The Official Blog of the

Archive for the ‘Democracy’ Category

N’abandonnez pas la lutte pour les Droits de l’Homme !

In Being a World Citizen, Current Events, Democracy, Human Rights, International Justice, The Search for Peace, United Nations, World Law on May 3, 2013 at 11:06 PM

N’ABANDONNEZ PAS LA LUTTE POUR LES DROITS DE L’HOMME !

Par Bernard Henry

 

(D’après « Don’t Give Up the Fight for Human Rights! », du même auteur :

https://awcungeneva.com/2013/05/03/dont-give-up-fight-human-rights/)

 

Le début du mois de mai est un bon moment pour fêter les Droits de l’Homme. En dehors du 1er mai, Fête internationale du Travail, il y a aussi le 3 mai, Journée internationale de la Liberté de la Presse, instaurée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1993 et célébrée chaque année sous l’égide de l’institution spécialisée de l’ONU en charge de la communication, l’UNESCO[1].

Alors faisons la fête. Mais le restant de l’année, les Droits de l’Homme ne nous donnent guère d’occasions de le faire. Depuis l’année 2000, en dépit même de développements historiques à l’ONU et dans d’autres organisations intergouvernementales, ainsi que dans un certain nombre d’Etats-nations pris isolément, les Droits de l’Homme au niveau international, indiscutablement le plus noble héritage politique du vingtième siècle, semblent avoir largement perdu leur place prioritaire dans la vie politique mondiale.

Rien d’étonnant. Après l’élection présidentielle de 2000 aux Etats-Unis et le coup ainsi porté au modèle occidental de démocratie protégeant les libertés, les attaques terroristes contre le World Trade Center et le Pentagone l’année suivante ont entièrement tourné l’attention du monde vers une menace terroriste capable de frapper quiconque, où que ce soit, à tout instant, semant la peur et entraînant un appel aux armes. Il s’en est suivi une « guerre contre le terrorisme » menée par les Etats-Unis, dont l’horreur est symbolisée par la zone de non-droit sous direction gouvernementale de Guantanamo Bay et les « restitutions secrètes » de personnes soupçonnées d’actes de terrorisme et convoyées par avion de pays en pays. Dans les premières années, brandir les Droits de l’Homme en protestation, c’était être vu tout simplement comme un partisan d’Al Qaïda.

Après les attaques terroristes du 11 septembre 2001 à New York et Washington, de nombreux Américains se sont dits prêts à accepter des restrictions des libertés civiles pour combattre le terrorisme. C’est ce qui a permis à l’Administration Bush de réagir à la menace terroriste par de nombreuses et graves atteintes aux Droits de l’Homme, plus particulièrement à l’établissement pénitentiaire américain de Guantanamo Bay à Cuba.

Après les attaques terroristes du 11 septembre 2001 à New York et Washington, de nombreux Américains se sont dits prêts à accepter des restrictions des libertés civiles pour combattre le terrorisme. C’est ce qui a permis à l’Administration Bush de réagir à la menace terroriste par de nombreuses et graves atteintes aux Droits de l’Homme, plus particulièrement à l’établissement pénitentiaire américain de Guantanamo Bay à Cuba. (C) Reuters

Puis ce furent les émeutes de la faim de 2008 – les premiers symptômes de la crise du système mondial de finance et d’économie de marché qui se poursuit aujourd’hui. Après que la spéculation financière sur les denrées alimentaires de base a produit des effets dévastateurs dans la plupart des pays en développement, la crise des subprimes aux Etats-Unis a mis à genoux même le pays le plus fortuné au monde, conduisant une corporation de premier plan comme Lehman Brothers à la faillite pure et simple et mettant au jour le système de fraude à long terme du courtier-vedette Bernard Madoff. Autant dire que des droits fondamentaux comme l’alimentation ou le logement, on pouvait les oublier. Dans de nombreux pays, riches comme pauvres, le sentiment général était que la mondialisation économique était coupable et que les frontières nationales étaient désormais les (seuls) remparts des peuples contre la violation de leurs droits économiques et sociaux, comme ce fut le cas au Venezuela de Hugo Chavez. Le populisme est également monté en Occident, restreignant les limites du questionnement politique au fait de savoir à quel point exactement les immigrés faisaient du tort à l’emploi et au pouvoir d’achat. Considérés à présent comme élitistes en Occident et comme « occidentaux » dans le reste du monde, les Droits de l’Homme furent forcés de plier sous le poids de l’écroulement de l’économie.

Le résultat en fut que, lorsque la première décennie du siècle nouveau toucha à sa fin, les Droits de l’Homme tels qu’ils avaient été codifiés à Paris et New York à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale apparaissaient comme morts et enterrés. Dans son édition du 18 février 2010, Newsweek alla jusqu’à proclamer la « Mort des Droits de l’Homme »[2], expliquant en détail comment les Etats occidentaux en étaient venus à ne plus prêter aucune attention aux bilans désastreux en matière de Droits de l’Homme de leurs partenaires économiques, politiques et militaires en Asie, en Afrique et au Moyen-Orient. Alors que la crise économique s’éternise et que l’islamisme armé essaime aujourd’hui jusque dans une Afrique subsaharienne relativement épargnée, l’homme de la rue désabusé et des grands de ce monde qui le sont tout autant ont appris à s’en remettre au jeu cynique de la géopolitique et à ne plus guère aimer les Droits de l’Homme que comme une philosophie bienveillante qui serait politiquement irréalisable.

Serait-ce vrai ? Mais pourquoi alors quiconque, où que ce soit, devrait-il continuer à se battre pour les Droits de l’Homme ?

Le 11 décembre 2008, le courtier-vedette Bernard Madoff fut arrêté aux Etats-Unis pour avoir commis une présumée fraude d’un montant de 50 milliards de dollars. ( C ) The Telegraph – Derek Blair

Le 11 décembre 2008, le courtier-vedette Bernard Madoff fut arrêté aux Etats-Unis pour avoir commis une présumée fraude d’un montant de 50 milliards de dollars. ( C ) The Telegraph – Derek Blair

Pas si vite. Dire que les décennies actuelle et précédente n’ont rien apporté de bon aux Droits de l’Homme, en ce qu’elles auraient été au mieux infructueuses et au pire dangereuses, serait des plus naïfs – ou des plus malhonnêtes.

Tout d’abord, même si elle a fait aux Droits de l’Homme un mal indiscutable, la crise économique n’offre pas matière à s’inquiéter, du moins en ce qui concerne les pays occidentaux. Comme l’ont expliqué les politologues américains Christian Welzel et Ronald Inglehart dans leur livre de 2005 Modernization, Cultural Change and Democracy (Modernisation, changement culturel et démocratie)[3], cité par Larry Diamond, professeur à l’Université de Stanford, dans The Spirit of Democracy (L’esprit de la démocratie)[4], les difficultés économiques rendent la population plus encline à affirmer des valeurs de survie, à savoir des valeurs conservatrices, sectaires et casanières, plutôt que des valeurs d’expression de soi qui permettent la liberté, l’autonomie et la tolérance.

Nous ne traversons donc pas un moment de rejet des Droits de l’Homme en eux-mêmes, mais en fait un moment d’angoisse et de doute alimentés par l’incertitude quant au présent et à l’avenir de l’emploi, de la sécurité sociale et de la fiscalité. Les politiques d’austérité, toutefois, jouent bel et bien un rôle en faisant naître chez les citoyens un sentiment que l’on en fait plus pour sauver leurs banques que pour venir en aide à leurs comptes bancaires en souffrance.

Alors que le mécontentement social monte dans les pays en faillite ou risquant de l’être, de plus en plus d’électeurs frustrés en arrivent à traduire leur adhésion aux valeurs de survie en votant pour la première fois de leur vie pour l’extrême droite, laquelle va du Front National qui, en France, s’escrime à se donner bon genre, au parti ouvertement néo-nazi Aube Dorée en Grèce. L’attitude parfois ambiguë des partis au pouvoir envers les migrants, particulièrement envers les Roms, vient fournir un encouragement malvenu à l’intolérance en faisant penser aux citoyens que leur haine de tout ce qui vient d’ailleurs est justifiée.

En Grèce, Nikólaos Michaloliákos dirige le parti Aube Dorée, dont l’emblème rappelle le svastika des Nazis et dont la rhétorique violente et haineuse fait resurgir des souvenirs des heures les plus noires de l’histoire européenne moderne.

Ensuite, bien que les années 2000 aient été en effet largement perturbées tout à la fois par le terrorisme et par la réaction agressive de l’Amérique à celui-ci, elles furent indéniablement des années de progrès authentiques et importants pour les Droits de l’Homme dans le monde, dans la parfaite continuité de l’année 1998 qui avait vu l’adoption tout à la fois du Statut de Rome créant la Cour pénale internationale (CPI) et, le 9 décembre, de la Déclaration sur les Défenseurs des Droits de l’Homme, « née » Résolution 53/144 de l’Assemblée générale de l’ONU.

La CPI, justement, a vu le jour en 2002, le seuil de la ratification du Statut de Rome par soixante Etats ayant été atteint cette année-là.

Quatre ans plus tard, c’est encore un autre organe de l’ONU qui était créé, cette fois à partir d’un qui existait déjà – le Conseil des Droits de l’Homme, conçu pour remplacer la Commission des Droits de l’Homme qui se trouvait depuis déjà longtemps sous le feu des critiques en raison de ses mécanismes archaïques et inefficaces de surveillance et de sanctions, ainsi que pour avoir permis à des régimes autoritaires et répressifs de prendre part à ses activités.

