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Archive for the ‘Track II’ Category

24 mars : La vérité est un Droit Humain

In Being a World Citizen, Democracy, Human Rights, Latin America, NGOs, Religious Freedom, Solidarity, Spirituality, Track II, United Nations on March 26, 2021 at 5:00 PM

Par Bernard J. Henry

Trente-cinq ans déjà, en janvier dernier, que le chanteur français Daniel Balavoine trouvait la mort tragiquement lors du Paris-Dakar où il était présent non comme coureur, mais, fidèle à ses convictions telles qu’il les exprimait dans ses chansons, pour une opération humanitaire qu’il avait mise en place et voulait voir aboutir – littéralement, il l’aura payé de sa vie.

Dans ses chansons, Balavoine évoquait souvent les Droits Humains, le sous-développement, les atteintes à l’environnement et, bien sûr, le racisme, comme dans son dernier succès de son vivant, L’Aziza. A sa manière, il était un Citoyen du Monde au sens où le conçoit l’Association of World Citizens (AWC). Dans son album de 1983 intitulé Loin des yeux de l’Occident, il chantait le sort des femmes dans le Tiers Monde, comme l’on appelait alors le monde en développement, les écrivains emprisonnés par les dictatures militaires d’Amérique latine et, dans cette même région du monde, les Mères de la Place de Mai en Argentine. Depuis 1977, deuxième année de la dictature militaire dans le pays, ces mères de «disparus forcés» manifestent face au siège du gouvernement en demandant la vérité sur le sort des leurs. La junte au pouvoir les avait surnommées les «folles de la Place de Mai» pour les discréditer ; elle n’a ainsi fait que rendre leur cause mondialement célèbre.

Dans Revolución, dernière piste de Loin des yeux de l’Occident qui a pour titre le dernier vers de cette même chanson, Balavoine chantait ainsi d’elles :

«Comme on porte une couronne,

Elles ont la peur sur leur visage ruisselant,

Espérant la maldonne,

Elles frappent leur poitrine en défilant,

Pieusement questionnent :

‘Est-ce que disparus veut dire vivants ?’

Faut-il qu’elles pardonnent

Pour croire que leurs morts ne sont qu’absents ?»

Et c’est bien là toute la question, au-delà même des atteintes aux Droits Humains – la question de la vérité sur les sévices commis, cette vérité que l’on refuse aux proches des victimes et qui, dans notre monde d’aujourd’hui, est pourtant considérée en elle-même comme un Droit Humain à part entière.

Monseigneur Romero : le plomb d’une balle pour le plomb du silence

Chaque année, dans le langage technique et bureaucratique, comme l’ONU et les autres organisations intergouvernementales bien intentionnées mais lourdes à manier en ont le secret, le 24 mars est la «Journée internationale pour le droit à la vérité en ce qui concerne les violations flagrantes des droits de l’homme et pour la dignité des victimes», même s’il suffit d’en retenir quatre mots, les plus «essentiels» comme le dit ce monde de pandémie – droit à la vérité.

Si Balavoine chantait les disparitions forcées, violation des Droits Humains qui invisibilise par excellence le martyre infligé aux victimes et permet comme nulle autre le mensonge, y compris en sa forme la plus cruelle et cynique qu’est le silence, le droit à la vérité concerne tout type d’atteinte aux Droits Humains, qu’elle soit perpétrée derrière les épais murs d’un bâtiment gouvernemental ou sous les yeux de qui voit soudain un proche connaître le pire. Et bien sûr, de la même manière que Chamfort parlait au dix-huitième siècle d’une France où «on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin», dans un pays qui attente au droit, quiconque le dénonce devient soi-même une victime de choix.

Monseigneur Óscar Romero

C’est en mémoire de l’une de ces victimes, qui avait osé élever la voix sur les atrocités dont il avait été témoin, que la Journée internationale a été proclamée. Il se nommait Óscar Arnulfo Romero y Galdámez, il était Archevêque catholique romain de San Salvador, capitale du Salvador où la guerre civile opposait depuis peu le gouvernement conservateur et une guérilla marxiste. Lui aussi conservateur au départ, Monseigneur Romero reçoit un choc avec l’assassinat en 1977 d’un prêtre jésuite de son diocèse par un escadron de la mort pro-gouvernemental. Il devient alors un ardent défenseur des Droits Humains, notamment de ceux des paysans. Devenu un farouche dénonciateur des exactions de l’armée et des paramilitaires, il est abattu d’un coup de fusil en pleine poitrine le 24 mars 1980 alors qu’il dit sa messe dans un hôpital.

Le Salvador, autre pays dont avait parlé Balavoine dans Dieu que l’amour est triste, où il le rebaptisait le «San Salvador». Et autre exemple de la guerre aux Droits Humains que menaient à travers l’Amérique latine, du Guatemala jusqu’à la Terre de Feu, des dictatures civiles ou militaires auxquelles tout était bon pour réprimer la moindre opposition, cette guerre qui, en 1982, allait avoir pour victime collatérale à des milliers de kilomètres par-delà l’Atlantique, au Palais des Nations de Genève, Theo van Boven, chassé de la direction du Centre des Nations Unies pour les Droits de l’Homme pour avoir lui aussi élevé la voix trop fort, même si lui, au moins, y survécut et en témoigne encore à ce jour.

Le mensonge, première atteinte aux Droits Humains

Bien entendu, le temps a passé. Trente-cinq ans depuis le décès tragique de Daniel Balavoine. Plus de quarante ans depuis l’assassinat de Monseigneur Romero et bientôt tout autant depuis l’éviction de Theo van Boven. Mais le temps et l’évolution des atteintes aux Droits Humains n’ont fait, surtout depuis la Conférence de Vienne en 1993, que renforcer la victime, réelle ou potentielle, dans sa position centrale dès qu’il est question de défendre les Droits Humains ou, comme ici donc, de diffuser l’information sur les violations.

Theo van Boven

Ce qui est vrai pour les «folles de la Place de Mai», comme les appelaient avec mépris les «hommes des casernes» de Buenos Aires, est vrai pour toute autre situation où des droits sont violés et le secret est invoqué pour en cacher l’existence, ou la réalité au profit d’une version plus commode. Il n’est pas un type de violation des Droits Humains où le droit à la vérité ne s’avère crucial, même ce qui paraît évident pouvant receler une réalité plus occulte.

Qui a tué Lokman Slim au Liban ? Qui donne l’ordre de harceler Nidžara Ahmetašević, militante bosnienne de l’aide aux migrants à la frontière entre Croatie et Bosnie-Herzégovine ? Pourquoi Mohamed Gasmi, Défenseur des Droits Humains en Algérie, est-il poursuivi au pénal par son gouvernement sous les accusations calomnieuses, désormais devenues typiques des régimes autoritaires et des démocraties illibérales à travers le monde, d’avoir «eu des contacts avec des agents étrangers ennemis du pays» et «d’avoir comploté pour commettre des actes terroristes en sol national» ? Autant de questions auxquelles l’AWC s’est employée depuis le début de cette année à recueillir des réponses, autant que possible. Parce que le mensonge, à commencer par le silence qui en est la forme la plus venimeuse, est la première et la pire des atteintes aux Droits Humains.

