The international community’s record in responding to, let alone preventing, gross human rights abuses does not give grounds for encouragement. Genocide is the most flagrant abuse of human rights imaginable. Genocide was vivid in the minds of those who framed the Universal Declaration, working as they did in the aftermath of the Second World War. The slogan then was ‘never again’. Yet genocide and mass killing have happened again — and have happened before the eyes of us all — in Rwanda, Cambodia, the former Yugoslavia and other parts of the globe.”

We need to heed the early warning signs of genocide. Officially directed massacres of civilians of whatever numbers cannot be tolerated, for the organizers of genocide must not believe that more widespread killing will be ignored. Yet killing is not the only warning sign. The Convention drafters, recalling the radio addresses of Hitler and the constant flow of words and images, set out as punishable acts “direct and public incitement to commit genocide”. The Genocide Convention, in its provisions concerning public incitement, sets the limits of political discourse. It is well documented that public incitement — whether by Governments or certain non-governmental actors, including political movements — to discriminate against, to separate forcibly, to deport or physically eliminate large categories of the population of a given State, or the population of a State in its entirety, just because they belong to certain racial, ethnic, or religious groups, sooner or later leads to war. It is also evident that, at the present time, in a globalized world, even local conflicts have a direct impact on international peace and security in general. Therefore, the Genocide Convention is also a constant reminder of the need to moderate political discourse, especially constant and repeated accusations against a religious, ethnic, and social category of persons. Had this been done in Rwanda, with regard to the Radio Mille Collines, perhaps that premeditated and announced genocide could have been avoided or mitigated.

For the UN to be effective in the prevention of genocide, there needs to be an authoritative body which can investigate and monitor a situation well in advance of the outbreak of violence. As has been noted, any Party to the Genocide Convention (and most States are Parties) can bring evidence to the UN Security Council, but none has. In the light of repeated failures and due to pressure from nongovernmental organizations, the Secretary-General has named an individual advisor on genocide to the UN Secretariat. However, he is one advisor among many, and there is no public access to the information that he may receive.

Therefore, a relevant existing body must be strengthened to be able to deal with the first signs of tensions, especially ‘direct and public incitement to commit genocide.” The Committee for the Elimination of Racial Discrimination (CERD) created to monitor the 1965 International Convention on the Elimination of All Forms of Racial Discrimination would be the appropriate body to strengthen, especially by increasing its resources and the number of UN Secretariat members which service the CERD. Through its urgent procedure mechanisms, CERD has the possibility of taking early-warning measures aimed at preventing existing strife from escalating into conflicts, and to respond to problems requiring immediate attention. A stronger CERD more able to investigate fully situations should mark the world’s commitment to the high standards of world law set out in the Genocide Convention.


Notes
1) Raphael Lemkin. Axis Rule in Occupied Europe (Washington: Carnegie Endowment for World Peace, 1944).
2) For a good overview, see: Samantha Power. A Problem from Hell: America and the Age of Genocide (New York: Basic Books, 2002)
3) E/CN.4/Sub.2/1778/416, Para 614


Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Ethiopia: The Cry of the Imburi

In Africa, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Human Rights, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations on November 30, 2021 at 9:33 PM

By René Wadlow

The Imburi are spirits that are said to inhabit the forests of Gabon in Equatorial Africa and who cry out for those who can hear them at times of impending violence or danger. The Imburi have been crying out over the increasing dangers of the conflict in Ethiopia which began on November 3, 2020. However, during the past year, the conflict has spread to other parts of Ethiopia and has impacted neighboring countries.

The fighting in Tigray becomes more complex each day as Ethiopian Defense Forces, Eritrean Defense Forces and ethnic militias face Tigrayan forces. There is a buildup of Sudanese government forces on the Ethiopian-Sudan border where refugees flee into Sudan. The whole Horn of Africa, already fragile, is in danger of greater destabilization.

For the moment, all efforts for mediation proposed by the United Nations (UN), by the African Union or individual states such as the USA have been refused by the Ethiopian central government. Many of the former officials of the Tigray Province have fled to other countries. Thus, it is not clear who is in a position to negotiate for the Tigray factions were negotiations to be undertaken.

Isolated Children in Tigray (C) Rod Waddington

The Office of the UN High Commissioner for Human Rights has sent representatives to Ethiopia to collect information on human rights violations related to the conflict in Tigray. With great difficulty some information on massive human rights violations and violations of international humanitarian law has been collected. The UN High Commissioner for Human Rights, Michelle Bachelet has spoken out on these violations involving mass killings, rapes, and the abduction of civilians when presenting the report on November 3, 2021 in Geneva. However, she stressed the difficulties of collecting information and the impossibility to visit certain areas where massive violations were said to have taken place. Amnesty International has also tried to collect information by telephone since its representatives were not allowed to enter the country.

On November 2, 2021, a state of emergency covering all of Ethiopia was declared by the federal government. Arrests of Tigrayans living in the capital Addis Ababa followed. Travel within the country is limited and heavily controlled by the police and the military. There is talk of a wide-spread roundup of Tigrayans living in Addis Ababa and other large cities and placing them in camps. There is an increase in local self-defense groups as fear grips the country.

There are few signs of compromise or a willingness to deal with the deep consequences of the armed conflict. There might be some possibilities for nongovernmental, Track II type efforts to see where some progress might be made. The Association of World Citizens, knowing the fragile nature of the confederation of provinces which make up the Ethiopian State had made a first appeal for a ceasefire and negotiations in good faith shortly after fighting had started in early November 2020. However, for the moment, possibilities for mediation either by governments or nongovernmental organizations have not been acted upon. A situation which needs to be follow carefully.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

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