En septembre 2007, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté la Déclaration sur les Droits des Peuples indigènes, premier instrument international de Droits de l’Homme de tous les temps à définir de manière universelle les droits spécifiques des populations indigènes dans chaque pays, qu’ils soient civils, politiques, économiques, sociaux ou culturels. Sans surprise, quatre gouvernements connus pour être encore aux prises avec des revendications autochtones chez eux ont voté contre – les Etats-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l’Australie.

L’année suivante vit l’entrée en vigueur de la Convention sur les Droits des Personnes handicapées, enfin rédigée en 2006 après des années d’opposition farouche de la part de l’Administration Bush qui soutenait que les Etats-Unis et tous les autres pays du monde devraient avoir des lois nationales propres quant aux droits des handicapés plutôt qu’un traité mondial. En fait, la réticence américaine s’avéra être la meilleure justification possible pour la création d’un traité de l’ONU sur les droits liés au handicap, en ce qu’elle rappelait à une communauté internationale oublieuse que le handicap était, depuis les années 1970, une question pleine et entière de Droits de l’Homme au sein de l’Organisation mondiale[5]. Même si les Etats-Unis ont fini par rejoindre la Convention en qualité de signataires, l’Administration Obama ne l’a toujours pas ratifiée.

Avec la création de la Convention vint celle d’une agence de l’ONU chargée d’encourager et de surveiller le respect par les Etats membres des dispositions de celle-ci, UN Enable. Une autre nouvelle agence de l’ONU de premier plan créée pendant les années 2000 fut ONU Femmes, officiellement dénommée l’Entité des Nations Unies pour l’Egalité de Genre et l’Autonomisation des Femmes. Sa Directrice exécutive fondatrice fut l’emblématique ancienne Présidente socialiste du Chili Michelle Bachelet.

Un monde qui serait devenu totalement obsédé par l’idée d’arrêter le terrorisme n’aurait jamais pu aller si loin pour faire progresser les Droits de l’Homme et les enraciner sans conteste, au bout du compte, dans le vingt-et-unième siècle.

Le siège de la Cour pénale internationale à La Haye (Pays-Bas).

Le siège de la Cour pénale internationale à La Haye (Pays-Bas).

CQFD. Les Droits de l’Homme ont beau être moins populaires de nos jours, l’on en a pourtant toujours autant besoin qu’avant, besoin mais aussi envie, même si l’on sera moins prompt que dans le passé à l’avouer.

Le problème est que la « guerre contre le terrorisme » et les valeurs de survie inspirées par la crise qui se sont répandues à travers le monde depuis le début du siècle font qu’il est beaucoup plus difficile pour les Défenseurs des Droits de l’Homme, qu’ils soient isolés ou membres d’organisations non-gouvernementales (ONG), d’exercer leurs fonctions et activités habituelles sans craindre d’être réprimés ou à tout le moins intimidés. Certains gouvernements ont même commencé à les fustiger comme « ennemis de l’Etat », ainsi de la Russie qui impose aujourd’hui un label « agent de l’étranger » aux ONG recevant un soutien financier depuis l’extérieur du pays.

Le 15 mars, en réaction à de tels développements catastrophiques, quinze ans après que l’Assemblée générale de l’ONU a adopté la Déclaration sur les Défenseurs des Droits de l’Homme, le Conseil des Droits de l’Homme a adopté une résolution au titre éloquent – « Protéger les Défenseurs des Droits de l’Homme ».

Dans son Préambule, la résolution, proposée à l’origine par la Norvège, rappelle que « toutes les dispositions de la [déclaration de 1998] restent fondées et applicables », rappelant aussi les résolutions précédentes du Conseil et de l’Assemblée générale ainsi que le Programme d’Action de la Conférence de Vienne de 1993 sur les Droits de l’Homme, qui fut le premier événement international d’envergure consacré aux Droits de l’Homme après la fin de la guerre froide. La résolution réaffirme que « les États sont tenus de protéger tous les droits de l’homme et libertés fondamentales de tous », reconnaît que « les défenseurs des droits de l’homme apportent une contribution importante, aux niveaux local, national, régional et international, à la promotion et à la protection des droits de l’homme », et souligne en conséquence que « le respect et le soutien manifestés pour les activités des défenseurs des droits de l’homme, y compris les femmes qui défendent ces droits, sont déterminants pour la jouissance globale des droits de l’homme ».

La résolution appelle tous les Etats membres de l’ONU à éviter ou cesser de recourir au droit interne et aux dispositions administratives, en ce comprises « les lois et autres mesures relatives à la sécurité nationale et à la lutte antiterroriste, telles que les lois régissant les organisations de la société civile », pour entraver le travail des Défenseurs des Droits de l’Homme, a fortiori pour les stigmatiser ainsi que leur dévouement sans relâche. Elle met également l’accent sur le rôle important que jouent « les nouvelles formes de communication, y compris la diffusion d’informations en ligne et hors ligne, peuvent constituer pour les défenseurs des droits de l’homme », car elles sont des « outils importants leur permettant de promouvoir et favoriser la protection des droits de l’homme ».

Le Conseil des Droits de l’Homme en session au Palais des Nations à Genève (Suisse).

Le Conseil des Droits de l’Homme en session au Palais des Nations à Genève (Suisse).

Prenant la mesure de la « discrimination et la violence systémiques et structurelles subies par les femmes qui défendent les droits de l’homme », la résolution « engage les États à prendre en compte les considérations liées au genre » dans leurs entreprises de sécurisation et de garantie de la liberté d’action des Défenseurs des Droits de l’Homme au sein de leurs frontières.

Dans l’une des déclarations les plus fortes de toute la résolution, le Conseil, s’appuyant directement sur des instruments de Droits de l’Homme de l’ONU aussi primordiaux que la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, le Pacte international relatif aux Droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux Droits économiques, sociaux et culturels, appelle tous les pays à « instaurer un climat sûr et porteur qui permette aux défenseurs des droits de l’homme d’agir sans entrave et en toute sécurité, dans l’ensemble du pays et dans tous les secteurs de la société, et notamment à apporter leur appui aux défenseurs des droits de l’homme au niveau local ».

Adoptée avec le soutien de nombreux Etats non-membres du Conseil, tels que la France, le Costa Rica, le Portugal, la Suède et l’Uruguay, mais aussi, de manière plus surprenante lorsqu’il s’agit de Droits de l’Homme, de la Côte d’Ivoire, de la Géorgie et de la Turquie, la résolution survient tel un vibrant rappel à l’ordre, réaffirmant la pertinence et l’importance du travail des Défenseurs des Droits de l’Homme dans le monde d’aujourd’hui et confirmant que celui-ci n’est ni un luxe suranné, ni une croisade d’arrière-garde coupée de la réalité, mais une nécessité claire et immédiate.

Dans l’un de ses plus grands succès, parfois utilisé comme un « hymne de la maison » par Amnesty International, Bob Marley chantait :

 “Get up, stand up,

Stand up for your right,

Get up, stand up,

Don’t give up the fight”,

« Allez, debout,

Luttez pour vos droits,

Allez, debout,

N’abandonnez pas. »

Marley a disparu depuis trente-deux ans, mais ses mots n’ont jamais cessé de résonner comme un appel au courage et à l’action pour les Défenseurs des Droits de l’Homme en tous lieux.

Plus que jamais, nous, Défenseurs des Droits de l’Homme, devons faire briller la flamme, cette même flamme qui symbolise les Droits de l’Homme au sein de l’ONU, et poursuivre notre combat, sans nous laisser dissuader, sans nous laisser décourager, sans nous laisser impressionner. A présent, la dernière ligne de défense de l’humanité contre la peur et le désespoir, c’est nous.

 A l’ONU, les Droits de l’Homme sont représentés par un flambeau, le flambeau pour une vie de plein épanouissement. Le flambeau représente également ceux qui le portent à travers le monde – les Défenseurs des Droits de l’Homme.


A l’ONU, les Droits de l’Homme sont représentés par un flambeau, le flambeau pour une vie de plein épanouissement. Le flambeau représente également ceux qui le portent à travers le monde – les Défenseurs des Droits de l’Homme.

Bernard Henry est l’Officier des Relations Extérieures du Bureau de Représentation auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens.

 

 

Don’t Give Up the Fight for Human Rights!

In Being a World Citizen, Current Events, Democracy, Human Rights, International Justice, The Search for Peace, United Nations, Women's Rights, World Law on May 3, 2013 at 1:34 PM

DON’T GIVE UP THE FIGHT FOR HUMAN RIGHTS!

By Bernard Henry

Early May is a good time to celebrate human rights. Besides May 1, International Labor Day, there is also May 3, World Press Freedom Day, first established by the United Nations (UN) General Assembly in 1993 and celebrated yearly under the auspices of the UN’s specialized institution in charge of communication, UNESCO[1].

So let’s celebrate. But during the rest of the year, human rights actually give cause to little celebration. Since the year 2000, in spite of milestone developments at the UN and other intergovernmental organizations as well as in a number of individual nation-states, international human rights, arguably the noblest part of the political inheritance of the twentieth century, seem to have lost much of their prominence in global political life.

No wonder. After the 2000 presidential election in the United States dealt a severe blow to the until then sacrosanct, universally-revered Western pattern of liberal democracy, the terror attacks on the World Trade Center and the Pentagon of the following year definitely shifted the world’s attention to the reality of a terrorist threat that could strike anyone, anywhere, anytime, creating calamity and leading to a call to arms. A “war on terror” led by the United States ensued, infamously symbolized by the government-operated lawless zone of Guantanamo Bay and the “secret renditions” of terror suspects by plane from one country to another. In the early years, holding out human rights in protest was viewed as merely being an Al Qaeda supporter.