Le droit à la vérité sur les atteintes aux Droits Humains n’est donc pas un pur vœu moral, pas plus qu’il ne doit demeurer un vœu pieux. Il est un véritable droit, dont la revendication n’est pas morale ou spirituelle mais bel et bien juridique, et au sens large du terme, politique. A défendre toujours, contre le mensonge et le silence des violateurs et contre les fausses vérités des tenants du complotisme et du confusionnisme sur Internet et ailleurs de par le monde.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

Pourparlers de paix en Afghanistan : Les femmes qui devraient être reines

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Human Rights, International Justice, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace, Track II, War Crimes, Women's Rights, World Law on March 8, 2021 at 7:00 AM

Par Bernard J. Henry

«Quand vous êtes blessé et abandonné sur les plaines d’Afghanistan, et que les femmes arrivent pour découper ce qu’il reste de vous, dépêchez-vous de rouler jusqu’à votre carabine, de vous faire sauter la cervelle et d’aller vers votre dieu comme un soldat», disait Rudyard Kipling, l’écrivain britannique dont le culte de la virilité, notamment militaire, transpire à travers son œuvre. En témoigne son poème «If», «Si …», traduit en français par André Maurois dans Les silences du colonel Bramble et parfois désigné par son vers final, «Tu seras un homme, mon fils».

Le même Kipling qui nous racontait, dans The Man Who Would Be King, en français L’homme qui voulut être roi, la fable de deux Anglais qui se jurent de découvrir le pays perdu du Kafiristan, niché quelque part entre Afghanistan et Pakistan, alors colonies britanniques. Ils y parviennent et, lors d’un affrontement avec des indigènes, un hasard fait que l’un des deux, Daniel Dravot, est subitement pris pour un dieu. Conduit à la capitale de ce pays rendu au culte d’Alexandre le Grand, il est proclamé fils du conquérant et couronné roi. Mais lorsqu’il épouse une jeune fille pour fonder sa dynastie, celle-ci le démasque. Dravot exécuté en public, son comparse supplicié puis libéré rentre en Inde en emportant sa tête encore ornée de la couronne.

L’histoire est fictive, mais le Kafiristan existe. Aujourd’hui le Nouristan, il est une province orientale de la République islamique d’Afghanistan, un pays où, loin des aventures viriles que rêvait Kipling, des femmes mènent une lutte quotidienne – une lutte pour la paix.

Vingt ans d’une paix introuvable

Depuis l’invasion soviétique de 1980, suivie de huit ans de combats entre régime communiste soutenu par Moscou et Mojahedin, combattants de la résistance – parmi lesquels se trouvait un groupe alors soutenu par les Etats-Unis, dénommé Al-Qaïda et commandé par un Saoudien du nom d’Osama bin Laden – le pays n’a jamais connu que la guerre, dont était sorti en 1996 l’ «Émirat islamique d’Afghanistan», créé par la milice islamiste des Talibans qui avait fait du même Osama bin Laden l’un de ses ministres, bien à l’abri pour lancer ses attaques terroristes contre son ancien allié américain le 11 septembre 2001. L’intervention militaire internationale qui avait ensuite mis fin à la folie meurtrière des Talibans n’a jamais engendré une paix durable.

Comme le chante Pierre Perret, “Quand la femme est grillagée, Toutes les femmes sont outragées.” (C) USAID

En presque vingt ans, plusieurs initiatives ont été lancées sous les présidences successives de Hamid Karzai et Ashraf Ghani, mais l’obstination des Talibans a mis à néant tous les efforts. Après un traité signé en 2016 avec un autre mouvement islamiste armé, le Hezb-e Islami Gulbuddin, des pourparlers de paix avec les Talibans se sont enfin ouverts en septembre dernier à Doha, la capitale du Qatar. Mais les discussions piétinent. Malgré des propos lénifiants, les Talibans démontrent encore et toujours la même haine d’une partie bien ciblée de la population, contre laquelle ils avaient déchaîné du temps de leur «émirat» toute leur répression – les femmes.

Les puissances étrangères engagées en Afghanistan n’ont pas oublié les cinq années de ce que les Talibans voulaient le régime islamique «le plus rigide au monde», ni les femmes cloîtrées chez elles, autorisées à sortir seulement sous la burqa et, lorsqu’accusées d’adultère, lapidées. Pas de paix au prix d’un retour à cette époque, insiste-t-on à Doha. Parfait. Mais s’il n’est pas question d’une paix aux dépens des droits des femmes, pourquoi alors maintenir les Afghanes en dehors des pourparlers ?

Les droits des femmes, nerf de la guerre

Réduites au silence sous les Talibans, devenues comme fantômes sous leurs burqas, les femmes ont su depuis 2001 profiter de leur liberté retrouvée. Certes voilées en public comme leurs sœurs iraniennes, dans cette République islamique d’Afghanistan dont le nom rappelle celui du voisin de l’ouest, les Afghanes n’en ont pas moins su faire entrer le vent dans leurs voiles.

Comme le rappelle Amnesty International, elles sont avocates, médecins, magistrates, enseignantes, ingénieures, athlètes, militantes, politiciennes, journalistes, bureaucrates, entrepreneuses, policières, soldates. Et ce sont aujourd’hui 3 300 000 petites Afghanes qui sont scolarisées, se préparant à marcher dans les pas de leurs aînées.

Et pourtant. La tentation existe pour Kaboul, du jour au lendemain, de décider que la paix avec l’irréductible ennemi taliban vaut bien de brûler les (re)conquêtes de ses citoyennes. Elles le savent. Farahnaz Forotan, journaliste de vingt-huit ans contrainte à l’exil car figurant sur une liste de personnes à abattre des Talibans, le sait mieux que toute autre. Pour dire le refus des Afghanes de voir leurs droits transformés en monnaie d’échange, elle a lancé la campagne MyRedLine (Ma ligne rouge) désignant la ligne à ne pas franchir à Doha.

Farahnaz Forotan

Dans l’État afghan, la paix s’écrit au masculin. Un Ministre d’État à la Paix a été nommé au sein du Gouvernement, auquel s’ajoute un Haut Conseil de la Réconciliation nationale dirigé par Abdullah Abdullah, ancien Ministre des Affaires Étrangères et candidat malheureux à la présidentielle de 2014. Pour l’équipe Ghani, la paix est une urgence, et qui dit urgence dit sacrifices. Les droits des femmes étant le nerf de la guerre, pour une paix qu’il faut obtenir à tout prix, le premier sacrifice sera de les brûler, craignent-elles légitimement de leurs propres autorités. Des mêmes hommes qui, salués voilà vingt ans comme les vainqueurs des Talibans, sont désormais prêts à de lourdes pertes à leur profit.

Et elles ont raison, car il est déjà un droit que le Gouvernement afghan leur a retiré en vue des pourparlers de paix – tout simplement, celui d’y participer. Impardonnable erreur.

Elles sauront faire la paix

Se croire habilité à toutes les concessions à l’ennemi parce que, l’ayant déjà vaincu une fois, l’on n’a pas réussi à le vaincre une seconde fois et qu’une paix doit être conclue d’urgence, un maréchal français l’avait déjà tenté, et depuis, son nom reste associé à la Shoah, même si, aujourd’hui comme hier, d’aucuns au sommet de l’Etat prônent une «patience malvenue», comme le chante Louis Chedid dans Anne, ma sœur Anne, envers le souvenir de l’inacceptable.

