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Nous, Personnes Handicapées, la Tribu Isolée Mondiale

In Being a World Citizen, Current Events, Disabled people, Human Rights, Social Rights, Solidarity, United Nations, World Law on August 28, 2024 at 6:00 AM

Par Bernard J. Henry

Où est-il ? Où est ce «monde d’après» que l’on nous annonçait tel un Grand Soir durant le Premier Confinement lié à la pandémie de Covid-19 en France, en cette époque où un tiers de la planète devait rester enfermé chez lui et, pour certains dirigeants mal avisés comme Donald Trump et Jair Bolsonaro, il n’était pas question de le décréter même alors que la vie même de leur peuple en dépendait ? Où est cette ère nouvelle où l’être humain, confronté à une Troisième Guerre Mondiale qui n’opposait finalement pas deux blocs militaires mais toute l’humanité à un coronavirus, devait connaître enfin la paix et la solidarité comme n’auraient jamais osé en rêver même les fondateurs du mouvement Citoyen du Monde après 1945 ? Où est-il donc, le «monde d’après» ?

Aujourd’hui débutent à Paris les Jeux Paralympiques 2024, après des Jeux Olympiques inoubliables au cours desquels ont volé en éclats les préjugés sexistes et où les nationalités politiques ont été balayées au profit des seuls exploits sportifs. Les premières Olympiades depuis la fin officielle de l’urgence médicale mondiale liée à la Covid-19 l’an dernier seraient-elles donc vraiment celles du «monde d’après» ? Mieux vaut ne pas s’habituer à le croire.

Pas d’athlètes russes ou bélarusses, car depuis février 2022, la Russie agresse militairement l’Ukraine et le Bélarus d’Alexandre Loukachenko, voisin et meilleur élève de Vladimir Poutine, lui apporte son soutien actif ; pas de place pour l’un ou l’autre des deux pays agresseurs aux Olympiades. Une délégation israélienne malmenée par des spectateurs et une délégation palestinienne à laquelle il manquait des membres, tués avant d’avoir pu concourir, double résultat de l’atroce attaque terroriste commise en Israël par le Hamas palestinien le 7 octobre 2023 puis de la campagne militaire meurtrière à Gaza de l’armée israélienne en représailles, chaque jour sans discontinuer depuis l’attentat, l’horreur répondant à l’horreur comme trop souvent au Proche-Orient mais cette fois dans des proportions plus que jamais encore inhumaines et inacceptables.

En France même, le pays hôte, une crise politique et constitutionnelle avec un gouvernement démissionnaire qui jouait les prolongations du fait d’élections législatives anticipées convoquées dans un mouvement de vexation malvenue par le Président Emmanuel Macron et qui, sans un sursaut républicain de l’électorat, auraient vu s’installer au pouvoir l’extrême droite raciste et xénophobe – entre autres fléaux qu’elle a choisi de promouvoir. Le Nouveau Front Populaire, coalition des partis de gauche, l’a finalement emporté contre toute attente mais, dans un ultime acte de déni, le chef de l’État battu au Parlement a refusé de nommer tout de suite un nouveau gouvernement, contraignant ses ministres démissionnaires à retarder sine die leur départ.

Et la guerre qui fait rage une nouvelle fois au Soudan, la dictature qui ronge le Venezuela au point d’avoir jeté le quart de son peuple sur les routes, l’extrême droite nationaliste aux affaires en Argentine, en Italie, en Inde et ailleurs, le virus Mpox qui menace l’Afrique et potentiellement aussi l’Europe …

Le «monde d’après» ? On en regretterait presque le «monde d’avant» !

Alors que débutent ces Jeux Paralympiques, le «monde d’après» ne me paraît guère plus rassurant que son devancier pour une personne handicapée, sachant combien la pandémie était devenue une épreuve plus qu’olympique pour quiconque devait déjà, à chaque moment de sa vie, aller chercher la victoire contre les effets dans sa vie du handicap – et les Nations Unies ne s’y sont pas trompées, ayant su informer et guider pour agir au sujet de la maladie qui, en notre temps, aura sans nul doute engendré le plus de mensonge et de désinformation, au risque même de la vie de qui aura voulu y croire.

«Et ma grande raison», comme l’écrivait Molière, de m’en inquiéter, c’est que je suis moi-même une personne handicapée. Dans le «monde d’avant», j’en avais parlé ici même, le 3 décembre 2018, Journée internationale des Personnes handicapées, pas seulement de moi mais de nous toutes et tous à travers le monde. Et c’est lié. La Citoyenneté Mondiale que promeut l’Association of World Citizens (AWC) en est une qui, plutôt que d’être exclusivement idéologique comme dans d’autres mouvements, doit revêtir pour qui la proclame un sens personnel. Pour nous, écrire «je», ce n’est donc pas un acte d’arrogance mais une preuve, la plus importante même, celle que l’on est Citoyen(ne) du Monde y compris lorsqu’il faut plus que des mots.