After the terror attacks of September 11, 2001 in New York and Washington, many Americans said they were willing to accept restrictions on civil liberties to fight terrorism. This allowed the Bush Administration to respond to the terrorist threat with numerous, serious human rights abuses, most notably at the U. S. detention facility of Guantanamo Bay, Cuba.

After the terror attacks of September 11, 2001 in New York and Washington, many Americans said they were willing to accept restrictions on civil liberties to fight terrorism. This allowed the Bush Administration to respond to the terrorist threat with numerous, serious human rights abuses, most notably at the U. S. detention facility of Guantanamo Bay, Cuba. (C) Reuters

Then came the hunger riots of 2008—the first symptoms of the crisis of the global trade and free-market system we are still in today. After financial speculation on basic food items had devastating effects in most developing countries, the subprime mortgage crisis in the United States brought even the world’s wealthiest country to its knees, leading a major corporation like Lehman Brothers to plain, simple bankruptcy and exposing the long-running fraud schemes of star trader Bernard Madoff. So much for basic rights such as food and housing. In many countries rich and poor, it was felt that economic globalization was at fault and national borders were now the (only) safeguards of peoples against abuse of their economic and social rights, as was seen in Hugo Chavez’s Venezuela. Populism also rose in the West, limiting the scope of political questioning to how much damage immigrants were causing to employment and purchasing power. Now perceived as elitist in the West and “Western” in the rest of the world, human rights were forced to yield under the weight of economic collapse.

As a result, by the end of the first decade of the new century, human rights as codified in Paris and New York in the wake of World War II appeared to be dead in space. In its edition of February 18, 2010, Newsweek went so far as to declare the “Death of Human Rights”[2], detailing how Western states were now disregarding the poor human rights records of their economic, political and military partners in Asia, Africa and the Middle East. As the economic crisis lingers on and armed Islamism now spawns also in the relatively spared Sub-Saharan Africa, jaded everyday citizens and world leaders have learned to leave it to a cynical game of geopolitics and like human rights as little more than a benevolent philosophy which would be politically unrealizable.

Could this be true? If so, why should anyone, anywhere in the world, continue to fight for human rights?

On December 11, 2008, star trader Bernard Madoff was arrested for an alleged $50 billion fraud. (C) The Telegraph - Derek Blair

On December 11, 2008, star trader Bernard Madoff was arrested in the United States for an alleged $50 billion fraud.
(C) The Telegraph – Derek Blair

Not so fast. Dismissing the previous and current decades as having been at best fruitless, at worst damaging in terms of human rights development would be quite foolish—or quite dishonest.

First, harmful as it may have been to human rights, the economic crisis is nothing to worry about, at least as far as Western countries are concerned. As the American political scientists Christian Welzel and Ronald Inglehart explained in their 2005 book Modernization, Cultural Change and Democracy[3], quoted by Stanford professor Larry Diamond in The Spirit of Democracy[4], economic hardship makes it more natural for people to affirm survival values, i. e. conservative, sectarian, inward-looking  values, rather than self-expression values allowing for freedom, autonomy and tolerance.

This is thus hardly a time of rejection of human rights per se, actually a time of anguish and doubt fueled by uncertainty about the present and future of employment, health care and taxation. Austerity policies, however, do play a role in alienating constituents who feel more is being done to save their banks than to support their ailing bank accounts.

As social discontent grows in those bankrupt or economically-fledgling countries, an increasing number of disgruntled voters come to translate their adhesion to survival values into a first-time vote for the extreme right, ranging from the would-be nice-looking National Front in France to Greece’s openly neo-Nazi Golden Dawn party. The sometimes ambiguous attitude of ruling parties toward migrants, especially the Roma, in some European countries further provides an unwelcome encouragement of intolerance, making people feel justified in their hatred of outsiders.

In Greece, Nikólaos Michaloliákos leads the Golden Dawn party, whose emblem resembles the Nazi swastika and whose violent, hateful rhetoric brings back memories of the darkest hours of modern European history.

In Greece, Nikólaos Michaloliákos leads the Golden Dawn party, whose emblem resembles the Nazi swastika and whose violent, hateful rhetoric brings back memories of the darkest hours of modern European history.

Second, although the 2000s were largely marred by both terrorism and America’s pushy response to it, these were years of genuine, significant progress for human rights in the world, very much in continuity with the year 1998 which saw the adoption of both the Rome Statute of the International Criminal Court (ICC) and, on December 9, the Declaration on Human Rights Defenders née Resolution 53/144 of the UN General Assembly.

Precisely, the ICC came to existence in 2002 after the threshold of ratification of the Rome Statute by 60 UN Member States was reached that year.

Four years later, another new UN body was created out of an existing one—the Human Rights Council, designed to replace the Human Rights Commission which had been for some time under heavy fire for its outdated, unassertive monitoring and sanctioning mechanisms and for allowing authoritarian, repressive regimes to participate in its activities.

In September 2007 the UN General Assembly adopted the Declaration on the Rights of Indigenous Peoples, the first ever international human rights instrument to universally define the specific rights of indigenous groups in every country, whether civil, political, economic, social or cultural. Unsurprisingly, four governments notoriously still scrambling with indigenous rights claims at home voted against—the USA, Canada, New Zealand and Australia.

The following year saw the entry into force of the Convention on the Rights of People with Disabilities, finally drafted in 2006 after years of fierce opposition from the Bush Administration which claimed the USA and all other countries should have national laws of their own about disability rights instead of a world treaty. Actually, the American reluctance turned out to be the best possible justification for the creation of a UN treaty on disability rights, as it reminded an oblivious international community that since the 1970s, disability has been a full-fledged human rights issue within the World organization[5]. Although the USA eventually joined the Convention as a signatory, the Obama Administration still hasn’t ratified it.

Along with the creation of the Convention came that of a UN agency tasked to encourage and monitor compliance by Member States with its provisions, UN Enable. Another paramount new UN agency created in the 2000s was UN Women, officially named the UN Entity for Gender Equality and the Empowerment of Women. Its founding Executive Director was the emblematic former Socialist Chilean President Michelle Bachelet.

A world gone completely obsessed with stopping terrorism could never have gone that far in making human rights progress and definitely take root after all in the twenty-first century.

The headquarters of the International Criminal Court in The Hague, Netherlands.

The headquarters of the International Criminal Court in The Hague, Netherlands.

Q.E.D.  Human rights may be less popular nowadays but they are still just as needed as ever, needed and wanted too, although the latter will not be said publicly as easily as before.

The problem is that the “war on terror” and crisis-inspired survival values that have spread throughout the world since the beginning of the century have made it a lot more difficult for Human Rights Defenders, whether on their own or as members of nongovernmental organizations (NGOs), to carry out their usual work and activities without fear of repression or at the very least intimidation. Some governments have even begun to lash out at them as “enemies of the state”, such as Russia which is now imposing a “foreign agent” label on NGOs receiving financial support from outside the country.

On March 15, in response to such alarming developments, fifteen years after the UN General Assembly adopted the Declaration of Human Rights Defenders, the Human Rights Council adopted a resolution whose title says it all – “Protecting Human Rights Defenders”.

In its Preamble, the resolution, originally proposed by Norway, recalls “the continued validity and application of all the provisions” of the 1998 declaration, as well as other Council and General Assembly resolutions and the Program of Action of the Vienna Conference on Human Rights of 1993 which was the first post-Cold War main event dedicated to human rights on the international stage. It reaffirms that “States are under the obligation to protect all human rights and fundamental freedoms of all persons” and acknowledges that “human rights defenders play an important role at the local, national, regional and international levels in the promotion and protection of human rights”, accordingly “[s]tressing that respect and support for the activities of human rights defenders, including women human rights defenders, is essential to the overall enjoyment of human rights.”

The resolutions calls on UN Member States to avoid or stop using domestic law and administrative provisions, including “national security and counter-terrorism legislation and other measures, such as laws regulating civil society organizations”, to hinder the work of Human Rights Defenders, let alone to stigmatize them and their tireless campaigning. It also highlights the important role played by “new forms of communication, including the dissemination of information online and offline” as “tools for human rights defenders to promote and strive for the protection of human rights”.

The Human Rights Council in session at the Palais des Nations in Geneva, Switzerland.

The Human Rights Council in session at the Palais des Nations in Geneva, Switzerland.

Taking stock of the “systemic and structural discrimination and violence faced by women human rights defenders”, the resolution “calls upon States to integrate a gender perspective” in their work to ensure the freedom and safety of Human Rights Defenders within their borders.

In one of the most powerful statements in the entire resolution, the Council, referring directly to such major UN human rights instruments as the Universal Declaration of Human Rights, the International Covenant on Civil and Political Rights and the International Covenant on Economic, Social and Cultural Rights, urges all countries to “create a safe and enabling environment in which human rights defenders can operate free from hindrance and insecurity, in the whole country and in all sectors of society, including by extending support to local human rights defenders”.

Adopted with the support of many non-Member States of the Council, such as France, Costa Rica, Portugal, Sweden and Uruguay but also, more surprisingly when it comes to human rights, Ivory Coast, Georgia and Turkey, the resolution came as a powerful reminder that the work of Human Rights Defenders is still relevant and important to today’s world and that it is neither an old-fashioned luxury nor a rear-guard crusade out of touch with reality but a clear and present necessity.

In one of his greatest hits, sometimes used as a “house anthem” by Amnesty International, the late Bob Marley sang,

“Get up, stand up,

Stand up for your right,

Get up, stand up,

Don’t give up the fight.”

Marley has been gone for thirty-two years but his words never ceased to resonate as a call to courage and action for Human Rights Defenders everywhere.