Si les hommes à la tête de l’Afghanistan sont prêts à emprunter ce même chemin, il leur faudra se souvenir que, pendant qu’entre leurs mains parlaient les armes, les femmes ont su mener leur propre lutte contre les Talibans, mais sans tuer ni blesser quiconque, luttant non pour le pouvoir mais pour le bien de toutes et tous, à commencer par les victimes les plus démunies des conflits armés, toujours et partout – les enfants.

Ainsi d’Ayesha Aziz, enseignante et directrice d’école, membre du Hezb-e Islami identique aux Talibans dans les idées mais qui, historiquement plus pragmatique, a conclu la paix avec le Gouvernement afghan. Avec Ayesha Aziz parmi les membres de sa délégation.

Ayesha Aziz (C) USIP

Déployant des talents de négociation et de diplomatie que d’autres s’interdisent de voir du seul fait qu’elle est une femme, elle a réussi à obtenir des Talibans l’ouverture d’écoles pour filles, des écoles qu’elle finance par le biais d’une entreprise de raffinement de pierres semi-précieuses qu’elle a créée et où elle engage des femmes par centaines. S’appuyant sur «le respect, l’humour et l’Islam», Ayesha Aziz obtient des résultats spectaculaires auprès de l’implacable milice islamiste.

Pour elle, la paix doit passer par le dialogue entre les femmes, celles du camp Ghani et les Talibanes, ainsi que par les zones rurales plutôt que par le sommet de l’État.

Très bien, pourrait-on dire, mais tout cela reste au niveau national et la paix se construit également avec des partenaires internationaux ; malgré tout son mérite, Ayesha Aziz ne semble pas taillée pour avoir affaire à eux. Si l’on pense ainsi, qu’à cela ne tienne. Palwasha Kakar, elle, sait parler hors de l’Afghanistan la langue que les décideurs doivent entendre.

Palwasha Kakar, lors de son témoignage devant le Congrès des Etats-Unis (C) USIP

Responsable principale du Programme Religion et Sociétés inclusives à l’United States Institute of Peace (USIP) de Washington, Palwasha Kakar a consacré plus de onze ans de sa vie à l’inclusion des femmes, l’engagement pour la paix des dignitaires religieux, la gouvernance et l’éducation dans son Afghanistan natal. A l’USIP, elle applique une approche comparative sur les femmes, la religion et la construction de la paix au Pakistan, en Libye, en Syrie, en Irak et au Myanmar. Son inspiration, elle la tient de ses sœurs afghanes qui, utilisant le cadre religieux, ont su négocier avec les Talibans pour des cessez-le-feu locaux, des libérations d’otages et des écoles pour filles.

Appelée à témoigner en 2019 devant le Congrès des Etats-Unis, témoignage capital au vu de la présence de deux mille cinq cents soldats américains en Afghanistan, Palwasha Kakar a rappelé que les femmes étaient essentielles au succès et à la durabilité de tout processus de paix, des pourparlers jusqu’à la mise en œuvre des accords, et qu’elles exigeaient une paix protégeant leurs acquis depuis 2001.

Pour les élus américains qui aimeraient trop Kipling, ce fut le temps d’un autre rappel. «A travers l’histoire de l’Afghanistan, les femmes ont toujours fait partie des processus de paix couronnés de succès. Même si l’on accorde toute la gloire à [l’empereur] Ahmed Shah Durrani pour avoir créé l’État d’Afghanistan moderne en 1747, c’est la contribution de Nazo Ana [poétesse et écrivaine] à l’unification des tribus qui se combattaient jusqu’alors pour ensuite affronter les Perses en 1709 qui fut la cheville ouvrière de la fondation de l’État afghan, ce qui lui a valu le titre de ‘Mère de la Nation afghane’. Quand les Talibans furent chassés du pouvoir en 2001 par les troupes américaines et leurs alliés, les femmes ont pris toute leur part au succès de l’accord politique du processus de Bonn et à la rédaction de la constitution qui a donné dix-huit ans de gouvernement démocratique stable, alors même que se poursuivaient les attaques des Talibans qui n’avaient pas été inclus dans le processus de Bonn».

Jadis, sans une femme, pas d’Afghanistan. Aujourd’hui, sans les femmes, pas d’Afghanistan libre. Demain, sans les femmes, un Afghanistan en paix est inconcevable.

La paix des femmes, seul espoir de survie

Professionnelles, citoyennes, militantes – mais indignes de donner la paix à leur pays.  A croire que les gouvernants afghans ont trop lu Kipling. Veulent-ils, à leur tour, être rois ? On le croirait pour peu, tant ils semblent craindre que, ceints de la couronne comme le fut Daniel Dravot de celle du Kafiristan, une femme censée les embrasser, mais refusant de se soumettre, ne les morde au sang et prouve que les faux dieux sont des mortels sans droit divin de régner.

Michael Caine (centre) et Sean Connery (droite) dans le film de John Huston L’Homme qui voulut être roi, d’après l’ouvrage de Rudyard Kipling, en 1975

Sans doute les femmes d’Afghanistan ne rêvent-elles pas d’être reines, laissant la futilité de ces fantasmes aux hommes pour se préoccuper de la vraie vie et de l’avenir. Mais lorsqu’il s’agit de rechercher la paix, juste et durable, impossible de ne pas penser qu’elles devraient être reines, autant que leurs compatriotes masculins se veulent rois, et pouvoir brandir leur sceptre face aux Talibans à Doha.

Blessé et abandonné sur les plaines d’Afghanistan, selon Kipling, il ne vous restait plus pour échapper à des femmes venues vous charcuter qu’à vous brûler la cervelle en un chevaleresque suicide. Sous les assauts des Talibans, c’est tout le peuple afghan qui git, blessé et abandonné, sur ses plaines rougies de sang. Voyant les femmes accourir pour le soigner et le relever, s’il leur prend la main, il saisit son ultime chance de survie. S’il choisit d’agripper son arme et se tirer une balle en refusant la paix des femmes, il voue son avenir à l’enfer.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

Nagorno-Karabakh: Uneasy Ceasefire, Key Issues Remain

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Europe, Humanitarian Law, International Justice, NGOs, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law on December 24, 2020 at 4:56 PM

By René Wadlow

December 9-10, 2020 marked the one-month anniversary of the ceasefire in Nagorno-Karabakh, known as Artsakh by the Armenians. The ceasefire was negotiated by Russia between Azerbaijan and Armenia. The agreement was signed by the Russian President, Vladimir Putin, the Azerbaijan President, Ilham Aliyev, and the Armenian Prime Minister, Nikol Pachinian. However, on December 11, the Russian Novosti Press Agency reported the first ceasefire violation, an exchange of fire between Azerbaijan and Armenian soldiers. There are some 2000 Russian peacekeepers on site, but it is always difficult to control a ceasefire. Moreover, a ceasefire is only the first step on what will be a long path of confidence-building measures and ultimately forms of cooperation.

