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Les Citoyens du Monde Refusent l’Expulsion de Jeunes Militants Égyptiens par la France

In Being a World Citizen, Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa, Solidarity, World Law on March 28, 2014 at 7:25 PM

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LES CITOYENS DU MONDE REFUSENT L’EXPULSION DE JEUNES MILITANTS ÉGYPTIENS PAR LA FRANCE

L’Association of World Citizens, Organisation Non-Gouvernementale dotée du Statut Consultatif aux Nations Unies et accréditée auprès du Conseil des Droits de l’Homme, appelle le Gouvernement de la République française à honorer la tradition historique et constitutionnelle de la France en renonçant à toute poursuite, pénale ou administrative, contre les jeunes Egyptiens qui ont été arrêtés le 25 janvier dernier après avoir protesté pacifiquement devant l’Ambassade d’Egypte à Paris.

Depuis 1948 et les débuts de notre mouvement, nous, Citoyens du Monde, avons toujours œuvré pour le respect des Droits de l’Homme pour toutes et tous, au-delà de toutes les frontières, qu’elles soient nationales, politiques, religieuses ou autres.

Avant les révolutions arabes, le mot « frontière » était un symbole des régimes en place en Tunisie, en Egypte et ailleurs. Assumant un rôle de gardes-frontières pour des pays occidentaux qui n’étaient pas pressés d’accueillir des migrants en provenance d’Afrique du Nord, les régimes répressifs obligeaient souvent celles et ceux qui n’avaient d’autre choix que de fuir la misère, ou la persécution, souvent les deux, à « brûler » les frontières, à devenir ce que la langue arabe appelle « harraga », une personne qui « brûle » la frontière de son pays, et avec, toute sa vie passée.

Aujourd’hui, la décision des autorités françaises de renvoyer en Egypte des jeunes gens qui, ici en France, ne cherchaient qu’à faire usage de la liberté d’expression que consacrent tant la Constitution française que les engagements internationaux de la France en matière de Droits de l’Homme est incompréhensible. Nous voulons que les frontières ne soient pas des murs pour les migrants, mais pour ce qui est du respect des Droits de l’Homme, nous refusons que les frontières nationales ne s’ouvrent, comme c’est apparemment le cas ici, que pour laisser entrer la répression.

En voyant nos différentes structures – associations, syndicats, partis politiques et autres, unir ainsi leurs forces aujourd’hui, nous sommes certains que le Gouvernement de la France finira par nous entendre et par se montrer digne des valeurs de respect des normes universelles de Droits de l’Homme qui sont celles de ce pays, ces normes universelles qui, avec l’adoption de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme au Palais de Chaillot, ont pris naissance en 1948 ici même, à Paris.

Professeur René WADLOW, Président

Bernard HENRY, Officier des Relations Extérieures du Bureau de Représentation auprès de l’ONU à Genève

http://www.worldcitizensunited.orghttp://www.awcungeneva.comawcungeneva@yahoo.fr

Le droit universel à la fraternité

In Being a World Citizen, Cultural Bridges, Fighting Racism, Human Rights, Solidarity, The Search for Peace, Uncategorized, World Law on February 11, 2014 at 9:25 PM

LE DROIT UNIVERSEL A LA FRATERNITE

Par Bernard Henry

(D’après « The Universal Right to Brotherhood », du même auteur :

https://awcungeneva.com/2014/02/10/the-universal-right-to-brotherhood/)

En tant qu’Organisation Non-Gouvernementale (ONG) dotée du Statut Consultatif auprès de l’ONU et active au sein du Conseil des Droits de l’Homme, l’Association of World Citizens a toujours défendu les Droits de l’Homme partout dans le monde, tous les Droits de l’Homme, qu’ils soient civils, politiques, économiques, sociaux, culturels ou autres, tels que ceux plus récemment reconnus au développement et à un environnement sain.

Depuis le début de la décennie, le désir mondial de Droits de l’Homme est plus visible que jamais auparavant. Mais les nombreux auteurs de violations auxquels le peuple du monde doit faire face – les gouvernements des Etats, les corporations multinationales, les groupes politiques non-étatiques, armés ou non – balaient ouvertement les Droits de l’Homme comme étant de simples revendications politiques qui en valent d’autres, leur refusant le moindre caractère de prérogatives universelles reconnues en droit international.

Parfois même, les gouvernements répressifs et autres entités qui le sont tout autant vont jusqu’à prétendre qu’ils agissent au nom même des Droits de l’Homme, accusant en cela leurs critiques et leurs opposants d’attenter eux-mêmes aux Droits de l’Homme.

C’est comme si chacun ne revendiquait plus les Droits de l’Homme qu’à son seul profit, ignorant superbement autrui et considérant les Droits de l’Homme comme étant tout ou rien – mes droits ou les leurs, l’un ou l’autre mais pas les deux. Rien ne saurait être plus contraire à l’idée même de défense des Droits de l’Homme.

Le Préambule de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, depuis 1948 clé de voûte du droit international des Droits de l’Homme, affirme très clairement qu’une protection effective des Droits de l’Homme par la loi est essentielle « pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression ». Même si certains peuvent voir en les Droits de l’Homme une question trop « conflictuelle » à aborder, ignorer ou renier les Droits de l’Homme rend bel et bien impossible à toute personne, tout gouvernement, ou toute autre entité que ce soit, d’espérer en tout bon sens atteindre une quelconque paix ou un quelconque progrès dont il ou elle puisse tirer parti.

L’Article Premier de la Déclaration se fait encore plus explicite sur ce point :

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

Fraternité – c’est bien là le mot qui compte, car c’est là tout ce que les Droits de l’Homme veulent dire.

Se soucier de son prochain, un être humain comme soi-même. Accorder de l’importance à la vie, la liberté, la sécurité d’un ou d’une autre autant qu’aux siennes propres. Vouloir faire le bien des autres plutôt que de concevoir sa propre vie comme un combat permanent et inexorable contre tous. C’est cela, vivre « dans un esprit de fraternité », et partant de là, respecter les Droits de l’Homme, à commencer par le plus essentiel d’entre eux – le droit à la fraternité.

Même s’il est devenu très à la mode de chercher des noises à autrui en invoquant les Droits de l’Homme, se conduire ainsi n’a aucun sens, dans la mesure où la défense des Droits de l’Homme doit être par essence inclusive et jamais sectaire. Lorsque l’on reconnait le droit à la fraternité en tant que droit inaliénable devant être garanti à toutes et à tous, l’on en vient tout naturellement à reconnaître tous les autres droits consacrés par la Déclaration et par bien d’autres instruments internationaux de Droits de l’Homme – civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.

La Déclaration universelle des Droits de l'Homme en langue française, langue maternelle de son principal créateur, le Français René Cassin.

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme en langue française, langue maternelle de son principal artisan, le Français René Cassin.

Dans la droite ligne de ce principe, la Déclaration se termine sur trois articles rappelant la primauté du droit à la fraternité sur tous les autres :

Article 28

« Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la présente Déclaration puissent y trouver plein effet. »

Bien évidemment, cela veut dire que chacun a droit à la paix, et plus évident encore, il ne peut y avoir de paix sans la fraternité.

Article 29

« 1. L’individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa personnalité est possible. 

2. Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique. 

3. Ces droits et libertés ne pourront, en aucun cas, s’exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations Unies. »

Peut-on être plus clair ? L’on ne peut jouir de ses droits qu’au sein de la communauté humaine, « dans un esprit de fraternité », donc, ni en dehors de la communauté ni contre la communauté.

Article 30

« Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés. »

La plus forte, et la plus logique, conclusion possible à une déclaration universelle des droits – les droits ne peuvent être revendiqués, à plus forte raison utilisés, pour faire du tort à qui que ce soit, ce en aucune circonstance. En d’autres termes, si vous ne reconnaissez pas le droit à la fraternité, vous ne pouvez tout simplement pas vous prévaloir de vos droits du tout.

Jargon juridique mis à part, ce n’est là rien d’autre que ce que disait déjà Albert Schweitzer lorsqu’il a créé son concept de Respect de la Vie (Ehrfurcht vor dem Leben). Dans son livre paru en 1923, La Civilisation et l’Ethique, Schweitzer résumait ce concept ainsi : « L’éthique n’est rien d’autre que le Respect de la vie. Le Respect de la vie me fournit le principe fondamental de la morale, à savoir que le bien consiste à entretenir, assister et mettre en valeur la vie, et que détruire la vie, lui faire du tort ou y faire obstacle est mal. »

En un temps où il n’existait aucune véritable institution politique ou juridique au niveau mondial, ce qui s’en rapprochait le plus étant une Société des Nations bâtie pour l’essentiel sur des vœux pieux et dénuée de tout pouvoir de promulguer des lois, Schweitzer proclamait déjà, de la manière la plus claire qui puisse être, le droit universel à la fraternité.

En 1952, la philosophie de "Respect de la Vie" valut à Albert Schweitzer le Prix Nobel de la Paix.

En 1952, la philosophie du “Respect de la Vie” valut à Albert Schweitzer le Prix Nobel de la Paix.

Plus le « respect », selon l’idée que Schweitzer s’en faisait, du droit à la fraternité est important, plus l’oppression et l’injustice ont du mal à s’installer dans une société. Que l’on se batte contre une dictature, que l’on engage le combat contre des politiciens qui propagent le racisme, que l’on manifeste pour un salaire décent, que l’on dispense un enseignement à des enfants démunis ou que l’on fournisse à un village isolé l’accès à l’eau potable, l’on affirme une seule et même chose : nous sommes citoyens du monde entier, l’humanité est notre famille, et en tant qu’êtres humains, nous avons le droit de vivre en famille avec nos frères sur la Terre.

Bernard Henry est Officier des Relations Extérieures du Bureau de Représentation auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens.

The Universal Right to Brotherhood

In Being a World Citizen, Cultural Bridges, Fighting Racism, Human Rights, Solidarity, The Search for Peace, World Law on February 10, 2014 at 7:47 PM

THE UNIVERSAL RIGHT TO BROTHERHOOD

By Bernard Henry

As a Nongovernmental Organization (NGO) in Consultative Status with the United Nations (UN) and accredited with the UN Human Rights Council, the Association of World Citizens has always stood up for human rights everywhere in the world, all human rights, whether civil, political, economic, social, cultural or others, such as the more recently recognized rights to development and to a sound environment.

Since the beginning of this decade, the global yearning for human rights has been more visible than ever before. But the many violators to whom the people of the world have had to stand up – national governments, multinational corporations, non-state political groups, whether armed or not – have been openly dismissing human rights as mere political claims pro se, denying these may ever be a universal prerogative officially recognized in international law.

Sometimes repressive governments or other entities even claim to be acting in the very name of human rights, accusing their critics and opponents of being themselves human rights offenders.

It looks like everybody is now claiming human rights for their sole benefit, totally leaving out others and viewing human rights as a zero-sum game – my rights or theirs, it can’t be both. That is completely out of line with the concept of human rights advocacy.

The Preamble to the Universal Declaration of Human Rights, since 1948 the cornerstone of international human rights law, makes it clear that effective legal protection of human rights is essential “if man is not to be compelled to have recourse, as a last resort, to rebellion against tyranny and oppression”. Even though some people may think of human rights as an overly “divisive” issue to deal with, ignoring or rejecting human rights makes it impossible for any person, government, or other to sensibly hope to achieve any peace or progress for their own enjoyment.

Article 1 of the Declaration is even more explicit about it:

“All human beings are born free and equal in dignity and rights. They are endowed with reason and conscience and should act toward one another in a spirit of brotherhood.”

Brotherhood – that is the one word that counts, for that is just what human rights are all about.

Caring for one’s fellow human being. Valuing another person’s life, liberty, and safety like one’s own. Wishing well on others rather than thinking of one’s own life as an inescapable, permanent fight against everybody else. That is what it means to live “in a spirit of brotherhood”, and accordingly, to respect human rights, starting with the most essential of them all – the right to brotherhood.

Although it has become fashionable to antagonize others while citing human rights, a conduct like that makes no sense, as the defense of human rights shall be by essence inclusive, never sectarian. In recognizing the right to brotherhood as an inalienable right to be guaranteed for everyone, one naturally comes to recognize all other rights enshrined in the Declaration and other international human rights instruments – civil, political, economic, social and cultural.

The Universal Declaration of Human Rights in French, the mother tongue of its main initiator, Frenchman René Cassin.

In line with this principle, the Declaration ends with three articles that recall the primacy of the right to brotherhood over all other rights:

Article 28

“Everyone is entitled to a social and international order in which the rights and freedoms set forth in this Declaration can be fully realized.”

Obviously, this means everyone has a right to peace, and more obviously still, there can be no peace without brotherhood.

Article 29

“(1) Everyone has duties to the community in which alone the free and full development of his personality is possible.

(2) In the exercise of his rights and freedoms, everyone shall be subject only to such limitations as are determined by law solely for the purpose of securing due recognition and respect for the rights and freedoms of others and of meeting the just requirements of morality, public order and the general welfare in a democratic society.

(3) These rights and freedoms may in no case be exercised contrary to the purposes and principles of the United Nations.”

Clear as day. Rights are there to be enjoyed within the human community, “in a spirit of brotherhood”, thus neither apart from the community nor against the community.

Article 30

“Nothing in this Declaration may be interpreted as implying for any State, group or person any right to engage in any activity or to perform any act aimed at the destruction of any of the rights and freedoms set forth herein.”

The strongest, most logical possible conclusion to a universal declaration of rights – rights can never be claimed, let alone used, to do any harm to anyone under any circumstances. In other words, if you don’t recognize the right to brotherhood, you just cannot claim any rights at all.

All legalese aside, that is just what Albert Schweitzer was already saying when he developed his concept of Reverence for Life (Ehrfurcht vor dem Leben). In his 1923 book Civilization and Ethics, Schweitzer outlined the concept in these words: “Ethics is nothing other than Reverence for Life. Reverence for Life affords me my fundamental principle of morality, namely, that good consists in maintaining, assisting and enhancing life, and to destroy, to harm or to hinder life is evil.”

At a time when there was no real global political or legal institution in existence, the closest thing to it being a League of Nations largely built on wishful thinking and with no lawmaking powers, Schweitzer was already asserting, in the plainest possible manner, the universal right to brotherhood.