More than ever, we Human Rights Defenders must keep the flame alive, that very flame which symbolizes human rights at the UN, and carry on with our fight, undeterred, unabated, uncompromising. We are now humanity’s last line of defense against fear and despair.

At the United Nations, human rights are represented by a flame, the flame for a life of full self-fulfillment. The flame also symbolizes those who carry it throughout the world - Human Rights Defenders.

At the United Nations, human rights are represented by a flame, the flame for a life of full self-fulfillment. The flame also symbolizes those who carry it throughout the world – Human Rights Defenders.

Bernard Henry is the External Relations Officer of the Office to the United Nations—Geneva of the Association of World Citizens.

L’AWC DEMANDE VÉRITÉ ET JUSTICE POUR CHOKRI BELAÏD

In Conflict Resolution, Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa, The Search for Peace, World Law on February 6, 2013 at 3:39 PM

awc-un-geneva-logo

COMMUNIQUE

 

Genève, Mercredi 6 Février 2013

 

L’AWC DEMANDE VERITE ET JUSTICE APRES L’ASSASSINAT

DU DIRIGEANT POLITIQUE CHOKRI BELAÏD EN TUNISIE

L’Association of World Citizens (AWC), organisation non-gouvernementale internationale œuvrant pour le respect de l’Etat de droit et le dialogue politique dans les Etats en crise ou en conflit armé, s’indigne de l’assassinat de Maître Chokri Belaïd, avocat tunisien, Secrétaire général du Mouvement des Patriotes démocrates et ancien membre de la Haute instance pour la Réalisation des Objectifs de la Révolution, de la Réforme politique et de la Transition démocratique en Tunisie.

Qui que l’on prenne pour cible, l’assassinat n’est jamais admissible dans une démocratie. Négation ultime de l’état de droit en politique, il est l’arme exclusive de ceux qui voudraient faire prévaloir l’ordre de la terreur et la loi du plus fort.

L’AWC appelle instamment les autorités tunisiennes à diligenter une enquête indépendante, impartiale et exhaustive sur le meurtre de Maître Chokri Belaïd, enquête dont les résultats devront être sans faute rendus publics et qui devra aboutir sans faiblesse à la comparution des responsables devant la justice, selon toutes les normes de droit international en la matière.

La violence vient de frapper en Tunisie. Il faut maintenant l’empêcher de triompher.

* * *

Pour les avocats chinois, “Défense de défendre” …

In Asia, Democracy, Human Rights, World Law on August 14, 2011 at 3:23 PM

POUR LES AVOCATS CHINOIS, « DEFENSE DE DEFENDRE » …

Par Bernard Henry

 

« La première chose à faire, c’est de tuer tous les avocats ! »

C’est le conseil que donnait un sinistre personnage du nom de Dick le Boucher, dans la pièce de Shakespeare Henri VI[i] (en fait la seconde partie, supposément écrite en 1591), à un autre personnage de la pièce, Jack Cade, qui se rêvait en tyran d’Angleterre. Ayant réellement existé, Jack Cade fut en réalité le meneur d’une révolte populaire dans le Kent en 1450, alors que régnait en Angleterre le fameux roi dont le nom donne son titre à la pièce.

En tout cas, si le Jack Cade que nous dépeint le Barde reçoit ce sinistre conseil de Dick le Boucher, c’est que ce dernier entend lui indiquer la meilleure manière de tuer dans l’œuf toute tentative de contestation et, surtout, toute persistance d’idées subversives dans l’Angleterre sur laquelle Jack Cade régnerait en maître absolu. Dans certaines parties de l’Empire britannique tel qu’il a existé après la mort de Shakespeare, c’est un conseil que d’aucuns auraient peut-être aimé suivre, s’ils n’avaient pas eu tant à craindre de la réaction de leur propre peuple et, à coup sûr, d’un reste du monde indigné.

Dans l’Inde britannique des lendemains de la Seconde Guerre Mondiale, c’est ainsi un Mohandas Gandhi, avocat qui avait fait ses premières armes dans l’Afrique du Sud également britannique de l’époque, qui a conduit à la victoire le mouvement non-violent pour l’indépendance. En l’occurrence, sa mort fut le fait non des Britanniques mais d’un extrémiste hindou, qui jugeait le Mahatma, la « grande âme » en sanskrit, trop conciliant envers les Musulmans indiens qui, emmenés par Ali Jinnah, revendiquaient un Etat indépendant portant le nom de Pakistan.

Pour l’ « Union sud-africaine » britannique, lorsque les politiques d’apartheid, terme afrikaans signifiant « développement séparé », furent mises en place en 1948 sous le gouvernement du Premier Ministre Daniel Malan, l’indépendance en 1961 signifia également le départ du Commonwealth, où la politique raciste de Prétoria était réprouvée de manière unanime. Là encore, c’est un avocat qui devint le symbole international de la résistance. Il se nommait Nelson Rolihlahla Mandela.

Condamné le 12 juin 1964 à la prison à vie, Nelson Mandela fut libéré en février 1990 à l’initiative du Président Frederik Willem de Klerk. Après la légalisation de son parti, le Congrès national africain (African National Congress, ANC), il continua la lutte jusqu’à débarrasser définitivement l’Afrique du Sud de l’apartheid avec la disparition en 1992 des dernières lois de ségrégation. En 1993, Nelson Mandela et Frederik Willem de Klerk reçurent conjointement le Prix Nobel de la Paix, et le 10 mai 1994, lors des toutes premières élections démocratiques et multiraciales en Afrique du Sud, Mandela devint le premier Président noir du pays.

Si le conseil de Dick le Boucher avait été suivi par Lord Mountbatten lorsqu’il était vice-roi et gouverneur général des Indes, ou par Charles Robberts Swart, le premier Président de l’Afrique du Sud indépendante, l’histoire des deux pays, ainsi que celle du monde, en eût été bouleversée …

Mohandas Gandhi, le futur Mahatma, et Nelson Mandela, premier Président noir de l’Afrique du Sud. Deux avocats de profession qui se sont faits ceux de leurs peuples opprimés et qui, contre toute attente, les ont libérés.

C’est sans doute aussi l’avis des dirigeants de la République populaire de Chine, le plus grand pays au monde à conserver de nos jours une structure de gouvernement communiste, ayant dans le même temps adopté, à l’instar de ses « petits frères » cubain et vietnamien, l’économie capitaliste et le commerce avec les pays occidentaux, seule la Corée du Nord de Kim jong-il conservant un pur système stalinien digne des pires heures du vingtième siècle.

En faisant passer, de 1978 à 1989, son économie planifiée de type soviétique à un « socialisme de marché », Beijing a su éviter le piège dans lequel était tombée l’Union soviétique, son vieux rival à l’intérieur du monde communiste, en s’excluant durablement des grands contrats internationaux, même la perestroika mise en œuvre par Mikhaïl Gorbatchev à son accession au pouvoir en 1985 n’ayant pu enrayer le déclin du pays fondateur du « socialisme scientifique » et sa disparition pure et simple en 1991.

Ayant survécu en tant qu’Etat socialiste, fût-ce au prix de l’évolution de son système économique vers ce capitalisme qu’elle maudissait sous l’ère Mao, la Chine est ainsi devenue la deuxième puissance économique au monde, étant depuis 2001 membre de l’Organisation mondiale du Commerce. Pour autant, elle est loin d’être devenue le deuxième pays le plus libre du monde, le Parti communiste chinois gardant la haute main sur la société, fort de ses quatre-vingt millions de membres qui font de lui la plus grande organisation politique de toute la planète, et surtout, l’absence totale de droits liés au travail, garante des coûts de production ridiculement bas qui ont fait de la Chine la destination vedette de la délocalisation à partir des années 1990, allant de pair avec le mépris le plus complet des droits civils et politiques. Et comme l’on peut s’y attendre, les avocats chinois en savent quelque chose.

Après la victoire dans la guerre civile chinoise, à l’issue de vingt ans de combats, des communistes de Mao Zedong contre les nationalistes de Tchang Kaï-chek qui devaient ne garder, sous protection américaine, que l’île de Taiwan, la profession d’avocat fut l’une des victimes du raidissement du régime, échaudé par le soulèvement hongrois contre l’occupation soviétique en 1956. L’année suivante, le barreau fut purement et simplement supprimé, avant d’être reconstitué peu à peu dans les années qui suivirent, même si les avocats chinois durent attendre la fin de l’avènement du « socialisme de marché » pour retrouver un statut tant soit peu comparable à celui de leurs confrères du reste du monde, à travers une loi promulguée en 1989 par le Ministère de la Justice chinois en ce sens[ii].

Shanghai, mégapole de plus de 23 millions d’habitants, symbole par excellence d’une Chine qui s’est ouverte au capitalisme occidental tout en conservant un système politique répressif hérité des dictatures communistes du vingtième siècle.

Aujourd’hui, un niveau d’études de droit supérieur à trois ans suffit pour être avocat en Chine. Un concours national unique a été institué en 2002, à l’issue duquel le candidat chanceux doit demander et obtenir du Ministère de la Justice, une première fois puis chaque année, une « licence d’exercice » de la profession d’avocat.