Les Agitos, symboles paralympiques internationaux

Paris, le 3 décembre 2018

Qu’est-ce qu’une «tribu isolée» ? Allez, vous en avez entendu parler. C’est une communauté autochtone vivant dans son habitat traditionnel forestier ou insulaire, suivant un mode de vie millénaire fondé sur la nature et refusant tout contact avec le monde extérieur. Depuis que Jair Bolsonaro, le candidat d’extrême droite à la présidence du Brésil, a remporté les élections du 28 octobre, l’avenir des tribus isolées brésiliennes est en jeu, car Bolsonaro s’est engagé lors de sa campagne à éliminer toutes ces tribus[i].

On supposerait qu’une tribu isolée est en toute logique un peuple vivant dans un seul et même endroit, et non un groupe dispersé à travers le monde, ce qui lui vaudrait alors d’être appelé «diaspora isolée», même si l’expression n’aurait guère de sens. Si c’est ce que vous pensez, alors détrompez-vous.

Notre monde abrite en effet une tribu isolée mondiale. La tribu a un nom : les personnes handicapées. Et il se trouve que j’en fais partie. Si ce n’est pas votre cas, alors estimez-vous heureux.

Les damnés de la terre, les vrais

Si vous êtes convaincu que vous ne pourriez jamais vivre avec un seul de vos droits violé ou mal appliqué, alors réjouissez-vous de ne pas être des nôtres. Les personnes handicapées, qui représentent actuellement un milliard de personnes, soit 15% de la population mondiale, constituent la plus grande minorité au monde et, dans l’indignité la plus entière, la catégorie d’êtres humains dont les droits sont les plus ouvertement ignorés et bafoués.

La pauvreté nous frappe de plein fouet car, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 80% des personnes handicapées vivent dans des pays en développement, et les études de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Économiques (OCDE) montrent que les taux d’invalidité sont nettement plus élevés parmi les groupes de population les moins éduqués dans les États membres de l’OCDE. Selon la Banque mondiale, parmi les personnes les plus pauvres au monde, 20% souffrent d’une forme de handicap et leur communauté elle-même les considère comme les plus défavorisés de ses membres.

Le handicap n’épargne pas même les femmes et les enfants. Une enquête réalisée en 2004 à Orissa, en Inde, a révélé que pratiquement toutes les femmes et filles handicapées étaient violentées au sein du foyer, que 25% des femmes présentant un handicap intellectuel avaient été violées et que 6% des femmes handicapées avaient été stérilisées de force. Le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) rapporte que 30% des jeunes des rues sont handicapés d’une manière ou d’une autre. La mortalité des enfants handicapés peut atteindre 80% dans les pays où, globalement, la mortalité des mineurs est pourtant tombée sous les 20%, affirme le Ministère britannique du Développement international, ajoutant que dans certains cas, les enfants sont «arrachés» comme les mauvaises herbes d’un jardin. A cause de la malnutrition, des maladies, du travail des enfants et pour d’autres raisons encore, le nombre d’enfants handicapés dans les pays en développement devrait augmenter au cours des trente prochaines années.

Lorsque l’on ne nous condamne pas à l’ignorance, l’OCDE estimant qu’en moyenne, 19% des personnes les moins instruites sont handicapées contre 11% parmi les personnes les plus instruites, nous restons sans défense contre les conséquences des conflits armés et de la violence. L’OMS estime que, pour chaque enfant tué au cours d’une guerre, trois autres sont blessés et conservent une forme permanente de handicap. Dans certains pays, jusqu’à un quart des handicaps résultent de blessures et de violences.

Alors que les tribus isolées ici et là s’efforcent de rester à l’écart de la «civilisation», nous, la tribu isolée mondiale, nous essayons de nous intégrer mais sommes repoussés par tout le monde, partout. En tant que tribu mondiale, les problèmes auxquels nous sommes confrontés peuvent à juste titre être qualifiés de problèmes mondiaux. Mais il est rare que des solutions mondiales soient trouvées, encore moins recherchées au départ.