Nicol Pachanian

The ceasefire agreement structures two safe avenues of road communication from the remaining Armenian areas in Nagorno-Karabakh to Armenia. In the same way there will be a safe avenue of road communication from the Azerbaijan areas to Nakhichevan, an Azerbaijan majority area within Armenia. The avenue to Nakhichevan close to the frontier with Turkey will allow Turkish goods to cross to Azerbaijan and from there through Central Asia to the frontier with China.

Turkey considers the outcome of the ceasefire as a victory for Turkey, especially that the Turkish drones and weapons used by the Azerbaijan forces played a large role in giving Azerbaijan a military advantage. In contrast, the outcome of the ceasefire is considered by many in Armenia as a defeat, creating an instability for the current government led by Pachinian. The results of the ceasefire have led to the naming of a new Foreign Minister, Ara Aivazian, on November 18.

The conflict has led to a large number of new refugees, of displaced persons and hopes among those in Azerbaijan who had fled Nagorno-Karabakh as a result of the 1992-1994 armed conflict. The economy of the area, always marginal as Nagorno-Karabakh, a mountainous, largely rural area is largely destroyed. However, the area had highly symbolic meaning for both Armenia and Azerbaijan.

Ilham Aliyev

The Group of Minsk, created by the Organization for Security and Cooperation in Europe after the 1992-1994 conflict has 11 States as members including Azerbaijan and Armenia. The Minsk Group has three co-chairs: Russia, France, the USA. The Group as a whole rarely meets. Rather it is diplomats from Russia and France who have met in bilateral meetings with representatives from Azerbaijan or Armenia. There has been little progress in finding confidence-building measures and virtually none on forms of cooperation.

Today, this armed conflict in an area that is troubled in a number of places may be a warning sign that negotiations in good faith should be a priority. The Association of World Citizens has been concerned with the tensions in Nagorno-Karabakh since the eve of the breakup of the USSR in 1991. We need to remain alert at possible efforts at Track II diplomacy or other forms of nongovernmental mediation.

Prof. René Wadlow is the President of the Association of World Citizens.

Building Stronger Conflict Prevention Networks

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Europe, Middle East & North Africa, NGOs, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on November 9, 2020 at 1:44 PM

By René Wadlow

As we reflect on current armed conflicts on which the Association of World Citizens (AWC) has proposed measures for conflict resolution – Nagorno-Karabakh, Yemen, Syria, Ukraine-Donetsk-Lugansk-Russia – we ask ourselves if we are to be overwhelmed by an endless chain of regional wars capable of devastating entire countries or will we help build the structures for the resolution of armed conflicts through negotiations in good faith. Can we help build stronger conflict prevention networks?

In each of these current conflicts, there is a mix of underlying causes: ethnic tensions, social inequality, environmental degradation, and regional rivalries. In each conflict, there were warning signs and a building of tensions prior to the outbreak of armed conflict. This was particularly true in Syria where there were four months of nonviolent protests and local organizing for reforms before violence began. Not enough was done by external nongovernmental organizations (NGOs) to strengthen and protect these nonviolent reform movements in Syria. Given the complexity of conflict situations and the often-short time between the signs of tensions and the outbreak of violence, external peacebuilding organizations have to be able to move quickly to support local civil society efforts.

In each of these four situations, the degree of civil society organizations differs. We need to look carefully at the different currents within the society to see what groups we might be able to work with and to what degree of influence they may have on governmental action. Governments tend to react in the same ways. Governments cling to the belief that there can be simple security-related solutions to complex challenges as we see these days with the current use of police and military methods by the government of Belarus.

There is often a pervading mistrust between the central government and outlying territories. Such mistrust cannot be overcome by external NGOs. We can, however, reflect with local groups on how lines of communication can be established or strengthened.

Preventing the eruption of disputes into full-scale hostilities is not an easy task, but its difficulties pale beside those of ending the fighting once it has started. NGOs need to have active channels of communication with multinational governmental organizations such as the United Nations (UN) and the Organization for Security and Cooperation in Europe (OSCE). NGOs may have an easier time to be in contact with local nongovernmental forces in the conflict States as both the UN and the OSCE are bound by the decisions of governments.

Growing resource scarcity and environmental degradation, the depletion of fresh water and arable land played an important role in exacerbating conflicts in Yemen. The armed conflict has made things much worse. There is now a growing world-wide recognition of the environmental-conflict linkage. Thus, groups concerned with the defense and restoration of the environment need to become part of the network of conflict resolution efforts. There is much to be done. Building stronger conflict prevention networks should be a vital priority.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

U. N. Day: Strengthening and Reforming

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Democracy, Environmental protection, Human Development, Human Rights, International Justice, NGOs, Social Rights, Solidarity, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on October 25, 2020 at 4:11 PM

By René Wadlow

October 24 is United Nations (U. N.) Day, marking the day when there were enough ratifications including those of the five permanent members of the proposed Security Council for the U. N. Charter to come into force. It is a day not only of celebration, but also a day for looking at how the U. N. system can be strengthened, and when necessary, reformed.

There have been a number of periods when proposals for new or different U. N. structures were proposed and discussed. The first was in the 1944-1945 period when the Charter was being drafted. Some who had lived through the decline and then death of the League of Nations wanted a stronger world institution, able to move more quickly and effectively in times of crisis or at the start of armed conflict.

The official emblem of the League of Nations.

In practice, the League of Nations was reincarnated in 1945 in the U. N. Charter but the names of some of the bodies were changed and new Specialized Agencies such as UNESCO were added. There was some dissatisfaction during the San Francisco negotiations, and an article was added indicating that 10 years after the coming into force of the Charter a proposal to hold a U. N. Charter Review Conference would be placed on the Agenda – thus for 1955.

The possibility of a U. N. Charter Review Conference led in the 1953-1954 period to a host of proposals for changes in the U. N. structures, for a greater role for international law, for a standing U. N. “peace force”. Nearly all these proposals would require modifications in the U. N. Charter.

When 1955 arrived, the United States and the Soviet Union, who did not want a Charter Review Conference which might have questioned their policies, were able to sweep the Charter Review agenda item under the rug from where it has never emerged. In place of a Charter Review Conference, a U. N. Committee on “Strengthening the U. N. Charter” was set up which made a number of useful suggestions, none of which were put into practice as such. The Committee on Strengthening the Charter was the first of a series of expert committees, “High-Level Panels” set up within the U. N. to review its functioning and its ability to respond to new challenges. There have also been several committees set up outside of the U. N. to look at world challenges and U. N. responses, such as the Commission on Global Governance.

While in practice there have been modifications in the ways the U. N. works, few of these changes have recognized an expert group’s recommendations as the source of the changes. Some of the proposals made would have strengthened some factions of the U. N. system over the then current status quo – most usually to strength the role of developing countries (the South) over the industrialized States (the North). While the vocabulary of “win-win” modifications is often used, in practice few States want to take a chance, and the status quo continues.

Now, the Secretary General knows well how the U. N. works from his decade as High Commissioner for Refugees, U. N. reform is again “in the air”. There are an increasing number of proposals presented by governments and by nongovernmental organizations (NGOs) associated with the U. N. The emphasis today is on what can be done without a revision of the Charter. Most of the proposals turn on what the Secretary General can do on his own authority. The Secretary General cannot go against the will of States – especially the most powerful States – but he does have a certain power of initiative.