Mais attention. Quand on est avocat en Chine, l’on n’a pas seulement pour mission, aux termes de la loi, « la protection des intérêts légaux de ses clients, la protection de l’application de la loi et la protection de la justice et de l’équité sociales », aux termes mêmes d’un avocat chinois[iii]. L’on est aussi tenu, « à travers l’exercice de sa profession, de participer à la marche vers la réalisation de l’Etat de droit socialiste et de protéger la justice sociale ». Autrement dit, pour l’avocat qui entreprend de défendre une notion du droit autre que celle officielle voulue par l’Etat, gare …

Comme le rappelait Amnesty International le 30 juin dernier[iv], à l’instar du soulèvement de Budapest qui avait poussé Mao à « tuer tous les avocats » au pur plan administratif, le régime chinois d’aujourd’hui, craignant une « Révolution du Jasmin » à la manière de celle de janvier dernier en Tunisie, a bien fait comprendre à tous ceux qui contestent tant soit peu dans le pays, avocats compris, qu’il ne fallait pas y compter.

L’organisation précise ainsi, en ce qui concerne la « licence d’exercice » que tout avocat doit solliciter puis obtenir du Gouvernement chaque année, que celle-ci repose sur une « évaluation annuelle » sans véritable fondement juridique, laquelle est effectuée par les autorités locales, les avocats exerçant à titre individuel étant quant à eux « évalués » par des « associations d’avocats » se prétendant indépendantes et ayant en réalité bien peu à voir en la matière avec les barreaux des pays occidentaux. Sans surprise, les rares avocats, parmi les deux cent quatre mille que compte la Chine, qui osent prendre des affaires dites « sensibles », à savoir, défendre des Défenseurs des Droits de l’Homme (DDH) ou l’être eux-mêmes, échouent largement plus que la moyenne à cette « évaluation » et voient leur licence révoquée ou au mieux suspendue. Quand bien même un avocat passe outre et continue de défendre de tels dossiers, ce sont les autorités qui passent outre les normes internationales de Droits de l’Homme …  Et la loi chinoise proprement dite.

Toute l’horreur de la peine de mort en Chine, l’Etat qui exécute le plus au monde.

Avant même que l’onde de choc du départ de Zine el Abidine Ben Ali n’ait atteint Beijing, la Chine avait d’ores et déjà introduit, au cours des deux dernières années, des réglementations interdisant aux avocats d’accepter certains types de dossiers, de faire quelque commentaire que ce soit auprès des médias sur leurs dossiers en cours ou, plus impensable encore, de contester des irrégularités commises par les tribunaux. Même si de telles réglementations sont on ne peut plus contraires aux Principes de Base des Nations Unies relatifs au Rôle du Barreau, dont l’Article 18 dispose que « les avocats ne doivent pas être assimilés à leurs clients ou à la cause de leurs clients du fait de l’exercice de leurs fonctions », l’avocat chinois qui s’avise de préférer ce droit international insolent à l’ordre du « droit socialiste » est voué à le payer cher.

Pour les membres de groupes religieux non officiels, tels que le mouvement spirituel Falun Gong, ou encore les protestataires dans les régions autonomes bouddhiste du Tibet et musulmane du Xinjiang, il n’a jamais été aussi difficile d’être défendu en justice, de même que pour ceux qui se prennent à dire publiquement qu’ils trouvent insuffisante ou inadaptée la réaction des autorités aux récentes catastrophes naturelles ou aux questions liées à la sécurité alimentaire. Pour d’autres, déjà vulnérables de manière traditionnelle, la défense est devenue tout simplement un mot vide de tout sens. Ainsi des citoyens emprisonnés de manière arbitraire, voire soumis à la torture en détention, et de ceux qui, dans ce pays qui exécute à tour de bras, risquent la peine de mort, souvent sur la base d’aveux arrachés par la torture en amont.

Amnesty International cite ainsi les cas de cinq avocats DDH particulièrement visés.

Gao Zhisheng, qui défendait des membres de Falun Gong et traitait des dossiers de peine de mort, a « disparu » depuis plus d’un an. Auparavant, il avait déjà été détenu « au secret » et torturé plus d’une fois depuis 2006.

Tang Jingling, exerçant à Guangdong, province du sud frontalière de Hong Kong, a « disparu » quant à lui le 22 février dernier. Ses amis pensant qu’il se trouve dans un centre gouvernemental de formation à Panyu, l’un de ses confrères tenta de s’en assurer ; mais il fut menacé, passé à tabac et finalement contraint d’y renoncer. Tang Jingling défendait des travailleurs emprisonnés pour avoir protesté contre leurs conditions de travail déplorables, et en dépit du refus des autorités de lui renouveler sa licence, il prodiguait des conseils juridiques aux personnes vulnérables, en particulier aux travailleurs migrants.

Liu Shihui, avocat exerçant à Guangzhou, ville jadis connue sous le nom de Canton, également dans le Guangdong, et travaillant sur des dossiers de tortures et de décès en garde à vue, fut sévèrement battu le 20 février dernier alors qu’il se rendait à une manifestation de protestation inspirée par la Révolution du Jasmin en Tunisie. Le 25, il « disparut », puis il fut en fin de compte amené de force le 12 juin par les autorités à sa résidence située dans la Région autonome de Mongolie intérieure, où il demeure à ce jour assigné à résidence.

Tang Jitian est, depuis le 5 mars dernier, lui aussi assigné à résidence après avoir « disparu » le 16 février. En 2009, lui et d’autres avocats de Beijing avaient mis en cause publiquement la légalité de l’ « évaluation annuelle », et en mai 2010, après qu’il avait défendu un adepte de Falun Gong, sa licence lui avait été retirée de manière permanente.

Ni Yulan a été à plusieurs reprises arrêtée et torturée pour avoir défendu des résidents de Beijing expulsés de force de leurs maisons en vue des Jeux Olympiques de Beijing en 2008. Sa propre maison a été détruite et elle a été radiée du Barreau, elle qui déjà, en 2002, avait été torturée de manière si violente en détention qu’elle utilise désormais un fauteuil roulant.

Avant même la parution du rapport d’Amnesty, le Bureau de Représentation auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens avait interpellé les autorités chinoises sur le cas d’un avocat DDH, en situation de handicap comme l’est Ni Yulan mais qui n’est pas pour autant, loin de là, privé de ses facultés d’homme de loi.

Non-voyant, Chen Guangcheng est un juriste autodidacte qui a appris le droit en braille. Persécuté de longue date par les autorités de Linyi, dans la province orientale du Shandong – pour la petite histoire, patrie de Confucius –, pour avoir défendu la cause des femmes que le Gouvernement force à avorter, que ce soit en vertu de la politique traditionnelle chinoise de l’enfant unique ou pour empêcher la naissance de filles au profit de bébés de sexe masculin, il avait été incarcéré quatre années durant avant d’être libéré le 9 septembre 2010. Mais c’était pour être placé, ainsi que sa famille, sous un strict régime d’assignation à résidence.

Une vidéo tournée clandestinement, quelques dix semaines après le début de son assignation à résidence, puis sortie de Chine et mise en ligne le 9 février dernier par l’organisation China Aid, basée aux Etats-Unis, montre Chen Guangcheng relatant en détail les mauvais traitements dont lui et sa famille sont victimes au quotidien. « Je suis sorti d’une petite prison, mais c’était pour entrer dans une encore plus grande », confie l’avocat, désormais cantonné à une maison qu’il décrit comme observée vingt-quatre heures sur vingt-quatre par trois équipes de vingt-deux personnes en tout, qui espionnent sa famille et empêchent quiconque de quitter les lieux. Seule la mère de Chen Guangcheng, qui est âgée, peut sortir pour aller faire les courses. Pas de ligne téléphonique fixe, et un brouilleur empêche tout appel entrant ou sortant sur téléphone portable. Que l’on ne tente pas pour autant d’aller voir Chen Guangcheng en personne, car sitôt que l’on entre dans le village où se trouve la maison qui lui sert désormais de geôle, l’on se voit sommé de rebrousser chemin, puis molesté si l’on s’obstine.

De même que Gao Zhisheng, Chen Guangcheng est un pilier du mouvement des « avocats aux pieds nus » qui entreprennent de défendre des victimes d’atteintes aux Droits de l’Homme en se référant à la loi chinoise même – le suprême affront à un système où un avocat est censé être, tout au contraire, un militant politique aux ordres du parti dirigeant. C’est dans ce même mouvement que s’inscrit Hu Jia, avocat converti au bouddhisme tibétain depuis les événements de Tienanmen en 1989, militant écologiste et de la lutte contre le SIDA depuis le début des années 1990 et lauréat en 2008 du Prix Sakharov pour les Droits de l’Homme décerné par le Parlement européen.

Hu Jia, Gao Zhisheng et Chen Guangcheng, les trois figures de proue du mouvement des “avocats aux pieds nus”. Bravant chaque jour la dictature, ils luttent pour que le mot “droit”, au singulier comme au pluriel, prenne en Chine tout son sens.

On n’en est pas si loin, du « tuer tous les avocats » que préconisait Dick le Boucher sous la plume de Shakespeare. De la part d’un Etat qui frappe ainsi ses avocats jusque dans leur chair, l’on pense toutefois moins, s’agissant d’une œuvre de Shakespeare, à Henri VI qu’à La Tempête, pièce dans laquelle Miranda, fille de Prospero, le duc de Milan, emploie l’expression « brave new world » dont Aldous Huxley fera au vingtième siècle le titre original anglais de son Meilleur des mondes. Dans l’« Etat mondial » que le roman d’Huxley a pour cadre, un Etat futuriste aseptisé et totalitaire, idolâtrant Henry Ford et la production industrielle, et où le bonheur quotidien se crée par la consommation d’un sorbet euphorisant, il n’y a pas de conflits, ni militaires ni juridiques, car tout simplement pas de libertés publiques au départ. Dès lors, quel besoin d’avocats ? C’est bien à cela que Hu Jintao et ses proches semblent aujourd’hui rêver pour leur pays, trop heureux qu’ils sont de voir les crises économiques successives dans les démocraties occidentales leur permettre de vanter leur modèle, car ayant racheté pour partie les dettes publiques des Etats concernés et s’offrant ainsi le luxe de faire la leçon y compris aux Etats-Unis, démocratie dépensière à bout de souffle mais qui, au moins, respecte un principe aussi fondamental pour l’état de droit que l’est l’indépendance des avocats, fondamentale à l’état de droit, et plus encore, à la démocratie.