Un peuple mondial sans droits mondiaux

Ce n’est qu’en 2006 qu’un milliard d’habitants de la planète Terre ont vu leurs droits formellement consacrés dans un traité légalement contraignant : la Convention relative aux Droits des Personnes handicapées, signée le 30 mars 2007. La Convention est entrée en vigueur le 3 mai 2008 et, à ce jour, 177 pays y sont États Parties. Une agence des Nations Unies (ONU) spécifiquement dédiée, UN Enable, est chargée de veiller à ce que la Convention soit respectée et appliquée dans le monde entier. Et même en arriver à ce résultat fut tout sauf évident.

En 2004, l’Administration américaine, alors dirigée par le Président George W. Bush et en froid avec la majeure partie du monde du fait de sa guerre en Irak, s’était opposée de toutes ses forces à la Convention, soutenant que les lois nationales de chaque pays seraient toujours meilleures qu’un traité mondial. A ceci près que seuls quarante-cinq pays disposent de lois anti-discrimination et autres lois spécifiques au handicap, dont le contexte varie considérablement d’un pays à l’autre et rend impossible l’émergence d’un modèle juridique mondial commun à partir des législations nationales.

Aux États-Unis, les personnes handicapées ont participé au mouvement des droits civiques dans les années 1960, ce qui leur a valu des lois qui leur accordent des droits formels contraignants pour les gouvernements et tribunaux fédéraux, de chaque Etat et au niveau local. En France, en revanche, les personnes handicapées ont obtenu de premiers droits spécifiques au lendemain de la Première Guerre Mondiale, lorsque de nombreux soldats sont revenus du champ de bataille criblés de blessures à vie, ayant désormais besoin soit de pensions sociales spécifiques soit d’une aide pour trouver un emploi. Dans ce second cas, les personnes handicapées françaises ont dû attendre 1975 pour qu’apparaisse une loi plus large, à laquelle a succédé seulement en 2005 une loi plus complète encore, les deux fois grâce à la détermination d’un seul homme – Jacques Chirac, Premier Ministre en 1975 et Président en 2005, dont la fille Laurence, décédée en 2016, était gravement handicapée. La France est un État partie à la Convention, alors que les États-Unis n’en sont que signataires.

La Convention ne confère pas à l’ONU le pouvoir de reconnaître et d’enregistrer des individus comme personnes handicapées lorsqu’il n’existe pas de cadre légal national, à la manière du HCR qui enregistre les réfugiés dans les pays dépourvus d’une agence nationale de l’asile. Un honteux exemple de ce qui se passe lorsque la souveraineté nationale ignore les limitations à lui apporter pour garantir le plus grand bien de toutes et tous. Et qui nous isole davantage encore, nous, personnes handicapées, la tribu isolée mondiale.

Nous sommes des Citoyens du Monde – et parfois même ses dirigeants

Sommes-nous condamnés à rester à jamais des exclus du monde, une tribu isolée mondiale puisque personne ne veut nous contacter, du moins sans porter de jugement ou se montrer paternaliste à notre égard ? Pourrons-nous un jour nous intégrer pleinement dans la société ? Pour emprunter une citation de Mark Twain, certains d’entre nous «ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait». Et leurs noms pourraient bien vous étonner.

Stephen Hawking, légende britannique de la physique théorique. John Nash, mathématicien américain dont la vie a inspiré le film Un homme d’exception (A Beautiful Mind). Vincent Van Gogh. Ludwig van Beethoven. Frida Kahlo. Tom Cruise. Robin Williams. Stevie Wonder. Ladyhawke, chanteuse et musicienne néo-zélandaise devenue mondialement célèbre en 2008 avec son tube mondial Paris is Burning. Pour n’en citer que quelques-uns.

D’autres encore ont gravi les échelons jusqu’au sommet du pouvoir politique. Joaquín Balaguer, ancien Président de la République dominicaine. Wolfgang Schaüble[ii], plusieurs fois ministre fédéral et aujourd’hui Président de l’Assemblée fédérale allemande (Bundestag). Gordon Brown, ancien Premier Ministre du Royaume-Uni. Aux États-Unis, Robert Dole, longtemps Sénateur du Kansas et candidat républicain à la présidentielle de 1996, ainsi que son collègue récemment décédé[iii], lui aussi Sénateur et ancien candidat républicain à la présidence, John McCain, de l’Arizona – et, plus important encore, deux anciens Présidents, tous deux issus du Parti Démocrate, Woodrow Wilson et Franklin Delano Roosevelt, rien de moins.

Ce dernier a remporté quatre élections présidentielles, sorti son pays d’une crise économique et sociale majeure, gagné la Seconde Guerre Mondiale et créé les Nations Unies – tout cela depuis un fauteuil roulant. Alors, pour une tribu isolée, difficile de nous considérer pour autant comme une partie totalement inutile de la population mondiale !