In 1952 Albert Schweitzer was awarded the Nobel Peace Prize for his philosophy of “Reverence for Life”.

The greater the “reverence”, as Schweitzer said, for the right to brotherhood, the harder it gets for oppression and injustice to settle down. Whether fighting a dictatorship, confronting racist politicians, demonstrating for decent wages, teaching poor children or providing a remote community with access to clean water, it all comes down to stating loud and clear this one universal claim: We are citizens of one world, humanity is our family, and as human beings, we all have a right to family life with our brothers on earth.

Bernard Henry is External Relations Officer of the Representative Office to the United Nations in Geneva of the Association of World Citizens.

M.K. Gandhi: “The Free Spirit: One and manifold”

In Anticolonialism, Asia, Being a World Citizen, Conflict Resolution, Cultural Bridges, The Search for Peace on January 30, 2014 at 1:41 PM

M. K. GANDHI: “THE FREE SPIRIT: ONE AND MANIFOLD”

By René Wadlow

I do daily perceive that while every thing around me is ever changing, ever dying, there is underlying all that change, a living power that is changeless, that holds all together, that creates, dissolves, and re-creates.  That informing power or spirit is God. I see it as purely benevolent, for I can see in the midst of death, life persists.  In the midst of untruth, truth persists.  In the midst of darkness, light persists.  Hence I gather that God is life, God is light, God is love. God is the supreme good.”

Mahatma Gandhi

On the anniversary of the assassination of Mahatma Gandhi, January 30, we still try to find peaceful ways to resolve conflicts.  Mahatma Gandhi was a man of dialogue and compromise.  A British-trained lawyer, he always knew the limits of the law and when not to push too far or ask for more than what could be seen as reasonable to the authorities in South Africa or British-controlled India even if the authorities were not willing to accept the demands at the time.

Yet what does one do when opponents refuse dialogue and when events move so fast that no compromise seems possible?  These questions are crucial as difficult negotiations on the armed conflict in Syria have started in Switzerland — first one day in the calm of the resort Montreux on Lake Geneva with some 40 states present, some directly involved, others to give moral support to the UN-led negotiations. The negotiations then moved to the UN’s Palais des Nations in Geneva and, no doubt, to restaurants for small groups.

To make matters more complex, some key actors are not officially there, though they are not very hidden in the shadows: Iran has a large mission to the UN in Geneva; the Kurds from Syria-Iraq-Turkey- and Iran have a permanently strong presence in Geneva and gather from outside when events merit; there is a large community of people from Lebanon — some bankers but also, no doubt, representative from Hezbollah as well.  The foothills of the Alps above Montreux have long been the home of international arms merchants — though the arms are stocked elsewhere. If they were unable to make sales on the sideline of the Montreux meeting, they can afford to drive to Geneva to see what factions may want to buy arms which they cannot receive supplied by governments.

Among the dangerous aspects of the armed conflict in Syria is the extent to which all factions use images of the “eternal enemy” — Arabs and Iranians, Kurds and Arab, Christian, Alawit and Muslim, Sunni and Shia.  These enemy images make compromise all the more difficult.  It is sad to see the writing of history deformed, intellectual short cuts taken, the media used to strengthen prejudice rather than to inform.

Thus for the anniversary of Gandhi’s assassination, carried out by a narrow Hindu to cut short Gandhi’s efforts at Hindu-Muslim reconciliation in the middle of the Partition Riots, it is useful to recall the appeal of Romain Rolland, biographer of Tolstoy, Gandhi, Ramakrishna and Vivekananda, who Gandhi visited on his journey to Europe.  In 1919, shortly after the end of the First World War which had divided the intellectual community, Romain Rolland wrote to a wide range of intellectuals to raise the Arch of the Free Spirit.

When asked once by his fellow Hindus to allow retaliatory action against India's Muslims after sectarian violence struck the Hindu community, Mohandas Karamchand Gandhi, the Mahatma, had this to say about revenge: "An eye for an eye only ends up making the whole world blind."

When asked once by his fellow Hindus to allow retaliatory action against India’s Muslims after sectarian violence had struck the Hindu community, Mohandas Karamchand Gandhi, the Mahatma, had this to say about revenge: “An eye for an eye only ends up making the whole world blind.”

“To the pestilence which is corroding in body and spirit, thinkers and artists have added an incalculable amount of poisoned hate; they have searched in the arsenal of their knowledge, their memory and their imagination for old and new reasons, historical, scientific, logical and poetic reasons, for hating; they have laboured to destroy love and understanding. And in so doing they have disfigured, dishonoured, debased and degraded Thought, whose ambassadors they were. They have made it an instrument of passions and (perhaps without knowing it) of the egotistic interests of a social or political clan, of a state, of a country or a class…

“Let us extricate the spirit from these humiliating alliances, this secret slavery!… We serve Truth alone, which is free, with no frontiers, with no limits, with no prejudices of race or caste.  Of course, we shall not dissociate ourselves from the interests of Humanity!  We shall work for it, but for it as a whole. We do not recognise nations.  We recognise the People — one and universal — the People who suffer, who struggle, who fall and rise again and who ever march forward on the rough road, drenched with their sweat and their blood — the People comprising all men, all equally our brothers.  And it is in order to make them, like ourselves, aware of this fraternity, that we raise above their blind battles the Arch of Alliance, of the Free Spirit, one and manifold, eternal.”[i]

* * *

Prof. René Wadlow is President and Chief Representative to the United Nations in Geneva of the Association of World Citizens.


[i] Quoted from Rolland and Tagore (Calcutta: Visva-Bharati, 1945, pp 20-24)

World Citizenship: Forerunners of a Great Political Era

In Being a World Citizen, Human Rights, Introductory, United Nations on December 15, 2013 at 8:12 PM

WORLD CITIZENSHIP: FORERUNNERS OF A GREAT POLITICAL ERA

By René Wadlow

As the German sociologist Max Weber wrote just after the First World War, “We shall not succeed in banishing that which besets us — the sorrow of being born too late for a great political era — unless we understand how to become the forerunner of an even greater one”.

Our generation, which came after the events leading to the Second World War, followed by the creation of the United Nations (UN), and then by the ending of Western European colonialism in Asia and Africa, has only been able to make alive the institutions of the earlier generation, but never to the extent that the earlier generation hoped.

This is particularly true within the UN. The generation of the founders in 1945 hoped to modify in depth inter-State relations and the balance-of-power mechanisms which had led to the Second World War.

Max Weber (1964-1920) is recognized as one of the founders of sociology as we know it today.

Max Weber (1964-1920) is recognized as one of the founders of sociology as we know it today.

Yet the balance-of-power was the framework for the 1945-1990 Cold War. While the balance-of-power has now been modified with the disintegration of the USSR, the balance-of-power as a method of international policy-setting has not changed. The United Nations has not been able to modify in depth the balance-of-power framework.

The crisis we face today is not about the administration of the UN but about how to deal with the emerging world society in which there is still poverty and violence with often a lack of willingness to help those in need.

Citizens of the World stress the need for certain common values among all the States and peoples of the world, such as the values set out in the Universal Declaration of Human Rights. Such values must be based on a sense of common responsibility for both present and future generations.