There are two aspects of the current U. N. system that were not foreseen in 1945 and which are important today. One is the extensive role of U. N. Peacekeeping Forces: The Blue Helmets. The other is the growing impact of NGOs. There is growing interest in the role of NGOs within the U. N. system in the making and the implementation of policies at the international level. NGOs are more involved than ever before in global policy making and project implementation in such areas as conflict resolution, human rights, humanitarian relief, and environmental protection. (1)

NGOs at the U. N. have a variety of roles – they bring citizens’ concerns to governments, advocate particular policies, present alternative avenues for political participation, provide analysis, serve as an early warning mechanism of potential violence and help implement peace agreements.

The role of consultative-status NGOs was written into the U. N. Charter at its founding in San Francisco in June 1945. As one of the failings of the League of Nations had been the lack of public support and understanding of the functioning of the League, some of the U. N. Charter drafters felt that a role should be given to NGOs. At the start, both governments and U. N. Secretariat saw NGOs as an information avenue — telling NGO members what the governments and the U. N. was doing and building support for their actions. However, once NGOs had a foot in the door, the NGOs worked to have a two-way avenue — also telling governments and the Secretariat what NGO members thought and what policies should be carried out at the U. N. Governments were none too happy with this two-way avenue idea and tried to limit the U. N. bodies with which NGOs could ‘consult’. There was no direct relationship with the General Assembly or the Security Council. The Economic and Social Council (ECOSOC) in Article 71 of the Charter was the body to which “consultative-status NGOs” were related.

A wide view of the 19th session of the Human Rights Council. (C) Jean-Marc Ferré / UN Geneva

What in practice gives NGOs their influence is not what an individual NGO can do alone but what they can do collectively. ‘Networking’ and especially trans-national networking is the key method of progress. NGOs make networks which facilitate the trans-national movement of norms, resources, political responsibility, and information. NGO networks tend to be informal, non-binding, temporary, and highly personalized. NGOs are diverse, heterogeneous, and independent. They are diverse in mission, level of resources, methods of operating and effectiveness. However, at the U. N., they are bound together in a common desire to protect the planet and advance the welfare of humanity.

The role of NGO representatives is to influence policies through participation in the entire policy-making process. What distinguishes the NGO representative’s role at the U. N. from lobbying at the national level is that the representative may appeal to and discuss with the diplomats of many different governments. While some diplomats may be unwilling to consider ideas from anyone other than the mandate they receive from their Foreign Ministry, others are more open to ideas coming from NGO representatives. Out of the 193 Member States, the NGO representative will always find some diplomats who are ‘on the same wave length’ or who are looking for additional information on which to take a decision, especially on issues on which a government position is not yet set.

Legal Officer Noura Addad representing the AWC during a meeting at UNESCO in November 2018 (C) AWC External Relations Desk

Therefore, an NGO representative must be trusted by government diplomats and the U. N. Secretariat. As with all diplomacy in multilateral forums such as the U. N., much depends upon the skill and knowledge of the NGO representative and on the close working relations which they are able to develop with some government representatives and some members of the U. N. Secretariat. Many Secretariat members share the values of the NGO representatives but cannot try to influence government delegates directly. The Secretariat members can, however, give to the NGO representatives some information, indicate countries that may be open to acting on an issue and help with the style of presentation of a document.

It is probably in the environmental field — sustainable development — that there has been the most impact. Each environmental convention or treaty such as those on biological diversity or drought was negotiated separately, but with many of the same NGO representatives present. It is more difficult to measure the NGO role in disarmament and security questions. It is certain that NGO mobilization for an end to nuclear testing and for a ban on land mines and cluster weapons played a role in the conventions which were steps forward for humanity. However, on other arms issues, NGO input is more difficult to analyze.

‘Trans-national advocacy networks’ which work across frontiers are of increasing importance as seen in the efforts against land mines, for the International Criminal Court and for increased protection from violence toward women and children. The groups working on these issues are found in many different countries but have learned to work trans-nationally both through face-to-face meetings and through the internet web. The groups in any particular campaign share certain values and ideas in common but may differ on other issues. Thus, they come together on an ad hoc basis around a project or a small number of related issues. Yet their effectiveness is based on their being able to function over a relatively long period of time in rather complex networks even when direct success is limited.

These campaigns are based on networks which combine different actors at various levels of government: local, regional, national, and U. N. (or European Parliament, OSCE etc.). The campaigns are waged by alliances among different types of organizations — membership groups, academic institutions, religious bodies, and ad hoc local groupings. Some groups may be well known, though most are not.

There is a need to work at the local, the national, and the U. N. levels at the same time. Advocacy movements need to be able to contact key decision-makers in national parliaments, government administrations and intergovernmental secretariats. Such mobilization is difficult, and for each ‘success story’ there are many failed efforts. The rise of U. N. consultative-status NGOs has been continual since the early 1970s. NGOs and government diplomats at the U. N. are working ever more closely together to deal with the world challenges which face us all.

Note
(1) This interest is reflected in a number of path-making studies such as P. Willets (Ed.), The Consciences of the World: The Influence of Non-Governmental Organizations in the U. N. System (London: Hurst, 1996), T. Princen and M. Finger (Eds), Environmental NGOs in World Politics: Linking the Global and the Local (London: Routledge, 1994), M. Rech and K. Sikkink, Activists Without Borders: Advocacy Networks in International Politics (Ithaca, NY: Cornell University Press, 1998); Bas Arts, Math Noortmann and Rob Reinalda (Eds), Non-State Actors in International Relations (Aldershot: Ashgate, 2001); and William De Mars, NGOs and Transnational Networks (London: Pluto Press, 2005).

Prof. René Wadlow is the President of the Association of World Citizens.

En Tunisie, les femmes ne doivent plus être les oubliées de la révolution

In Being a World Citizen, Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa, NGOs, Social Rights, Solidarity, Track II, United Nations, Women's Rights, World Law on October 13, 2020 at 12:07 PM

Par Bernard J. Henry et Cherifa Maaoui

Il est des anniversaires qui ne sont pas des fêtes. Cette année, la Déclaration et Programme d’action de Beijing adoptée à l’issue de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes, du 4 au 15 septembre 1995, a quinze ans. En décembre, la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur les conflits armés et les femmes aura vingt ans. Malgré ces deux anniversaires capitaux, dans le monde d’aujourd’hui, les femmes n’ont trop rien à fêter.

C’est encore plus vrai de celles du monde arabe, bientôt dix ans après les révolutions populaires parties de Tunisie avec l’éviction du Président Zine el Abidine ben Ali le 14 janvier 2011. La Tunisie, considérée comme le seul vrai succès du « printemps arabe » et dont les institutions héritées de cette époque tiennent toujours, tandis que l’Egypte est retournée vers l’autoritarisme et l’espoir s’est perdu dans les sables de la guerre en Libye, en Syrie et au Yémen. Epargnées par le conflit armé, les Tunisiennes n’en ont pas moins dû lutter, menacées dans leurs droits par la mouvance islamiste et jamais confortées dans ceux-ci par la droite « destourienne » se voulant héritière du bourguibisme.