Défendre un justiciable, c’est toujours remettre en question l’application d’une loi écrite, tout en s’appuyant soi-même, ce qui n’est pas la moindre des ironies, sur une autre loi écrite. Dans une « société démocratique » aux termes de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, le travail de l’avocat, par la création de la jurisprudence, nourrit le droit et l’enrichit, contribuant ainsi à son évolution dont il est indispensable qu’elle suive celle de la société. Avant que le Ministre de la Justice français Robert Badinter ne demande à l’Assemblée nationale « l’abolition de la peine de mort en France » le 17 septembre 1981, l’avocat Robert Badinter n’avait pas été sans plaider dans le procès de Claude Buffet et Roger Bontems, alors que ces deux hommes encouraient la peine de mort pour avoir effectué une prise d’otages dans une prison où ils étaient détenus. Et ils furent en effet exécutés en 1972.

En Chine, l’avocat, censé être un auxiliaire de justice, ne doit être pour les autorités qu’un auxiliaire politique et commercial, politique car il doit mettre en œuvre le « droit socialiste » voulu par Beijing, et commercial car les seuls clients honorables pour lui sont les hommes d’affaires, chinois et étrangers, qui assurent la réussite d’un système où politique et économie se contredisent en permanence.

L’avocate française Gisèle Halimi déclarait récemment : « Dans notre profession, on considère qu’il n’y a pas d’indéfendable ». Le Gouvernement chinois a pourtant instauré ce principe dans son droit interne. Tant qu’il laissera ces dispositions perdurer, aux yeux des avocats de Chine et du monde entier, il se rendra, ainsi que son système politico-économique schizophrène, indéfendable.

 

Bernard Henry est Officier de Presse du Bureau de Représentation auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens.

 


[i] Acte IV, Scène 2.

[ii] « Etre avocat en Chine », Maître Mathieu Boyer, in Revue du commerce international.

[iii] « Le rôle de l’avocat chinois dans la pratique judiciaire », Maître Xia ShanSheng, Ambassade de France en Chine (http://www.ambafrance-cn.org/Le-role-de-l-avocat-dans-le-systeme-judiciaire-En-Chine.html).

Syria: Reforms and Mediation

In Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa, World Law on July 3, 2011 at 6:49 PM

SYRIA: REFORMS AND MEDIATION

By René Wadlow

Hope has never trickled down. It has always sprung up.

Studs Terkel

The situation in Syria seems to have reached a critical turning point. There is a possibility that popular protests continue as they have since mid-March and that they continue to be met by military and police violence in violation of the spirit and letter of humanitarian international law. The Syrian army and militias have responded to unarmed nonviolent demonstrations with disproportionate force. Humanitarian international law has as its base the Martens Clause named after the legal advisor of the Russian Czar at the time of the Hague Peace Conferences. The clause is included in the Preamble to the 1899 Hague Convention. It is taken up again in Article 3, common to the four Geneva Conventions of August 12, 1949. The Martens Clause states that “the means that can be used to injure an enemy are not unlimited” but must meet the test of ‘proportionality’ meaning that every resort to armed force be limited to what is necessary for meeting military objectives. The shooting of unarmed demonstrators does not meet the test of proportionality.

For several months, the Syrian people have been sending a clear message to President Bashar al-Assad: The time has come for him to step aside.

However, there seems to be a real possibility of negotiations between the government led by President Bashar al-Assad and members of different opposition groups. President Assad, after two months of silence during which time demonstrations spread and repression increased on June 20 has called for a “national dialog” that could usher in changes. However, there were few specifics as to what topics such a national dialog would cover.

Many opposition leaders consider the proposal as a bid for more time during which arrests continue and over 1,000 persons have been killed in response to non-violent demonstrations. Moreover, it is not clear that the leaders of the longstanding but divided leadership of opposition groups are in control of the demonstrators. As in Tunisia and Egypt, Syrian demonstrators are young, come from an increasingly educated middle class and are influenced by the spirit of the ‘Arab Spring’ rather than by the ideology of the historic opposition groups.

As a sign that the proposal for a national dialog was real, the government allowed a meeting on June 27 in Damascus of some opposition figures. Those who met stressed that they did not claim to speak for all the demonstrators, and not all open opposition figures attended. In addition there are opposition figures in exile, and those in hiding fearful of arrest. There are also, no doubt, those who are waiting to see which way the wind blows. President Assad has spoken of starting the national dialog on July 12, but it is not clear who will attend and how representative they will be.

The savagery of the Damascus regime in suppressing dissent knows no boundaries. President Assad will resort even to heavy military force to silence his own people.

Civil society participation — religious, education, labor, women, cultural and media — is crucial to build public support for a real national dialog and to broaden constituencies for peace. A national dialog is merely the beginning of a deep reordering of the political and economic structures and relationships among elements of the society. There is a need for continual adjustments to adapt to new developments. There also needs to be quick post-agreement benefits to give people a stake in the readjustment process and to reduce the capacity of spoilers.

In some conflict situations, external mediators from the United Nations, national governments or nongovernmental organizations have played a useful role. Currently, the situation seems to have reached a stalemate when neither the government nor the protesters can resolve the crisis on their own terms. There are few signs that the government is open to external mediators, but with refugees from Syria going to Turkey, there is a real danger that the conflict will take on trans-frontier dimensions. A real national dialog could set out a framework for reforms which have been promised in the past but which never came to birth. As a result, sentiments have hardened, and trust has been lost. As external but concerned parties, we should encourage a broadly-based national dialog as a first important step on the road to reform.

René Wadlow is Senior Vice President and Chief Representative to the United Nations Office at Geneva of the Association of World Citizens.

Syria: The Downward Spiral

In Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa on April 30, 2011 at 10:45 PM

SYRIA: THE DOWNWARD SPIRAL

By René Wadlow

         

The United Nations (UN) has tried to stop the downward spiral of Syria into repression and potential chaos. It has been five weeks that what began as peaceful protests and demands for limited reforms have been increasingly met by government violence. Discussions on what the UN could do to help the Syrian people and to speed up necessary reforms started in both New York and Geneva. Governments and UN Secretariat members discussed different possibilities against the backdrop of the UN Security Council resolutions on Libya and the continued fighting there.

The representatives of China and Russia who had not blocked the resolution to use “all necessary force” to protect the civilian population in Libya but who have grown increasingly ill-at-ease with the NATO-led attacks did not want to open the door to a possible repeat over Syria. Thus all possibility of action within the Security Council was blocked with the insistence on the part of China and Russia that the situation was an internal affair of Syria and did not pose a danger to regional peace.

Thus the UN focus moved to Geneva and the UN Human Rights Council, for if events in Syria did not pose a danger to peace in the area, events were an open violation of the UN human rights standards. Syria is a party to all the major UN human rights conventions. Thus, on Friday, 29 April 2011 — when the eyes of much of the world were turned to London and a Royal wedding — in Geneva a path-making Special Session of the UN Human Rights Council was being held. A Special Session is the “highest profile” which the Council can give to a situation. It can be called on short notice, but before a Special Session is held, there are usually intense negotiations among governments. The representatives of non-governmental organizations (NGOs) also have a short time to prepare common positions and statements for a Special Session. Since NGOs speak after the governments, there is usually time for only a few statements prior to voting on the outcome resolution. However, for this Special Session, government representatives stuck to their time limits, and 16 NGOs were able to speak even if few said anything which had not already been said by governments.

Syria's President, Bashar al-Assad, posing before the Syrian flag.

The human rights situation in Syria was well set out at the start by the Deputy High Commissioner for Human Rights Ms Kyung-Wha Kang from Korea:

Information gathered since mid-March points a disturbing picture: the widespread use of live fire against protesters; the arrest, detention, and disappearance of demonstrators, human rights defenders, and journalists; the torture and ill-treatment of detainees; the sharp repression of press freedoms and other means of communication; and the attacks against medical personnel, facilities and patients.

“Yet even these deplorable practices have been exceeded over the past week. According to reports, entire towns have been besieged. Tanks have been deployed and shelled densely-populated areas. The delivery of food has been impeded. Access to electricity has been cut. And transportation systems have been shut down. There have been reports of snipers firing on persons attempting to assist the injured or remove dead bodies from public areas.

“We have noted with concern that military and security officers have been among those killed. Still, the preponderance of information emerging from Syria depicts a widespread, persistent and gross disregard for basic human rights by the Syrian military and security forces. Syrian and international human rights organizations have already documented more than 450 killings and around four times that number of injuries…

“Let me conclude by emphasizing the importance of holding perpetrators of serious human rights violations accountable, and in this regard, the urgent need for an independent, impartial, effective and prompt investigation into recent events in Syria. The convening of this Special Session should not only convey to the people of Syria that the international community is aware of their plight and supports their struggle for fundamental rights and freedoms. It should affirm to people everywhere that the Human Rights Council will be resolute in ensuring justice for victims of human rights worldwide.”

As with all serious UN meetings, the decisions have been negotiated before the meeting starts. There was broad agreement that the Human Rights Council would vote the creation of a working group for an independent, impartial investigation to be named by the President of the Council after consultation. The consultations have started, but the names of the members have not yet been announced. It is unclear at this stage if Syria will allow the group to enter to carry out interviews and other investigations. The working group on the situation in Darfur was not able to enter Sudan, and Israel did not allow the working group chaired by Justice Goldstone to enter Israel. However, some countries have allowed Special Rapporteurs on country situations named by the Human Rights Council or the earlier Commission on Human Rights to visit the country in question.

