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Orages d’été sur le printemps arabe

In Current Events, Democracy, Human Rights, Middle East & North Africa on August 14, 2013 at 11:28 PM

ORAGES D’ETE SUR LE PRINTEMPS ARABE

Par Bernard Henry

La lutte pour la liberté n’est pas une suite logique. Elle ne l’a jamais été.

Au début de l’année 2011, le monde entier a été pris de cours par le « printemps arabe », quand les révoltes populaires ont chassé les dictateurs en place de longue date en Tunisie puis en Egypte, celle de Libye ayant en revanche été déviée de sa trajectoire et celle de Syrie s’étant perdue depuis dans les méandres de l’islamisme.

Puis ce fut, quelques mois plus tard, l’ « automne islamiste », avec la victoire de l’Islam politique lors des scrutins démocratiques tunisien et égyptien. Lentement mais sûrement, les anciens persécutés ont pris à leur tour le chemin de l’autoritarisme en y injectant leur idéologie réactionnaire.

Deux ans plus tard, le mois d’août apporte ses « orages d’été » aux révolutions arabes, lorsqu’une violence largement absente des soulèvements populaires du départ s’invite à l’ultime stade de l’exaspération pour venir réclamer son tribut.

L’Egypte, premier pays du printemps arabe à avoir destitué son gouvernement islamiste post-révolutionnaire, entre aujourd’hui dans un état d’urgence né d’affrontements entre forces armées et Frères musulmans, non sans que les partisans du Président déchu Mohamed Morsi se soient livrés entre temps à des actes de barbarie contre les Coptes du pays.

En Tunisie, une population poussée à bout par un pouvoir provisoire entièrement rendu à la volonté d’Ennahda, le parti islamiste qui dirige le gouvernement, et dont les assassinats successifs des dirigeants politiques d’opposition Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi ont eu raison de ce qu’il pouvait encore lui rester de patience, paie le prix fort pour son choix de la protestation non-violente, sous les coups des milices islamistes tolérées voire encouragées par les pouvoirs publics.

En Tunisie comme en Egypte, le peuple n'avait qu'un seul mot à dire à ses dictateurs respectifs : "Dégage". Aujourd'hui, tant les islamistes vainqueurs des élections libres ont trahi les espoirs des révolutions dans les deux pays, c'est à eux que ce court et simple slogan révolutionnaire est désormais destiné.

En Tunisie comme en Egypte, le peuple n’avait qu’un seul mot à dire à ses dictateurs respectifs : “Dégage”. Aujourd’hui, tant les islamistes vainqueurs des élections libres ont trahi les espoirs des révolutions dans les deux pays, c’est à eux que ce court et simple slogan révolutionnaire est désormais destiné.

L’iconographie de la lutte victorieuse d’un peuple armé de sa seule détermination pour faire chuter la dictature, contre toute attente et contre les certitudes de politologues vouant le monde arabe à la tyrannie ou à l’islamisme, a vécu. Mais le mythe de l’ « islamo-démocratie », vantée par Moncef Marzouki lors d’une visite à l’Assemblée nationale française et symbolisée aux yeux de certains par l’AKP au pouvoir en Turquie, a vécu lui aussi.

Les partis islamistes ne doivent jamais oublier que, même pris pour cibles sous les régimes Ben Ali et Moubarak, ils ne sont en rien, comme ils le prétendent, les auteurs des révolutions arabes. Ils n’ont fait que récolter a posteriori les fruits des luttes menées par d’autres. Quant aux gouvernants, aujourd’hui égyptiens et peut-être demain tunisiens, issus du rejet de l’islamisme, leur volonté de condamner les atteintes aux Droits de l’Homme même commises à l’encontre de leurs adversaires islamistes montrera (ou non) leur aptitude à se réclamer de cet Etat de droit qu’ils invoquaient hier contre l’islamisme au pouvoir.

Une pétition nationale avait recueilli plus de 22 millions de signatures d’Égyptiens pour le départ du Président élu islamiste Mohamed Morsi, d'où le refus du terme "coup d'Etat" par les militants démocrates égyptiens. Mais aujourd'hui, les forces armées du pays qui avaient dans un premier temps soutenu le mouvement semblent voir les choses tout autrement ...

Une pétition nationale avait recueilli plus de 22 millions de signatures d’Égyptiens pour le départ du Président élu islamiste Mohamed Morsi, d’où le refus du terme “coup d’Etat” par les démocrates égyptiens. Mais aujourd’hui, hélas, les forces armées du pays qui avaient dans un premier temps soutenu le mouvement semblent voir les choses tout autrement …

Etre élu ne donne pas tous les droits et renverser une dictature n’autorise pas à en créer une autre. Quand les uns et les autres accepteront chacun de ces deux principes, et seulement à ce moment-là, cesseront les « orages d’été » du printemps arabe.

Bernard Henry est Officier des Relations Extérieures du Bureau de Représentation auprès de l’Office des Nations Unies à Genève de l’Association of World Citizens.

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