Aux prises avec une incertitude politique inédite depuis la révolution de 2011, ouverte par le décès du Président Beji Caïd Essebsi en 2019, la Tunisie a connu une élection présidentielle marquée par le fait que l’un des deux candidats qualifiés pour le second tour, Nabil Karoui, se trouvait depuis peu en détention. En sortit vainqueur un conservateur assumé, le juriste Kaïs Saied, suivi du retour en force au parlement du parti islamiste Ennahda. Rien qui laisse augurer d’avancées dignes des deux anniversaires onusiens en Tunisie, où il ne manquait qu’un drame criminel pour venir plonger dans la terreur et la rage des femmes n’en pouvant plus d’être les oubliées des colères de l’histoire.

Les droits des femmes constamment écartés de la loi

En disparaissant, Beji Caid Essebsi laissait en héritage aux Tunisiennes un espoir déçu, ou plutôt, inaccompli. En novembre 2018, son gouvernement approuvait un projet de loi, transmis à l’Assemblée des Représentants du Peuple chargée de se prononcer, sur l’égalité des sexes dans l’héritage, là où un Code du statut personnel qui se distingue dans le monde arabe et musulman par son aspect moderniste et progressiste cohabite étrangement avec une survivance de la charia en droit tunisien n’accordant à une femme que la moitié de l’héritage d’un homme.

Beji Caïd Essebsi

Caid Essebsi décédé, son successeur Kaïs Saied élu dans un climat de chaos constitutionnel, le projet de loi tombait dans l’oubli. Fidèle, trop fidèle même, à ses annonces de campagne en faveur d’une prépondérance systématique de la charia en cas de conflit avec le droit civil, le nouveau chef d’Etat choisissait de célébrer la Fête nationale de la Femme Tunisienne le 13 août dernier en désavouant la notion d’égalité telle que défendue par le projet de loi.

Dans le même temps, Rached Ghannouchi, chef historique du parti islamiste Ennahda, devenait Président de l’Assemblée des Représentants du Peuple. Très vite, il trouvait sur son chemin une avocate et députée, Abir Moussi, du Parti destourien libre fondé par d’anciens responsables du Rassemblement constitutionnel démocratique, le parti unique sous Ben Ali dissous après la révolution.

Certes, les menaces d’Ennahda sur l’égalité des sexes en Tunisie, notamment à travers un projet de déclarer les femmes « complémentaires » des hommes et non leurs égales dans la future Constitution, ont laissé des souvenirs amers. Mais cet affrontement entre un ancien dissident devenu dignitaire et une bénaliste sans repentir offrait peu d’espérance, lui aussi, à des Tunisiennes dont les droits semblaient cette fois mis en sommeil pour longtemps.

Soudain, aux errements d’une politique tunisienne orpheline est venu s’ajouter un crime – plus exactement, un féminicide. De ceux qui sortent la politique du champ de la raison, faisant d’elle, à coup sûr, la politique du pire.

Quand un féminicide ravive le désir de voir l’Etat tuer

Le 21 septembre dernier, la famille de Rahma Lahmar, âgée de vingt-neuf ans, signalait la disparition de la jeune femme alors qu’elle rentrait de son travail. Quatre jours plus tard, son corps mutilé était retrouvé à Aïn Zaghouan, en banlieue de Tunis, et il apparaissait bientôt qu’avant d’être tuée, elle avait été violée. Rapidement, l’auteur présumé était appréhendé – un récidiviste condamné deux fois pour tentative de meurtre.

Rahma Lahmar, victime d’un féminicide en Tunisie

Il n’en fallait pas plus à l’opinion publique pour réclamer la peine de mort, jamais abolie en droit tunisien bien que faisant l’objet d’un moratoire depuis 1991. Les magistrats tunisiens continuent de l’infliger, quelques cent trente personnes se trouvent aujourd’hui dans le couloir de la mort en Tunisie, mais personne n’est exécuté. Le violeur et meurtrier de Rahma Lahmar doit l’être, estime la famille de la victime rejointe par une opinion publique excédée, ainsi que par un Kaïs Saied qui en vient lui-même à rouvrir la question de la peine de mort.

Kaïs Saied

Quelques jours après, l’Algérie voisine était ébranlée par un drame semblable. Le 1er octobre, une jeune femme de dix-neuf ans prénommée Chaïma tombait dans un piège tendu par un homme qui, à seize ans, l’avait violée et avait lui aussi eu affaire depuis lors à la justice de son pays. Dans une station-service désaffectée, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alger, il la violait, la frappait, puis la jetait à terre, l’aspergeait d’essence et la brûlait à mort. Comme son homologue tunisien, il était arrêté sous peu et son crime ignoble réveillait dans le pays des envies de peine de mort.

Chaïma, victime d’un féminicide en Algérie

Le 12 octobre, loin du monde arabe mais toujours dans le monde musulman, le Bangladesh, en proie à une vague d’agressions sexuelles, instaurait une peine capitale automatique pour le viol, sans s’attaquer en rien aux défauts de sa législation nationale en termes de violences contre les femmes.

En 2011, la révolution non-violente des Tunisiens avait inspiré le monde arabe jusqu’au Yémen. Aujourd’hui, le drame du viol mortel en Tunisie n’est peut-être pas ce qui donne envie de voir l’Etat faire couler le sang jusqu’en Asie, mais en tout cas, il n’y échappe pas. Pourquoi ?

La peine de mort, fausse justice et vrai symptôme de l’injustice

Quel que soit le crime commis, aussi abject soit-il et le viol puis le meurtre de Rahma Lahmar est l’archétype du crime impardonnable, l’Association of World Citizens (AWC) est par principe contre la peine de mort où que ce soit dans le monde. Par indulgence envers les criminels ? Par faiblesse dogmatique ? Ces arguments n’appartiennent qu’à ceux qui ne comprennent pas ce qu’est en réalité la peine de mort, non pas un châtiment judiciaire comme l’est, par exemple, la réclusion criminelle à perpétuité, mais un meurtre commis par l’Etat, à l’image de celui commis par le meurtrier que l’on cherche ainsi à sanctionner. Une vengeance, sans rapport aucun avec la justice qui doit punir les criminels des actes par lesquels ils se mettent eux-mêmes en dehors de la société. Comme le chante Julien Clerc dans L’assassin assassiné, par l’application de la peine capitale, le crime change de côté. Pire encore, là où un crime peut être commis sous une pulsion soudaine – qui ne l’excuse pas quand bien même – la peine de mort résulte immanquablement d’une délibération, consciente et volontaire, de citoyens agissant sous le couvert de la puissance publique.

Le violeur et assassin de Rahma Lahmar l’a privée pour toujours de son droit à la vie ; comment espérer réaffirmer les droits des femmes en Tunisie en appelant à ce qu’il soit lui aussi privé de son droit à la vie, plaçant ainsi l’Etat de droit au même niveau qu’un criminel récidiviste, ce qui serait du plus absurde et indécent ? Pas plus qu’elle n’a d’effet dissuasif prouvé, la peine de mort ne répare aucune injustice. Elle nous fait seulement perdre ce qui nous sépare des criminels. Pour quoi faire ?

Si la Déclaration et Programme d’action de Beijing en 1995, puis la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité cinq ans plus tard, omettent toute référence à la peine capitale pour les crimes commis contre les femmes, ce n’est pas par hasard. On ne fait respecter les droits de personne en faisant couler le sang au nom de l’Etat, pas plus qu’on n’envisagerait de le faire par le crime.

En Tunisie, l’envolée des partisans de la peine de mort après celle de Rahma Lahmar en est, ironiquement, la preuve. Tant ils s’époumonent à crier vengeance, ils en oublient l’essentiel, la cause de tout le drame – la négation des droits des femmes. Et ce n’est même pas leur faute.

Seul le respect des droits des femmes peut créer la justice

Lorsqu’il s’agit du meurtre, que ce soit celui d’une femme, d’un homme voire d’un enfant, pour justifier leur acte injustifiable, les meurtriers ne sont jamais à court de raisons. En revanche, le viol ne s’explique, lui, que d’une seule façon. L’homme qui viole une femme la réduit à un corps, sans plus d’esprit, celui d’un être humain comme lui, doté du droit de refuser ses faveurs sexuelles si elle le souhaite. Ce corps privé de tout droit, déchu de la qualité d’être humain de sexe féminin, soumis par la brutale force physique, n’est plus que l’objet dont entend disposer à son gré l’homme qui viole. Autant le meurtre ouvre grand les portes de l’imagination, autant le viol verrouille la vérité, celle d’une négation de la féminité, une négation de la femme.

A quoi s’attend, sinon à cela, une société tunisienne qui, au gré des alternances politiques postrévolutionnaires entre islamistes et droite bourguibiste, ne défend que mollement les droits des femmes lorsqu’elle n’en vient pas ouvertement à les nier ? Dans un Maghreb et, plus largement, un monde arabe et musulman où son Code du statut personnel se détache depuis toujours comme étant d’avant-garde, une Tunisie qui s’interdit d’avancer ne peut que se voir reculer.

Rached Ghannouchi

C’est du reste ce qu’a bien compris Rached Ghannouchi, trop satisfait de pouvoir voler au secours de l’avocate et ancienne députée Bochra Bel Haj Hmida, en rien proche des positions d’Ennahda mais qui, pour avoir réaffirmé son opposition à la peine de mort en pleine affaire Rahma Lahmar, a subi un lynchage en règle sur les réseaux sociaux, jusqu’à un député notoirement populiste et sexiste qui s’est permis de tomber suffisamment bas pour imputer son refus de la peine capitale au fait qu’elle-même « ne risquait pas d’être violée ». De quoi faire passer les islamistes les plus réactionnaires pour des anges de vertu et ils savent en tirer profit.

Bochra Bel Haj Hmida

De tels propos, à l’aune du viol et du meurtre de Rahma Lahmar, sont immanquablement la marque d’une société qui manque à consolider dans sa législation les droits des femmes, ainsi qu’à les inscrire durablement dans sa morale civique et politique. Il paraît lointain, le temps où, en 2014, la Tunisie s’est débarrassée de ses dernières réserves envers la Convention des Nations Unies pour l’Elimination de toute forme de Discrimination envers les Femmes, la fameuse CEDAW, là où Algérie, Egypte, Libye, Syrie et Yémen conservent leurs propres réserves. Un engagement international ne sert à rien si, chez lui, l’Etat qui le souscrit en ignore ou viole l’esprit.

Inutile de réussir sa révolution si, ensuite, on rate son évolution. Sans des femmes sûres de leurs droits, réaffirmés dans la loi comme dans les esprits, la Tunisie en aura tôt fini d’être en termes économiques, sociaux ou sociétaux, une éternelle success story.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.

Cherifa Maaoui est Officier de Liaison Afrique du Nord & Moyen-Orient de l’Association of World Citizens.

Reignited Armed Conflict Between Armenia and Azerbaijan: Could Violence Spread?

In Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Europe, NGOs, Solidarity, The former Soviet Union, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on September 30, 2020 at 8:04 PM

By René Wadlow

On September 27, 2020, military forces from Azerbaijan moved into six villages held by Armenian forces in the Nagorno-Karabakh area. The Prime Minister of Armenia, Nikol Pashinyan, warned in a television broadcast that the two countries were “on the edge of war with unforeseeable consequences”. The President of Azerbaijan, Ilham Aliyev, declared martial law and called up reserve military. There have been calls for a ceasefire from Russia; however, Russia is generally thought to favor Armenia. The President of Turkey, Recep Tayyip Erdogan, has repeated his support for Azerbaijan.

Nikol Pashinyan

On September 30, 2020, the United Nations (UN) Security Council passed a unanimous resolution calling on Armenia and Azerbaijan to halt fighting in Nagorno-Karabakh and urgently resume talks without preconditions. There have been previous talks held under the leadership of the “Minsk Group” (Russia, France, USA), founded in 1994, of the Organization of Security and Cooperation in Europe (OSCE). However, these talks have not modified the ever-tense situation. On September 29, the Association of World Citizens sent an Appeal to the authorities of Armenia and Azerbaijan for a ceasefire and the start of negotiations in good faith.

Ilham Aliyev

The Nagorno-Karabakh issue arises from the post-Revolution, post-Civil War period of Soviet history when Joseph Stalin was Commissioner for Nationalities. Stalin came from neighboring Georgia and knew the Caucasus well. His policy was a classic ‘divide and rule’ carried out with method so that national/ethnic groups would need to depend on the central government in Moscow for protection. Thus, in 1922, the frontiers of Azerbaijan, Armenia and Georgia were hammered out of what was the Transcaucasia Federative Republic. (1)

Stepanakert, the capital city of Nagorno-Karabakh. (C) Kylar Loussikian

Nagorno-Karabakh, an Armenian majority area, was given a certain autonomy within Azerbaijan but was geographically cut off from Armenia. Likewise, an Azeri majority area, Nakhichevan, was created as an autonomous republic within Armenia but cut off geographically from Azerbaijan. Thus, both enclaves had to look to Moscow for protection. This was especially true for the Armenians. Many Armenians living in what had been historic Armenia, but which had become part of the Ottoman Empire, had been killed during the First World War by the Turks. Armenians living in “Soviet Armenia” had relatives and friends among those killed by the Turks, creating a permanent sense of vulnerability and insecurity. Russia was considered a historical ally of Armenia.

The flag of the Flag of the Armenian Soviet Socialist Republic.

These mixed administrative units worked well enough or, one should say, there were few public criticisms allowed until 1988, when the whole Soviet model of nationalities and republics started to come apart. In both Armenia and Azerbaijan, nationalistic voices were raised. A strong “Karabakh Committee” began demanding that Nagorno-Karabakh be attached to Armenia. In Azerbaijan, anti-Armenian sentiment was set aflame. Many Armenians who were working in the oil-related economy of Baku were under tension and started leaving. This was followed somewhat later by real anti-Armenian pogroms. Some 160,000 Armenians left Azerbaijan for Armenia and others went to live in Russia.