Much of the debate during the Special Session concerned basic attitudes on general human rights matters over which negotiations would not lead to any compromise. There are States which do not want country-specific discussions, basically by fear that they might one day be discussed. This is the long-standing position of China and Cuba and can be taken up by others depending on the specific case. With the situation in Syria, there was a newer and more interesting balance to be found between those States who, in addition to the creation of an investigation body, wanted a condemnation of the current violations in Syria on the basis of information now available and those States which wanted “constructive dialog”. Those for constructive dialog stressed that while not opposing an investigation, felt that there was an opportunity to “engage in constructive dialog with the Syrian government”. They maintained that condemnation measures would hinder finding peaceful solutions. This group of States, largely led by Pakistan and the Russian Federation, put an emphasis on the reforms which had already taken place after the start of the demonstrations, in particular the lifting of the state of emergency, abolishing the State Security Court, the granting of citizenship to 250,000 Kurds who had been registered until then as “aliens” and the replacement of the Cabinet and some governors of provinces.

The Syrian Ambassador, Mr. Faysal Khabbas Hamoui, could have played on these calls for engagement and dialog, and he may have done so in private. In his public statements prior to the start of the debate and again just prior to the vote, his position was so “hard line” as to destroy any idea that “constructive dialog” was possible at all. He attacked the idea of having a Special Session at all and then went on to attack the protesters as agents of a foreign-led conspiracy and as extremists wanting violence. His presentation left no visible door open for dialog, and there was no call for a possible national reconciliation.

The United Nations Human Rights Council in session.

The vote on the only resolution, A/HRC/S-16/1 came with few surprises:

Votes in favor: 26.

Against 9: Bangladesh, China, Cuba, Ecuador, Gabon, Malaysia, Mauritania, Pakistan, Russian Federation.

Abstentions 7: Cameroon, Djbouti, Nigeria, Saudi Arabia, Thailand, Uganda, Ukraine

Left the room so they could not be counted in any category: 4: Angola, Bahrain, Jordan, Qatar

The motivations of Angola are unclear. However, given the solid structuring of power in Syria, the inter-twinning of power and wealth, the mosaic of security services, quick reforms are unlikely. As President Bashar al-Assad has said “haste comes at the expense of the quality of reforms”. There may be a possibility for external NGOs, civil society organizations in Syria and the Syrian government to discuss peaceful advances toward a more just and inclusive society. We need to keep looking for possible doors even as people are being killed on the ground.

René Wadlow is Senior Vice President and Chief Representative to  the United Nations Office in Geneva of the Association of World Citizens.

LES CITOYENS DU MONDE APPELLENT A UN CESSEZ-LE-FEU EN LIBYE ET A L’OUVERTURE DE NÉGOCIATIONS POUR UNE NOUVELLE RÉPUBLIQUE LIBYENNE

In Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa on March 20, 2011 at 4:29 PM

LES CITOYENS DU MONDE APPELLENT A UN CESSEZ-LE-FEU EN LIBYE ET A L’OUVERTURE DE NÉGOCIATIONS POUR UNE NOUVELLE RÉPUBLIQUE LIBYENNE

(Mis à jour le 20 mars 2011)

Par René Wadlow


Le 15 mars 2011, alors que les combats concernaient encore les seuls pro- et anti-Kadhafi, dans un message au Secrétaire Général de l’ONU, Ban Ki-moon, le Professeur René Wadlow, Représentant en Chef auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens (AWC), a exhorté le Secrétaire Général à prendre l’ascendant en appelant à un cessez-le-feu en Libye qui mît fin aux hostilités en cours et à l’hémorragie de réfugiés. En se prolongeant et s’intensifiant, le conflit ne fait que placer un insupportable fardeau sur des lieux de soins médicaux déjà débordés et sur l’approvisionnement visant à répondre aux besoins élémentaires de la population.

Un cessez-le-feu constituerait aussi un premier pas en direction de négociations menant à un nouvel ordre constitutionnel et à une nouvelle République libyenne dont le fondement démocratique serait des plus larges.

Depuis les Ides de Mars, la situation s’est envenimée et a pris un caractère international, avec l’adoption d’une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU, un Sommet consécutif à celle-ci qui s’est tenu à Paris le 19 mars et le déclenchement des frappes aériennes et maritimes françaises, britanniques et américaines en Libye.

Pendant ce temps, les combats entre Libyens se poursuivent au sol. A ce stade, il paraît impossible de dire combien de temps durera le conflit armé et quels résultats sur le court terme il produira. La véritable question est de savoir comment aboutir à une fin des combats qui ait fait l’objet d’un accord préalable, puis d’ouvrir la porte à la nécessaire restructuration constitutionnelle du pays et à la création d’une République libyenne de large fondement démocratique.

Selon l’exemple des révolutions non-violentes de Tunisie et d’Egypte, des protestations contre le fonctionnement politique et économique de la Libye ont éclaté. Plutôt que d’entamer le dialogue, les autorités libyennes ont entrepris une politique de répression, laquelle a conduit à la violence à grande échelle que nous voyons aujourd’hui, provoquant par là même un flot massif de départs de travailleurs immigrés du pays ainsi qu’un important déplacement interne de Libyens.

Un manifestant libyen exigeant le départ de Muammar Kadhafi.

Seul un cessez-le-feu permettra le début d’un traitement en profondeur des questions constitutionnelles fondamentales que le pays a affrontées depuis l’Indépendance. Lorsque celle-ci est survenue en 1951, l’autorité reposait sur le Roi Sayyid Idriss as-Sanoussi (1890-1983), dirigeant d’une importante fraternité islamique qui se montrait de longue date plus soucieuse de réformes religieuses que de la structure du gouvernement ou de la qualité de l’administration. Son gouvernement possédait quelques attributs de décentralisation et de fédéralisme, mais reposait pour beaucoup sur des confédérations tribales qui existaient depuis bien plus longtemps. (1)

Quand les officiers de l’armée menés par le Colonel Muammar Kadhafi prirent le pouvoir à l’occasion d’un coup d’Etat en septembre 1969, la discussion s’engagea pendant un cours laps de temps quant à la forme de gouvernement qu’il convenait de développer. L’idée d’un pouvoir plus centralisé faisait l’unanimité, de même que la conservation des politiques de l’ancien roi et de la Fraternité Sanoussi en matière de religion – ce qui prit le nom de néo-salafisme. Cependant, afin de ne pas mettre d’obstacles à la future unité arabe, aucune structure étatique basée sur un accord constitutionnel ne fut officiellement créée.

Sayyid Idriss as-Sanoussi, également appelé Idriss 1er, Roi de Libye de 1951 à 1969.

Le colonel Kadhafi voulait se débarrasser du gouvernement de type parlementaire et des élections visant à élire une représentation, ce au profit de comités populaires, d’un congrès du peuple et de comités révolutionnaires, tous tenus ensemble par les présomptions idéologiques de la Troisième Théorie Universelle de Kadhafi – un concept qui englobe l’anti-impérialisme, l’unité arabe, le socialisme islamique et la démocratie populaire directe. (2)

Des désaccords sur la nature de l’Etat menèrent à d’importantes divisions au sein du cercle dirigeant, notamment en 1975. Cependant, toute discussion ouverte sur la nature de l’Etat, sur la relation entre l’Etat et la société, ou encore sur la place des tribus et des fraternités religieuses, était considérée subversive, revenant à une trahison. En pratique, bien que non en théorie, le processus de décision demeurait entre les mains du colonel Kadhafi, de sa famille, de ses amis et de ses alliés tribaux. (3)

Sur le court terme, les négociations suivant un cessez-le-feu pourraient conduire à la prorogation de la structure libyenne du pouvoir concentrant celui-ci en le seul colonel Kadhafi, ainsi que ses fils et leurs alliés. Toutefois, le degré de violence constitue une indication claire de ce que la structure de l’Etat ne fonctionne pas, et que, quoi que l’on puisse lui reprocher par ailleurs, un parlement permet à certaines des exigences du peuple d’être entendues et crée des garde-fous à l’exercice du pouvoir.

Historiquement, en Libye, il existait seize tribus marabtin renommées pour leur sagesse religieuse, lesquelles servaient de médiatrices et d’arbitres au sein des structures politiques de la Libye tribale d’avant la colonisation. Cette tradition de médiation réconciliatrice existe peut-être encore, ce qui signifie que recourir aux voies traditionnelles de médiation devrait être envisagé de manière sérieuse.

Un cessez-le-feu doit être un premier pas, et l’ONU, l’institution la plus appropriée pour maintenir ensuite le cessez-le-feu tandis que les négociations constitutionnelles commenceront.

 

René Wadlow est le Premier Vice-Président et le Représentant en Chef auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens.


1)      Pour une analyse utile des structures de gouvernement libyennes, voir J. Davis, Libyan Politics, Tribes and Revolution (Londres: I.B. Tauris, 1987)

2)      Voir M.M. Ayoub Islam and the Third Universal Theory: The religious thought of Muamar al Qadhafi (Londres: Kegan Paul, 1987)

3)      Voir René Lemarchand (Ed). The Green and the Black: Qadhafi’s Politics in Africa (Bloomington: Indiana University Press, 1988).