In December 1948 Eleanor Roosevelt, widow of U. S. President Franklin Delano Roosevelt, was truly the driving force behind the adoption by the UN General Assembly of the Universal Declaration of Human Rights.

In December 1948 Eleanor Roosevelt, widow of U. S. President Franklin Delano Roosevelt, was truly the driving force behind the adoption by the UN General Assembly of the Universal Declaration of Human Rights.

Through dialogue among world citizens, the foundations for the values of the emerging world society are being set. Dialogue has to do with trust. To have true dialogue, people have to trust each other enough to reveal the deeply held beliefs that lie behind their surface opinions. Then, they can question each other’s assumptions and begin to establish a context for shared thinking and action.

The forerunners of a true world society are at work, setting the foundations of the new era. This leadership will come ever more into the public light.

Prof. René Wadlow is President and Chief Representative to the United Nations Office at Geneva of the Association of World Citizens.

Nelson Mandela and the Struggle for Universal Human Rights

In Africa, Anticolonialism, Being a World Citizen, Current Events, Fighting Racism, Human Rights, International Justice, The Search for Peace, Uncategorized, World Law on December 10, 2013 at 12:43 PM

NELSON MANDELA AND THE STRUGGLE FOR UNIVERSAL HUMAN RIGHTS

By René Wadlow

 

It is appropriate that a major part of the commemoration for Nelson Mandela should fall on December 10, the anniversary of the Universal Declaration of Human Rights. Mandela was both a major actor in developing human rights in South Africa and a symbol of the worldwide struggle for the respect of human rights.  Pressure from human rights groups worldwide played an important part in his release from prison in 1990 as well as bringing an end to the deeply entrenched system of apartheid that enforced racial segregation in every aspect of South African life.

The efforts on the part of the Afrikaner-led National Party Government to enforce apartheid and to prevent opposition had led to many violations of human rights in South Africa: limits on press and expression, on the freedom of association, and the right to fair trial. Therefore, the dismantling of the apartheid system was a necessary pre-requisite for the establishment of the rule of law and respect for human rights.

Nelson Mandela led the efforts to end apartheid, a victory without the blood bath that so many had predicted and feared. He led on the path of constructive reconciliation and an inclusive society.

There is still much to do to develop equality of opportunity in South African society.  Years of discrimination, of lack of education and training, of lack of access to resources leave deep structural divides.  However, much has been undertaken, and South Africa has the potential to be an economic and political leader in Africa.

Nelson Mandela is an example of courage and conviction to secure human rights, both in his own country and worldwide, an example of the long and continuing efforts needed for human freedom.

Prof. René Wadlow is President and Chief Representative to the United Nations Office at Geneva of the Association of World Citizens.

 

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Can Persistent Racism be a Prelude to Genocide?

In Being a World Citizen, Fighting Racism, Human Rights, International Justice, The Search for Peace, United Nations, War Crimes, Women's Rights, World Law on December 9, 2013 at 1:31 PM

CAN PERSISTENT RACISM BE A PRELUDE TO GENOCIDE?

An Interrogation to Mark the Anniversary of the Genocide Convention

By René Wadlow

December 9 is the anniversary of the 1948 Convention on Genocide, signed at the UN General Assembly held in 1948 in Paris. The Genocide Convention was signed the day before the proclamation on December 10, 1948 of the Universal Declaration of Human Rights. The two texts were much influenced by the Second World War. The crimes of Nazi Germany were uppermost in the minds of those who drafted the Convention in order to deal with a new aspect of international law and the laws of war.

The protection of civilians from deliberate mass murder was already in The Hague and Geneva Conventions of international humanitarian law. However, genocide is different from mass murder. Genocide is the most extreme consequences of racial discrimination and ethnic hatred. Genocide has as its aim the destruction, wholly or in part, of national, ethnic, racial or religious group as such. The term was proposed by the legal scholar Raphael Lemkin, drawing on the Greek genos (people or tribe) and the Latin cide (to kill)[i].

Mass deaths are not genocide. The largest number of deaths since the end of the Second World War was the failure of Chinese agricultural policies between 1958 and 1962 with over 20 million deaths, but the aim was not to destroy the Chinese as a people. Likewise, the destructive famine in Ukraine 1932-1933 with its seven million dead had a political motivation to reduce opposition but not to destroy the Ukrainians as a people. The United States-led war in Vietnam killed some two million Vietnamese, but the aim was not to destroy the Vietnamese as a people.

Genocide in the sense of a desire to eliminate a people has nearly always a metaphysical aspect as well as deep-seated racism. This was clear in the Nazi desire to eliminate Jews, first by forced emigration from Europe and, when emigration was not possible, by physical destruction.

With the horrendous Jewish Holocaust committed by Nazi Germany in mind, on December 9, 1948 the UN General Assembly made genocide the subject matter of the very first human rights instrument created by the World organization, one day before even the Universal Declaration of Human Rights was adopted by the Assembly in Paris.

With the horrendous Jewish Holocaust committed by Nazi Germany during World War II in mind, on December 9, 1948 the UN General Assembly made genocide the subject matter of the very first human rights instrument created by the World organization, one day before even the Universal Declaration of Human Rights was adopted by the Assembly in Paris.

We see a desire to destroy totally certain tribes in the Darfur conflict in Sudan that did not exist in the much longer and more deadly North-South Sudan Civil War (1956-1972, 1982-2005). Darfur tribes are usually defined by “blood lines” — marriage and thus procreation is limited to a certain population, either within the tribe or with certain other groups with which marriage relations have been created over a period of time. Thus children born of rape — considered ‘Janjaweed babies ‘— after the government-sponsored Janjaweed militias— are left to die or are abandoned. The raped women are often banished or ostracized. By attacking both the aged, holders of traditional knowledge, and the young of child-bearing age, the aim of the destruction of the continuity of a tribal group is clear.

We find the same pattern in some of the fighting in the eastern provinces of the Democratic Republic of Congo where not only are women raped but their sexual organs are destroyed so that they will not be able to reproduce.

Thanks to the efforts of Raphael Lemkin, the international community does have a legal instrument to deal with genocide and punish perpetrators whenever necessary. The only trouble is that in this day and age, "genocide" has still not become an anachronism in global affairs.

Thanks to the efforts of Raphael Lemkin, the international community does have a legal instrument to deal with genocide and punish the perpetrators thereof. It is a shame, though, that in this day and age, “genocide” has still not become an anachronism in global affairs.

Article VIII of the Genocide Conventions provides that “Any Contracting Party may call upon the Competent Organs of the United Nations to take such action under the Charter of the UN as they consider appropriate for the prevention and suppression of acts of genocide or any of the other acts enumerated in article III”. Unfortunately no State has ever done so.

Thus we need to look more closely at the ways in which deep-set racism and constant and repeated accusations against a religious, ethnic or social category can be a prelude to genocide.

 

Prof. René Wadlow is President and Chief Representative to the United Nations Office at Geneva of the Association of World Citizens.