With the breakup of the Soviet Union and the independence of Armenia and Azerbaijan, tensions focused on Nagorno-Karabakh. In 1992, full-scale armed conflict started in and around Nagorno-Karabakh and went on for two years. During the two years of fighting, 1992-1994, at least 20,000 persons were killed and more than one million persons displaced. In 1994, there was a ceasefire largely negotiated by Russia. Nagorno-Karabakh has declared its independence as a separate State. No other State – including Armenia – has recognized this independent status, but in practice, Nagorno-Karabakh is a de facto State with control over its population and its own military forces. Some in Nagorno-Karabakh hope that the country might become the “Liechtenstein of the Caucasus”.

Azerbaijani refugees from Nagorno-Karabakh during the 1992-1994 war.

Armed violence has broken out before, especially in 2016. Many in Nagorno-Karabakh do not want to be at the mercy of decisions made in distant centers of power but to decide their own course of action. However, the recognition of Nagorno-Karabakh as an independent State raises the issue of the status of other de facto ministates of the area, such as Abkhazia and South Ossetia in Georgia and Transnistria in Moldova.

Finding appropriate administrative structures which will permit real trans-frontier cooperation between Nagorno-Karabakh, Azerbaijan and Armenia will not be easy, but it is a crucial step if peace is to be established. The Association of World Citizens has proposed forms of con-federation and trans-frontier mechanisms in such cases and will continue to make such proposals for Nagorno-Karabakh.

Note

1) For a good analysis of Stalin’s nationality policies, see Helene Carrere d’Encausse, The Great Challenge: Nationalities and the Bolshevik State 1917-1930 (New York: Holmes and Meier, 1992)

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

PRESS RELEASE – 20200914/Migrants and Refugees/Human Rights

In Africa, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Europe, Human Rights, Middle East & North Africa, Migration, NGOs, Press release, Refugees, Solidarity, Syria, The Search for Peace, Track II, United Nations, World Law on September 14, 2020 at 7:49 AM

Press Release

September 14, 2020

*

THE ASSOCIATION OF WORLD CITIZENS PROPOSES

INCREASED GOVERNMENTAL AND NONGOVERNMENTAL ACTION

FOR AN ENLIGHTENED POLICY

TOWARD MIGRANTS AND REFUGEES

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Recent events have highlighted the need for a dynamic and enlightened policy toward migrants and refugees. The refugee camp in Moria, on Lesbos Island, Greece, which burned to the ground on September 9, 2020, hosted over 13,000 refugees and migrants, most from Afghanistan with others from Pakistan, Iraq, Syria and an increasing number from West Africa. Among them were thousands of defenseless women and children, victims of war, violence and later from xenophobia, islamophobia and racism. Prior to the fire, the refugees were already living in poor conditions, in small tents on wet ground without clean drinking water or medical care.

Since the fire, most of the refugees in Moria, including newborn babies, have been sleeping in the streets while xenophobic locals harass them and armed policemen, known for their far-right sympathies, threaten them.

A second drama of refugees and migrants is being acted out in the French Department of Pas-de-Calais, as refugees try to reach England before December 31, 2020, when the United Kingdom leaves the European Union, thus ending the existing accords on refugees and migrants. Many have paid large sums of money for the possibility to reach England, often in unsafe makeshift boats.

The Association of World Citizens, along with other humanitarian organizations, has worked actively for world law concerning migrants and refugees – policies which need to be strengthened and, above all, applied respecting the dignity of each person: https://awcungeneva.com/2020/06/20/world-refugee-day/

PRESS RELEASE – 20200911/India & China/Peace/Track II

In Asia, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, NGOs, Solidarity, The Search for Peace, Track II, World Law on September 11, 2020 at 11:43 AM

Press Release

Paris, September 11, 2020

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TENSIONS ON THE INDIA-CHINA BORDER:

WHERE STATE DIPLOMACY HAS FAILED,

CITIZEN DIPLOMACY CAN SUCCEED

*

With tensions growing between India and China on their frontier, the Association of World Citizens (AWC) has proposed nongovernmental discussions between persons involved in conflict-resolution efforts in the two countries – which is called Track II diplomacy.

Track I is the activity of the regular State diplomatic services. In the current India-China tensions, there have been Track I efforts between military commanders on the frontier to reduce dangers of violence by miscalculation.  However, such talks do not deal with fundamental issues nor highlight topics on which negotiations are possible.

The AWC has a good number of contacts in India in academic and conflict resolution circles – much less in China due to the history of the World Citizen movement which has had strong support in India from the days of Jawaharlal Nehru on. The AWC’s Track II appeal has been widely sent to India and received strong encouragement: https://awcungeneva.com/2020/07/03/can-track-ii-efforts-reduce-china-india-frontier-tensions/.

Mali: More Instability in an Unstable Region

In Africa, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Human Rights, Humanitarian Law, International Justice, NGOs, Solidarity, Spirituality, The Search for Peace, Track II, United Nations, War Crimes, World Law on September 4, 2020 at 8:35 PM

By René Wadlow

The August 18, 2020 coup by Malian military leaders brought an end to the unstable government of Ibrahim Boubacar Keita, widely known by his initials IBK. He had come to power on March 22, 2012 in another military coup which had ended the administration of President Amadou Trouré. This 2012 coup highlighted the weakness of the government structures and the narrow geographic base of the administration’s power. This realization led to a revolt in the north of the country led by two rival Tuareg groups as well as Islamist militias of non-Tuareg fighters coming from other Sahel countries and northern Nigeria. Mali was effectively divided into two roughly equal half, each half about the size of France.

French troops were sent from France in January 2013 to prevent an expansion of the territory held by the Tuareg and the Islamists, but were not able to develop a stable administration.

Ibrahim Boubacar Keita

Mali had been poorly administered since its independence in 1960. Economic development had been guided by political and ethnic considerations. During the French colonial period, from the 1890s to 1960, the French administration was based in Dakar, Senegal, a port on the Atlantic with secondary schools, a university, and an educated middle class. Mali was considered an “outpost” (called French Sudan at the time) and largely governed by the French military more interested in keeping order than in development.

IBK’s administration was widely criticized by much of the population for its incompetence, favoritism, and corruption especially by family members such as his son Karim Keita. Islamist groups remained powerful in parts of the north and central Mali. The whole Sahel area, in particular the frontier area of Mali, Niger, and Burkina Faso still has powerful and violent Islamist militias. This instability is an increasing menace to the coastal countries of Togo, Benin, and Cote d’Ivoire.

Over the past year, discontent with IBK has led to a loose coalition of opposition groups known by the title M5 – RFP, of which the conservative Islamic imam Mahmoud Dicko is a leading figure.

French soldiers deployed in Mali

For the moment, the Mali military leaders have formed the Comité national pour le salut du peuple (The National Committee for the Salvation of the People). It is led by Col. Assimi Gaita, a special forces leader. The Committee has said that it is forming a military-civil transitional government that will lead to elections in nine months.

The challenges facing Mali and the wider Sahel area are great, in large measure linked to the lack of socio-economic development, economic stagnation, and poor administration. The situation is made worse by the consequences of global warming and persistent drought. The military are not trained to be development workers. A broad cooperative effort of all sectors of the population is needed. Will the military be able to develop such a broadly-based cooperative effort? Mali and the Sahel merit close attention.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

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