Ne regardez pas notre nom – regardez nos êtres

Même le terme «personnes handicapées», inventé par les non-handicapés pour nous désigner, semble être devenu plus que ce monde peut supporter. Certains utilisent désormais l’appellation «d’une aptitude différente» (en anglais, differently abled), au risque même de souligner combien nous sommes différents alors que nous avons besoin d’être reconnus, oui, pour nos spécificités, mais aussi pour nos similitudes avec les personnes dites «valides». Quelle importance peut revêtir un nom ? Celle qu’il ne devrait pas.

Les personnes handicapées doivent être vues comme elles sont : des personnes contraintes de vivre avec un handicap qui nécessite une attention particulière de la part de la société, tandis que chacune d’elles conserve sa propre personnalité, ses compétences et, contrairement à ce que notre nom indique, sa validité individuelle.

Le 3 décembre a été proclamé Journée internationale des Personnes handicapées en 1992, à travers la Résolution 47/3 de l’Assemblée générale des Nations Unies. Chaque année, la même question est posée au peuple du monde : pourquoi avez-vous si peur de la tribu isolée mondiale ? Qu’est-ce qui vous fait penser qu’elle ne peut être qu’un fardeau pour la société ? Ne vaudrait-il pas mieux pour vous et pour elle de choisir un mode de vie plus inclusif qui créât l’égalité des chances, quelle que soit votre (in)validité ?

Et le monde s’interroge encore. Il nous voit, nous, la tribu isolée mondiale. Il nous parle. Mais dans une langue que nous ne pouvons comprendre, car ses mots ne peuvent pas porter ce que nous, nous pensons. Et nous restons donc isolés.

Si vous voulez vraiment nous contacter, commencez par admettre l’idée que ce que vous appelez «handicap» est une création de votre propre esprit. Nous, la tribu isolée mondiale, renfermons des fortunes de connaissance et d’expérience, différentes des vôtres et qui vous restent inconnues. Alors, laissez-nous donc vous aider à faire de ce Monde un endroit meilleur pour ses Citoyen(ne)s – toutes et tous, mais cette fois, vraiment.

Bernard J. Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.


[i] Jair Bolsonaro a quitté ses fonctions le 1er janvier 2023 après sa défaite électorale contre Luiz Inácio ‘Lula’ da Silva.

[ii] Wolfgang Schaüble a quitté son poste le 26 octobre 2021. Il est décédé le 26 décembre 2023.

[iii] John McCain est décédé le 25 août 2018.

We, Disabled People, the Global Uncontacted Tribe

In Being a World Citizen, Children's Rights, Conflict Resolution, Democracy, Disabled people, Human Development, Human Rights, Social Rights, Solidarity, United Nations on December 3, 2018 at 8:09 AM

By Bernard J. Henry

What is an “uncontacted tribe”? Come on, you’ve heard of them. These are native communities living in their traditional forest or island habitat, following their millennia-old, nature-based lifestyle and refusing contact with the outside world. Since Jair Bolsonaro, the far-right candidate for the presidency of Brazil, won the election on October 28, the future of Brazilian uncontacted tribes lies in the balance as Bolsonaro pledged during his campaign to have all these tribes wiped out.

One would assume that an uncontacted tribe is logically a people living in one single place, not a group scattered throughout the world, thus being more appropriately called an “uncontacted diaspora”, although the expression wouldn’t make much sense. If that’s what you think, then, think again.

This world of ours is indeed home to a global uncontacted tribe. The tribe has a name – disabled people. And I happen to be one of them. You may be glad that you’re not.

The Real Wretched of the Earth

If you have the firm belief that you could never live with a single one of your rights being violated or not properly implemented, then, indeed, be glad you’re not of our own. Disabled people, currently one billion people making up 15 per cent of the world’s population,are the largest minority in the world and, indignantly enough, the category of human beings whose rights are the most blatantly ignored and violated.

Poverty hits us hard, as, according to the World Health Organization (WHO), eighty per cent of persons with disabilities live in developing countries and studies by the Organization for Economic Cooperation and Development (OECD) show that disability rates are significantly higher among groups with lower educational attainment in OECD member states. Among the world’s poorest people, says the World Bank, 20 percent have some form of disability and their communities view them as the most disadvantaged.

Disability doesn’t even spare women and children. A 2004 survey in Orissa, India, found that virtually all the women and girls with disabilities were beaten at home, 25 per cent of women with intellectual disabilities had been raped and 6 per cent of women with disabilities had been forcibly sterilized. The United Nations Children’s Fund (UNICEF) reports that 30 per cent of street youths are in some way disabled. Mortality for disabled children may be as high as 80 per cent in countries where underage mortality has, overall, decreased below 20 per cent, says the United Kingdom’s Department for International Development, adding that, in some cases, it seems as if children are being “weeded out”. Due to malnutrition, diseases, child labor and other causes, disabled children in developing countries are projected to increase over the next thirty years.

When not faced with ignorance, as the OECD says an average 19 per cent of less educated people have disabilities, compared to 11 per cent among the better educated, we must cope with the consequences of armed conflict and violence. The WHO estimates that, for every child killed in warfare, three are injured and left with a permanent form of disability. In some countries, up to a quarter of disabilities result from injuries and violence.

While local uncontacted tribes strive to keep away from “civilization”, we, the global uncontacted tribe, try to fit in but get pushed back by everyone, everywhere. Being a global tribe, the issues we face can rightly be called global issues. But seldom are found global solutions, let alone sought to begin with.

A Global People with No Global Rights

It wasn’t until 2006 that a billion inhabitants of planet Earth saw their rights formally enshrined in a binding treaty – the Convention on the Rights of Persons with Disabilities, signed on March 30, 2007. The Convention came into force on May 3, 2008 and, to date, 177 countries are States Parties. A specifically-dedicated United Nations (UN) agency, UN Enable, is tasked to ensure that the Convention is respected and enforced throughout the world. And even obtaining that didn’t come easy.

In 2004, the U. S. Administration, then led by President George W. Bush and at odds with much of the world over the Iraq war, opposed the Convention with all its might and argued that national laws within individual countries would always be better than a world treaty. Save that only 45 countries have anti-discrimination and other disability-specific laws, whose background varies heavily from country to country and makes it impossible to have a common global pattern of law emerge from domestic legislation.

In the U. S., disabled people were part of the civil rights movement in the 1960s, which landed them laws granting formal rights binding on federal, state, and local government and courts. By contrast, in France, disabled people started to gain specific rights after World War I, when so many veterans returned from the battlefield with injuries for life, needing either specific welfare pensions or assistance in finding a job. In the latter case, French disabled people had to wait until 1975 for a broader law, which was itself succeeded only in 2005 by a more thorough law, in both instances thanks to the determination of one man – Jacques Chirac, who was Prime Minister in 1975 and President in 2005, and whose daughter Laurence, who died in 2016, was gravely disabled. France is a State Party to the Convention, while the U. S. is only a signatory.

The Convention does not allow UN Enable to recognize and register persons as disabled people in the absence of a national framework, in the style of UNHCR which registers refugees in those countries without a national asylum agency. A shameful instance of national sovereignty without the limitations that would guarantee the greater good for everyone. Making us, disabled people, even more of a global uncontacted tribe.

We Are World Citizens – Sometimes World Leaders, Too

Are we doomed to remain forever global outcasts, a global uncontacted tribe as no one wants to contact us, at least without being judgmental and paternalistic toward us? Can we ever fit into society? To borrow a quote from Mark Twain, some of us “did not know it was impossible, so they did it”. And their names may just astound you.

Stephen Hawking, the British theoretical physicist. John Nash, the American mathematician, whose life inspired the movie A Beautiful Mind. Vincent Van Gogh. Ludwig van Beethoven. Frida Kahlo. Tom Cruise. Robin Williams. Stevie Wonder. Ladyhawke, the New Zealand singer and musician who became world famous in 2008 with her worldwide hit Paris is Burning. To name but a few.

Others still made it to top government posts. Joaquin Balaguer, former President of the Dominican Republic. Wolfgang Schaüble, several times a Federal Minister and now Speaker of Germany’s Federal Assembly (Bundestag). Gordon Brown, former Prime Minister of the United Kingdom. In the United States, Robert Dole, a longtime Senator from Kansas and the Republican presidential candidate in 1996, as well as his recently-deceased fellow Senator and former Republican presidential nominee John McCain of Arizona – and, most importantly, two former Presidents, both Democrats, Woodrow Wilson and Franklin Delano Roosevelt, no less.

The latter won four presidential elections, got his country out of a major economic and social crisis, won World War II and created the United Nations – having done all that from a wheelchair. For an uncontacted tribe, we may not be deemed a completely useless portion of the world’s population.

Don’t Look at Our Name – Look at Our Selves

Even the name “disabled people”, coined by the non-disabled to refer to us, seems to have become more than this world can bear. Some are now using the name “differently abled”, at the very risk of stressing how different we are while we need to be recognized for our specificities but also for our similarities to the so-called “able” people. What’s in a name? Too much.

Disabled people need to be considered for what they are – people forced to live with a disability that requires special attention from society, while each of them retains his or her own self, skills and, unlike what our name suggests, abilities.

December 3 was proclaimed International Day of Disabled Persons in 1992, through UN General Assembly Resolution 47/3. Every year, the same question is asked of the people of the world: Why are you so afraid of the global uncontacted tribe? What makes you think they cannot be but a burden to society? Wouldn’t it be better for both you and them if you would only choose a more inclusive lifestyle that creates equal opportunities, regardless of (dis)ability?

And the world continues to wonder. It sees the global uncontacted tribe. It talks to us. But it uses a language we cannot understand, for its words cannot convey our own thoughts. And uncontacted we remain.

If you really want to contact us, just start by realizing that what you call “disability” originates in your own minds. We, the global uncontacted tribe, hold fortunes in knowledge and experience, different from yours. Please let us help you make this world a better place.

Bernard J. Henry is the External Relations Officer of the Association of World Citizens.

Nauru Government Condemns Mentally Traumatized Individuals to Lifelong Anguish

In Asia, Current Events, Disabled people, Human Rights, Uncategorized on October 16, 2018 at 8:40 PM

By René Wadlow

The Government of Nauru, the small Pacific island State, has expelled the medical and psychological personnel of the international nongovernmental organization (NGO) Médecins Sans Frontières (MSF) on Sunday, October 7. The Government gave no explanation for its actions, but relations with the NGO have been difficult in the 11 months that MSF has been working there. It is likely that the Government feared international attention to the prison-like conditions in which refugees and asylum seekers were kept.

The Australian Government in 2013 created camps on Nauru to house asylum seekers who were trying to reach Australia by boat. Nauru uses Australian money as its national currency, receives the bulk of its financing as aid from the Australian Government and the bulk of its products come from Australia. Thus, refusing orders from Australia is difficult.

Nauru

Currently, there are some 900 refugees on Nauru, of which 100 are children, in different camps which have been described as “open-air prisons”. Children are often kept separately from their parents. The MSF has been providing mental health care, as there are no independent psychological services on the island. Many refugees suffer from depression and a feeling of hopelessness. 78 people have attempted suicide. Individuals have suffered trauma in their home country and during the sea journey. This is particularly true of children and young adults.

As president of an international child welfare NGO, I was responsible for mental health efforts for traumatized children and youth in Cambodia and Croatia suffering from the impact of war and in Bangladesh suffering from the loss of homes and families due to natural catastrophes (flooding). Sever cases of childhood psychosis may require long-term psychotherapy. Often frequent and severe language disturbances are observed. In the absence of adequate care and psychotherapy, these children can become mentally deficient, unable to perform their duties as adults.

With early and adequate psychological care, some of the challenges can be met. Children display an extraordinary need for contact and relate warmly to therapists. If the therapist is taken away, the child has a deep sense of loss, a sense of loss already there from having had to flee his home conditions.

There is an urgent need for early psycho-social care. The term “psycho-social” underlines the close relationship between the psychological and social impact of refugee flight. By psychological effects we mean those experiences which affect emotions, thoughts, memory, learning and how a situation may be understood. By social effects, we mean how experiences alter people’s relationships to each other. The psycho-social impact must be assessed as soon as possible to develop effective programming.

MSF

The action of the Nauru Government in practice condemns the traumatized young to life-long anguish and other disabilities. MSF has called for the immediate evacuation of all refugees from Nauru, but for the moment, the Australian officials refuse to accept the refugees saying that evacuation would create a flow of new refugees.

Obviously, conditions of stability and economic opportunity need to be created in the States from which the refugees have fled. However, there is a short-term need for a return of the MSF team to Nauru and the creation of programs of mental health care.

Prof. René Wadlow is President of the Association of World Citizens.

Maître Najet Laabidi de nouveau visée par les autorités tunisiennes

In Being a World Citizen, Children's Rights, Current Events, Disabled people, Human Rights, International Justice, Middle East & North Africa, NGOs, Social Rights, Solidarity, United Nations, World Law on March 18, 2018 at 7:29 AM

Par Bernard Henry

Si l’on juge un pays sur la manière dont il traite les personnes handicapées, alors la Tunisie a besoin d’un bon avocat. Et si l’on juge un pays au respect que les pouvoirs publics accordent aux avocats, alors la terre du Jasmin semble en chute libre vers l’indéfendable.

Une fois de plus, l’avocate tunisienne Najet Laabidi, poursuivie depuis 2011 pour avoir voulu représenter ses clients comme il est naturel pour un avocat, est dans le collimateur. Et cette fois, l’injustice est plus criante encore, car les clients que l’on veut l’empêcher de représenter sont, comment le comprendre, des personnes handicapées.

Enfants autistes, elles les maltraitent

Dans un courrier du 8 mars à la Rapporteuse spéciale de l’ONU sur les Droits des Personnes handicapées, Catalina Devandas-Aguilar, le Comité de Soutien de l’Affaire des Enfants autistes violentés et de Défense des Droits des Enfants/Personnes Autistes/Handicapé(e)s sonne l’alarme sur les faits dont il tire son nom, des faits remontant à février dernier seulement et qui, dans une Tunisie qui ne cesse de s’éloigner des espoirs de la révolution qui ouvrit en 2011 le « printemps arabe », sonnent comme un implacable constat d’échec – et un déchirant appel au secours.

« Le 17 février 2018, » écrit le Comité, « une vidéo a été mise en ligne sur les réseaux sociaux présentant des actes de violence (de maltraitance) d’enfants autistes dans un centre privé de prise en charge et d’éducation spécialisée à Tunis. » Sur cet enregistrement, réalisé par un employé du centre, l’on voit trois enfants se faire agresser par deux éducatrices du même centre.

La politique prise en défaut …

Les réactions n’ont pas tardé. Le 19 février, le Chef du Gouvernement tunisien affirmait son indignation, ordonnant une prise en charge psychologique immédiate pour les enfants du centre. Les premières consultations débutèrent le 6 mars.

Du côté des autres ministres, les suites furent moins reluisantes. Ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfance, Ministère des Affaires Sociales et Ministère de l’Education se jetèrent la patate chaude, chacun niant que le centre relève de sa juridiction. Et pour cause. En Tunisie, les centres pour enfants ou personnes handicapées sont gérées par des associations, elles-mêmes affiliées au Ministère des Affaires Sociales. Au mieux. Car le centre ne possède qu’un simple statut d’école privée, avec agrément du Ministère de l’Education, et n’abrite aucun professionnel qualifié pour la prise en charge des enfants autistes ou des personnes handicapées.

Côté grand public enfin, ce n’est pas la publicité qui a manqué à la vidéo, pas plus que les débats, à la radio, à la télévision et ailleurs. Débats où les enfants autistes ne trouvent pas que des défenseurs. C’est ainsi qu’un intervenant est allé jusqu’à justifier les violences, qu’il qualifiait d’ «intervention thérapeutique scientifique reconnue dans le cas des enfants autistes» …

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Avec l’affaire relayée y compris dans les médias internationaux, le scandale a de loin dépassé les seules frontières de la Tunisie. (Capture d’écran)

Mais l’essentiel de la population a bel et bien pris parti pour les enfants victimes, les familles d’enfants autistes et personnes handicapées, les Défenseurs des Droits Humains, les juristes et les organisations de personnes handicapées ayant été au premier rang de l’indignation générale.

Créé dans la foulée, le Comité de Soutien de l’Affaire des Enfants autistes violentés et de Défense des Droits des Enfants/Personnes Autistes/Handicapé(e)s appela au rassemblement devant la Présidence du Gouvernement. Le 20 février, à l’issue de la manifestation, des représentants du comité rencontrèrent des officiels gouvernementaux, auxquels ils rappelèrent les annonces du Chef du Gouvernement. Leurs exigences étaient simples et claires – des solutions pour les enfants du centre qui avaient dû, suite au scandale, être ramenés dans leurs familles, et des mesures à moyen et long terme pour que jamais de tels faits ne se reproduisent.

Des politiques mis au pied du mur entendaient enfin une légitime colère.

… Et le droit en déshérence

Dans tout Etat se voulant un Etat de droit, qui dit violences avérées dit procédure pénale. Au moins sur ce point, la Tunisie ne déçoit pas. Enfin, pas tout de suite.

Devant les plaintes déposées contre le centre et sa directrice par les parents des jeunes victimes, pour les besoins de l’instruction, l’une des éducatrices est en détention mais l’autre, ainsi que la directrice, ont été relâchées sous contrôle judiciaire. Malgré la gravité des faits, le centre lui-même n’a pas été fermé.

Plus incompréhensible encore, plusieurs parents des pensionnaires du centre ont pris la défense de la directrice et affirmé son innocence. Incompréhensible, certes – si l’on oublie que ces mêmes parents bénéficient d’une prise en charge de leurs enfants entièrement gratuite, là où le centre facture 700 à 900 dinars tunisiens, soit 230 à 300 euros, chaque mois. Une directrice «chèrement» défendue donc.

Et dont les soutiens ne s’arrêtent pas à des parents-clients, puisque, le 5 mars, la Commission parlementaire de la Santé et des Affaires sociales la recevait en tant que représentante d’une association sur l’autisme et porte-parole … Des centres pour enfants autistes. Rencontre diffusée le soir même au JT. Une conception bien singulière de l’exemplarité.

Elle porte plainte au nom des témoins, les gendarmes portent plainte contre elle

A l’horreur de la situation et au mépris du droit qui l’entoure, il fallait bien que viennent s’ajouter des manœuvres d’intimidation envers une avocate défendant les Droits Humains. Et il fallait que cette avocate soit, une fois encore, Najet Laabidi.

«En France, on laisse au repos ceux qui allument les incendies et on persécute ceux qui sonnent le tocsin», notait Chamfort en son temps. Apparemment une malheureuse exportation française vers la Tunisie, puisque, le 7 mars, l’auteure de la vidéo montrant les deux éducatrices «à l’œuvre» contre les enfants autistes a été retenue sans justification, et en violation de la loi, au poste de Garde nationale, la gendarmerie tunisienne, pour un supplément d’enquête à son endroit. Et à ses côtés, également retenue sans ménagement, se trouvait son avocate, Maître Najet Laabidi.

A ce jour, les deux témoins sont harcelés, sans que la maréchaussée tunisienne s’en inquiète outre mesure. Quant à Najet Laabidi, qui a déposé plainte en leur nom pour ces abus et s’en est ouverte dans la presse, elle aussi fait l’objet d’une plainte, déposée contre elle par la Garde nationale de Ben Arous et qui lui a valu une convocation devant le Procureur général de la Cour d’appel.

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Pour qui en douterait, il en faudra pourtant bien plus pour faire baisser la garde à Najet Laabidi, qui réaffirme sans ambiguïté sa détermination dans ce qui est, pour elle, bien plus qu’un dossier d’avocat. «Pour moi, lutter pour les droits des enfants autistes, lutter pour un Etat de droit, un Etat de bonne gouvernance, c’est une obligation, un rêve, jamais je ne renoncerai. Même si l’on continue à m’intimider, par des poursuites judiciaires ou par d’autres moyens, je continuerai mon combat.»

Personnes handicapées et avocats, deux luttes du droit mondial

Jadis garde-frontière officieuse des Etats européens, en renversant son tyran et en déjouant ainsi tous les pronostics des « orientalistes » occidentaux, la Tunisie a acquis une aura toute nouvelle à travers le monde. Mais en s’inscrivant ainsi en faux contre deux luttes mondiales de Droits Humains, le pays risque de se voir bientôt décrire, une nouvelle fois, moins selon sa victoire contre l’arbitraire que selon son désolant retour vers la répression.

Car, oui, les droits des personnes handicapées sont une lutte mondiale de Droits Humains, l’ONU ne les ayant d’ailleurs jamais considérés autrement, là où le grand public les aurait vus bien plus comme une question relevant de la santé ou des affaires sociales. L’adoption en 2006 de la Convention internationale relative aux Droits des Personnes handicapées en est la meilleure preuve, ainsi que la création d’une agence spécialisée des Nations Unies consacrée au handicap, UN Enable.

Depuis bien plus longtemps encore, l’ONU consacre les droits des avocats, à travers les Principes de Base relatifs au Rôle du Barreau adoptés en 1990 et qui, pour n’être pas contraignants envers les Etats, n’en sont pas moins, à l’instar de tout le droit international, des dispositions dont aucune violation n’est sans conséquence, interne ou externe, sur le plan politique.

L’on voit donc mal comment et pourquoi une Tunisie passée contre toute attente à un despotisme clanique à un Etat bâti sur le souvenir des martyrs Mohamed Bouazizi, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi pourrait vouloir à présent devenir, aux yeux du monde, un Etat handiphobe et qui n’a – décidément – que mépris pour ses avocats.

C’est ce qui se passerait si les enfants du centre n’obtenaient pas justice, et si, plus encore, Najet Laabidi continuait à être harcelée, en lien avec cette affaire ou sur quelque autre sujet. Même en étant capables de s’attendre à tout, y compris à une bonne surprise, c’est en tout cas plus que les Citoyen(ne)s du Monde laisseront jamais passer.

Bernard Henry est Officier des Relations Extérieures de l’Association of World Citizens.