 


[i] Raphael Lemkin, Axis Rule in Occupied Europe (Washington: Carnegie Endowment for World Peace, 1944)

For good overviews see:

Walliman and Dobkowski (Eds), Genocide and the Modern Age (New York: Greenwood Press, 1987)

F. Chalk, K. Jonassohn, The History and Sociology of Genocide (New Haven: Yale University Press, 1990)

G.J. Andreopoulos (Ed), Genocide Conceptual and Historical Dimensions Philadelphia (University of Pennsylvania Press, 1994)

Samantha Power, A Problem from Hell: America and the Age of Genocide (New York: Basic Books, 2002)

John Tirman, The Death of Others (New York: Oxford University Press, 2011)

J’étais là

In Being a World Citizen, Current Events, Fighting Racism, Human Rights, Solidarity on December 2, 2013 at 11:24 AM

J’ETAIS LA

Par Bernard Henry

Samedi 30 novembre 2013. Me voici de retour chez moi à Suresnes. Je viens de participer à la Grande Marche contre le Racisme organisée à Paris par un certain nombre d’associations, dont Amnesty International avec laquelle j’ai moi-même marché.

On nous avait dit de ne pas aller marcher à Paris, car cette marche ne serait qu’une manœuvre de diversion du Parti Socialiste pour cacher les mauvais résultats de l’action du Gouvernement. On nous avait encore dit, du côté du Front National et des islamistes, extrêmes qui comme toujours se rejoignent, qu’il était « inutile » d’aller ainsi marcher – comme quoi il est toujours « utile », en tout état de cause, de se demander à qui profite le crime, en l’occurrence le racisme.

Moi-même, j’étais sollicité pour deux autres événements aujourd’hui, et avec la marche, cela m’en faisait trois parmi lesquels il me fallait choisir.

Je n’ai pas choisi, tout au long de mon existence, de subir des injures et des attaques sur le fait que je sois handicapé, ou que je sois juif, ou que je sois d’origine étrangère (du côté maternel, ce qui explique mon nom français car seul mon père l’était). Celle que j’aime, ses enfants d’une précédente union et nombre de mes ami(e)s n’ont pas choisi non plus de subir les mêmes choses parce que leur peau est plus mate, leur nom plus difficile à prononcer et leur appétit mis entre parenthèses en journée pendant un mois chaque été.

De même, Christiane Taubira, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, ne s’est vue laisser aucun choix lorsque d’aucuns l’ont comparée à un animal parce qu’elle a la peau noire, si courageux de leurs idées qu’ils ont parfois envoyé le faire à leur place leurs enfants dont ils ont ainsi pollué l’esprit. Même les Nations Unies ont condamné ces attaques contre elle[i].

Dans l’émission Envoyé Spécial de France 2, une candidate investie pour les prochaines municipales par le Front National, parti français d’extrême droite, a montré avec fierté un odieux montage photo de sa composition dans lequel elle compare la Ministre française de la Justice à un singe parce qu’elle est de couleur noire.

Dans l’émission Envoyé Spécial de France 2, une candidate investie pour les prochaines municipales par le Front National, parti français d’extrême droite, a montré avec fierté un odieux montage photo de sa composition dans lequel elle compare la Ministre française de la Justice à un singe parce qu’elle est de couleur noire.

Il n’était donc qu’un seul endroit où je pouvais et devais me trouver aujourd’hui, et cet endroit, c’était l’espace qui sépare la Place de la République de la Place de la Bastille à Paris, cet espace qui a accueilli la Grande Marche contre le Racisme.

Abraham Lincoln, le Président des Etats-Unis qui a aboli l’esclavage dans son pays, ayant payé de sa vie son courage politique, a dit un jour : « On peut tromper quelques personnes pendant quelques temps ; on peut tromper tout le monde pendant quelques temps ; mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps ».

En matière de lutte contre le racisme, Lincoln reste une référence dans l’histoire américaine et mondiale. Si les Etats-Unis ont cessé de prendre pour acquis qu’un être humain pouvait être la propriété d’un autre en raison de sa seule couleur de peau, c’est grâce à lui.

Dans l’opinion publique française, les discours racistes ont acquis au cours des derniers mois une popularité inquiétante. Mais la résistance existe et n’a pas peur de s’afficher.

Dans l’opinion publique française, les discours racistes ont acquis au cours des derniers mois une popularité inquiétante. Mais la résistance existe et n’a pas peur de s’afficher.

Aujourd’hui, la France connaît à nouveau, comme avant la Seconde Guerre Mondiale puis dans les années 1950, une montée de l’insanité raciste et des agressions envers celles et ceux qui ne ressemblent pas à la majorité. La Grande Marche contre le Racisme de cet après-midi a démontré que la population n’était pas unanime, loin s’en faut, à suivre ce mouvement de folie.

Elle réagit. Nous réagissons, toutes et tous ensemble. Nous disons non au racisme, non à la fatalité historique qui vouerait la France à la haine de l’autre. Mais pour capital qu’il était d’y prendre part, cette marche n’est en tout et pour tout qu’un instant. Elle n’est pas une finalité.

C’est chaque jour qu’il faut agir, c’est ensemble qu’il faut agir. C’est ainsi que les tenants de la haine comme instrument politique finiront par comprendre que leurs intrigues ne seront pas couronnées de succès.

C’est ce qu’avait compris, cent ans après Lincoln aux Etats-Unis, Martin Luther King, lui aussi assassiné parce qu’il voulait mettre fin au racisme dans son pays. Le Révérend savait combien l’inaction, le renoncement, le fatalisme étaient nuisibles à la lutte contre le sectarisme et l’injustice. Parmi ses nombreuses maximes passées à la postérité, il y a celle-ci :

« A la fin, nous nous souviendrons non pas des mots de nos ennemis, mais des silences de nos amis. »

« On ne peut pas continuer comme ça », ai-je entendu Geneviève Garrigos, Présidente d’Amnesty International France, déclarer à une journaliste de BFM TV. J’étais là. Je l’ai entendue le dire à deux mètres de moi. J’étais là, quand d’autres l’auront entendue plus tard à la télévision. Si par bonheur, Geneviève les a convaincus, qu’ils passent à l’action à leur tour, sans quoi encore plus tard, peut-être, sera trop tard.

Bernard Henry est Officier des Relations Extérieures du Bureau de Représentation auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens.


Sergio Vieira de Mello, un héros des Droits de l’Homme

In Being a World Citizen, Human Rights, Middle East & North Africa, The Search for Peace, United Nations, World Law on August 18, 2013 at 10:01 PM

SERGIO VIEIRA DE MELLO, UN HEROS DES DROITS DE L’HOMME

Par Bernard Henry

Il y a dix ans jour pour jour, le 19 août 2003, Sergio Vieira de Mello trouvait la mort dans l’attentat contre l’Hôtel Canal à Bagdad.

Citoyen brésilien, francophone de culture, Sergio Vieira de Mello s’était imposé au plus haut du système de l’ONU comme un incontournable des missions de maintien de la paix et de nation-building, dans ces années 1990 qui avaient vu la redistribution des cartes au niveau mondial et l’émergence de nouvelles urgences dans des pays où les conflits gelés par la Guerre Froide avaient repris leurs droits.

Après s’être illustré aux côtés de Bernard Kouchner au Kosovo, Sergio Vieira de Mello avait pris la suite de l’ancienne Présidente irlandaise Mary Robinson au poste de Haut Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, couronnement d’une carrière consacrée exclusivement à ce domaine dans diverses instances onusiennes, en particulier au sein du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés.