WORLD CITIZENS CALL FOR A CEASEFIRE IN LIBYA AND THE START OF NEGOTIATIONS ON A BROADLY-BASED NEW LIBYAN REPUBLIC

In Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa on March 17, 2011 at 10:29 PM

WORLD CITIZENS CALL FOR  A CEASEFIRE IN LIBYA AND THE START OF NEGOTIATIONS ON A BROADLY-BASED NEW LIBYAN REPUBLIC

(Updated March 20, 2011)

By René Wadlow


On March 15, 2011, when the fighting was still between pro- and anti-Qaddafi forces, in a message to United Nations Secretary-General Ban Ki-moon, Prof. René Wadlow, Chief Representative to the United Nations Office at Geneva of the Association of World Citizens (AWC), urged the Secretary-General to take a lead in advocating a ceasefire in Libya that would halt the current fighting and the flight of refugees. Increased fighting provokes an intolerable burden upon the already-strained medical facilities as well as supplies to meet the basic needs of the population.

A ceasefire would be a first step toward negotiations that would lead to a new constitutional order and a broadly-based new Libyan Republic.

Since the ides of March, the situation has heated up and has been internationalized with a United Nations Security Council Resolution, a follow-up Summit in Paris on March 19 and the start of French, British and U. S. air and sea strikes in Libya.

Fighting among Libyans continues on the ground. How long the armed conflict will go on and with what short-term results is too early to say. The real issue is to move to an agreed-upon end to the fighting and to open the door to the necessary constitutional restructuring of the country and creation of a broadly-based new Libyan Republic.

Following the nonviolent people’s revolution in Tunisia and Egypt, protests against the political and economic functioning of Libya began. Rather than starting a dialogue, the Libyan authorities undertook a policy of repression, leading to the large-scale armed violence we see today, provoking a massive flow of foreign workers to leave the country and to the internal displacement of many Libyans.

A Libyan demonstrator demanding an end to the rule of Colonel Moammar Qaddafi.

Only a ceasefire will allow the start of dealing with the fundamental constitutional issues which have faced the country since its Independence.  At Independence in 1951, authority rested with King Sayyid Idris as Sanoussi (1890-1983), the leader of an important Islamic brotherhood who remained more concerned with religious reforms than with the structure of the government and the quality of the administration. His government had some decentralized, federalist aspects but was largely based on pre-existing tribal confederations. (1)

When the military officers led by Colonel Moammar Qaddafi took power in a coup in September 1969, there was for a short time some discussion as to the forms of government that they would develop. There was agreement on a greater centralization of power, as well as keeping to the religious policies of the former King and the Sanoussi Brotherhood — what has been called neo-salafyisme. However, in order not to put obstacles in the way of future Arab unity, no constitutionally-agreed upon State structures were officially created.

King Sayyid Idris as Sanoussi, aka Idriss the First, of Libya (reigned 1951-1969).

Colonel Qaddafi wanted to do away with parliamentary government and representational elections in favour of people’s committees, a people’s congress, and revolutionary committees, all held together by the ideological assumptions of his Third Universal Theory — a concept that embodies anti-imperialism, Arab unity, Islamic socialism and direct popular democracy. (2)

Disagreements on the nature of the State had led to important divisions among the ruling circle, especially in 1975.  However, all open discussions on the nature of the State, of the relation between State and society, of the place of the tribes and of religious brotherhoods were considered subversive — in fact treason.  In practice, but not in theory, decision-making was in the hands of Colonel Qaddafi, his family, friends and tribal allies. (3)

In the short term, negotiations after a ceasefire may lead to a continued role in the Libyan power structure of Colonel Qaddafi, his sons and allies.  However, the degree of violence is clear evidence that the  structure of the State does not function, that whatever its faults, a parliament allows some of the demands of the people to be heard and creates limits on the exercise of power.

Historically in Libya, there were sixteen marabtin tribes renowned for their religious wisdom who served as mediators and arbiters within the political structures of tribal, pre-colonial Libya. The tradition of reconciliatory mediation may still exist, and traditional avenues of mediation should be explored.

A ceasefire must be a first step, and the United Nations the most appropriate institution for maintaining a ceasefire while constitutional discussions start.

René Wadlow is Senior Vice President and Chief Representative to  the United Nations Office in Geneva of the Association of World  Citizens.


1)      For a useful analysis of Libyan governmental structures see: J. Davis Libyan Politics, Tribes and Revolution (London: I.B. Tauris, 1987)

2)      See M.M. Ayoub Islam and the Third Universal Theory: the religious thought of Muamar al Qadhafi (London: Kegan Paul, 1987)

3)      See Rene Lemarchand (Ed). The Green and the Black: Qadhafi’s Politics in Africa (Bloomington: Indiana University Press, 1988).

Le Kef, Tunisie: Il suffit d’une ville pour soutenir une révolution

In Current Events, Democracy, Human Development, Middle East & North Africa, Solidarity on March 4, 2011 at 1:19 PM

LE KEF, TUNISIE: IL SUFFIT D’UNE VILLE POUR SOUTENIR UNE REVOLUTION

Par Cherifa Maaoui

Je suis une Citoyenne du Monde, membre de l’AWC depuis 2007, mais je suis aussi, au départ, une Tunisienne.

Pendant la révolution, une partie de ma famille était en visite chez moi, dans la banlieue de Paris, pour les Fêtes de Fin d’Année, et le matin même de la chute de Zine el Abidine ben Ali, ils étaient là, avant de prendre quelques heures plus tard le vol du retour …  C’est du moins ce qu’ils pensaient, que nous pensions tous. Après la réouverture de l’espace aérien tunisien, quand ils sont revenus là-bas, ce n’était plus le même pays, du moins sur le plan politique. Car chez nous, dans la ville de nos racines, malgré la révolution, rien n’avait vraiment changé.

Je suis née dans une ville du nord-ouest de la Tunisie, El-Kef, ou plutôt, pour les Français, « Le Kef ». L’Algérie n’est pas loin, à quarante kilomètres seulement, plus proche que Tunis qui se trouve à 175 kilomètres de chez nous. C’est une ville de montagne, perchée à 780 mètres d’altitude, une ville qui conserve les traces de la colonisation romaine entre les anciens remparts qui l’enserrent. Là-bas, les trois religions abrahamiques ont bâti chacune un ou plusieurs lieux de culte, entre le mausolée Sidi ben Makhlouf et la mosquée El Qadriya pour l’Islam, la synagogue de Ghriba pour le judaïsme et l’ancienne basilique romaine pour le christianisme. Nous avons des écoles supérieures et la ville est aussi, excusez du peu, un chef-lieu de gouvernorat, ce qu’on appellerait en France une préfecture. Bref, il y a tout chez nous pour faire penser que nous avons de la chance par rapport au reste de la Tunisie.

Et pourtant, c’est loin d’être le cas. Le Kef est une ville où règne la pauvreté, une de ces villes où, sous Ben Ali, les uns et les autres ont été forcés de partir vers les villes plus grandes ou les zones côtières pour trouver un travail, souvent avec peu de succès. Tous les gens qui ont eu entre leurs mains le destin de la Tunisie nous ont oubliés, tant le protectorat français qu’Habib Bourguiba puis Ben Ali, comme si notre sort n’intéressait personne.

A l’hôpital du Kef, il existe une salle de jeux où les enfants peuvent s’amuser, mais ce n’est que depuis trois ans tout au plus, parce que, grâce à l’aide de mes amis ici en France, j’ai pu y faire installer une climatisation. Avant, la salle était trop froide l’hiver, cet hiver montagnard rigoureux que, depuis l’étranger, l’on n’imagine pas possible en Tunisie, et trop chaude l’été. Mais derrière ce problème résolu, il en reste bien d’autres en souffrance. Nous avons beau avoir des écoles supérieures, cela ne nous empêche pas d’avoir aussi chez nous des quantités de jeunes gens diplômés qui, parfois jusqu’à l’âge de quarante ans, restent sans travail malgré leurs hautes qualifications, ce qui est particulièrement vrai des diplômés du supérieur en langue et littérature arabe.

Le Kef, ville oubliée de l'histoire.

Déjà sans aller jusqu’à ce niveau, dans le lycée local, il n’y a pas de salle informatique, le seul cybercafé de la ville étant privé et facturant des sommes exorbitantes aux usagers. Il en faudrait peu pour trouver sur place de quoi équiper chaque écolier d’un cartable et le lycée d’une salle informatique digne de ce nom, la seconde opération pouvant être réalisée pour moins de 300€. Mais je ne peux pas le financer toute seule, d’où ma frustration et ce sentiment d’impuissance qui sont les miens.

En comparaison de l’avenir d’un pays tout entier – le premier pays arabe à avoir évincé son dictateur dans une révolution populaire – le sort d’une seule ville, une ville perdue dans la montagne, peut paraître insignifiant. Mais c’est justement là, dans ce genre d’endroits oubliés de l’histoire, que se jouent les destins des révolutions. C’est lorsque des villes comme Le Kef se sentent soutenues, incluses dans le changement et non exclues de celui-ci, que ce changement qui affecte donc tout un pays est vraiment possible. Sinon, cela donne des violences comme celles qui ont frappé Le Kef début février dernier, des morts, des immeubles brûlés, et la peur, celle qui, s’ajoutant au désespoir, vous tue.

L’ancienne Première Dame américaine Hillary Clinton, aujourd’hui Secrétaire d’Etat, a écrit en 1996 un livre qui s’intitulait Il faut tout un village pour élever un enfant. Moi, je suis convaincue qu’il suffit d’une ville pour soutenir une révolution, et cette ville, je suis bien persuadée que c’est Le Kef.

Cherifa Maaoui (maaoui.cherifa@yahoo.fr) est Officier de Liaison pour le Maghreb du Bureau de Représentation auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens.