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Archive for the ‘War Crimes’ Category

Appel Urgent à Cesser la Violence dans la Région de Jérusalem et Gaza

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Human Rights, Humanitarian Law, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, War Crimes on May 13, 2021 at 2:01 PM

L’Association of World Citizens, qui s’emploie à mettre fin aux conflits armés par des négociations de bonne foi, adresse un Appel Urgent à toutes les parties pour mettre fin à la violence dans la région de Jérusalem et Gaza. Dans cette situation hautement inflammable, tout instant ouvre la voie à une montée du conflit. La violence peut entraîner une violence encore plus importante et s’étendre à d’autres endroits encore, une indication en étant les récentes violences dans la ville de Lod.

L’Association of World Citizens en appelle à toutes les parties afin de s’abstenir de toute action provocatrice. Comme le disait le Citoyen du Monde et psychologue Bruno Bettelheim, «La violence est le comportement de quelqu’un d’incapable d’imaginer d’autres solutions aux problèmes qui se présentent». En conséquence, l’Association of World Citizens en appelle à une pensée créatrice pour trouver de nouvelles approches en vue d’une vie en commun coopérative et harmonieuse entre Israéliens et Palestiniens.

Le Professeur René WADLOW est Président de l’Association of World Citizens.

Urgent Appeal to Halt Violence in the Jerusalem-Gaza Area

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Human Rights, Humanitarian Law, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, War Crimes on May 13, 2021 at 2:01 PM

The Association of World Citizens, devoted to ending armed conflicts through negotiations in good faith, addresses an Urgent Appeal to all parties to halt violence in the Jerusalem-Gaza area. In this highly inflammatory situation, there can be an escalation to the conflict at any point. Violence can lead to ever greater violence and can spread to other areas, an indication of which is the recent violence in the city of Lod.

The Association of World Citizens calls upon all parties to refrain from provocative action. As World Citizen and psychologist Bruno Bettelheim wrote, “Violence is the behavior of someone incapable of imagining other solutions to the problems at hand.” Therefore, the Association of World Citizens calls for creative thinking for new approaches to cooperative and harmonious living together of Israelis and Palestinians.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Pourparlers de paix en Afghanistan : Les femmes qui devraient être reines

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Human Rights, International Justice, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace, Track II, War Crimes, Women's Rights, World Law on March 8, 2021 at 7:00 AM

Par Bernard J. Henry

«Quand vous êtes blessé et abandonné sur les plaines d’Afghanistan, et que les femmes arrivent pour découper ce qu’il reste de vous, dépêchez-vous de rouler jusqu’à votre carabine, de vous faire sauter la cervelle et d’aller vers votre dieu comme un soldat», disait Rudyard Kipling, l’écrivain britannique dont le culte de la virilité, notamment militaire, transpire à travers son œuvre. En témoigne son poème «If», «Si …», traduit en français par André Maurois dans Les silences du colonel Bramble et parfois désigné par son vers final, «Tu seras un homme, mon fils».

Le même Kipling qui nous racontait, dans The Man Who Would Be King, en français L’homme qui voulut être roi, la fable de deux Anglais qui se jurent de découvrir le pays perdu du Kafiristan, niché quelque part entre Afghanistan et Pakistan, alors colonies britanniques. Ils y parviennent et, lors d’un affrontement avec des indigènes, un hasard fait que l’un des deux, Daniel Dravot, est subitement pris pour un dieu. Conduit à la capitale de ce pays rendu au culte d’Alexandre le Grand, il est proclamé fils du conquérant et couronné roi. Mais lorsqu’il épouse une jeune fille pour fonder sa dynastie, celle-ci le démasque. Dravot exécuté en public, son comparse supplicié puis libéré rentre en Inde en emportant sa tête encore ornée de la couronne.

L’histoire est fictive, mais le Kafiristan existe. Aujourd’hui le Nouristan, il est une province orientale de la République islamique d’Afghanistan, un pays où, loin des aventures viriles que rêvait Kipling, des femmes mènent une lutte quotidienne – une lutte pour la paix.

Vingt ans d’une paix introuvable

Depuis l’invasion soviétique de 1980, suivie de huit ans de combats entre régime communiste soutenu par Moscou et Mojahedin, combattants de la résistance – parmi lesquels se trouvait un groupe alors soutenu par les Etats-Unis, dénommé Al-Qaïda et commandé par un Saoudien du nom d’Osama bin Laden – le pays n’a jamais connu que la guerre, dont était sorti en 1996 l’ «Émirat islamique d’Afghanistan», créé par la milice islamiste des Talibans qui avait fait du même Osama bin Laden l’un de ses ministres, bien à l’abri pour lancer ses attaques terroristes contre son ancien allié américain le 11 septembre 2001. L’intervention militaire internationale qui avait ensuite mis fin à la folie meurtrière des Talibans n’a jamais engendré une paix durable.

Comme le chante Pierre Perret, “Quand la femme est grillagée, Toutes les femmes sont outragées.” (C) USAID

En presque vingt ans, plusieurs initiatives ont été lancées sous les présidences successives de Hamid Karzai et Ashraf Ghani, mais l’obstination des Talibans a mis à néant tous les efforts. Après un traité signé en 2016 avec un autre mouvement islamiste armé, le Hezb-e Islami Gulbuddin, des pourparlers de paix avec les Talibans se sont enfin ouverts en septembre dernier à Doha, la capitale du Qatar. Mais les discussions piétinent. Malgré des propos lénifiants, les Talibans démontrent encore et toujours la même haine d’une partie bien ciblée de la population, contre laquelle ils avaient déchaîné du temps de leur «émirat» toute leur répression – les femmes.

Les puissances étrangères engagées en Afghanistan n’ont pas oublié les cinq années de ce que les Talibans voulaient le régime islamique «le plus rigide au monde», ni les femmes cloîtrées chez elles, autorisées à sortir seulement sous la burqa et, lorsqu’accusées d’adultère, lapidées. Pas de paix au prix d’un retour à cette époque, insiste-t-on à Doha. Parfait. Mais s’il n’est pas question d’une paix aux dépens des droits des femmes, pourquoi alors maintenir les Afghanes en dehors des pourparlers ?

Les droits des femmes, nerf de la guerre

Réduites au silence sous les Talibans, devenues comme fantômes sous leurs burqas, les femmes ont su depuis 2001 profiter de leur liberté retrouvée. Certes voilées en public comme leurs sœurs iraniennes, dans cette République islamique d’Afghanistan dont le nom rappelle celui du voisin de l’ouest, les Afghanes n’en ont pas moins su faire entrer le vent dans leurs voiles.

Comme le rappelle Amnesty International, elles sont avocates, médecins, magistrates, enseignantes, ingénieures, athlètes, militantes, politiciennes, journalistes, bureaucrates, entrepreneuses, policières, soldates. Et ce sont aujourd’hui 3 300 000 petites Afghanes qui sont scolarisées, se préparant à marcher dans les pas de leurs aînées.

Et pourtant. La tentation existe pour Kaboul, du jour au lendemain, de décider que la paix avec l’irréductible ennemi taliban vaut bien de brûler les (re)conquêtes de ses citoyennes. Elles le savent. Farahnaz Forotan, journaliste de vingt-huit ans contrainte à l’exil car figurant sur une liste de personnes à abattre des Talibans, le sait mieux que toute autre. Pour dire le refus des Afghanes de voir leurs droits transformés en monnaie d’échange, elle a lancé la campagne MyRedLine (Ma ligne rouge) désignant la ligne à ne pas franchir à Doha.

Farahnaz Forotan

Dans l’État afghan, la paix s’écrit au masculin. Un Ministre d’État à la Paix a été nommé au sein du Gouvernement, auquel s’ajoute un Haut Conseil de la Réconciliation nationale dirigé par Abdullah Abdullah, ancien Ministre des Affaires Étrangères et candidat malheureux à la présidentielle de 2014. Pour l’équipe Ghani, la paix est une urgence, et qui dit urgence dit sacrifices. Les droits des femmes étant le nerf de la guerre, pour une paix qu’il faut obtenir à tout prix, le premier sacrifice sera de les brûler, craignent-elles légitimement de leurs propres autorités. Des mêmes hommes qui, salués voilà vingt ans comme les vainqueurs des Talibans, sont désormais prêts à de lourdes pertes à leur profit.

Et elles ont raison, car il est déjà un droit que le Gouvernement afghan leur a retiré en vue des pourparlers de paix – tout simplement, celui d’y participer. Impardonnable erreur.

Elles sauront faire la paix

Se croire habilité à toutes les concessions à l’ennemi parce que, l’ayant déjà vaincu une fois, l’on n’a pas réussi à le vaincre une seconde fois et qu’une paix doit être conclue d’urgence, un maréchal français l’avait déjà tenté, et depuis, son nom reste associé à la Shoah, même si, aujourd’hui comme hier, d’aucuns au sommet de l’Etat prônent une «patience malvenue», comme le chante Louis Chedid dans Anne, ma sœur Anne, envers le souvenir de l’inacceptable.

Si les hommes à la tête de l’Afghanistan sont prêts à emprunter ce même chemin, il leur faudra se souvenir que, pendant qu’entre leurs mains parlaient les armes, les femmes ont su mener leur propre lutte contre les Talibans, mais sans tuer ni blesser quiconque, luttant non pour le pouvoir mais pour le bien de toutes et tous, à commencer par les victimes les plus démunies des conflits armés, toujours et partout – les enfants.

Ainsi d’Ayesha Aziz, enseignante et directrice d’école, membre du Hezb-e Islami identique aux Talibans dans les idées mais qui, historiquement plus pragmatique, a conclu la paix avec le Gouvernement afghan. Avec Ayesha Aziz parmi les membres de sa délégation.

Ayesha Aziz (C) USIP

Déployant des talents de négociation et de diplomatie que d’autres s’interdisent de voir du seul fait qu’elle est une femme, elle a réussi à obtenir des Talibans l’ouverture d’écoles pour filles, des écoles qu’elle finance par le biais d’une entreprise de raffinement de pierres semi-précieuses qu’elle a créée et où elle engage des femmes par centaines. S’appuyant sur «le respect, l’humour et l’Islam», Ayesha Aziz obtient des résultats spectaculaires auprès de l’implacable milice islamiste.

Pour elle, la paix doit passer par le dialogue entre les femmes, celles du camp Ghani et les Talibanes, ainsi que par les zones rurales plutôt que par le sommet de l’État.

Très bien, pourrait-on dire, mais tout cela reste au niveau national et la paix se construit également avec des partenaires internationaux ; malgré tout son mérite, Ayesha Aziz ne semble pas taillée pour avoir affaire à eux. Si l’on pense ainsi, qu’à cela ne tienne. Palwasha Kakar, elle, sait parler hors de l’Afghanistan la langue que les décideurs doivent entendre.

Palwasha Kakar, lors de son témoignage devant le Congrès des Etats-Unis (C) USIP

Responsable principale du Programme Religion et Sociétés inclusives à l’United States Institute of Peace (USIP) de Washington, Palwasha Kakar a consacré plus de onze ans de sa vie à l’inclusion des femmes, l’engagement pour la paix des dignitaires religieux, la gouvernance et l’éducation dans son Afghanistan natal. A l’USIP, elle applique une approche comparative sur les femmes, la religion et la construction de la paix au Pakistan, en Libye, en Syrie, en Irak et au Myanmar. Son inspiration, elle la tient de ses sœurs afghanes qui, utilisant le cadre religieux, ont su négocier avec les Talibans pour des cessez-le-feu locaux, des libérations d’otages et des écoles pour filles.

Appelée à témoigner en 2019 devant le Congrès des Etats-Unis, témoignage capital au vu de la présence de deux mille cinq cents soldats américains en Afghanistan, Palwasha Kakar a rappelé que les femmes étaient essentielles au succès et à la durabilité de tout processus de paix, des pourparlers jusqu’à la mise en œuvre des accords, et qu’elles exigeaient une paix protégeant leurs acquis depuis 2001.

Pour les élus américains qui aimeraient trop Kipling, ce fut le temps d’un autre rappel. «A travers l’histoire de l’Afghanistan, les femmes ont toujours fait partie des processus de paix couronnés de succès. Même si l’on accorde toute la gloire à [l’empereur] Ahmed Shah Durrani pour avoir créé l’État d’Afghanistan moderne en 1747, c’est la contribution de Nazo Ana [poétesse et écrivaine] à l’unification des tribus qui se combattaient jusqu’alors pour ensuite affronter les Perses en 1709 qui fut la cheville ouvrière de la fondation de l’État afghan, ce qui lui a valu le titre de ‘Mère de la Nation afghane’. Quand les Talibans furent chassés du pouvoir en 2001 par les troupes américaines et leurs alliés, les femmes ont pris toute leur part au succès de l’accord politique du processus de Bonn et à la rédaction de la constitution qui a donné dix-huit ans de gouvernement démocratique stable, alors même que se poursuivaient les attaques des Talibans qui n’avaient pas été inclus dans le processus de Bonn».

Jadis, sans une femme, pas d’Afghanistan. Aujourd’hui, sans les femmes, pas d’Afghanistan libre. Demain, sans les femmes, un Afghanistan en paix est inconcevable.

La paix des femmes, seul espoir de survie

Professionnelles, citoyennes, militantes – mais indignes de donner la paix à leur pays.  A croire que les gouvernants afghans ont trop lu Kipling. Veulent-ils, à leur tour, être rois ? On le croirait pour peu, tant ils semblent craindre que, ceints de la couronne comme le fut Daniel Dravot de celle du Kafiristan, une femme censée les embrasser, mais refusant de se soumettre, ne les morde au sang et prouve que les faux dieux sont des mortels sans droit divin de régner.

Michael Caine (centre) et Sean Connery (droite) dans le film de John Huston L’Homme qui voulut être roi, d’après l’ouvrage de Rudyard Kipling, en 1975

Sans doute les femmes d’Afghanistan ne rêvent-elles pas d’être reines, laissant la futilité de ces fantasmes aux hommes pour se préoccuper de la vraie vie et de l’avenir. Mais lorsqu’il s’agit de rechercher la paix, juste et durable, impossible de ne pas penser qu’elles devraient être reines, autant que leurs compatriotes masculins se veulent rois, et pouvoir brandir leur sceptre face aux Talibans à Doha.

Blessé et abandonné sur les plaines d’Afghanistan, selon Kipling, il ne vous restait plus pour échapper à des femmes venues vous charcuter qu’à vous brûler la cervelle en un chevaleresque suicide. Sous les assauts des Talibans, c’est tout le peuple afghan qui git, blessé et abandonné, sur ses plaines rougies de sang. Voyant les femmes accourir pour le soigner et le relever, s’il leur prend la main, il saisit son ultime chance de survie. S’il choisit d’agripper son arme et se tirer une balle en refusant la paix des femmes, il voue son avenir à l’enfer.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

Nagorno-Karabakh: Uneasy Ceasefire, Key Issues Remain

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Europe, Humanitarian Law, International Justice, NGOs, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law on December 24, 2020 at 4:56 PM

By René Wadlow

December 9-10, 2020 marked the one-month anniversary of the ceasefire in Nagorno-Karabakh, known as Artsakh by the Armenians. The ceasefire was negotiated by Russia between Azerbaijan and Armenia. The agreement was signed by the Russian President, Vladimir Putin, the Azerbaijan President, Ilham Aliyev, and the Armenian Prime Minister, Nikol Pachinian. However, on December 11, the Russian Novosti Press Agency reported the first ceasefire violation, an exchange of fire between Azerbaijan and Armenian soldiers. There are some 2000 Russian peacekeepers on site, but it is always difficult to control a ceasefire. Moreover, a ceasefire is only the first step on what will be a long path of confidence-building measures and ultimately forms of cooperation.

Nicol Pachanian

The ceasefire agreement structures two safe avenues of road communication from the remaining Armenian areas in Nagorno-Karabakh to Armenia. In the same way there will be a safe avenue of road communication from the Azerbaijan areas to Nakhichevan, an Azerbaijan majority area within Armenia. The avenue to Nakhichevan close to the frontier with Turkey will allow Turkish goods to cross to Azerbaijan and from there through Central Asia to the frontier with China.

Turkey considers the outcome of the ceasefire as a victory for Turkey, especially that the Turkish drones and weapons used by the Azerbaijan forces played a large role in giving Azerbaijan a military advantage. In contrast, the outcome of the ceasefire is considered by many in Armenia as a defeat, creating an instability for the current government led by Pachinian. The results of the ceasefire have led to the naming of a new Foreign Minister, Ara Aivazian, on November 18.

The conflict has led to a large number of new refugees, of displaced persons and hopes among those in Azerbaijan who had fled Nagorno-Karabakh as a result of the 1992-1994 armed conflict. The economy of the area, always marginal as Nagorno-Karabakh, a mountainous, largely rural area is largely destroyed. However, the area had highly symbolic meaning for both Armenia and Azerbaijan.

Ilham Aliyev

The Group of Minsk, created by the Organization for Security and Cooperation in Europe after the 1992-1994 conflict has 11 States as members including Azerbaijan and Armenia. The Minsk Group has three co-chairs: Russia, France, the USA. The Group as a whole rarely meets. Rather it is diplomats from Russia and France who have met in bilateral meetings with representatives from Azerbaijan or Armenia. There has been little progress in finding confidence-building measures and virtually none on forms of cooperation.

Today, this armed conflict in an area that is troubled in a number of places may be a warning sign that negotiations in good faith should be a priority. The Association of World Citizens has been concerned with the tensions in Nagorno-Karabakh since the eve of the breakup of the USSR in 1991. We need to remain alert at possible efforts at Track II diplomacy or other forms of nongovernmental mediation.

Prof. René Wadlow is the President of the Association of World Citizens.

Mali: More Instability in an Unstable Region

In Africa, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, NGOs, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law on September 4, 2020 at 8:35 PM

By René Wadlow

The August 18, 2020 coup by Malian military leaders brought an end to the unstable government of Ibrahim Boubacar Keita, widely known by his initials IBK. He had come to power on March 22, 2012 in another military coup which had ended the administration of President Amadou Trouré. This 2012 coup highlighted the weakness of the government structures and the narrow geographic base of the administration’s power. This realization led to a revolt in the north of the country led by two rival Tuareg groups as well as Islamist militias of non-Tuareg fighters coming from other Sahel countries and northern Nigeria. Mali was effectively divided into two roughly equal half, each half about the size of France.

French troops were sent from France in January 2013 to prevent an expansion of the territory held by the Tuareg and the Islamists, but were not able to develop a stable administration.

Ibrahim Boubacar Keita

Mali had been poorly administered since its independence in 1960. Economic development had been guided by political and ethnic considerations. During the French colonial period, from the 1890s to 1960, the French administration was based in Dakar, Senegal, a port on the Atlantic with secondary schools, a university, and an educated middle class. Mali was considered an “outpost” (called French Sudan at the time) and largely governed by the French military more interested in keeping order than in development.

IBK’s administration was widely criticized by much of the population for its incompetence, favoritism, and corruption especially by family members such as his son Karim Keita. Islamist groups remained powerful in parts of the north and central Mali. The whole Sahel area, in particular the frontier area of Mali, Niger, and Burkina Faso still has powerful and violent Islamist militias. This instability is an increasing menace to the coastal countries of Togo, Benin, and Cote d’Ivoire.

Over the past year, discontent with IBK has led to a loose coalition of opposition groups known by the title M5 – RFP, of which the conservative Islamic imam Mahmoud Dicko is a leading figure.

French soldiers deployed in Mali

For the moment, the Mali military leaders have formed the Comité national pour le salut du peuple (The National Committee for the Salvation of the People). It is led by Col. Assimi Gaita, a special forces leader. The Committee has said that it is forming a military-civil transitional government that will lead to elections in nine months.

The challenges facing Mali and the wider Sahel area are great, in large measure linked to the lack of socio-economic development, economic stagnation, and poor administration. The situation is made worse by the consequences of global warming and persistent drought. The military are not trained to be development workers. A broad cooperative effort of all sectors of the population is needed. Will the military be able to develop such a broadly-based cooperative effort? Mali and the Sahel merit close attention.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Enforced Disappearances: NGO Efforts to Continue

In Being a World Citizen, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, Latin America, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, Syria, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law on August 30, 2020 at 10:14 AM

By René Wadlow

August 30 is the International Day of the Victims of Enforced Disappearances. The Day highlights the United Nations (UN) General Assembly Declaration on the Protection of All Persons from Enforced Disappearances, Resolution 47/133 of December 18, 1992.

In a good number of countries, there are State-sponsored “death squads” – persons affiliated to the police or to the intelligence agencies who kill “in the dark of the night” – unofficially. These deaths avoid a trial which might attract attention. A shot in the back of the head is faster. In many cases, the bodies of those killed are destroyed. Death is suspected but not proved. Many family members hope for a return. In addition to governments, nongovernmental armed groups and criminal gangs have the same practices.

Also to be considered among the “disappeared” are the secret imprisonment of persons at places unknown to their relatives or to legal representatives. The Office of the UN High Commissioner for Human Rights has a Working Group on Enforced or Involuntary Disappearances, created in 1980, which has registered some 46,000 cases of people who disappeared under unknown circumstances.

Disappearances was one of the first issues to be raised, largely by nongovernmental organizations (NGOs) when the UN Secretariat’s Center for Human Rights with a new director, Theo van Boven, moved from New York to Geneva in 1977. After seizing power in 1976, Argentina’s military rulers set out to kill opposition figures and at the same time to weaken the UN’s human rights machinery in case the UN objected. The Argentinean ambassadors to the UN used delaying tactics in order to give the military time to kill as many suspected “subversives” as possible.

In 1980, a group of Argentinian mothers of the disappeared came to Geneva and some entered the public gallery and silently put on their symbolic white head scarves. (1)

Theo van Boven, March 22, 1983 – (C) Rob C. Croes / Anefo – Nationaal Archief, CC BY-SA 3.0 nl

Today, the issue of the disappeared and of the secretly imprisoned continues, sometimes on a large scale such as in Syria. The International Committee of the Red Cross (ICRC) is the only non-governmental organization with the recognized mandate to deal with specific prisoners, enabling a minimum level of contact and inspection of their treatment. However, the mandate functions only when the prisoners are known, not kept in “black holes” or killed.

The Association of World Citizens stresses that much more needs to be done in terms of prevention, protection, and search for disappeared persons. On August 30, we will reaffirm our dedication to this effort.

Note:
1) See Iain Guest, Behind the Disappearances: Argentina’s Dirty War Against Human Rights and the United Nations (Philadelphia; University of Pennsylvania Press, 1990) Iain Guest was the Geneva UN correspondent for The Guardian and the International Herald Tribune. He had access to Argentinian confidential documents once the military left power. He interviewed many diplomats and NGO representatives active in Geneva-based human rights work. This book is probably the most detailed look at how human rights efforts are carried out at the UN Geneva-based human rights bodies.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

L’ONU n’a plus le droit aux rendez-vous manqués en matière de racisme

In Africa, Anticolonialism, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Cultural Bridges, Current Events, Democracy, Europe, Fighting Racism, Human Rights, Middle East & North Africa, NGOs, Social Rights, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, Women's Rights, World Law on June 21, 2020 at 10:56 PM

Par Bernard J. Henry

 

Il fallait s’y attendre. Après la mort de l’Afro-Américain George Floyd à Minneapolis (Minnesota) le 25 mai, étouffé par le policier Derek Chauvin et ses collègues auxquels il criait du peu de voix qu’ils lui laissaient « I can’t breathe », « Je ne peux pas respirer », et avec la vague mondiale d’indignation que le drame a soulevée quant au racisme et aux violences policières, l’Afrique s’est élevée d’une seule voix à l’ONU.

Le 12 juin, les cinquante-quatre pays du Groupe africain de l’Assemblée générale des Nations Unies ont appelé le Conseil des Droits de l’Homme à un « débat urgent sur les violations actuelles des droits de l’homme d’inspiration raciale, le racisme systémique, la brutalité policière contre les personnes d’ascendance africaine et la violence contre les manifestations pacifiques ».

Avec les cinquante-quatre pays africains, c’étaient plus de six cents organisations non-gouvernementales, dont l’Association of World Citizens (AWC), qui appelaient le Conseil à se saisir de la question. Et le 15 juin, la demande a été acceptée sans qu’aucun des quarante-sept Etats qui composent le Conseil ne s’y soit opposé. Le débat demandé a donc eu lieu, sur fond de dénonciation d’un « racisme systémique » par Michelle Bachelet, Haute Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, mais aussi d’indignation des cadres onusiens originaires d’Afrique contre leur propre institution qu’ils jugent trop passive.

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Une fresque en hommage à George Floyd sur un mur de Chicago (Illinois).

Pour l’Organisation mondiale, il s’agit plus que jamais de n’entendre pas seulement la voix de ses Etats membres, mais aussi celle du peuple du monde qui s’exprime en bravant les frontières, parfois même ses dirigeants. La mort de George Floyd et l’affirmation, plus forte que jamais, que « Black Lives Matter », « Les vies noires comptent », imposent une responsabilité historique à l’ONU qui, en matière de racisme, n’a plus droit aux rendez-vous manqués, réels et présents dans son histoire.

Résolution 3379 : quand l’Assemblée générale s’est trompée de colère

Le 10 novembre 1975, l’Assemblée générale de l’ONU adoptait sa Résolution 3379 portant « Élimination de toutes les formes de discrimination raciale ». Malgré ce titre prometteur, le vote de l’Assemblée générale cristallisait en fait les frustrations des Etats Membres quant à deux situations de conflit, jugées les plus graves au monde depuis la fin de la guerre du Vietnam en avril – l’Afrique australe et le Proche-Orient.

A côté de l’Afrique du Sud ou règne l’apartheid, la ségrégation raciale érigée en système par la minorité blanche aux dépens de la population noire autochtone, se tient l’ancêtre de l’actuel Zimbabwe, la Rhodésie, Etat proclamé en 1970 sur une colonie britannique mais non reconnu par la communauté internationale. La Rhodésie n’est pas un Etat d’apartheid proprement dit, mais sa minorité blanche tient la majorité noire sous la chappe brutale d’un paternalisme colonialiste. Deux organisations indépendantistes, la ZANU et la ZAPU, s’y affrontent dans une violente guerre civile et le gouvernement principalement blanc de Ian Smith n’y veut rien entendre.

Apartheid

Dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, même sans le dire, une plage réservée aux Blancs était interdite aux Noirs au même titre qu’elle l’était aux chiens.

Au Proche-Orient, la création en 1948 de l’Etat d’Israël s’est faite sans celle d’un Etat palestinien que prévoyait pourtant le plan original de l’ONU. En 1967, lors de la Guerre des Six Jours qui l’oppose aux armées de plusieurs pays arabes, l’Etat hébreu étend son occupation sur plus de territoires que jamais auparavant, prenant le Sinaï à l’Egypte – qui lui sera rendu en 1982 – et le Golan à la Syrie, la Cisjordanie et Jérusalem-Est échappant quant à elles à la Jordanie. Aux yeux du monde, l’idéal sioniste des fondateurs d’Israël signifie désormais principalement l’oppression de la Palestine.

Et les deux Etats parias de leurs régions respectives avaient fini par s’entendre, causant la fureur tant de l’URSS et de ses alliés à travers le monde que du Mouvement des Non-Alignés au sud. Le 14 décembre 1973, dans sa Résolution 3151 G (XXVIII), l’Assemblée générale avait déjà « condamné en particulier l’alliance impie entre le racisme sud africain et le sionisme ». C’est ainsi que deux ans plus tard, la Résolution 3379 enfonçait le clou contre le seul Israël en se concluant sur ces termes : « [L’Assemblée générale] [c]onsidère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale ».

Impossible de ne pas condamner l’occupation israélienne en Palestine, tant elle paraissait incompatible avec le droit international qui, en 1948, avait précisément permis la création de l’Etat d’Israël. Pour autant, assimiler le sionisme au racisme présentait un double écueil. D’abord, s’il se trouvait un jour une possibilité quelconque d’amener Israéliens et Palestiniens au dialogue, comment Israël allait-il jamais accepter de venir à la table des négociations avec un tel anathème international sur son nom ? C’est ce qui amena, après la Première Guerre du Golfe, l’adoption par l’Assemblée générale de l’ONU de la Résolution 46/86 du 16 décembre 1991 par laquelle la Résolution 3379, et avec elle l’assimilation du sionisme au racisme, étaient tout simplement abrogées, ce qui était l’une des conditions d’Israël pour sa participation à la Conférence de Madrid en octobre. Ensuite, plus durablement cette fois, présenter l’affirmation d’un peuple de son droit à fonder son propre Etat comme étant du racisme ne pouvait qu’alimenter le refus, ailleurs à travers le monde, du droit à l’autodétermination déjà mis à mal dans les années 1960 au Katanga et au Biafra, avec à la clé, l’idée que toute autodétermination allait entraîner l’oppression du voisin.

« Les racistes sont des gens qui se trompent de colère », disait Léopold Sédar Senghor. Il n’en fut pire illustration que la Résolution 3379, inefficace contre le racisme et n’ayant servi qu’à permettre à Israël de se poser en victime là où son occupation des Territoires palestiniens n’avait, et n’a jamais eu, rien de défendable.

Un échec complet donc pour l’ONU, mais qui fut réparé lorsque commença le tout premier processus de paix au Proche-Orient qui entraîna, en 1993, les Accords d’Oslo et, l’année suivante, le traité de paix entre Israël et la Jordanie. C’était toutefois moins une guérison qu’une simple rémission. 

Durban 2001 : l’antiracisme otage de l’antisémitisme

Le 2 septembre 2001 s’est ouverte à Durban, en Afrique du Sud, la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance, conférence organisée par les Nations Unies. Sans même évoquer la Résolution 3379 en soi, depuis son abrogation en 1991, le monde avait changé. La Guerre Froide était terminée, l’URSS avait disparu, l’apartheid avait pris fin dans une Afrique du Sud rebâtie en démocratie multiraciale par Nelson Mandela auquel succédait désormais son ancien Vice-président Thabo Mbeki.

Au Proche-Orient, Yitzhak Rabin avait été assassiné en 1995, et avec lui étaient morts les Accords d’Oslo réfutés par son opposition de droite, cette même opposition qui dirigeait désormais Israël en la personne d’Ariel Sharon, ancien général, chef de file des faucons et dont le nom restait associé aux massacres de Sabra et Chatila en septembre 1982 au Liban. Aux Etats-Unis, le libéralisme international des années Clinton avait fait place aux néoconservateurs de l’Administration George W. Bush, hostiles à l’ONU là où leurs devanciers démocrates avaient su s’accommoder du Secrétaire général Kofi Annan. Le monde avait changé, mais c’était parfois seulement pour remplacer certains dangers par d’autres. Et le passé n’allait pas tarder à se rappeler au bon souvenir, trop bon pour certains, des participants.

La Haute Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, Mary Robinson, n’était pas parvenue à mener des travaux préparatoires constructifs, et dès le début des discussions, le résultat s’en est fait sentir. Devant la répression israélienne de la Seconde Intifada à partir de fin septembre 2000, l’Etat hébreu déclenche une fois de plus la colère à travers le monde. Un nombre non négligeable d’Etats rêvent de déterrer la Résolution 3379, mais cette fois, sans plus de racisme sud-africain auquel accoler le sionisme, Israël va voir cette colère dégénérer en récusation non plus du sionisme mais, tout simplement, du peuple juif où qu’il vive dans le monde.

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A gauche, Ariel Sharon, alors officier supérieur de Tsahal, en 1967. Plus tard Ministre de la Défense puis Premier Ministre, son nom sera associé à de graves crimes contre les Palestiniens commis par Israël.

S’y attendant, l’Administration Bush a lancé des mises en garde avant le début de la conférence. En ouverture, Kofi Annan annonce la couleur – il ne sera pas question de sionisme, pas de redite de 1975. Rien n’y fait. Toute la journée, des Juifs présents à la conférence sont insultés et menacés de violences. Le Protocole des Sages de Sion, faux document né dans la Russie tsariste au début du vingtième siècle pour inspirer la haine des Juifs, est vendu en marge. Et, comble pour une conférence des Nations Unies, même si elles n’y sont bien entendu pour rien, il est distribué aux participants des tracts à l’effigie, et à la gloire, d’Adolf Hitler.

Il n’en faut pas plus pour qu’Etats-Unis et Israël plient bagages dès le lendemain. Si la France et l’Union européenne restent, ce n’est cependant pas sans un avertissement clair – toute poursuite de la stigmatisation antisémite verra également leur départ.

C’est à la peine qu’est adopté un document final, dont ce n’est qu’en un lointain 58ème point qu’il est rappelé que « l’Holocauste ne doit jamais être oublié ». Dans le même temps, un Forum des ONG concomitant adopte une déclaration si violente contre Israël que même des organisations majeures de Droits Humains telles qu’Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale des Ligues des Droits de l’Homme s’en désolidarisent. Le Français Rony Brauman, ancien Président de Médecins Sans Frontières, ardent défenseur de la cause palestinienne, n’avait pu lui aussi que déplorer l’échec consommé de la conférence, prise en otage par des gens qui prétendaient combattre le racisme, y compris, naturellement, le colonialisme israélien, mais n’avaient en réalité pour but que de répandre le poison de l’antisémitisme.

Pour la dignité de chaque être humain

Le racisme est un phénomène universel, qui n’épargne aucun continent, aucune culture, aucune communauté religieuse. De la part de l’ONU, c’est en tant que tel que le peuple du monde s’attend à le voir combattu. Par deux fois, les Etats membres de l’Organisation mondiale l’ont détournée de sa fonction pour plaquer le racisme sur ce qui était, et qui demeure, une atteinte à la paix et la sécurité internationales, nommément l’occupation israélienne en Palestine où, indéniablement, le racisme joue aussi un rôle, mais qui ne peut se résumer à la seule question de la haine raciale comme c’était le cas de l’apartheid en Afrique du Sud ou comme c’est aujourd’hui celui du scandale George Floyd.

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Ici à New York en 2014, le slogan “Black Lives Matter”, qui exprime désormais le droit de tout être humain opprimé en raison de son origine au respect et à la justice.

S’il ne peut ni ne doit exister d’indulgence envers quelque Etat que ce soit, en ce compris l’Etat d’Israël, le racisme sous toutes ses formes, surtout lorsqu’il provient d’agents de l’Etat tels que les policiers, ne peut être circonscrit à la condamnation d’une seule situation dans le monde, aussi grave soit-elle, encore moins donner lieu à l’antisémitisme qui est lui aussi une forme de racisme et l’on ne peut en tout bon sens louer ce que l’on condamne !

Par bonheur, le Groupe africain a su éviter tous les écueils du passé, ayant lancé un appel au débat qui fut accepté sans mal par le Conseil des Droits de l’Homme. Les appels de la Haute Commissaire aux Droits de l’Homme et des hauts fonctionnaires d’origine africaine viennent amplifier un appel que l’ONU doit entendre. Le monde s’est réveillé, il faut en finir avec le racisme, et sur son aptitude à agir, à accueillir les critiques, l’ONU joue sa crédibilité dans cette lutte pour la dignité de chaque être humain qui est le premier des droits.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

Plus que jamais, créer un Etat en paix pour tous en Libye

In Africa, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, Libya, Middle East & North Africa, Modern slavery, NGOs, Refugees, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law on June 11, 2020 at 8:10 AM

Par Bernard J. Henry

 

Dans la Libye où rien ne semble pouvoir éteindre les braises de la guerre civile, l’appel à un cessez-le-feu et à la poursuite des négociations lancé le 6 juin par le Président égyptien Abdel Fattah al-Sissi en présence du Général Khalifa Haftar a vécu.

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Le Général Khalifa Haftar

Le 4, les troupes du Gouvernement d’accord national (GAN) du Premier Ministre Fayez al-Sarraj, reconnu par l’ONU, reprenaient la ville. Une défaite majeure pour Haftar, longtemps vu comme l’homme fort du pays mais dont les revirements sur les accords conclus et le refus d’en adopter de nouveaux ont mené à sa remise en question, y compris par l’Egypte et la Russie qui lui préféreraient, pour représenter la Cyrénaïque qui recouvre le tiers oriental de la Libye, Aguila Saleh, le Président du Parlement hostile au GAN.

Le 9, les chefs de la diplomatie français, italien et allemand, accompagnés du Haut Représentant de l’Union européenne, appelaient ensemble à reprendre les pourparlers et la recherche d’un cessez-le-feu, prenant en compte les discussions du Caire et demandant dans un communiqué conjoint «instamment, toutes les parties libyennes et internationales à faire cesser de manière effective et immédiate toutes les opérations militaires et à s’engager de façon constructive dans les négociations en format 5+5, sur la base du projet d’accord du 23 février».

Néanmoins, la course à l’influence menée par les diplomaties russe et turque menace d’emblée toute recherche de la paix sur ce seul fondement. Comment, dès lors, envisager une paix prochaine et durable dans la Libye qui, depuis 2011 et la fin du régime Kadhafi, n’a plus d’État que le nom ?

Un Etat qui n’a jamais su s’inventer

Avec le retournement de la situation militaire, les espoirs sont ouverts pour des négociations plus fructueuses et, plus encore, afin d’envisager des formes nouvelles et stables de gouvernement.

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Le Premier Ministre Fayez al-Sarraj

De longue date, l’Association of World Citizens (AWC) appelle à la création en Libye de structures gouvernementales nouvelles qui prennent en compte la nature géographique du pays, particulièrement en ce qui concerne la nature tribale de la population.

Après la fin de la colonisation italienne en 1952, la Libye fortement marquée par les combats de la Seconde Guerre Mondiale n’a jamais su se trouver en tant qu’entité étatique, ni la monarchie du roi Idriss Ier, ni la République arabe libyenne proclamée en 1969 par Mouammar Kadhafi et encore moins la Jamahiriya, néologisme signifiant «l’État des masses» et désignant une forme d’Etat minimaliste mise en place en 1977 n’étant parvenues à cimenter le pays.

Depuis la fin du régime Kadhafi en 2011, deux provinces de Libye démontrent cet échec par deux exemples extrêmes.

Un conte de deux Libye – sans grandes espérances

A la frontière sud derrière le Sahara, le Fezzan et ses oasis abritent plus de deux cent mille personnes. La terre de l’ordre soufiste du roi Idriss n’inquiétait guère Tripoli du temps de Kadhafi, qui n’y voyait guère un foyer de contestation. Mais après 2011, le Fezzan s’est trouvé livré au trafic de drogue, d’armes et même d’êtres humains. Il a fallu que ce soit l’ancienne puissance coloniale, l’Italie, qui attire l’attention sur l’anarchie gangrénant le Fezzan – et pour cause, nombre de migrants africains qui gagnent le pays passaient par cet enfer.

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Ibrahim Jadran

A l’est, le Cyrénaïque adossé à l’Egypte a vu se développer dans l’ère post-Kadhafi le règne d’un chef de milice, Ibrahim Jadran. Emprisonné en 2005 avec ses quatre frères pour avoir tenté de fomenter une rébellion armée contre le «guide de la révolution» Kadhafi, il sort avec eux de prison à la faveur de la révolution de 2011. Accédant l’année suivante à la hiérarchie des Gardes de Défense du Pétrole protégeant les infrastructures pétrolières du pays, il se prononce pour un fédéralisme aussi décentralisateur que possible en Libye. L’année suivante, il instaure le Bureau politique de Cyrénaïque et proclame l’autonomie de la province, défiant Tripoli et tentant sans succès de vendre à son seul profit du pétrole à l’étranger. En juin 2018, il fuit la débâcle de sa Force d’autodéfense de la Cyrénaïque, un temps forte de 17 500 hommes devant les troupes de Haftar. Le 12 septembre, le Conseil de Sécurité de l’ONU adopte des sanctions individuelles contre Jadran pour ses attaques armées contre les forces du général.

Si les deux provinces offrent ce que Charles Dickens, auteur d’Un conte de deux cités, aurait pu appeler un «conte de deux Libye», il n’existe dans l’une et l’autre aucune place pour Les grandes espérances, autre roman de Dickens, tant le chaos qui mène au banditisme généralisé et l’aventure personnelle d’un seigneur de la guerre se voulant magnat du pétrole sont deux exemples de ce que l’avenir de la Libye ne doit pas être.

La Libye comme l’Europe, «Unie dans la diversité»

L’histoire l’a quelque peu oublié, mais l’Etat libyen de 1952 se nommait le Royaume-Uni de Libye, à l’image de la Grande-Bretagne. Pour autant, tenter d’unir autour d’une figure monarchique un pays aux identités locales, voire «micro-locales» selon l’expression du chercheur français Patrick Haimzadeh, à ce point enracinées et prononcées relevait de l’utopie, sans une forme de gouvernement à l’image, par exemple, du Royaume-Uni contemporain avec un Parlement en Ecosse, une Assemblée du Pays de Galles et une autre en Irlande du Nord en plus du Gouvernement britannique à Londres.

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L’histoire n’était pas prête, sans doute. Elle ne le sera pas davantage si, au cas où le Brexit tournerait mal, les nations composant le Royaume-Uni venaient à se découvrir plus diverses qu’elles ne sont unies et l’une ou plusieurs d’entre elles plébiscitaient leur indépendance.

Aujourd’hui, le seul salut de la Libye réside dans une structure gouvernementale faisant d’elle un pays qui soit à l’image de la devise de l’Union européenne, «Unie dans la diversité». Désunis, les Britanniques ne se tueraient pas. Les Libyens, oui, depuis près de dix ans. Ce qui leur manque, ce n’est pas un homme pour les diriger. C’est de pouvoir se diriger eux-mêmes, être eux-mêmes et apprendre à se ressembler dans la différence.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

Harvin Khalaf : Une lumière s’est éteinte, mais la réconciliation reste à faire

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Cultural Bridges, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, Middle East & North Africa, Solidarity, Syria, The Search for Peace, War Crimes, World Law on October 22, 2019 at 12:16 PM

Par René Wadlow

Le 12 octobre 2019, Havrin Khalaf, Co-secrétaire générale du Parti de l’Avenir de la Syrie, a été abattue à un barrage routier par la milice Ahrar al-Shargiya soutenue par la Turquie. Le Parti de l’Avenir de la Syrie avait été formé en mars 2018 à Raqqa afin de créer «une Syrie démocratique, pluraliste et décentralisée». Le Parti était actif au sein de l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie – région souvent désignée par les Kurdes en tant que Rojava. La région présente une haute diversité, tant de par les groupes qui la peuplent que par les religions qui y sont représentées. Le Parti de l’Avenir de la Syrie cherchait donc à bâtir des ponts de compréhension entre Kurdes, Arabes, Turkmènes et tous les autres groupes, ainsi qu’entre Musulmans, Chrétiens et Yézidis. L’espoir était que cet effort pour bâtir des passerelles devienne un exemple pour tout le reste de la Syrie.

Avant même le début des combats en Syrie en 2011, la société syrienne était divisée selon des critères ethniques et religieux. Les hostilités, le déplacement de populations, la montée de l’Etat islamique (Daesh) n’ont fait qu’accroître les divisions ethniques et religieuses. Dans de nombreux cas, la confiance entre les groupes a été brisée, et même la coopération a minima qui se manifestait à travers des liens économiques a volé en éclats. Rebâtir la coopération, et c’était l’un des buts principaux du Parti de l’Avenir de la Syrie, s’avérera difficile. L’incursion des forces turques et de leurs alliés syriens au nord-est de la Syrie va rendre la coopération par-delà les divisions ethniques et religieuses encore plus ardue.

A elle seule, Havrin Khalaf symbolisait cet effort de réconciliation. Elle était également un symbole de la quête pour l’égalité entre femmes et hommes. Femme kurde, elle avait pour Co-secrétaire général du Parti de l’Avenir de la Syrie un homme arabe. Femme dotée d’une solide éducation – elle avait été diplômée de l’Université d’Alep en 2009 – elle était particulièrement active en matière d’autonomie et de renforcement des femmes. Elle avait souvent officié comme porte-parole auprès de diplomates, journalistes, et travailleurs humanitaires en visite dans la région. Jouissant d’une haute visibilité, elle n’a pu être tuée que de manière délibérée. En même temps qu’elle, le chauffeur de la voiture du Parti à bord de laquelle elle se déplaçait a trouvé la mort.

Le danger est réel de voir de tels assassinats se multiplier avec l’avancée des troupes turques et l’expansion permanente de leur contrôle sur ce qu’ils appellent, non sans ironie, une « zone de sécurité ». Déjà dans un passé récent, l’occupation turque de la région d’Afrin a entraîné des déplacements de population, des pillages, des prises d’otages et des tortures. Il est également à craindre que les territoires du nord-est de la Syrie récemment repassées sous le contrôle du Gouvernement syrien ne soient pas épargnées par les crimes de vengeance, ni par les violations des Droits Humains ou du droit humanitaire international pour des motifs politiques.

Avec le décès de Havrin Khalaf à trente-quatre ans, une lumière vient de s’éteindre. Mais la réconciliation reste à faire. Il faut des voix nouvelles. Nous qui vivons en dehors de la Syrie, nous devons voir ce que nous pouvons faire pour faciliter ce rôle vital de construction de ponts entre les êtres humains.

Le Professeur René Wadlow est Président de l’Association of World Citizens.

Havrin Khalaf: A Light Has Gone Out But The Tasks of Reconciliation Remain

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Cultural Bridges, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, Middle East & North Africa, Solidarity, Syria, The Search for Peace, War Crimes, World Law on October 22, 2019 at 10:02 AM

By René Wadlow

On October 12, 2019, Havrin Khalaf, the Co-Secretary-General of the Future Syria Party was shot to death at a roadblock by the Turkish-backed militia, Ahrar al-Shargiya. The Future of Syria Party had been formed in March 2018 in Raqqa with its aim of a “democratic, pluralistic, and decentralized Syria.” The Party was active in the Autonomous Administration of North and East Syria — an area often referred to by the Kurds as Rojava. The area is highly diverse in both population groups and religions. Thus, the Future Syria Party wanted to build bridges of understanding among Kurds, Arabs, Turkmen, and other ethnic groups as well as among Muslims, Christians and Yezidis. The hope was that this bridge-building effort would become a model for all of Syria.

Even before the fighting began in Syria in 2011, the Syrian society was divided along ethnic and religious lines. The fighting, the displacement of people, the rise of the Islamic State (ISIS) has increased ethnic and religious divisions. In many cases, trust among groups has been broken, and even minimal cooperation through economic links has been broken. Rebuilding cooperation, a chief aim of the Future Syria Party, will be difficult. The move of Turkish forces and their Syrian allies into northeast Syria will make cooperation across ethnic and religious divides even more difficult.

Havrin Khalaf was a symbol of this reconciliation effort. She was also a symbol of the quest for equality between women and men. As a Kurdish woman she had an Arab man as Co-Secretary-General of the Party. As an educated woman – she received a degree from the University of Aleppo in 2009 – she was particularly active for the empowerment of women. She often served as spokesperson for visiting diplomats, journalists, and aid workers. As a highly visible person, her killing was deliberate. The driver of the Party car she was in was also killed at the same time.

There is a real danger that such killings increase as Turkish troops advance and control an ever-larger part of what the Turks have ironically called “the safe zone.” Earlier Turkish occupation of the Efrin area has led to the displacement of people, looting, hostage-taking and torture. We can also fear that areas in northeast Syria newly under the control of the Syrian Government will not be free from revenge killings and politically-motivated violations of human rights and international humanitarian law.

With the death of Havrin Khalaf at the age of 34, a light has gone out. The tasks of reconciliation remain. New voices are needed. We outside of Syria must see how best we can facilitate this vital role of bridge-building.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

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