Devenu Haut Commissaire, Sergio Vieira de Mello n’a pas ménagé ses efforts pour renforcer un Haut Commissariat encore jeune et mal armé pour réagir rapidement aux atteintes aux Droits de l’Homme qui lui étaient signalées. Il aimait le contact et la coopération étroite avec les représentants d’organisations non-gouvernementales, dont l’AWC.

Après que la « coalition » menée par les Etats-Unis a envahi l’Irak en mars 2003, court-circuitant le Conseil de Sécurité de l’ONU et prétendant rechercher des armes de destruction massives qu’aurait détenu le régime de Saddam Hussein, il a bien fallu que Washington et ses alliés admettent deux évidences. D’une part, les fameuses armes de destruction massive qu’une entrée en force en Irak permettrait à coup sûr de trouver, là où les experts internationaux affirmaient pourtant dès 2002 qu’elles n’existaient pas, n’avaient plus été fabriquées en Irak depuis au moins dix ans et n’existaient effectivement pas. D’autre part, malgré sa victoire militaire, la « coalition » sans existence légale qui occupait l’Irak avait balayé l’ONU d’un revers de main un peu rapide et avait maintenant besoin, comble de l’ironie, de l’assistance de l’Organisation mondiale pour rétablir une légitimité de droit dans le pays.

C’est Sergio Vieira de Mello, lauréat de fraîche date du Prix des Droits de l’Homme des Nations Unies, qui fut choisi comme Représentant spécial du Secrétaire Général – à l’époque Kofi Annan – en Irak, tout en conservant, fait exceptionnel, sa charge de Haut Commissaire aux Droits de l’Homme.

Le mardi 19 août 2003, en début d’après-midi, un camion chargé d’explosifs détruit l’Hôtel Canal à Bagdad, devenu siège de la mission des Nations Unies dans le pays. Sergio Vieira de Mello est grièvement touché, et faute par les secours de pouvoir le sortir à temps des débris, il succombe à ses blessures. L’attaque est revendiquée par Abou Moussab al-Zarqaoui, chef d’Al-Qaïda en Irak, dont l’un des lieutenants, Abou Omar al-Kurdi, directement impliqué dans l’attentat, sera arrêté en 2005.

Inhumé le 28 août 2003, Sergio Vieira de Mello repose au Cimetière des Rois à Genève, ville abritant les Hauts Commissariats de l’ONU pour les Réfugiés et aux Droits de l’Homme.

Aucun Défenseur des Droits de l’Homme ne cherche à être un héros, et s’il le fait, il a tort. Certains le deviennent, contre leur gré, sans s’y attendre. Et le premier héros des Droits de l’Homme de ce siècle encore jeune, c’est Sergio Vieira de Mello.

Après la mort de Sergio Vieira de Mello, l'ONU lui a dédié un mémorial, en l'occurrence un buste qui orne l'entrée du siège du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l'Homme.

Après la mort de Sergio Vieira de Mello, l’ONU lui a dédié un mémorial, en l’occurrence un buste qui orne l’entrée du siège du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme à Genève. Un hommage mérité à ce grand serviteur des Droits de l’Homme et de la paix.

Bernard Henry est Officier des Relations Extérieures du Bureau de Représentation auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens.

Garry Davis : “Et maintenant, la parole est au peuple !”

In Being a World Citizen, The Search for Peace, World Law on July 29, 2013 at 12:07 PM

GARRY DAVIS : « ET MAINTENANT, LA PAROLE EST AU PEUPLE ! »

Par René Wadlow

Garry Davis, qui est décédé le 24 juillet 2013 à Burlington (Vermont, Etats-Unis), était souvent appelé le « Premier Citoyen du Monde ». Ce titre n’était pourtant pas tout à fait correct, car le mouvement citoyen du monde est apparu sous sa forme structurée dans l’Angleterre de 1937, avec Hugh J. Shonfield et son Commonwealth of World Citizens, lequel fut suivi en 1938 par la création, aux Etats-Unis et en Angleterre de manière conjointe, de la World Citizen Association[i]. Néanmoins, c’est bien Garry Davis qui, en 1948 et 1949 à Paris, toucha un large public et popularisa ainsi le terme « citoyen du monde ».

Garry Davis fut l’initiateur de ce que je considère être la « deuxième vague de l’action des Citoyens du Monde ». La première vague eut lieu entre 1937 et 1940, dans une tentative de contrer le nationalisme étroit qu’incarnaient l’Italie fasciste, l’Allemagne nazie et le Japon militariste. Cette première vague d’action des Citoyens du Monde ne parvint pas à empêcher la Seconde Guerre Mondiale, mais elle mit en lumière le besoin d’une vision cosmopolite globale. Henri Bonnet, du Comité pour la Coopération intellectuelle de la Société des Nations (SDN), également fondateur de la Section des Etats-Unis de la World Citizen Association, devint l’un des intellectuels les plus influents de la France Libre du Général de Gaulle à Londres durant la guerre. Bonnet fut ensuite l’un des fondateurs de l’UNESCO – ce qui explique que l’organisation soit basée à Paris – dont il est aussi à l’origine de l’insistance sur la compréhension entre les cultures.

La Deuxième Vague de l’action des Citoyens du Monde, dans laquelle Garry Davis joua un rôle de premier plan, dura de 1948 à 1950 – soit jusqu’à ce qu’éclate la guerre en Corée et que chacun puisse se rendre compte que la Guerre Froide avait commencé, même si, en réalité, la Guerre Froide avait commencé dès 1945, lorsqu’il était devenu évident que l’Allemagne et le Japon allaient être vaincus. Les Grandes Puissances victorieuses commencèrent vite à consolider leurs positions respectives. La Guerre Froide dura de 1945 à 1991, année de la disparition de l’Union soviétique. Durant la période 1950-1951, l’activité des Citoyens du Monde consista principalement en la prévention d’une guerre entre les Etats-Unis et l’URSS, très largement dans le cadre du contrôle des armements ainsi que du désarmement, et non sous un quelconque « drapeau des Citoyens du Monde ».

La Troisième Vague de l’action des Citoyens du Monde commença en 1991, avec la fin de la Guerre Froide et la montée, une nouvelle fois, de mouvements incarnant le nationalisme étroit, tels qu’ils se manifestèrent lors de la dislocation de l’Union soviétique et de la Yougoslavie. De par son insistance particulière sur la résolution des conflits, les Droits de l’Homme, le développement écologiquement durable et la compréhension entre les différentes cultures, l’Association of World Citizens est la force motrice de cette Troisième Vague.

Pendant les deux ans qu’elle a duré, la Deuxième Vague fut en fait une tentative de prévenir la Guerre Froide, et avec elle, la guerre chaude qu’elle aurait pu devenir, à savoir une Troisième Guerre Mondiale. En 1948, le Parti Communiste s’empara de la Tchécoslovaquie, dans ce que l’Occident qualifia de « coup d’Etat » mais qui s’apparentait bien plus précisément à une manipulation cynique des institutions politiques. Ce coup d’Etat fut le premier exemple du changement de l’après-1945 de l’équilibre du pouvoir entre l’Est et l’Ouest, et de là naquit la conjecture sur d’autres éventuels changements du même ordre, comme dans l’Indochine française ou en 1950 en Corée. Mais 1948, c’est aussi l’année où l’Assemblée générale de l’ONU s’était réunie à Paris. Les Nations Unies ne disposaient pas encore d’un siège permanent à New York, aussi l’Assemblée générale s’était-elle réunie d’abord à Londres puis ensuite à Paris. Tous les yeux, à commencer par ceux des médias, étaient fixés sur l’ONU. Personne ne savait avec certitude ce qu’il adviendrait de l’ONU, si elle serait capable de répondre aux défis politiques sans cesse plus importants ou si elle « suivrait la SDN dans sa tombe » …

A Paris, en 1948, Garry Davis ouvre la voie au mouvement Citoyen du Monde.

A Paris, en 1948, Garry Davis ouvre la voie au mouvement Citoyen du Monde.

Garry Davis, né en 1921, était un jeune acteur de Broadway, à New York, avant que les Etats-Unis ne se joignent à la Guerre Mondiale en 1941. Garry Davis était le fils de Meyer Davis, célèbre chef d’orchestre populaire qui jouait souvent dans des bals mondains et était bien connu des milieux du spectacle dont New York était alors le berceau. Il n’était donc que très naturel que son fils intègre lui aussi la profession, ce qu’il fit en tant qu’acteur-chanteur-danseur spécialiste des comédies musicales de l’époque. Garry avait étudié au Carnegie Institute of Technology, une institution de pointe en matière de technologie.

Quand les Etats-Unis sont entrés en guerre, Garry a rejoint l’U. S. Air Force et est devenu pilote de bombardier B-17, basé en Angleterre et ayant pour mission de bombarder des cibles désignées en Allemagne. Le frère de Garry avait été tué durant l’invasion de l’Italie par les Alliés, ce qui conférait en lui un aspect de vengeance à ses bombardements de cibles militaires, qui durèrent jusqu’à ce que l’on lui donne l’ordre de bombarder des villes allemandes dans lesquelles se trouvaient des civils.

Après la fin de la guerre, redevenu acteur à New York, il se sentit investi d’une responsabilité personnelle de contribuer à créer un monde en paix et devint ainsi actif au sein des Fédéralistes mondiaux, qui proposaient la création d’une fédération mondiale dotée des pouvoirs nécessaires à empêcher toute guerre, s’inspirant largement de l’expérience américaine de transformation d’un gouvernement fortement décentralisé, suivant les Articles de Confédération, en un Gouvernement fédéral plus centralisé et structuré par la Constitution des Etats-Unis.

A cette époque, Garry avait lu un livre très populaire chez les Fédéralistes, L’Anatomie de la Paix (The Anatomy of Peace) d’Emery Reves, Hongrois d’origine. Reves écrivait : « Nous devons clarifier tous les principes et parvenir aux définitions axiomatiques de ce qui cause la guerre et de ce qui engendre la paix dans la société humaine. » Si la guerre était le produit du nationalisme qu’est l’égocentrisme national, comme l’affirmait l’observateur avisé de la SDN qu’avait été Reves, alors la paix exige que l’on se défasse du nationalisme. Comme l’écrivait Garry dans son autobiographie, Mon Pays, C’est le Monde (My Country is the World)[ii], « Pour devenir un citoyen du monde entier, pour proclamer mon allégeance première à l’humanité, il me fallait d’abord renoncer à détenir la nationalité des Etats-Unis. J’allais donc faire sécession de l’ancien et proclamer le nouveau. »

En mai 1948, ayant appris que l’Assemblée générale de l’ONU devait se réunir à Paris en septembre et qu’auparavant, la conférence de fondation du Mouvement fédéraliste mondial au niveau international devait avoir lieu pour sa part au Luxembourg, il s’est rendu à Paris. C’est là qu’il a renoncé à sa nationalité américaine et a rendu son passeport. Toutefois, il ne disposait d’aucun autre document d’identité, dans une Europe où la police peut vous accoster dans la rue et exiger que vous lui montriez vos papiers sur-le-champ. Il avait donc imprimé une « Carte d’Identité Internationale des Citoyens du Monde Unis », même si les Français l’avaient pour leur part enregistré comme « apatride d’origine américaine ». Dans le Paris de l’après-guerre, les « apatrides » ne manquaient pas, mais en dehors de lui, il n’y en avait probablement aucun autre « d’origine américaine ».

Renoncer à une nationalité américaine, ainsi qu’à un passeport que bon nombre des réfugiés présents à Paris auraient rêvé d’avoir à n’importe quel prix, cela ne pouvait que passionner la presse et valoir à Garry de très nombreuses visites. Parmi ses visiteurs se trouva un jour Robert Sarrazac, qui avait combattu dans la Résistance française et partageait les points de vue de Garry sur la nature destructrice du nationalisme étroit ainsi que sur le besoin de développer une idéologie citoyenne du monde. Garry fut aussi rejoint par un jeune homme qui se nommait Guy Marchand[iii], lequel jouerait plus tard un rôle important dans la création des structures du mouvement citoyen du monde.

Comme la police française n’aimait guère voir des gens sans papiers d’identité valables se balader ici et là, Garry Davis déménagea pour s’installer dans le bâtiment spacieux et moderne qu’était le Palais de Chaillot, avec ses terrasses qui avaient été proclamées « territoire mondial » pour la durée de l’Assemblée générale de l’ONU. Il y avait monté sa tente, attendant de voir ce que ferait l’ONU pour promouvoir la citoyenneté mondiale. Dans l’intervalle, Robert Sarrazac, qui conservait de nombreux contacts de son temps dans la Résistance, avait créé un « Conseil de Solidarité » formé de personnes admirées pour leur indépendance d’esprit et qui n’étaient liées à aucun parti politique en particulier. Le Conseil était dirigé par Albert Camus, romancier et rédacteur dans plusieurs journaux, André Breton, poète surréaliste, l’Abbé Pierre et Emmanuel Mounier, rédacteur en chef d’Esprit, tous deux étant des Catholiques dotés d’une forte indépendance d’esprit, ainsi qu’Henri Roser, pasteur protestant et secrétaire en charge des pays francophones du Mouvement international de la Réconciliation.

Davis et ses conseillers pensaient qu’il ne fallait pas que la citoyenneté mondiale soit laissée à la porte de l’Assemblée générale mais qu’elle devait être présentée à celle-ci même comme un défi lancé à la manière conventionnelle de faire les choses, en un mot, « une interruption ». C’est pourquoi il avait été décidé que Garry Davis, depuis le balcon des spectateurs, interromprait la session de l’Assemblée générale pour lire un court texte ; Robert Sarrazac avait le même texte en français et Albert Crespey, fils d’un chef du Togo, avait un discours écrit dans sa langue natale togolaise.

Après la pause qui suivait une longue intervention de la Yougoslavie, Davis s’est levé. Le Père Montecland, « prêtre le jour et citoyen du monde la nuit », a dit d’une voix bondissante : « Et maintenant, la parole est au peuple ! ». Davis a dit en anglais : « Messieurs les Président et Délégués, je vous interromps au nom du peuple du monde qui n’est pas représenté ici. Même si mes mots devaient ne pas être entendus, notre besoin commun d’une loi et d’un ordre mondiaux ne peut plus être ignoré. » Après cela, des gardes de la sécurité sont intervenus, mais Robert Sarrazac, de l’autre côté de la Galerie des Visiteurs, a continué en français, suivi par un plaidoyer pour les Droits de l’Homme en togolais. Plus tard, vers la fin de la session de l’ONU à Paris, l’Assemblée générale adopta, sans une seule voix contre, la Déclaration universelle des Droits de l’Homme qui devint le fondement des efforts des Citoyens du Monde pour mettre en avant le droit mondial.

C’est le Docteur Herbert Evatt, d’Australie, qui était le Président de l’Assemblée générale de l’ONU en 1948. C’était un internationaliste qui avait travaillé pendant la Conférence de San Francisco d’où était née l’ONU pour limiter les pouvoirs des cinq Membres Permanents du Conseil de Sécurité. Evatt s’entretint avec Davis quelques jours après cette « interruption » et encouragea Davis à continuer de travailler en direction de la citoyenneté mondiale, même s’il n’était pas forcément des plus judicieux pour ce faire d’interrompre des réunions de l’ONU.

Peu après avoir mis en lumière la citoyenneté mondiale à l’ONU, Garry Davis vint au soutien de Jean Moreau, jeune Citoyen du Monde français et Catholique militant qui, en tant qu’objecteur de conscience au service militaire, avait été emprisonné à Paris, en l’absence d’une loi sur le service alternatif à l’époque en France. Davis campa devant la porte de la prison militaire de la Rue du Cherche-Midi, dans le centre de Paris. Comme l’a écrit Davis, « Alors qu’il est clairement visible que les citoyens d’autres nations sont prêts à souffrir pour un homme né en France qui revendique le droit moral d’œuvrer pour son prochain et de l’aimer plutôt que d’être formé à le tuer, comme l’ont enseigné Jésus, Bouddha, Lao Tseu, Tolstoï, Saint François d’Assise, Gandhi, ainsi que d’autres grands penseurs et dignitaires religieux, le monde devrait commencer à comprendre que la conscience de l’Homme elle-même transcende toutes les divisions et toutes les peurs artificiellement créées »[iv]. D’autres rejoignirent Davis dans son campement de rue. Garry Davis travailla étroitement sur ce cas avec Henri Roser et André Trocmé du Mouvement international de la Réconciliation. Davis fut jeté en prison pour avoir campé dans la rue en pleine ville ainsi que pour manque de documents d’identité valides, mais d’autres vinrent bientôt le remplacer dans la rue, parmi lesquels un pacifiste allemand, véritable acte de courage si peu de temps après la fin de la guerre. Il allait falloir encore une décennie pour qu’un service alternatif soit mis en place en France, mais l’action de Davis avait permis à la question de recueillir une large attention dans le pays et le lien était désormais clairement établi entre la citoyenneté mondiale et l’action non-violente.

Plus d'une fois, l'apatridie de Garry Davis et son militantisme Citoyen du Monde l'ont amené devant les tribunaux, comme ici en France. Mais pour autant, il n'a jamais renoncé à son idéal.

Plus d’une fois, l’apatridie de Garry Davis et son militantisme Citoyen du Monde l’ont amené devant les tribunaux, comme ici en France. Mais pour autant, il n’a jamais renoncé à son idéal.

Garry Davis n’a jamais été un « homme d’organisation ». Il se concevait comme un symbole en action. Après une année en France avec quelques courts séjours en Allemagne, il décida en juillet 1949 de retourner aux Etats-Unis. Comme il l’avait écrit à l’époque, « J’ai souvent dit que ce n’était pas mon intention de diriger un mouvement ou de devenir président d’une organisation. En toute honnêteté et sincérité, je dois définir la limite de mes capacités à être le témoin du principe d’unité mondiale, à défendre jusqu’à la limite de mes capacités l’Unicité de l’homme et ses immenses possibilités sur la planète Terre, et à combattre les peurs et les haines créées artificiellement pour perpétuer les divisions étroites et obsolètes qui mènent et ont toujours conduit au conflit armé ».

Peut-être du fait du karma, pendant le voyage en bateau qui le ramenait aux Etats-Unis, il a rencontré le Docteur P. Natarajan, enseignant religieux du sud de l’Inde dans la tradition oupanishadique. Natarajan avait vécu à Genève et à Paris et détenait un doctorat en philosophie de l’Université de Paris. Lui et Davis étaient devenus amis proches et Davis avait passé quelques temps en Inde, au centre créé par Natarajan qui mettait l’accent sur le développement de la vie intérieure. « La méditation consiste à faire entrer en vous toutes les valeurs », avait pour devise Natarajan.

C’est au domicile de Harry Jakobsen, disciple de Natarajan, sur le Mont Schooly dans le New Jersey, que j’avais fait la connaissance de Garry Davis au début des années 1950. J’étais moi aussi intéressé par la philosophie indienne et quelqu’un m’avait mis en contact avec Jakobsen. Cependant, j’avais rejoint les Fédéralistes mondiaux Etudiants en 1951 et je connaissais donc les aventures de Garry à Paris. Nous nous sommes vus depuis lors à Genève, en France et aux Etats-Unis de temps en temps.

Garry Davis pose ici devant le drapeau de son Gouvernement mondial des Citoyens du Monde, tenant à la main le Passeport mondial dont il était l'inventeur.

Garry Davis pose ici devant le drapeau de son Gouvernement mondial des Citoyens du Monde, tenant à la main le Passeport mondial dont il était l’inventeur.

Certains chez les Fédéralistes mondiaux et les Citoyens du Monde pensaient que sa renonciation à la nationalité américaine en 1948 avait créé la confusion chez le public. Les Fédéralistes mondiaux, davantage adeptes du fonctionnement en organisation, préféraient mettre en avant l’idée que l’on peut être un bon citoyen tout à la fois d’une communauté locale, d’un Etat-nation et en tant que Citoyen du Monde. Toutefois, l’intérêt de Davis et le mien propre pour la pensée asiatique nous a toujours liés, en dépit même de nos désaccords tactiques.

Aujourd’hui, il paraît approprié de citer l’image souvent invoquée de la vague solitaire qui représente en fait un seul et unique éternel océan d’énergie. Tout individu est à la fois une vague solitaire et une partie de la source impersonnelle d’où tout part et où tout revient. La vague qu’était Garry Davis est retournée à l’océan dans toute son étendue. Il nous laisse un défi permanent avec cette phrase qu’il a écrite : « Il existe à présent un besoin vital de leadership qui soit à la fois sage et pragmatique, et les symboles, qui ne sont utiles que jusqu’à un certain point, doivent à présent faire place à des hommes qualifiés pour un tel leadership ».

Garry Davis nous a quittés. Nous ne l'oublierons jamais.

Garry Davis nous a quittés. Nous ne l’oublierons jamais.

 

René Wadlow est Président et Représentant en Chef auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens.

 


[i] A ne pas confondre avec l’Association of World Citizens d’aujourd’hui.

[ii] Garry Davis, My Country is the World (London: Macdonald Publishers, 1962).

[iii] A ne pas confondre avec l’acteur et chanteur français du même nom.

[iv] Garry Davis, Over to Pacifism:A Peace News Pamphlet (London: Peace News, 1949)