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1989, l’affaire Salman Rushdie : Quand la France célébrait sa Révolution sous les feux croisés de l’obscurantisme

In Africa, Being a World Citizen, Cultural Bridges, Current Events, Democracy, Europe, Human Rights, Literature, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace, United Nations on August 15, 2022 at 1:02 PM

Par Bernard J. Henry

Après les Etats-Unis en 1976, les Français ont célébré en 1989 le Bicentenaire de la Révolution qui a créé leur république, avec pour traits d’union entre les deux pays le Marquis de la Fayette, «héros des deux mondes» en France comme le deviendrait plus tard Giuseppe Garibaldi en Italie, et le fameux «Ça ira» de Benjamin Franklin, Ministre des Etats-Unis d’Amérique à Paris mais francophone malhabile qui, lorsqu’on lui demandait des nouvelles de son pays, répondait par ces deux seuls mots que les sans-culottes avaient fini par reprendre à leur profit. Mais en France, l’année 1989 fut loin d’être placée sous le seul signe des idéaux de la Révolution française tels que résumés en sa devise officielle – Liberté, Égalité, Fraternité.

Depuis le début des années 1980, la France était régulièrement frappée par le terrorisme lié au conflit israélo-palestinien, comme lorsque fut frappé voici quarante ans ce mois-ci, le 9 août 1982, le restaurant Jo Goldenberg dans le quartier juif de Paris. Depuis les élections municipales de 1983 et dans des proportions sans précédent depuis la Libération, l’extrême droite reprenait pied dans la politique française avec les succès électoraux du Front National, dénoncés ainsi que la complaisance du reste de la classe politique par Louis Chedid dans Anne, ma sœur Anne.

C’était déjà beaucoup, évidemment trop. Mais ce n’était pourtant qu’un début, et bientôt une France déjà en proie à ses propres démons allait se trouver prise au cœur de luttes d’envergure mondiale, luttes qui, bien que jamais vraiment disparues, viennent aujourd’hui se rappeler tragiquement au souvenir non seulement de la France mais du monde entier, avec l’agression de Salman Rushdie le 12 août dans l’État de New York.

La Dernière Tentation du Christ : la Contre-Révolution contre-attaque

Le réalisateur américain Martin Scorsese (C) David Shankbone

En août 1988, le cinéaste américain Martin Scorsese sort son nouveau film, La Dernière Tentation du Christ, d’après un roman de Níkos Kazantzákis. En rupture directe avec les récits bibliques, Scorsese y dépeint un Jésus vivant comme tout mortel, peu soucieux du péché ou de la foi, et qui prend soudainement conscience de sa mission divine puis entame un parcours messianique en s’opposant aux dirigeants mêmes du peuple juif dont il est issu. Devant les caméras de Scorsese, c’est Jésus lui-même qui demande à Judas, son premier adepte, de le dénoncer aux Romains afin d’être arrêté et mourir en martyr. Mais, alors qu’il attend la mort sur sa croix, Jésus se voit offrir le salut par un ange qui vient lui dire qu’il est Fils de Dieu, mais non pas le Messie, et doit vivre en homme normal. Sauvé par l’ange de la crucifixion, Jésus épouse Marie-Madeleine et fonde avec elle une famille heureuse.

A la fin de sa vie, Jésus appelle auprès de lui ses anciens disciples et Judas lui avoue que l’ange qui l’a sauvé était en réalité Satan, dont lui est venue cette «dernière tentation» de vivre en homme ordinaire et non en Messie. Mourant, Jésus rampe jusqu’à la croix dont Satan l’avait jadis extrait, dans une Jérusalem en flammes puisque n’ayant jamais été pacifiée par son enseignement. Il implore Dieu de le replacer sur la croix, afin de pouvoir enfin accomplir sa destinée. Crucifié une nouvelle fois, il sait sa mission menée à bien et meurt.

Cette uchronie religieuse soulève la fureur chez les Chrétiens à travers le monde entier, d’abord chez les Protestants aux Etats-Unis même puis, en France, chez les Catholiques, l’Archevêque de Paris Jean-Marie Lustiger parvenant même à faire plier le Gouvernement socialiste de François Mitterrand qui, d’abord partenaire du film, finit par jeter l’éponge.

A sa sortie en France en septembre, le film réveille un mouvement catholique intégriste que l’on croyait décapité depuis l’excommunication au printemps de Monseigneur Marcel Lefebvre et la mise au ban par le Vatican de sa Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X traditionaliste et hostile à Vatican II. En octobre, un cinéma projetant La Dernière Tentation du Christ est incendié dans l’est de la France et, à Metz, la visite du Pape Jean-Paul II donne lieu au retrait du film des salles locales. Bientôt, le film est déprogrammé partout ailleurs ou projeté sous protection policière. Le 23 octobre, un commando catholique intégriste attaque l’Espace Saint-Michel à Paris, dernière salle projetant encore le film, blessant quatorze personnes dont deux grièvement.

En pleine célébration de sa Révolution et de l’Être suprême, divinité laïque sous les auspices de laquelle était adoptée le 26 août 1789 la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, la France découvre que l’esprit vengeur des Chouans de Bretagne et des royalistes de Vendée qui refusaient la fin de la monarchie de droit divin était toujours là, et que, comme leurs ancêtres révolutionnaires, les Français républicains de 1989 allaient devoir y faire face. Et à l’intégrisme catholique menaçant le Bicentenaire allait bientôt s’ajouter l’intégrisme issu des rangs d’une autre religion majeure de France – l’Islam.

Allah et Les Versets sataniques : les «intégristes musulmans» à l’assaut de l’Être suprême

En 1989, la France ne parle pas encore d’islamisme. Ce terme n’apparaît que l’année suivante, lorsque les premières élections libres et multipartites en Algérie voient non pas la victoire courue d’avance du Front de Libération Nationale (FLN), jusqu’alors parti unique, mais du Front islamique du Salut (FIS), parti prônant une application stricte de la loi coranique dans tous les domaines de l’administration et de la vie publique. Pour l’instant, en cette année 1989, la France parle d’intégrisme musulman. Jusqu’à présent, cet intégrisme s’est surtout manifesté à travers le terrorisme, non dans une moindre mesure en lien avec l’Iran comme en témoigne l’affaire Wahid Gordji. Mais la France est sur le point de découvrir que cet intégrisme peut aussi frapper là où elle l’attend le moins, sur un terrain où, ceinte de ses idéaux révolutionnaires, elle se croit inexpugnable. Le terrain de la culture.

Dès 1987, la chanteuse Véronique Sanson envisageait une chanson contre l’intégrisme religieux, racontant l’histoire d’un couple maghrébin se muant en auteurs d’un attentat-suicide par l’explosion d’un camion. Alors qu’elle entend intituler sa chanson Dieu, le chanteur Michel Berger, son ancien compagnon qui produit pour elle l’album devant contenir la chanson, lui suggère de l’intituler Allah en référence à l’extrémisme musulman qui, à travers le monde, s’affirme alors de plus en plus comme une «troisième force» entre les Etats-Unis de Ronald Reagan et l’URSS de Mikhaïl Gorbatchev. C’est ainsi que la chanteuse enregistre Allah, où elle s’en prend directement au Dieu de l’Islam pour les attentats commis en son nom par des fanatiques.

Véronique Sanson

Alors qu’elle s’apprête à donner un concert à l’Olympia, Véronique Sanson reçoit des menaces de mort lui enjoignant de ne pas chanter Allah. Le 14 février 1989, une fatwa est lancée contre elle avec ordre de la tuer. La carrière de la chanson s’arrête là. Mais pas celle de l’extrémisme se réclamant de l’Islam, car bien sûr, Rushdie est le prochain sur la liste.

C’est en septembre 1988 que l’écrivain britannique d’origine indienne, naturalisé américain, publie son quatrième roman, Les Versets sataniques (The Satanic Verses). Les protagonistes, deux artistes indiens vivant en Angleterre contemporaine, se trouvent pris dans un détournement d’avion et, alors que l’appareil explose en plein vol, se voient miraculeusement y survivre puis prendre pour l’un, la personnalité de l’Ange Gabriel et, pour l’autre, celle d’un démon. Ce dernier réussit à ruiner la vie, notamment sentimentale, de son comparse qui le lui pardonne toutefois en bon ange que, selon lui, il est devenu. Tous deux rentrés en Inde, le premier tue sa compagne avant de se suicider, et le second, jusqu’alors brouillé avec son identité indienne ainsi que son propre père, se réconcilie avec les deux et reste vivre dans son Inde natale.

Salman Rushdie

Mais derrière cette histoire de deux Indiens frappés d’une maladie mentale, servant de trame au roman de Rushdie, d’autres parties du roman s’avèrent plus problématiques, du moins pour les Musulmans les plus dogmatiques.

A l’instar de Scorsese mettant en scène un Christ détourné de sa mission salvatrice par un Satan habilement déguisé, Rushdie dépeint Mahomet, le Prophète de l’Islam, adoptant trois divinités païennes de La Mecque en violation du principe islamique du dieu unique, les trois divinités ayant dicté à Mahomet de faux versets du Coran en ayant pris l’apparence d’Allah. Le récit romancé de Rushdie amène ensuite des prostituées de La Mecque à se faire passer pour les épouses du Prophète, puis l’un des compagnons de Mahomet à douter de lui en tant que messager de Dieu et l’accuser d’avoir volontairement réécrit certaines parties du Coran en occultant le verbe divin.

Rushdie poursuit avec le récit, toujours fictif, d’une jeune paysanne indienne affirmant recevoir des révélations de l’Archange Jibreel («Gabriel» en arabe). Elle convainc son village entier d’entreprendre un pèlerinage en marchant jusqu’à La Mecque, affirmant qu’ils pourront tous traverser la mer à pied. Mais les pèlerins disparaissent tous, les témoignages discordant sur leur noyade pure et simple ou leur traversée miraculeuse de la mer comme l’aurait promis l’Archange Jibreel.

Puis Rushdie présente un chef religieux fanatique expatrié, «l’Imam», chef religieux en lequel est aisément reconnaissable l’Imam Ruhollah Khomeini, Guide suprême de la République islamique d’Iran, exilé en France jusqu’à la révolution islamique de 1979.

Après le tollé chez les Chrétiens contre Scorsese, c’est au tour de Rushdie d’enflammer le monde musulman. Au Pakistan, Les Versets sataniques sont interdits et, le 12 février 1989, dix mille personnes manifestent contre lui à Islamabad où le Centre culturel américain et un bureau d’American Express sont mis à sac. L’Inde interdit l’importation de l’ouvrage et des autodafés se font jour en Grande-Bretagne.

En février 1989, c’est au tour de Khomeini d’ajouter à la polémique en édictant une fatwa, littéralement une «opinion juridique», facultative en Islam sunnite mais ayant valeur contraignante chez les Chiites, appelant au meurtre de Rushdie et de ses éditeurs ainsi qu’à faciliter ce meurtre à défaut de le commettre soi-même. En Grande-Bretagne, le Gouvernement conservateur de Margaret Thatcher prend fait et cause pour Rushdie, qu’il place sous protection policière, mais un jeune député travailliste nouvellement élu organise dans sa circonscription une marche pour l’interdiction des Versets sataniques et un ancien leader du Parti conservateur, Norman Tebbit, sans aucun lien personnel avec l’Inde ou l’Islam par ailleurs, condamne et injurie publiquement Rushdie.

Là où Martin Scorsese continue d’aller et venir librement, Véronique Sanson ayant tôt fait de sortir de nouveaux titres et faire oublier Allah, Rushdie se trouve désormais prisonnier d’une alternative qui résume tout son sort – la clandestinité ou la mort.

Héritage humaniste contre héritage de haine

Devenu invisible et introuvable, Rushdie publie en 1995 un nouveau roman, Le dernier soupir du Maure (The Moor’s Last Sigh). Mais, pour avoir perdu en intensité, la menace de Téhéran n’en a pas pour autant disparu. Loin des regards, c’est désormais par procuration que Rushdie continue d’être attaqué.

En 1991, les traducteurs italien et japonais de Rushdie sont assassinés. Deux ans plus tard, un traducteur norvégien des Versets sataniques échappe de peu à une tentative de meurtre par balles puis un traducteur turc manque de succomber à un incendie volontaire qui le visait.

En 1998, l’Iran de Mohammed Khatami, Président se voulant réformiste, annonce la fin de la fatwa contre Rushdie qui, à son tour, abandonne sa vie en clandestinité. Mais en 2006, le conservateur nationaliste Mahmoud Ahmadinejad qui a succédé à Khatami fait marche arrière ; pour lui, une fatwa ne peut être annulée que par la personne qui l’a édictée, et puisque Khomeini est décédé, la fatwa est irréversible. Dix ans plus tard, la prime promise par l’Iran pour le meurtre de Rushdie dépasse les trois millions de dollars, notamment sous l’impulsion des médias iraniens.

Et le 12 août dernier, alors qu’il s’apprête à donner une conférence à la Chautauqua Institution dans l’Etat de New York, Rushdie est poignardé au cou par Hadi Matar, Chiite d’origine libanaise dont les réseaux sociaux grouillent de messages de soutien au régime iranien et d’admiration pour Khomeini. Hospitalisé en urgence, placé sous assistance respiratoire, il est menacé de perdre un œil ; le 14, son agent annonce qu’il se rétablit et respire normalement. En Iran, la presse conservatrice couvre de louanges Hadi Matar qui, ensuite amené devant la justice, plaide non coupable.

En France, d’aucuns convoquent aussitôt le souvenir de l’attentat terroriste du 7 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo, régulièrement accusé de s’en prendre systématiquement à l’Islam et aux Musulmans, en particulier depuis la publication dans ses colonnes, en 2006, de caricatures de Mahomet parues dans un journal d’extrême droite au Danemark. C’est toutefois après avoir critiqué non l’Islam mais l’islamisme, incarné par le parti tunisien Ennahda et une partie du Conseil national de Transition en Libye, que Charlie Hebdo avait connu en 2011 l’incendie de ses locaux à Paris. Quant à l’attentat ayant décimé sa rédaction, Charlie Hebdo le devait bien à deux terroristes résolus, deux frères membres d’Al-Qaïda en Péninsule Arabique, Cherif et Saïd Kouachi. L’Islam ne tue pas, l’islamisme oui.

Pour les Français, immanquablement, le souvenir de l’attentat contre Charlie Hebdo en appelle un autre, celui de l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie victime d’un autre attentat terroriste à Conflans-Sainte-Honorine, en région parisienne, le 16 octobre 2020 alors que se tenait justement à Paris le procès des auteurs présumés des attentats de janvier 2015 dont celui contre Charlie Hebdo, en dehors des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly qui avait attaqué l’Hyper Cacher de la Porte de Vincennes. Samuel Paty avait été dénoncé par certains élèves musulmans comme ayant utilisé des dessins parodiques de Mahomet parus dans Charlie Hebdo, ce qui avait fait de lui une cible du seul fait de son enseignement, non contre l’Islam mais en faveur de l’esprit critique.

Étrangère à l’univers anglo-saxon de l’Amérique de Scorsese ou de l’Angleterre de Rushdie, la France qui célébrait sa Révolution s’était retrouvée victime collatérale des deux épisodes mais n’en avait pas connu de semblable pour ses propres artistes, notamment pas pour Véronique Sanson contre laquelle la fatwa aura fait long feu. Inspirée par le Bicentenaire de la Révolution, Isabelle Adjani, l’une des actrices françaises les plus en vogue à l’époque, n’en avait pas moins lu à haute voix un extrait des Versets sataniques lors de la cérémonie des Césars en 1988. Malgré tout, la France républicaine avait bien dû se faire une raison, constatant que les idéaux qu’elle célébrait et voulait universels ne l’étaient pas tant qu’elle le croyait et que, dans cet Occident qui regardait de haut un «Tiers Monde» auquel il imputait l’intégrisme religieux comme une conséquence de son sous-développement, ce même intégrisme existait aussi, non du seul fait de migrants musulmans mais aussi de citoyens de lignée locale depuis des siècles, non du seul fait d’un Islam qui, ailleurs, avait pris les armes mais aussi du même catholicisme qui, le dimanche matin, rassemblait les fidèles devant Le Jour du Seigneur sur la télévision d’État.

Triste préfiguration d’un monde qui, en quittant les années 1980 et par miracle la Guerre Froide, (r)entrait successivement dans la guerre «chaude» avec la campagne militaire internationale pour la libération du Koweït envahi en août 1990 par l’Irak, les guerres balkaniques avec camps d’internement et purification ethnique rappelant sombrement la Shoah, le terrorisme généralisé, ici islamique du fait d’Al-Qaïda et ailleurs d’extrême droite comme à Oklahoma City, et l’extrême droite au pouvoir, fût-ce en coalition gouvernementale, comme en Italie.

D’aucuns en France voudraient penser que tous les chemins mènent non à Rome, mais à Paris, et donc que tous les chemins en partent aussi. En 1789, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen avait bel et bien résonné, pour sa part, loin par-delà les frontières du Royaume de France. Là où les textes constitutionnels américains avaient été scrutés principalement par les ennemis britannique et espagnol de la jeune Amérique indépendante, la proclamation française «en présence de l’Être suprême» avait permis au monde entier de comprendre qu’une nouvelle ère commençait. Deux cents ans plus tard, la fête de ce légitime moment de fierté pour le peuple français lui offrait tout le contraire, l’obscurantisme et la violence venues d’ailleurs convergeant vers Paris pour ternir ce moment de joie et ouvrir la voie à une fin du vingtième siècle qui ne pouvait que laisser craindre le pire.

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen adoptée le 26 août 1789 (C) Musée Carnavalet – Paris

Aucun respect du droit sans respect de l’écrit

Et le vingt-et-unième siècle n’a pas manqué de tenir les terribles promesses de son prédécesseur. Pire attentat terroriste de l’histoire en 2001, extrême droite au pouvoir dans deux pays d’Europe et ayant manqué de l’être aussi en France en 2002, invasion de l’Irak cette fois sans mandat international en 2003, tortures de civils dans ce même Irak l’année suivante …  La liste serait bien trop longue. Mais une chose est sûre, ce qui était au vingtième siècle le futur ressemble horriblement à ce qui était vu, à l’époque, comme un passé révolu.

Des écrivains comme Rushdie, tous les pouvoirs tyranniques en ont toujours emprisonné, interdit, torturé voire tué. Dans le contexte individuel de 1989, plus encore en France, Rushdie était devenu le symbole vivant d’un mal nouveau, menaçant un monde où le Mur de Berlin était toujours debout même si l’URSS vaincue en Afghanistan semblait à genoux. Mais avec le nouveau siècle est venue l’expansion de la nouvelle technologie, et avec elle, la possibilité d’être auteur sans plus devoir passer par un journal ou une maison d’édition, avec l’apparition des blogs et, pas toujours pour le meilleur, des réseaux sociaux. Et qui dit nouveaux moyens d’expression dit nouvelle peur pour les régimes répressifs, et avec cette nouvelle peur, de nouveaux motifs de répression. Publié sur papier ou autopublié sur Internet, qu’importe aujourd’hui, vous risquez tout autant de payer cher le moindre de vos mots contre qui veut régner en imposant le silence.

Active au sein du Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, l’Association of World Citizens ne s’est jamais limitée pour autant à cette seule enceinte genevoise, ayant toujours porté la défense des Droits Humains partout où elle le peut.

En Tunisie où, depuis un an, les initiatives du Président Kaïs Saied mettent à mal l’héritage de la Révolution de janvier 2011, le journaliste Salah Attia en a fait les frais pour avoir dénoncé ces dérives autoritaires en direct sur la chaîne Al Jazeera. Jugé sur ce seul fondement par des militaires en uniforme, il s’est retrouvé détenu à la prison de Mornaguia près de Tunis. Dans la Libye voisine qui n’a jamais su trouver sa voie nouvelle depuis la révolte populaire contre Mu’ammar Kadhafi, hélas devenue intervention militaire franco-britannique aux motifs plus qu’incertains, c’est Mansour Atti, journaliste lui aussi, mais également blogueur et dirigeant local du Croissant-Rouge, qui fut enlevé en juin 2021 par un groupe armé réputé proche des Forces armées libyennes.

Toujours en Afrique mais plus au sud, dans la Corne du continent, en Somalie où l’État central ne s’est jamais vraiment reconstitué depuis 1990 et la désagrégation du pays après la fin de la dictature de Mohamed Siad Barré, un journaliste indépendant nommé Kilwe Adan Farah fut arrêté en décembre 2020 dans la région autonome de facto du Puntland où il venait de couvrir une manifestation contre les autorités locales. Jugé lui aussi par un tribunal militaire, il fut condamné à trois ans d’emprisonnement pour avoir «répandu des fausses nouvelles et incité au mépris envers l’État». A ce jour, il purge encore sa peine.

Kilwe Adan Farah

Le terrorisme jihadiste en France et ailleurs l’a prouvé : ce qui menaçait Salman Rushdie n’a jamais disparu, tout au plus changé de forme. Mais aujourd’hui, là où un interdit fanatique peut toujours frapper quelqu’un qui s’exprime par l’écrit, l’interdit peut venir également des forces armées dans un pays cherchant sa voie constitutionnelle et, dans le meilleur des cas, démocratique. Quitte à oser vouloir faire croire qu’un écrit public dénué de toute intention malveillante peut menacer un pays tout entier de ne jamais (re)trouver une vie libre et paisible.

En France, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, mais bien sûr pas seulement, la loi permet de saisir la justice contre un écrit public et obtenir soit réparation si l’on est visé à titre personnel, soit condamnation pénale dans le cas d’un abus de la liberté d’expression internationalement reconnaissable comme tel, par exemple à travers la jurisprudence de la Cour européenne des Droits de l’Homme. Et ce sera toujours, dans ces trois pays et partout ailleurs dans le monde, une infaillible indication du respect de l’État de droit par opposition à la loi de la jungle ou à celle du talion. Quiconque se reconnaît Citoyen du Monde doit défendre sans faille ces principes, sachant que là où un écrit peut valoir la mort, il n’est aucune responsabilité envers sa communauté locale, a fortiori envers la communauté humaine mondiale, que l’on puisse entendre assumer à moins que ce ne soit, au bout du compte, en vain.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

Garry Davis: “And Now the People Have the Floor”

In Being a World Citizen, Human Rights, Migration, NGOs, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace, Track II, United Nations, United States, World Law on July 24, 2022 at 6:14 PM

By René Wadlow

Garry Davis, who died on July 24, 2013, in Burlington, Vermont, was often called “World Citizen N°1”. The title was not strictly exact as the organized world citizen movement began in England in 1937 with Hugh J. Schonfield and his Commonwealth of World Citizens, followed in 1938 by the creation jointly in the USA and England of the World Citizen Association. However, it was Garry Davis in Paris in 1948-1949 who reached a wide public and popularized the term “world citizen”.

Garry Davis was the start of what I call “the second wave of world citizen action”. The first wave was in 1937-1940 as an effort to counter the narrow nationalism represented by Fascist Italy, Nazi Germany, and militaristic Japan. This first world citizen wave of action did not prevent the Second World War, but it did highlight the need for a wider cosmopolitan vision. Henri Bonnet of the League of Nations’ Committee for Intellectual Co-operation and founder of the United States (U. S.) branch of the World Citizen Association became an intellectual leader of the Free French Forces led by General de Gaulle from London during the War. Bonnet was a leader in the founding of UNESCO — the reason it is based in Paris — and UNESCO’s emphasis on understanding among cultures.

The Second Wave of world citizen action in which Garry Davis was a key figure lasted from 1948 to 1950 — until the start of the war in Korea and the visible start of the Cold War, although, in reality, the Cold War began in 1945 when it became obvious that Germany and Japan would be defeated. The victorious Great Powers began moving to solidify their positions. The Cold War lasted from 1945 until 1991 with the end of the Soviet Union. During the 1950-1991 period, most world citizen activity was devoted to preventing a war between the USA and the USSR, working largely within other arms control/disarmament associations and not under a “world citizen flag.”

The Third Wave of world citizen action began in 1991 with the end of the Cold War and the rise again of narrow nationalist movements as seen in the breakup of the Soviet Union and Yugoslavia. The Association of World Citizens with its emphasis on conflict resolution, human rights, ecologically-sound development, and understanding among cultures is the moving force of this Third Wave.

The two-year Second Wave was an effort to prevent the Cold War which might have become a hot World War Three. In 1948, the Communist Party took over Czechoslovakia, in what the West called a “coup”, more accurately a cynical manipulation of politics. The coup was the first example of a post-1945 change in the East-West balance of power and started speculation on other possible changes as in French Indochina or in 1950 in Korea. 1948 was also the year that the UN General Assembly was meeting in Paris. The United Nations (UN) did not yet have a permanent headquarters in New York, so the General Assembly first met in London and later in Paris. All eyes, especially those of the media, were fixed on the UN. No one was sure what the UN would become, whether it would be able to settle the growing political challenges or “go the way of the League of Nations”.

Garry Davis, born in 1921, was a young Broadway actor in New York prior to the entry of the U. S. in the World War in 1941. Garry Davis was a son of Meyer Davis, a well-known popular band leader who often performed at society balls and was well known in the New York-based entertainment world. Thus, it was fairly natural that his son would enter the entertainment world, as a “song and dance” actor in the musical comedies of those days. Garry had studied at the Carnegie Institute of Technology, a leading technology institution.

When the U. S. entered the war, Garry joined the Army Air Force and became a bomber pilot of the B-17, stationed in England with a mission to bomb targets in Germany. Garry’s brother had been killed in the Allied invasion of Italy, and there was an aspect of revenge in bombing German military targets until he was ordered to bomb German cities in which there were civilians.

At the end of the War and back as an actor in New York, he felt a personal responsibility toward helping to create a peaceful world and became active with world federalists who were proposing the creation of a world federation with powers to prevent war, largely based on the U. S. experience of moving from a highly decentralized government under the Articles of Confederation to the more centralized Federal Government structured by the Constitution.

At the time, Garry had read a popular book among federalists, The Anatomy of Peace by the Hungarian-born Emery Reves. Reves had written “We must clarify principles and arrive at axiomatic definitions as to what causes war and what creates peace in human society.” If war was caused by a state-centric nationalism as Reves, who had observed closely the League of Nations, claimed, then peace requires a move away from nationalism. As Garry wrote in his autobiography My Country is the World (1) “In order to become a citizen of the entire world, to declare my prime allegiance to mankind, I would first have to renounce my United States nationality. I would secede from the old and declare the new”.

In May 1948, knowing that the UN General Assembly was to meet in Paris in September and earlier the founding meeting of the international world federalists was to be held in Luxembourg, he went to Paris. There he renounced his U. S. citizenship and gave up his passport. However, he had no other identity credentials in a Europe where the police can stop you and demand that you provide identity papers. So he had printed a “United World Citizen International Identity Card” though the French authorities listed him as “Apatride d’origine américaine”. Paris after the War was filled with “apatride” people, but there was probably no other “d’origine américaine”.

Giving up U. S. citizenship and a passport which many of the refugees in Paris would have wanted at any price was widely reported in the press and brought him many visitors. Among the visitors was Robert Sarrazac (né Soulage), a career military officer who had been active in the French Resistance and shared the same view of the destructive nature of narrow nationalism and the need to develop a world citizen ideology. Garry was also joined by the young Guy Marchand who would later play an important role in structuring the world citizen movement.

As the French police was not happy with people with no valid identity papers wondering around, Garry Davis moved to the large modern Palais de Chaillot with its terraces which had become “world territory” for the duration of the UN General Assembly. He set up a tent and waited to see what the UN would do to promote world citizenship. In the meantime, Robert Sarrazac who had many contacts from his resistance activities set up a “Conseil de Solidarité” formed of people admired for their independence of thought, not linked to a particular political party. The Conseil was led by Albert Camus, novelist and writer for newspapers, André Breton, the Surrealist poet, l’Abbé Pierre and Emmanuel Mounier, editor of Esprit, both Catholics of highly independent spirits as well as Henri Roser, a Protestant minister and secretary for French-speaking countries of the International Fellowship of Reconciliation.

Davis and his advisors felt that world citizenship should not be left outside the General Assembly hall but had to be presented inside as a challenge to the ordinary way of doing things, “an interruption”. Thus, it was planned that Garry Davis from the visitors’ balcony would interrupt the UN proceedings to read a short text; Robert Sarrazac had the same speech in French, and Albert Crespey, son of a chief from Togo had his talk written out in his Togolese language.

In the break after a long Yugoslav intervention, Davis stood up. Father Montecland, “priest by day and world citizen by night” said in a booming voice “And now the people have the floor!” Davis said “Mister Chairman and delegates: I interrupt in the name of the people of the world not represented here. Though my words may be unheeded, our common need for world law and order can no longer be disregarded.” After this, the security guards moved in, but Robert Sarrazac on the other side of the Visitors’ Gallery continued in French, followed by a plea for human rights in Togolese. Later, near the end of the UN Assembly in Paris, the General Assembly adopted without an opposition vote, the Universal Declaration of Human Rights which became the foundation of world citizens’ efforts to advance world law.

Dr. Herbert Evatt of Australia was the President of the UN General Assembly in 1948. He was an internationalist who had worked during the San Francisco Conference creating the UN to limit the powers of the Permanent Five of the Security Council. Evatt met with Davis a few days after the “interruption” and encouraged Davis to continue to work for world citizenship, even if disrupting UN meetings was not the best way.

Shortly after highlighting world citizenship at the UN, Garry Davis went to the support of Jean Moreau, a young French world citizen and active Catholic, who as a conscientious objector to military service, had been imprisoned in Paris as there was no law on alternative service in France at the time. Davis camped in front of the door of the military prison at the Rue du Cherche-Midi in central Paris. As Davis wrote “When it is clearly seen that citizens of other nations are willing to suffer for a man born in France claiming the moral right to work for and love his fellow man rather than be trained in killing him, as Jesus, Buddha, Lao Tsu, Tolstoy, St Francis of Assisi, Gandhi, and other great thinkers and religious leaders have taught, the world may begin to understand that the conscience of Man itself rises above all artificially-created divisions and fears.” (2). Others joined Davis in camping on the street. Garry Davis worked closely on this case with Henri Roser and Andre Trocmé of the Fellowship of Reconciliation. Davis was put in jail for camping on the city street and also for not having valid identification documents, but his place on the street was filled with others, including a German pacifist, an act of courage so soon after the end of the War. It took another decade before alternative service in France was put into place, but Davis’ action had led to the issue being widely raised in France, and the link between world citizenship and non-violent action clearly drawn.

Garry Davis was never an “organizational man”. He saw himself as a symbol in action. After a year in France with short periods in Germany, he decided in July 1949 to return to the U. S. As he wrote at the time “I have often said that it is not my intention to head a movement or to become president of an organization. In all honesty and sincerity, I must define the limit of my abilities as being a witness to the principle of world unity, defending to the limit of my ability the Oneness of man and his immense possibilities on our planet Earth, and fighting the fears and hatreds created artificially to perpetuate narrow and obsolete divisions which lead and have always led to armed conflict.”

Perhaps by the working of karma, on the ship taking him to the USA, he met Dr. P. Natarajan, a south Indian religious teacher in the Upanishadic tradition. Natarajan had lived in Geneva and Paris and had a doctorate in philosophy from the University of Paris. He and Davis became close friends, and Davis spent some time in India at the center created by Natarajan who stressed the development of the inner life. “Meditation consists of bringing all values inside yourself” was a motto of Natarajan.

It was at the home of Harry Jakobsen, a follower of Natarajan, on Schooly Mountain, New Jersey that I first met Garry Davis in the early 1950s. I was also interested in Indian philosophy, and someone put me in contact with Jakobsen. However, I had joined what was then the Student World Federalists in 1951 so I knew of the Paris adventures of Garry. After that, we would meet in Geneva, France, and the U. S. from time to time.

Some world federalists and world citizens thought that his renunciation of U. S. citizenship in 1948 confused people. The more organization-minded world federalists preferred to stress that one can be a good citizen of a local community, a national state as well as a world citizen. However, Davis’s and my common interest in Asian thought was always a bond beyond any tactical disagreements.

Today, it is appropriate to cite the oft-used Indian image of the wave as an aspect of the one eternal ocean of energy. Each individual is both an individual wave and at the same time part of the impersonal source from which all comes and returns. Garry Davis as a wave has now returned to the broader ocean. He leaves us a continuing challenge writing “There is vital need now for wise and practical leadership, and the symbols, useful up to a point, must now give way to the men qualified for such leadership.”

Notes

1) Garry Davis, My Country is the World (London: Macdonald Publishers, 1962)

2) Garry Davis, Over to Pacifism: A Peace News Pamphlet (London: Peace News, 1949)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Frantz Fanon: The New Humanism

In Africa, Anticolonialism, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Democracy, Fighting Racism, Human Development, Human Rights, Literature, Middle East & North Africa, Solidarity, The Search for Peace on July 20, 2022 at 9:42 PM

By René Wadlow

Frantz Fanon (1925-1961) whose birth anniversary we mark on July 20, was a French psychologist, writer, and participant in the Algerian struggle for independence (1954-1962). He was born in Martinique, then a French colony which now has the status of a Department of France. The bulk of the population are of African descent, having been brought to the West Indies as slaves. Although the basic culture is French, some in Martinique are interested in African culture, and as in Haiti, there are survivals of African religions, often incorporated into Roman Catholic rites.

In 1940, as France was being occupied by the German forces and a right-wing nationalist government was being created in the resort city of Vichy, sailors favorable to the Vichy government took over the island and created a narrow-nationalist, racist rule. Fanon, then 17, escaped to the nearby British colony of Dominica, and from there joined the Free French Forces led by General De Gaulle. Fanon fought in North Africa and then in the liberation of France.

Once the war over, he received a scholarship to undertake medical and then psychiatry training in Lyon. His doctoral thesis on racism as he had experienced it in the military and then during his medical studies was published in French in 1952 and is translated into English as Black Skin, White Masks.

In 1953, he was named to lead the Psychiatry Department of the Blida-Joinville Hospital in Algeria shortly before the November 1954 start of the war for independence in Algeria. He treated both Algerian victims of torture as well as French soldiers traumatized by having to carry out torture. He considered the struggle for independence as a just cause, and so in 1956 he resigned his position and left for Tunisia where the leadership of the independence movement was located. As a good writer, having already published his thesis followed by a good number of articles in intellectual journals, he was made the editor of the Algerian independence newspaper. There were a number of efforts by the French security services to kill him or to blow up the car in which he was riding. Although wounded a number of times, he survived.

In 1959, the British colony of the Gold Coast was granted independence and took the name of Ghana under the leadership of Kwame Nkrumah. Nkrumah was a pan-African, having participated in a number of pan-African congresses starting in the 1930s. He viewed the independence of the Gold Coast as the first step toward the liberation of all colonies in Africa, to be followed by the creation of African unity in some sort of federation. Ghana attracted a good number of activists of anti-colonial movements. Fanon was sent to Ghana to be the Algerian Independence Movement (Front de Libération Nationale, FLN) ambassador to Ghana and as the contact person toward other independence movements.

From his anti-colonial activity, he wrote his best-known study of colonialism, the mental health problems it caused, and the need for catharsis Les damnés de la terre, translated into English as The Wretched of the Earth. The title comes from the first line of the widely sung revolutionary song L’Internationale. For French readers, there was no need to write the first word of the song which is “Arise” as in “Arise, you Wretched of the Earth” (“Debout, les damnés de la terre”). The meaning of the book in English would have been clearer had it been called Arise, Wretched of the Earth.

Fanon was very ill with leukemia, and Les damnés de la terre was written by dictation to his French-born wife that he had married during his medical studies. He received in the hospital the first copies of his book three days before his death. He had been taken for treatment to a leading hospital just outside Washington, DC by the Central Intelligence Agency (CIA). The role of the CIA in support of, or just infiltrating for information, the Algerian independence movement is still not fully clear. Frantz Fanon was buried in a town in Algeria then held by the independence forces. The 1962 peace agreement with France granting independence followed shortly after his death. Fanon is recalled warmly in Algeria for his part in the independence struggle.

The final four pages of Les damnés de la terre are a vital appeal for a new humanism and for a cosmopolitan world society based on the dignity of each person. For Fanon, there is a need to overcome both resignation and oppression and to begin a new history of humanity.

Note

Two useful biographies of Fanon in English are David Caute, Frantz Fanon (New York: Viking Press, 1970), and Irene Gendzier, Frantz Fanon. A Critical Study (New York: Pantheon Books, 1973)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Woody Guthrie: This Land Is My Land And I Won’t Let Them Take It Away

In Arts, Being a World Citizen, Current Events, Human Rights, Migration, Poetry, Social Rights, Solidarity, United States on July 14, 2022 at 8:39 PM

By René Wadlow

This land is your land, this land is my land, from California to the New York island,

From the redwood forest to the Gulf Stream waters,

this land was made for you and me.

Woodrow Wilson Guthrie (1912-1967) whose birth anniversary we note on July 14, was the voice of the marginalized, especially those hit by the drought in the west of the USA during the late 1920s-early 1930s – what has been called the “dust bowl”.

Many lost their farms due to unpaid bank loans, and others moved to the greener pastures of California where they were not particularly welcomed. However, nearly all were United States (U. S.) citizens and they could not be deported to another country.

A dust storm in Texas, 1935

Times have changed. Today, there are the homeless who would like to reach the USA. There has been a good deal of media attention given to those at the frontier, including those who have died trying to reach the USA.

Less media attention has been given to those living in the U. S. and who are being deported to their “home country” although some have been living in the U. S. since childhood and could sing “This land is my land.”

A large number of persons, an estimated three million, were deported during the 8-year presidency of Barack Obama with relatively little attention given except by specialists. The more flamboyant speeches of former President Trump have awakened more people to the issue of deportation and the conditions in which people are held prior to deportation.

Those in danger of deportation are not organized in a formal way. The U. S. trade union movement is a weak organizational force whose membership has vastly declined. In practice, trade unions never fought to protect “illegal” foreign workers even when trade unions were stronger. There are legitimate, non-racist concerns that an influx of immigrants will lower wage rates and overburden welfare services. These non-racist concerns join in with the noisier, racist voices.

Opposition to deportation has come largely from religious-spiritual groups stressing human dignity and using places of worship as sanctuaries in which to house people in danger of deportation. This sanctuary movement began in the early 1980s to provide safe havens for Central American refugees fleeing civil armed conflicts. Obtaining refugee status and asylum in the U. S. was difficult. Some 500 congregations joined the sanctuary movement to shelter people based on the medieval laws which protected church building against soldiers. Other congregations used the image of the Underground Railroad which protected runaway slaves prior to the Civil War.

There is now a new sanctuary movement started in the Age of Trump, focused on the protection of undocumented families from the newly created police of the U. S. Immigration and Customs Enforcement (ICE). Woody Guthrie would no doubt lend his singing voice to help those in danger of deportation as he did for the farmers and workers of the 1930s.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

The Elimination of Sexual Violence in Conflict: Greater Awareness Building Needed

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, Women's Rights, World Law on June 19, 2022 at 3:41 PM

By René Wadlow

The United Nations (UN) General Assembly has proclaimed June 19 of each year to be the International Day for the Elimination of Sexual Violence in Conflict in order to raise awareness of the need to put an end to conflict-related sexual violence and to honor the victims and the survivors of sexual violence around the world. The date was chosen to commemorate the adoption on June 19, 2008 of Security Council Resolution 1820 in which the Council condemned sexual violence as a tactic of war and as an impediment to peacebuilding.

For the UN, “conflict-related sexual violence” refers to rape, sexual slavery, forced prostitution, forced abortion, and any other form of sexual violence of comparable gravity perpetrated against women, men, girls, and boys, linked to a conflict. The term also encompasses trafficking in persons when committed in situations of conflict for purposes of sexual violence or exploitation.

Dr. Nkosazuna Dlamini Zuma, Chairperson, African Union Commission speaking at the Global Summit to End Sexual Violence in Conflict, June 12, 2014. (C) Foreign and Commonwealth Office

There has been a slow growth of awareness-building trying to push UN Agencies to provide non-discriminatory and comprehensive health services including sexual and reproductive health services taking into account the special needs of persons with disabilities. A big step forward was the creation of the UN Special Representative of the Secretary-General on Sexual Violence in Conflict. The post is currently held since April 2017 by Under-Secretary-General Pramila Patten. She recently said “We see it too often in all corners of the globe from Ukraine to Tigray in northern Ethiopia to Syria and the Democratic Republic of Congo. Every new wave of warfare brings with it a rising tide of human tragedy including new waves of war’s oldest, most silenced and least-condemned crime.”

The Association of World Citizens (AWC) first raised the issue in the UN Commission on Human Rights in March 2001 citing the judgement of the International Court for Former Yugoslavia which maintained that there can be no time limitations on bringing the accused to trial. The tribunal also reinforced the possibility of universal jurisdiction that a person can be tried not only by his national court but by any court claiming universal jurisdiction and where the accused is present.

The AWC again stressed the use of rape as a weapon of war in the Special Session of the Commission on Human Rights on the Democratic Republic of Congo, citing the findings of Meredeth Turslen and Clotilde Twagiramariya in their book What Women Do in Wartime: Gender and Conflict in Africa (London: Zed Press, 1998), “There are numerous types of rape. Rape is committed to boast the soldiers’ morale, to feed soldiers’ hatred of the enemy, their sense of superiority, and to keep them fighting: rape is one kind of war booty; women are raped because war intensifies men’s sense of entitlement, superiority, avidity, and social license to rape: rape is a weapon of war used to spread political terror; rape can destabilize a society and break its resistance; rape is a form of torture; gang rapes in public terrorize and silence women because they keep the civilian population functioning and are essential to its social and physical continuity; rape is used in ethnic cleansing; it is designed to drive women from their homes or destroy their possibility of reproduction within or “for” their community; genocidal rape treats women as “reproductive vessels”; to make them bear babies of the rapists’ nationality, ethnicity, race or religion, and genocidal rape aggravates women’s terror and future stigma, producing a class of outcast mothers and children – this is rape committed with consciousness of how unacceptable a raped woman is to the patriarchal community and to herself. This list combines individual and group motives with obedience to military command; in doing so, it gives a political context to violence against women, and it is this political context that needs to be incorporated in the social response to rape.”

The prohibition of sexual violence in times of conflict is now part of international humanitarian law. However, there are two major weaknesses in the effectiveness of international humanitarian law. The first is that many people do not know that it exists and that they are bound by its norms. Thus, there is a role for greater promotional activities through education and training to create a climate conducive to the observance of internationally recognized norms. The second weakness is enforcement. We are still at the awareness-building stage. Strong awareness-building is needed.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Lifting the Odessa Blockade

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Europe, Human Rights, Humanitarian Law, NGOs, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, UKRAINE, United Nations on June 6, 2022 at 3:19 PM

By René Wadlow

The Association of World Citizens (AWC) urges action to lift the blockade on Odessa and other Black Sea ports so that grain and other food resources can resume to flow. Ukraine has a vast agricultural base producing 46 percent of the world’s sunflower exports and 10 percent of the world’s wheat exports. The Middle East and Africa are Ukraine’s food export market. Odessa has a large grain terminal in which vast quantities of food exports are now stuck. It is not physically possible to transport large quantities of grain by rail and road.

Odessa’s port, peaceful and flourishing, before the Russian invasion. (C) Raymond Zoller

In part due to this blockade, food prices for grain have risen some 20 percent, hitting especially the poor. In some parts of Africa, due to climate conditions and armed conflict, there are near famine conditions. New food supplies are urgent.

A Ukrainian family evacuated from Mariupol. (C) Lynsey Addario for The New York Times

Russian authorities have said that they were ready to provide a humanitarian corridor for ships carrying food, but only in return for the lifting of U. S. and Western European sanctions. However, the Western sanctions have a multitude of sources. The lifting of the Odessa blockade and renewed grain shipments must be treated as a single issue, although it is obviously colored by the whole armed conflict.

There are diplomatic efforts underway led by the African Union and the United Nations. It is urgent that speedy progress be made. Nongovernmental organizations may be able to play a creative role as many NGOs are already involved in ecologically-sound development projects in areas under agricultural and food stress. The AWC, concerned with the resolution of armed conflicts through negotiations in good faith, appeals for creative diplomatic measures so that the blockade is ended as soon as possible.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

New Efforts for Land Renewal

In Africa, Being a World Citizen, Current Events, Environmental protection, Human Development, Human Rights, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, United Nations, World Law on June 6, 2022 at 3:11 PM

By René Wadlow

The States Parties to the United Nations-sponsored Treaty on Desertification met in Abidjan, Ivory Coast on May 9-20, 2022. The 197 member states agreed to an appeal to work more actively to prevent continuing desertification and to win back lands currently under great pressure. Because the conference was being held in Africa, much attention was given to the advances of the desert in the Sahel states and the possibility of building a “Green Wall” of trees to stop the advance.

The Green Wall of Sahel (C) Sevgart

The Treaty was designed to be the centerpiece of a massive worldwide effort to arrest the spread of deserts or desert-like conditions not only in Africa south of the Sahara but wherever such conditions encroached on the livelihood of those who lived in the desert or in its destructive path.

The destruction of land that was once productive does not stem from mysterious and remorseless forces of nature but from the actions of humans. Desertification is a social phenomenon. Humans are both the despoiler and the victims of the process.

Increasingly, populations are eking out a livelihood on dwindling land resources. Thus, there must be renewed and strong efforts for land regeneration. Desertification needs to be seen in a holistic way. If we see desertification only as aridity, we may miss areas of impact such as humid tropics. We need to consider the special problems of water-logging, salinity or alkalinity of irrigation systems that destroy land each year. Because desertification disturbs a region’s natural resource base, it promotes insecurity. Insecurity leads to strife. If allowed to degenerate, strife results in inter-clan feuding between cultivators and pastoralists, cross-border raiding, and military confrontation.

Earth is our common home, and therefore in the spirit of world citizenship, we must organize to protect it. It is up to all of us concerned with ecologically-sound development to draw awareness to the dangers of desertification and the promises of land renewal.

It is important to understand the way of life of those who live on the edge of deserts. Hsuan Tsang (623-664) is a symbol of such an effort at understanding. Hsuan Tsang crossed the harshest deserts, in particular the Takla Mahan, and the tallest mountains on his quest for the innermost heart of Reality. He travelled from China to India to spend two years at the Nalanda Monastery in what is now Bihar State in northern India to study and translate into Chinese certain important Buddhist sutras. He also studied the lives of the people he met, showing an openness to the cultures of others, especially those living on the edge of the desert regions he crossed.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Upholding International Humanitarian Law in Times of Armed Conflict: A World Citizen Appeal

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Europe, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, NGOs, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, UKRAINE, United Nations, War Crimes, World Law on March 2, 2022 at 8:24 AM

By René Wadlow

The invasion by Russian troops into Ukraine has raised in a dramatic way the issue of the respect of international humanitarian law. There have been reports of the use of cluster munitions fired into civilian areas. The Association of World Citizens (AWC) was very active on efforts which led to the convention banning cluster weapons.

Regular military personnel of all countries are theoretically informed of the rules of the Geneva Conventions of August 12, 1949, and the Protocol Additional adopted in 1977.

When the 1949 Geneva Conventions were drafted and adopted, it was possible to spell out in considerable detail rules regarding prisoners of war and the protection of civilians, in particular Common Article 3 (so called because it is found in all four Conventions) provides that “each Party to the conflict shall be bound to apply, as a minimum, the following provisions: Persons taking no active part in the hostilities…shall in all circumstances be treated humanely without any adverse distinction founded on race, color, religion or faith, sex, birth or wealth, or any other similar criteria.”

The importance of Common Article 3 should not be underestimated. It sets out in straightforward terms important protections that all parties to a conflict must respect. In order to meet the need for additional protection, international humanitarian law has evolved to cover not only international armed conflict but also internal armed conflict. Today, international human rights standards are also considered part of international humanitarian law, thus providing additional protection for vulnerable population groups such as women, children, and minorities.

As situations of internal violence and strife proliferate, abuses committed by non-State actors, such as armed militias, are increasing concerns. Fundamental standards of international humanitarian law are intended to ensure the effective protection of human beings in all situations. The standards are clear. (1)

There are two major weaknesses in the effectiveness of international humanitarian law. The first is that many people do not know that it exists and that they are bound by its norms. Thus, there is an important role for greater promotional activities, the dissemination of information through general education, specific training of the military, outreach to armed militias, and cooperation with a wide range of nongovernmental organizations.

The second weakness is that violations of international humanitarian law are rarely punished. Governments too often tolerate these violations. Few soldiers are tried, or court-martialed, for the violations of international humanitarian law. This weakness is even more true of non-governmental militias and armed groups.

In fact, most violations of international humanitarian law are not actions of individual soldiers or militia members carried away by a sudden rush of anger, fear, a desire of revenge or a sudden sexual urge to rape a woman. Soldiers and militia members violating the norms of international humanitarian law are acting on orders of their commanders.

Thus, the only sold response is an act of conscience to refuse an order of a military or militia higher up and refuse to torture, to bomb a medical facility, to shoot a prisoner, to harm a child, and to rape a woman. Conscience, that inner voice which discerns what is right from wrong and encourages right action is the value on which we can build the defense of international humanitarian law. The defense of conscience to refuse unjust orders is a large task but a crucial action for moving toward a law-based world society.

Notes

(1) For useful guides to international humanitarian law see:

D. Schindler and J. Toman, The Laws of Armed Conflicts (Martinus Nihjoff Publishers, 1988)

H. McCoubrey and N.D. White, International Law and Armed Conflicts (Dartmouth Publishing Co., 1992)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Qu’on le veuille ou non, un seul monde et le droit à la migration

In Africa, Anticolonialism, Asia, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Europe, Fighting Racism, Human Rights, Latin America, Middle East & North Africa, Migration, NGOs, Refugees, Solidarity, Syria, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on December 28, 2021 at 5:00 PM

Par Bernard J. Henry

Deux ans déjà, deux ans d’une guerre mondiale qui semble interminable, une Troisième Guerre Mondiale non entre deux ou plusieurs alliances d’Etats souverains, ou contre un envahisseur extraterrestre comme dans certains films ou séries de science-fiction, mais contre un virus – un coronavirus, le SARS-CoV-2 responsable de la COronaVIrus Disease of 2019 ou Covid-19. Après la souche originelle dite de Wuhan, le monde a découvert les variants, d’abord affublés de gentilés (anglais, sud-africain, indien) puis renommés selon l’alphabet grec : Alpha, Beta, Delta …  Et maintenant Omicron.

La lutte progresse mais la pandémie sait contre-attaquer, comme avec Omicron. Hélas, l’inégalité vaccinale entre pays et régions du monde, couplée aux décisions scientifiquement absurdes de certains gouvernements, se fait pour le virus une alliée inespérée.

L’histoire nous l’enseigne, lorsqu’une crise mondiale éclate et se prolonge, ce n’est pas après qu’elle a pris fin qu’il faut envisager l’avenir, mais pendant même qu’elle se produit, et faire de ses projets son but réel de guerre. L’histoire nous l’enseigne, oui, et l’an prochain verra le quatre-vingtième anniversaire des Nations Unies, non pas de l’organisation internationale créée en 1945 à San Francisco – également berceau de l’Association of World Citizens (AWC) – mais de l’alliance militaire des pays combattant l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et le Japon. Une alliance militaire qui avait retenu les leçons de l’échec de la Société des Nations et compris, à l’avenant, qu’un combat armé ne vaut rien s’il n’est porteur d’un projet politique pour un monde en paix, donc, un monde plus uni.

Un monde plus uni …  Que certains partis politiques ici ou là le veuillent ou non, c’est ce que produira inéluctablement cette pandémie, après une épreuve dont aucun continent sur terre n’aura été épargné. Et même si cela dérange ces partis xénophobes de divers pays et continents, là encore, ce monde ne pourra plus regarder de la même manière le sujet dont ils ont fait leur fonds de commerce pendant le demi-siècle écoulé – la migration.

La forteresse WENA

Si c’est littéralement le monde entier qui est touché, tout comme par la Covid-19, par le virus de la xénophobie qu’aucun vaccin ne vient enrayer, le centre mondial de l’épidémie est bien la WENA (Western Europe and North America, Europe occidentale et Amérique du Nord). Depuis le début du siècle, avec des entrées au gouvernement en Autriche et en Italie notamment, ainsi qu’une présence au second tour de l’élection présidentielle en France et un résultat électoral sans précédent aux Pays-Bas, l’extrême droite xénophobe n’a cessé de croître en WENA, jusqu’à fusionner au Canada avec la droite traditionnelle incarnée par le Parti conservateur. Mais, après des reflux ici et là, l’année 2015 est venue lui ouvrir grand les portes jusqu’alors closes du pouvoir.

Après ce que d’aucuns appelaient la «crise migratoire» de l’été, lorsque migrants et réfugiés avaient eu l’impudence de venir déranger la baignade et la bronzette des Européens en accostant sur la rive sud de la Méditerranée, un exode vite réduit par certains à une attaque envers l’Occident de Daesh, le soi-disant «État islamique en Irak et en Syrie» qui avait déjà en janvier fait couler le sang à Paris, la Grande-Bretagne suivit sans mal l’année suivante un UKIP déchaîné contre des hordes d’envahisseurs vers le vote du Brexit. A des milliers de kilomètres de là, loin des rivages du désespoir, un Donald Trump donné perdant d’avance remporta contre toute attente la Maison Blanche en évoquant, entre autres, un mur géant le long de la frontière mexicaine censé bloquer toute immigration clandestine. En 2017, bien que largement vaincue en fin de compte, l’extrême droite française atteignit une nouvelle fois les marches de l’Élysée. En 2018, les électeurs italiens consacrèrent Matteo Salvini. Il ne suffisait plus d’une «forteresse Europe», le temps était venu d’une «forteresse WENA», à bâtir du plus ironiquement sur des plans fournis par Moscou, où le pouvoir inspire et parfois finance les partis d’extrême droite comme de gauche radicale, antagonistes mais unanimes pour saper la démocratie libérale.

Ile de Lesbos (Grèce), 11 octobre 2015 (C) Antonio Masiello

Ils savent ce qui leur fait peur, les tenants de la forteresse WENA. Ils le désignent par deux mots – le grand remplacement, celui d’une population européenne blanche et chrétienne qui n’existe que dans leur imaginaire par des hordes d’Arabes et d’Africains musulmans. Leur imaginaire où trône Le Camp des Saints, roman publié en 1973 par Jean Raspail et qui, en écho à l’antisémitisme délirant des Turner Diaries adulés par les suprémacistes blancs des Etats-Unis, décrit la chute de l’Occident blanc devant une invasion venue des pays du Sud. Loin d’avoir été oublié avec le temps, Le Camp des Saints inspire encore aujourd’hui l’extrême droite française ainsi que des proches de Donald Trump.

Personne au sud ne prône un «grand remplacement», concept qui n’existe donc qu’en WENA. Et pour cause, il ne pouvait venir d’ailleurs. S’il est une région au monde dont les pays ont, dans le passé, débarqué de force sur des rivages lointains, usé de la force pour imposer leur présence puis, in fine, leurs institutions, leur religion et leur culture, ce sont bien ceux de la WENA à travers le colonialisme, imités plus tard, tragique ironie, par l’URSS «anticolonialiste» sous couvert de soutien idéologique et pour les pires effets, dont deux en Afghanistan ayant pour noms les Talibans et Al-Qaïda.

Il n’y a qu’eux qui y pensent, eux pour qui la relation avec l’autre n’est que haine ou mépris, et pour certains, violence et guerre où l’on ne peut être que vainqueur ou vaincu. Dans leur immense majorité, celles et ceux qui, au sud, veulent gagner la WENA y recherchent tout au contraire son mode de vie, ses opportunités de travail et de construction d’une vie nouvelle, ses libertés que leur refusent les gouvernements de leurs pays d’origine, se servant la plupart du temps de la culture traditionnelle locale comme d’un alibi et nourrissant ainsi les fantasmes des xénophobes en WENA, trop contents de prendre en tenaille des migrants et réfugiés déjà pourchassés par leurs propres gouvernants.

Nigel Farage, chef du parti UKIP, agitant le spectre de la migration pour amener les Britanniques à voter pour le Brexit en 2016 (C) @epkaufm (Twitter), licensed under Public Domain

La WENA a peur. Elle a peur de tous ces gens qui voient en elle un exemple pour leurs propres dirigeants, peur de toutes ces victimes qui l’appellent à agir pour leur permettre de vivre en paix chez eux ou, si elle s’y refuse, à les admettre au moins sur son territoire. Elle a peur aussi de ses propres enfants, ceux dont les parents sont eux-mêmes venus d’ailleurs ou dont les ancêtres plus lointains y ont été amenés de force, notamment comme esclaves. Elle a peur des Black Lives Matter et autres mouvements exigeant la justice pour qui, né ou élevé dans la WENA, s’y voit rejeté car porteur de cet ailleurs qui la tétanise.

Ses dirigeants ont peur, et ceux qui voudraient l’être aussi. Délogé de la présidence américaine, Donald Trump ne désarme pas. En France, terre de l’adoption de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme en 1948, l’extrême droite se dédouble en deux partis rivalisant de peur et de haine d’autrui, tandis que le parti héritier de celui du Général de Gaulle parle arrêt de l’immigration et sortie de la Cour européenne des Droits de l’Homme, même la gauche se laissant tenter par la facilité xénophobe en s’en prenant par exemple aux transferts d’argent de travailleurs migrants vers leurs familles au pays.

Mise à mal par l’exemple russe de la démocratie illibérale de pure façade et celui de l’autoritarisme de marché donné par la Chine, la WENA n’est plus, elle le sait, maîtresse du monde. Devenir la forteresse WENA ne résoudra pourtant, pour elle, aucun problème. Fantasmer n’est pas empêcher les difficultés, encore moins les surmonter mais bien les rendre hors de contrôle. A travers le monde entier, migration et recherche d’asile génèrent des drames sans lien avec les peurs irraisonnées des opinions occidentales. La WENA peut bien rêver d’isolement, mais tout comme ceux que crée la Covid-19, les drames de la migration ont aboli les frontières et uni le monde – pour le pire.

Le monde uni en fait refuse de l’être en droit

Déjà tourmentée par ses cauchemars de « grand remplacement » et les capitulations de ses démocrates supposés devant les vrais populistes, la WENA tente l’impossible en s’obstinant à séparer strictement les migrants, en quête d’une vie meilleure, et les réfugiés, qui fuient une persécution potentiellement mortelle. Il est pourtant de moins en moins possible de chercher une vie meilleure sans fuir aussi une certaine forme d’oppression, même en filigrane, là où un réfugié peut certes avoir dû laisser derrière lui une vie confortable mais à laquelle a mis fin une soudaine et brutale menace. Et le mouvement des demandeurs d’asile s’exerce toujours bien davantage vers la WENA qu’à partir d’elle …   Mais qui érige la peur en système s’en soucie bien peu. Tant pis pour les tragédies qui en sortent et tant pis pour le mauvais exemple ainsi envoyé au reste du monde, qui ne le reçoit que trop clairement.

Toute cette année, l’AWC n’a pu que le constater en intervenant sur des situations où les frontières des Etats ne s’ouvrent que pour laisser entrer l’oppression venue d’ailleurs. Entre la Pologne, Etat membre de l’Union européenne (UE), et le Belarus sous la tyrannie d’Aleksandr Loukachenko, des migrants et réfugiés venus du Moyen-Orient sont bloqués hors du monde, utilisés par Minsk tels des pions contre l’UE et refoulés par Varsovie qui craint un afflux si elle laisse entrer un petit groupe de personnes. A l’intérieur de l’UE même, le Danemark où l’extrême droite inquiète un gouvernement social-démocrate restreint encore ses lois sur l’asile et ordonne aux réfugiés de Syrie de rentrer chez eux, comme si la fin des combats actifs dans certaines régions du pays rendait plus sûr, et meilleur, le régime tyrannique de Bachar el-Assad. Et c’est à toute l’UE que se pose, comme au monde entier, la question de l’accueil des réfugiés d’Afghanistan depuis le retour au pouvoir le 15 août dernier de la milice islamiste des Talibans, dont la première cible est depuis un quart de siècle toujours la même – les femmes, premières à devoir fuir et premières à chercher asile.

Manifestation de soutien aux réfugiés à Berlin le 31 août 2014 (C) Montecruz Foto

Cherchant toujours plus à fermer ses frontières à qui veut y entrer, la WENA n’a en revanche aucun état d’âme à les ouvrir grand pour en faire sortir l’inspiration du refus de l’autre. Et ça marche.

En Amérique latine où se produit la deuxième plus grave crise de demandeurs d’asile au monde, celle du Venezuela où quiconque le peut fuit la dictature de Nicolas Maduro soutenue par Moscou, le Pérou qui accueille le plus grand nombre d’exilés vénézuéliens refuse aux enfants son statut de «Migration Humanitaire», plongeant donc des mineurs déjà déracinés dans une invivable inexistence officielle. En Égypte, où déjà sévit une répression intense, des réfugiés de conflits africains comme celui de l’Érythrée se voient, en dépit de l’évidence même, déboutés de leurs demandes d’asile et placés dans l’expectative d’un rapatriement forcé à tout moment. En Russie, une réfugiée d’Ouzbékistan privée d’un jour à l’autre de son statut après avoir dénoncé les manquements de Moscou à ses obligations en la matière a fini sa course en détention dans un aéroport, «hors du monde», comme emmurée «dans la prison des frontières», selon la Complainte du Partisan, l’autre chant de la Résistance française pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Qu’attendre d’autre d’un monde qui s’entête à ne pas comprendre que, bien que composé d’États souverains, il est désormais uni dans l’épreuve et doit donc le devenir aussi pour la vaincre ? Un monde uni de fait qui refuse de l’être de droit, ce n’est pas nouveau dans l’histoire et on en sait les conséquences. En 1914, c’est un monde où l’Europe faisait la loi mais où une forme de mondialisation, économique et technologique, existait déjà qui est entré en guerre, car sa politique était restée peu ou prou celle du Congrès de Vienne, là où les nations ayant vaincu l’Empire français de Napoléon Ier avaient décidé entre elles du sort des autres. Pour certains la Grande Guerre, pour d’autres «la der des der», le conflit mondial sorti d’un ordre international périmé allait certes engendrer la première organisation politique internationale de l’histoire, la Société des Nations, mais cette dernière allait s’avérer elle aussi en retard sur son temps, incapable d’arrêter les ambitions italiennes en Éthiopie puis celles plus dévastatrices et meurtrières encore d’Adolf Hitler et du Troisième Reich allemand. Ce n’est qu’en combattant le fléau d’un temps en son temps, en créant contre Hitler une alliance militaire prenant le nom de Nations Unies, que le monde libre allait réussir à vaincre le Reich génocidaire et créer une nouvelle organisation, celle que nous connaissons encore aujourd’hui – l’Organisation des Nations Unies.

Voir le passé avec l’œil du présent, l’historien le dira, il faut se l’interdire. Mais l’inverse n’est pas plus souhaitable, et de 1914, l’historien pourra le dire encore. Que conclure alors d’un monde qui, en proie à une pandémie qui a déchiré les frontières, s’y enferme comme en des murailles et se le voit enseigner par la région même qui, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, symbolisait la liberté ?

(C) U.S. National Archives & DVDs

Qu’on le veuille ou non

Un monde sans frontières est aussi peu probable qu’un «grand remplacement» en WENA, peu probable et, pour nous, une fausse bonne idée. L’AWC défend depuis le départ une Citoyenneté Mondiale accessible à toutes et tous, acceptable par toutes et tous, fondée sur un principe simple mais qui semble si difficile à accepter : étant toutes et tous natifs et habitants de la planète Terre, il est du devoir de chacun(e) de la protéger ainsi que son peuple, notre peuple, l’humanité, et accepter cet état d’esprit est entrer dans une Citoyenneté Mondiale qui s’exerce en supplément de la citoyenneté nationale, non à la place, d’autant qu’il n’existe au niveau planétaire aucune structure reconnue par les États qui permette une telle substitution. Même la citoyenneté de l’UE n’est acquise que par la citoyenneté nationale de l’un de ses États membres, se vouloir citoyen(ne) de l’Union de manière directe et exclusive étant impossible.

Pour autant, et l’histoire ne va pas dans une direction autre, qu’est-ce qui oblige les frontières à s’ériger en remparts, a fortiori contre un ennemi inexistant et chimérique ? Au nom de quoi les États souverains devraient-ils être des citadelles ? Et surtout, comment exercer dans de telles conditions la moindre Citoyenneté Mondiale alors que le sort de toute la planète et toute l’humanité nous le commande ? C’est ce que l’AWC a toujours défendu et, aujourd’hui, ce que l’on pouvait refuser comme n’étant qu’un simple axiome de notre part est devenu, plus que jamais, un fait prouvé. Même si un autre enseignement de la Covid-19 est, hélas, que les faits prouvés peuvent n’être plus probants.

Négateurs du virus, promoteurs de thérapies inefficaces, d’aucuns auront rejeté l’évidence nue face au SARS-CoV-2. Chefs d’État ou de gouvernement, qu’ils se nomment Trump, Johnson ou Bolsonaro, ils auront tous fini par rencontrer ce virus qu’ils niaient ou minimisaient, finissant ainsi par prouver au contraire son existence et le besoin absolu de s’en protéger. D’autres poursuivent aujourd’hui le travail de sape de ces derniers, parfois en y laissant leur vie. Les faits prouvés peuvent n’être plus probants, mais Lénine le savait, «les faits sont têtus».

Ces politiques migratoires et ces injustices qui nous ont amenés à intervenir, nous ne les avons pas inventées. L’AWC n’a pas le temps, encore moins le goût, de fabriquer des problèmes, trop occupée qu’elle est à tenter de résoudre ceux dont elle vient à avoir connaissance. Une vision des frontières, de l’étranger et de la migration qui n’est plus adaptée à son temps, c’est un problème, majeur, que nous ne résoudrons jamais seuls et qui demande une implication littéralement universelle. D’autant qu’il n’est pas sans rencontrer l’autre problème majeur du moment, le coronavirus. Si ce n’est par la coupable méfiance vis-à-vis de traitements venus de l’extérieur et/ou par la tout aussi coupable négligence alimentant l’inégalité vaccinale entre nations, plusieurs fois dénoncée de concert par l’Organisation mondiale de la Santé et le Fonds monétaire international, comment expliquer l’apparition des variants Delta puis Omicron respectivement en Inde puis en Afrique du Sud ? On empêchera des êtres humains de quitter leur pays, on les empêchera d’entrer dans celui qu’ils espèrent atteindre, mais des gardes-frontières n’arrêtent pas un virus. Les frontières non plus, et voir en elles une solution soit à la migration tant redoutée soit à la Covid-19, c’est rendre impossible tant une migration ordonnée et humaine que la fin de la pandémie.

Un seul monde, ce n’est plus un slogan, c’est maintenant un fait. Que la WENA vous nomme un migrant si vous y venez ou si vous allez et venez en dehors d’elle (le terme «réfugié» n’ayant plus rien d’automatique, même devant un danger avéré), ou un expatrié si vous en venez et la quittez, vous serez toujours soumis aux lois nationales sur la migration et c’est là, partout, un domaine régalien, privilège absolu de l’État. Mais si ces lois sont adoptées et/ou appliquées les yeux grands fermés à la marche du monde, votre sort ne regardera bientôt plus seulement votre État de provenance et/ou d’arrivée. Pas plus que votre nationalité ne fera quelque différence si vous êtes positif à la Covid-19, où que vous soyez. Les deux questions seront mondiales.

Le droit absolu à la migration, sans demander l’avis de l’État d’arrivée, n’existera probablement jamais. Pour autant, le droit à la migration, celui d’être accueilli dignement, d’être ainsi traité même si l’on doit ensuite repartir et, certes, de n’être en aucun cas traité en migrant lorsque l’on est demandeur d’asile, peut et doit être un droit absolu, pour d’élémentaires raisons d’humanité dont même une catastrophe planétaire claire et présente n’autorise pas l’oubli.

Qu’on le veuille ou non, il n’existe plus qu’un seul monde. S’il prend au sérieux les malades de la Covid-19, alors il n’a pas d’excuse pour ne pas prendre au sérieux les migrants. Au moment où la deuxième année de la pandémie s’achève, s’il est déjà temps de prendre une bonne résolution, alors, que ce soit celle d’y parvenir enfin. Et immuniser les consciences contre nos coupables indifférences.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

An Unused but not Forgotten Standard of World Law

In Africa, Asia, Being a World Citizen, Europe, Fighting Racism, Human Rights, International Justice, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, United Nations, War Crimes, World Law on December 10, 2021 at 10:33 PM

By René Wadlow

Genocide is the most extreme consequence of racial discrimination and ethnic hatred. Genocide has as its aim the destruction, wholly or in part, of a national, ethnic, racial, or religious group as such. The term was proposed by the legal scholar Raphael Lemkin, drawing on the Greek genos (people or tribe) and the Latin –cide (to kill) (1). The policies and war crimes of the Nazi German government were foremost on the minds of those who drafted the Genocide Convention, but the policy was not limited to the Nazis (2).

The Genocide Convention is a landmark in the efforts to develop a system of universally accepted standards which promote an equitable world order for all members of the human family to live in dignity. Four articles are at the heart of this Convention and are here quoted in full to understand the process of implementation proposed by the Association of World Citizens (AWC), especially of the need for an improved early warning system.

Article I

In the present Convention, genocide means any of the following acts committed with intent to destroy, in whole or in part, a national, ethnical, racial or religious group, as such:

(a) Killing members of the group;
(b) Causing serious bodily or mental harm to members of the group;
(c) Deliberately inflicting on the group conditions of life calculated to bring about its physical destruction in whole or in part;
(d) Imposing measures intended to prevent births within the group;
(e) Forcibly transferring children of the group to another group.

Unlike most humanitarian international law which sets out standards but does not establish punishment, Article III sets out that the following acts shall be punishable:

(a) Genocide;
(b) Conspiracy to commit genocide;
(c) Direct and public incitement to commit genocide;
(d) Attempt to commit genocide;
(e) Complicity in genocide

Article IV

Persons committing genocide or any of the other acts enumerated in article III shall be punished, whether they are constitutionally responsible rulers, public officials or private individuals.

Article VIII

Any Contracting Party may call upon the competent organs of the United Nations to take such action under the Charter of the United Nations as they consider appropriate for the prevention and suppression of acts of genocide or any of the other acts enumerated in article III.

Numerous reports have reached the Secretariat of the United Nations (UN) of actual, or potential, situations of genocide: mass killings; cases of slavery and slavery-like practices, in many instances with a strong racial, ethnic, and religious connotation — with children as the main victims, in the sense of article II (b) and (c). Despite factual evidence of these genocides and mass killings as in Sudan, the former Yugoslavia, Rwanda, Burundi, the Democratic Republic of Congo, Sierra Leone and in other places, no Contracting Party to the Genocide Convention has called for any action under article VIII of the Convention.

As Mr. Nicodème Ruhashyankiko of the Sub-Commission on Prevention of Discrimination and Protection of Minorities wrote in his study of proposed mechanisms for the study of information on genocide and genocidal practices “A number of allegations of genocide have been made since the adoption of the 1948 Convention. In the absence of a prompt investigation of these allegations by an impartial body, it has not been possible to determine whether they were well-founded. Either they have given rise to sterile controversy or, because of the political circumstances, nothing further has been heard about them.”

Raphael Lemkin

Yet the need for speedy preventive measures has been repeatedly underlined by UN Officials. On December 8, 1998, in his address at UNESCO, UN Secretary-General Kofi Annan said “Many thought, no doubt, that the horrors of the Second World War — the camps, the cruelty, the exterminations, the Holocaust — could not happen again. And yet they have, in Cambodia, in Bosnia and Herzegovina, In Rwanda. Our time — this decade even — has shown us that man’s capacity for evil knows no limits. Genocide — the destruction of an entire people on the basis of ethnic or national origins — is now a word of our time, too, a stark and haunting reminder of why our vigilance must be eternal.”

In her address Translating words into action to the UN General Assembly on December 10, 1998, the then High Commissioner for Human Rights, Ms. Mary Robinson, declared “The international community’s record in responding to, let alone preventing, gross human rights abuses does not give grounds for encouragement. Genocide is the most flagrant abuse of human rights imaginable. Genocide was vivid in the minds of those who framed the Universal Declaration, working as they did in the aftermath of the Second World War. The slogan then was ‘never again’. Yet genocide and mass killing have happened again — and have happened before the eyes of us all — in Rwanda, Cambodia, the former Yugoslavia and other parts of the globe.”

We need to heed the early warning signs of genocide. Officially directed massacres of civilians of whatever numbers cannot be tolerated, for the organizers of genocide must not believe that more widespread killing will be ignored. Yet killing is not the only warning sign. The Convention drafters, recalling the radio addresses of Hitler and the constant flow of words and images, set out as punishable acts “direct and public incitement to commit genocide”. The Genocide Convention, in its provisions concerning public incitement, sets the limits of political discourse. It is well documented that public incitement — whether by Governments or certain non-governmental actors, including political movements — to discriminate against, to separate forcibly, to deport or physically eliminate large categories of the population of a given State, or the population of a State in its entirety, just because they belong to certain racial, ethnic, or religious groups, sooner or later leads to war. It is also evident that, at the present time, in a globalized world, even local conflicts have a direct impact on international peace and security in general. Therefore, the Genocide Convention is also a constant reminder of the need to moderate political discourse, especially constant and repeated accusations against a religious, ethnic, and social category of persons. Had this been done in Rwanda, with regard to the Radio Mille Collines, perhaps that premeditated and announced genocide could have been avoided or mitigated.

For the UN to be effective in the prevention of genocide, there needs to be an authoritative body which can investigate and monitor a situation well in advance of the outbreak of violence. As has been noted, any Party to the Genocide Convention (and most States are Parties) can bring evidence to the UN Security Council, but none has. In the light of repeated failures and due to pressure from nongovernmental organizations, the Secretary-General has named an individual advisor on genocide to the UN Secretariat. However, he is one advisor among many, and there is no public access to the information that he may receive.

Therefore, a relevant existing body must be strengthened to be able to deal with the first signs of tensions, especially ‘direct and public incitement to commit genocide.” The Committee for the Elimination of Racial Discrimination (CERD) created to monitor the 1965 International Convention on the Elimination of All Forms of Racial Discrimination would be the appropriate body to strengthen, especially by increasing its resources and the number of UN Secretariat members which service the CERD. Through its urgent procedure mechanisms, CERD has the possibility of taking early-warning measures aimed at preventing existing strife from escalating into conflicts, and to respond to problems requiring immediate attention. A stronger CERD more able to investigate fully situations should mark the world’s commitment to the high standards of world law set out in the Genocide Convention.


Notes
1) Raphael Lemkin. Axis Rule in Occupied Europe (Washington: Carnegie Endowment for World Peace, 1944).
2) For a good overview, see: Samantha Power. A Problem from Hell: America and the Age of Genocide (New York: Basic Books, 2002)
3) E/CN.4/Sub.2/1778/416, Para 614


Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

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